Rhétorique · 85 BC · Rome

De Inventione

De Inventione

Note liminaire

De Inventione, « De l’invention », est le plus ancien ouvrage conservé de Cicéron — un manuel de théorie rhétorique écrit alors qu’il sortait à peine de l’enfance, vers 85 av. J.-C., tandis qu’il était encore l’élève de l’art qu’il allait dominer. Son objet est la première et, dit Cicéron, la plus grande des cinq parties de la rhétorique : l’inventio, la découverte des arguments qu’une cause exige. Deux livres subsistent, et ce furent là tout ce qui exista jamais d’un dessein plus vaste : Cicéron s’interrompt à la fin du second sur la promesse de nouveaux volumes qu’il n’écrivit jamais. Le Cicéron de la maturité renia la chose. Dans le De Oratore, il la rejette comme le cahier informe et fruste de sa jeunesse, « des choses qui s’étaient échappées des carnets de mon enfance » ; le présent volume l’imprime non pour l’honneur du maître, mais parce que c’est là que sa voix commence.

Le premier livre pose l’architecture de l’art. Après un proème célèbre sur l’éloquence comme puissance civilisatrice qui tira les hommes épars hors des bois vers les cités et le droit, Cicéron expose les trois genres d’éloquence — le judiciaire, le délibératif et le démonstratif —, puis le cœur du système qu’il tenait des Grecs, et avant tout d’Hermagoras de Temnos : la doctrine de la constitutio ou « état de cause », le point sur lequel roule tout différend, qu’il soit de fait (l’état conjectural), de définition, de qualité, ou de procédure (l’état translatif). De là il parcourt dans l’ordre les parties du discours — exorde, narration, division, confirmation, réfutation, conclusion —, avec un plein traitement de l’argument par induction et par déduction, et une anatomie finale de la péroraison et de sa machinerie d’indignation et de pitié. Le second livre applique la doctrine des états cause par cause à travers les trois genres d’éloquence, le gros de l’ouvrage portant sur les états judiciaires, l’analyse délibérative de l’honnête et de l’utile et la démonstrative de la louange et du blâme étant ajoutées à la fin.

Le livre 2 s’ouvre sur la fameuse image du peintre Zeuxis qui, pour peindre Hélène aux Crotoniates, choisit les cinq plus belles jeunes filles de la cité et prit de chacune ce qu’elle avait de plus parfait, puisque la nature ne donne à aucun corps la perfection en toute partie. Ainsi, dit Cicéron, a-t-il rassemblé ses préceptes — non d’un seul maître, mais de toutes les écoles grecques, prenant de chacune le meilleur. Le livre est de la théorie d’école hellénistique en habit latin, dense d’exemples juridiques traités et de l’appareil technique du système des status. C’est tout ce contre quoi le De Oratore ultérieur se dressera : un manuel là où le dialogue aurait de la philosophie, une liste là où le dialogue aurait un orateur vivant. Et pourtant, tout au long du Moyen Âge, il fut l’un des deux livres de rhétorique les plus étudiés en Occident — la Rhetorica vetus, la « Vieille Rhétorique », appariée au pseudo-cicéronien Ad Herennium —, et sur son échafaudage se bâtit une grande part de l’argumentation médiévale et de la Renaissance.

J’ai souvent et longuement médité cette question: si l’art de la parole et le suprême attachement à l’éloquence ont apporté aux hommes et aux cités plus de bien que de mal. Car lorsque je considère les désastres de notre propre république et que je rassemble dans mon esprit les antiques calamités des plus grandes cités, je vois qu’une part non négligeable des maux fut introduite par les hommes les plus éloquents; mais lorsque j’entreprends de retrouver, dans les monuments des lettres, les événements que leur ancienneté éloigne de notre mémoire, je reconnais que bien des villes ont été fondées, bien des guerres éteintes, les plus solides alliances et les plus saintes amitiés nouées, par la raison sans doute, mais plus aisément encore par l’éloquence. Et, à force d’y réfléchir longuement, la raison elle-même me conduit avant tout à ce jugement: la sagesse sans éloquence sert peu aux cités, tandis que l’éloquence sans sagesse, le plus souvent, nuit excessivement et ne sert jamais. C’est pourquoi, si quelqu’un, négligeant les études les plus droites et les plus honorables de la raison et du devoir, consacre toute sa peine à l’exercice de la parole, celui-là est nourri comme un citoyen inutile à lui-même et funeste à sa patrie; mais celui qui s’arme d’éloquence de telle sorte qu’il puisse, non point attaquer les intérêts de sa patrie, mais les défendre, celui-là me paraît devoir être un homme et un citoyen on ne peut plus utile et dévoué tant à ses intérêts qu’à ceux de l’État.
Saepe et multum hoc mecum cogitavi, bonine an mali plus attulerit hominibus et civitatibus copia di- cendi ac summum eloquentiae studium. nam cum et nostrae rei publicae detrimenta considero et maxi- marum civitatum veteres animo calamitates colligo, non minimam video per disertissimos homines in- vectam partem incommodorum; cum autem res ab nostra memoria propter vetustatem remotas ex litte- rarum monumentis repetere instituo, multas urbes constitutas, plurima bella restincta, firmissimas socie- tates, sanctissimas amicitias intellego cum animi ra- tione tum facilius eloquentia comparatas. ac me quidem diu cogitantem ratio ipsa in hanc potissimum sententiam ducit, ut existimem sapientiam sine elo- quentia parum prodesse civitatibus, eloquentiam vero sine sapientia nimium obesse plerumque, prodesse numquam. quare si quis omissis rectissimis atque honestissimis studiis rationis et officii consumit omnem operam in exercitatione dicendi, is inutilis sibi, per- niciosus patriae civis alitur; qui vero ita sese armat eloquentia, ut non oppugnare commoda patriae, sed pro his propugnare possit, is mihi vir et suis et pu- blicis rationibus utilissimus atque amicissimus civis fore videtur.
Et si nous voulons considérer le commencement de cette chose qu’on appelle éloquence — qu’elle soit un art, une étude, une certaine pratique ou une faculté issue de la nature —, nous trouverons qu’elle est née des causes les plus honorables et qu’elle est partie des meilleurs principes. Car il fut un temps où les hommes erraient çà et là dans les champs à la manière des bêtes et prolongeaient leur vie d’une nourriture sauvage, ne réglant rien par la raison de l’esprit, mais administrant la plupart des choses par la force du corps; on ne pratiquait encore ni le respect de la religion divine ni celui du devoir humain, nul n’avait vu de mariages légitimes, nul n’avait contemplé d’enfants qu’il sût siens, nul n’avait compris quel avantage offre un droit égal pour tous. Ainsi, par l’effet de l’erreur et de l’ignorance, la cupidité, maîtresse aveugle et téméraire de l’esprit, abusait de la force du corps, ces satellites des plus funestes, pour se rassasier. À cette époque, un homme assurément grand et sage reconnut quelle matière et quelle immense aptitude aux plus hautes entreprises se trouvaient dans les esprits des hommes, si l’on pouvait les en tirer et les rendre meilleurs par l’enseignement; cet homme, ces hommes dispersés dans les champs et cachés dans des abris forestiers, par une certaine méthode il les rassembla en un seul lieu et les réunit, et, les amenant à chaque chose utile et honorable, eux qui d’abord protestaient par défaut d’accoutumance, puis l’écoutaient avec plus de zèle pour sa raison et son discours, il les rendit, de farouches et sauvages, doux et apprivoisés.
Ac si volumus huius rei, quae vocatur eloquentia, sive artis sive studii sive exercitationis cuiusdam sive facultatis ab natura profectae considerare principium, reperiemus id ex honestissimis causis natum atque optimis rationibus profectum. nam fuit quoddam tem- pus, cum in agris homines passim bestiarum modo vagabantur et sibi victu fero vitam propagabant nec ratione animi quicquam, sed pleraque viribus corporis administrabant, nondum divinae religionis, non hu- mani officii ratio colebatur, nemo nuptias viderat legi- timas, non certos quisquam aspexerat liberos, non, ius aequabile quid utilitatis haberet, acceperat. ita propter errorem atque inscientiam caeca ac temeraria domi- natrix animi cupiditas ad se explendam viribus cor- poris abutebatur, perniciosissimis satellitibus. quo tem- pore quidam magnus videlicet vir et sapiens cognovit, quae materia esset et quanta ad maximas res opportunitas in animis inesset hominum, si quis eam posset elicere et praecipiendo meliorem reddere; qui dispersos homines in agros et in tectis silvestribus abditos ratione quadam conpulit unum in locum et congregavit et eos in unam quamque rem inducens utilem atque honestam primo propter insolentiam reclamantes, deinde propter rationem atque orationem studiosius audientes ex feris et inmanibus mites reddidit et mansuetos.
Et il me semble, pour ma part, que la sagesse n’aurait pu accomplir cela, ni muette ni dépourvue de parole: détourner soudain les hommes de leur habitude et les faire passer à de tout autres manières de vivre. Bien plus: une fois les cités fondées, comment donc aurait-il pu se faire que les hommes apprissent à cultiver la bonne foi et à garder la justice, à s’accoutumer d’eux-mêmes à obéir à d’autres, et à juger qu’il fallait non seulement assumer des labeurs pour le bien commun, mais même sacrifier leur vie, s’ils n’avaient pu persuader par l’éloquence ce qu’ils avaient découvert par la raison? Assurément nul, alors qu’il pouvait le plus par la force, n’aurait consenti, sans contrainte, à descendre vers un droit égal — à se laisser mettre au niveau de ceux qu’il pouvait dominer, et à se retirer de son plein gré d’une habitude des plus agréables, surtout quand celle-ci avait déjà pris force de nature par son ancienneté —, s’il n’avait été ému par un discours grave et persuasif. Ainsi donc, c’est de cette manière que l’éloquence semble d’abord être née et s’être avancée plus loin, et qu’ensuite pareillement elle s’est employée aux plus grandes affaires de la paix et de la guerre, pour les plus hauts avantages des hommes; mais après qu’une certaine facilité, imitatrice dépravée de la vertu, eut acquis l’abondance de la parole sans le sens du devoir, alors la malice, s’appuyant sur le talent, s’accoutuma à bouleverser les cités et à ébranler la vie des hommes.
ac mihi qui- dem hoc nec tacita videtur nec inops dicendi sapientia perficere potuisse, ut homines a consuetudine subito converteret et ad diversas rationes vitae traduceret. age vero urbibus constitutis, ut fidem colere et iusti- tiam retinere discerent et aliis parere sua voluntate consuescerent ac non modo labores excipiendos com- munis commodi causa, sed etiam vitam amittendam existimarent, qui tandem fieri potuit, nisi homines ea, quae ratione invenissent, eloquentia persuadere po- tuissent? profecto nemo nisi gravi ac suavi commotus oratione, cum viribus plurimum posset, ad ius voluisset sine vi descendere, ut inter quos posset excellere, cum iis se pateretur aequari et sua voluntate a iucundissi- ma consuetudine recederet, quae praesertim iam natu- rae vim optineret propter vetustatem. ac primo quidem sic et nata et progressa longius eloquentia videtur et item postea maximis in rebus pacis et belli cum sum- mis hominum utilitatibus esse versata; postquam vero commoditas quaedam, prava virtutis imitatrix, sine ra- tione officii dicendi copiam consecuta est, tum ingenio freta malitia pervertere urbes et vitas hominum labe- factare assuevit.
Et déployons aussi le commencement de ce mal, puisque nous avons dit le commencement du bien. Il me paraît très vraisemblable qu’à une certaine époque les hommes ignorants et dépourvus de sens n’avaient pas coutume de se mêler des affaires publiques, et que de grands hommes éloquents ne s’occupaient pas des causes privées; mais, tandis que les plus hautes affaires étaient administrées par les plus grands hommes, je suppose qu’il y avait d’autres hommes, non dénués d’habileté, qui se chargeaient des petits différends des particuliers. Dans ces différends, comme les hommes s’accoutumaient souvent à soutenir le mensonge contre la vérité, l’assiduité à la parole leur inspira de l’audace, en sorte que nécessairement ces hommes supérieurs furent contraints, à cause des torts faits aux citoyens, de résister aux audacieux et de porter secours, chacun, aux siens. Et ainsi, comme dans la parole celui qui, ayant délaissé l’étude de la sagesse, ne s’était rien procuré hors l’éloquence, parut souvent leur égal, et parfois même leur supérieur, il advint que, au jugement et de la foule et de lui-même, il fût jugé digne de gouverner la république. De là, sans nul doute et non sans raison, lorsque des hommes téméraires et audacieux furent parvenus au gouvernail de la république, survinrent les plus grands et les plus lamentables naufrages. Par ces faits, l’éloquence encourut tant de haine et d’envie que les hommes les plus doués, comme d’une tempête déchaînée vers un port, se retirèrent ainsi d’une vie séditieuse et tumultueuse dans quelque étude paisible. C’est pourquoi il me semble que par la suite les autres études, droites et honorables, cultivées dans le loisir par les meilleurs, brillèrent d’un grand éclat, tandis que celle-ci, abandonnée par la plupart d’entre eux, tomba en désuétude, à l’époque même où il eût fallu la retenir avec bien plus d’énergie et l’accroître avec plus de zèle.
Atque huius quoque exordium mali, quoniam princi- pium boni diximus, explicemus. veri simillimum mihi videtur quodam tempore neque in publicis rebus infantes et insipientes homines solitos esse versari nec vero ad privatas causas magnos ac disertos homines accedere, sed cum a summis viris maximae res admini- strarentur, arbitror alios fuisse non incallidos homines, qui ad parvas controversias privatorum accederent. quibus in controversiis cum saepe a mendacio contra verum stare homines consuescerent, dicendi assiduitas induit audaciam, ut necessario superiores illi propter iniurias civium resistere audacibus et opitulari suis quisque necessariis cogeretur. itaque cum in dicendo saepe par, nonnumquam etiam superior visus esset is, qui omisso studio sapientiae nihil sibi praeter eloquen- tiam comparasset, fiebat, ut et multitudinis et suo iudi- cio dignus, qui rem publicam gereret, videretur. hinc nimirum non iniuria, cum ad gubernacula rei publicae temerarii atque audaces homines accesserant, maxima ac miserrima naufragia fiebant. quibus rebus tantum odii atque invidiae suscepit eloquentia, ut homines in- geniosissimi, quasi ex aliqua turbida tempestate in por- tum, sic ex seditiosa ac tumultuosa vita se in studium aliquod traderent quietum. quare mihi videntur postea cetera studia recta atque honesta per otium concele- brata ab optimis enituisse, hoc vero a plerisque eorum desertum obsolevisse tempore, quo multo vehementius erat retinendum et studiosius adaugendum.
Car plus indignement la témérité et l’audace des sots et des malhonnêtes violaient une chose des plus honorables et des plus droites, au plus grand détriment de la république, plus il eût fallu avec zèle leur résister et pourvoir aux intérêts de l’État. Cela n’échappa point à notre Caton, ni à Lélius, ni — pour dire vrai — à leur disciple l’Africain, ni aux Gracques, petits-fils de l’Africain: en ces hommes étaient la plus haute vertu, et une autorité accrue par la plus haute vertu, et — ce qui servait à la fois d’ornement à ces qualités et de rempart à la république — l’éloquence. C’est pourquoi, à mon sens du moins, il ne faut pas étudier l’éloquence avec moins d’ardeur, même si certains en abusent et en privé et en public; il le faut au contraire avec d’autant plus d’énergie, de peur que les méchants, au grand détriment des bons et pour la ruine commune de tous, ne l’emportent par trop, d’autant que c’est là l’unique chose qui touche le plus à toutes les affaires, privées comme publiques: par elle la vie devient sûre, par elle honorable, par elle illustre, par elle encore agréable. Car de là viennent à la république les plus nombreux avantages, si la sagesse, régulatrice de toutes choses, est présente; de là, vers ceux mêmes qui l’ont acquise, affluent louange, honneur et dignité; de là aussi se prépare pour leurs amis le plus certain et le plus sûr des remparts. Et il me semble, pour ma part, que les hommes, bien qu’ils soient en bien des choses plus humbles et plus faibles, l’emportent surtout sur les bêtes en ceci, qu’ils peuvent parler. C’est pourquoi il me paraît avoir atteint quelque chose de remarquable, celui qui, dans cela même par quoi les hommes l’emportent sur les bêtes, surpasse les hommes eux-mêmes. Et si par hasard cela ne s’accomplit pas par la seule nature ni par le seul exercice, mais se procure aussi par un certain art, il n’est pas hors de propos d’examiner ce que disent ceux qui nous ont laissé quelques préceptes sur cette matière. Mais avant de parler des préceptes oratoires, il semble qu’il faille parler du genre même de l’art, de sa fonction, de sa fin, de sa matière, de ses parties. Car ces choses une fois connues, l’esprit de chacun pourra plus aisément et plus rapidement considérer la méthode même et la voie de l’art.
nam quo indignius rem honestissimam et rectissimam violabat stultorum et improborum temeritas et audacia summo cum rei publicae detrimento, eo studiosius et illis re- sistendum fuit et rei publicae consulendum. quod no- strum illum non fugit Catonem neque Laelium neque eorum, ut vere dicam, discipulum Africanum neque Gracchos Africani nepotes: quibus in hominibus erat summa virtus et summa virtute amplificata auctoritas et, quae et his rebus ornamento et rei publicae prae- sidio esset, eloquentia. quare meo quidem animo nihilo minus eloquentiae studendum est, etsi ea quidam et privatim et publice abutuntur; sed eo quidem vehemen- tius, ne mali magno cum detrimento bonorum et com- muni omnium pernicie plurimum possint, cum prae- sertim hoc sit unum, quod ad omnes res et privatas et publicas maxime pertineat, hoc tuta, hoc honesta, hoc inlustris, hoc eodem vita iucunda fiat. nam hinc ad rem publicam plurima commoda veniunt, si mo- deratrix omnium rerum praesto est sapientia; hinc ad ipsos, qui eam adepti sunt, laus, honos, dignitas con- fluit; hinc amicis quoque eorum certissimum et tu- tissimum praesidium comparatur. ac mihi quidem vi- dentur homines, cum multis rebus humiliores et in- firmiores sint, hac re maxime bestiis praestare, quod loqui possunt. quare praeclarum mihi quiddam videtur adeptus is, qui, qua re homines bestiis praestent, ea in re hominibus ipsis antecellat. hoc si forte non natura modo neque exercitatione conficitur, verum etiam arti- ficio quodam comparatur, non alienum est videre, quae dicant ii, qui quaedam eius rei praecepta nobis reliquerunt. Sed antequam de praeceptis oratoriis dicimus, videtur dicendum de genere ipsius artis, de officio, de fine, de materia, de partibus. nam his rebus cognitis facilius et expeditius animus unius cuiusque ipsam ra- tionem ac viam artis considerare poterit.
Il existe une certaine science politique, qui se compose de matières nombreuses et grandes. Une de ses parties, grande et ample, est l’éloquence savante, qu’on appelle rhétorique. Car nous ne sommes pas d’accord avec ceux qui pensent que la science politique n’a pas besoin de l’éloquence, et nous ne sommes pas non plus en grand désaccord avec ceux qui pensent qu’elle est tout entière contenue dans le pouvoir et l’art du rhéteur. C’est pourquoi nous placerons cette faculté oratoire dans ce genre, en disant qu’elle est une partie de la science politique. Or la fonction de cette faculté semble être de parler d’une manière propre à produire la persuasion; sa fin, de persuader par le discours. Entre la fonction et la fin il y a cette différence: dans la fonction on considère ce qu’il convient de faire, dans la fin ce qu’il convient d’accomplir. De même que nous disons que la fonction du médecin est de soigner d’une manière propre à guérir, et sa fin de guérir par le traitement, de même nous comprenons ce que nous devons appeler fonction de l’orateur et ce qu’en est la fin, lorsque nous appelons fonction ce qu’il doit faire, et nommons fin ce en vue de quoi il doit le faire.
Civilis quaedam ratio est, quae multis et magnis ex rebus constat. eius quaedam magna et ampla pars est artificiosa eloquentia, quam rhetoricam vocant. nam neque cum iis sentimus, qui civilem scientiam eloquentia non putant indigere, et ab iis, qui eam pu- tant omnem rhetoris vi et artificio contineri, magnopere dissentimus. quare hanc oratoriam facultatem in eo genere ponemus, ut eam civilis scientiae partem esse dicamus. Officium autem eius facultatis videtur esse dicere adposite ad persuasionem; finis persuadere dictione. inter officium et finem hoc interest, quod in officio, quid fieri, in fine, quid effici conveniat, con- sideratur. ut medici officium dicimus esse curare ad sanandum apposite, finem sanare curatione, item, ora- toris quid officium et quid finem esse dicamus, intel- legimus, cum id, quod facere debet, officium esse di- cimus, illud, cuius causa facere debet, finem appel- lamus.
Nous appelons matière de l’art ce sur quoi s’exercent tout l’art et la faculté qui se produit par l’art. Ainsi, de même que nous disons que la matière de la médecine est les maladies et les blessures, parce que toute la médecine s’exerce sur elles, de même les choses sur lesquelles s’exercent l’art et la faculté oratoires, nous les nommons matière de l’art rhétorique. Or ces choses, les uns les ont jugées plus nombreuses, les autres moins nombreuses. Car Gorgias de Léontium, presque le plus ancien des rhéteurs, jugea que l’orateur pouvait fort bien parler sur toutes choses; il semble assigner à cet art une matière infinie et sans mesure. Aristote, en revanche, qui fournit à cet art de très nombreux secours et ornements, estima que la fonction du rhéteur s’exerçait sur trois genres de sujets: le démonstratif, le délibératif, le judiciaire. Le genre démonstratif est celui qui est consacré à la louange ou au blâme de quelque personne déterminée; le délibératif, qui, placé dans la délibération politique, comporte en lui l’énoncé d’un avis; le judiciaire, qui, placé dans un procès, comporte en lui l’accusation et la défense, ou la demande et le refus. Et, comme le veut du moins notre opinion, l’art et la faculté de l’orateur doivent être jugés s’exercer sur cette matière tripartite.
Materiam artis eam dicimus, in qua omnis ars et ea facultas, quae conficitur ex arte, versatur. ut si medi- cinae materiam dicamus morbos ac vulnera, quod in his omnis medicina versetur, item, quibus in rebus ver- satur ars et facultas oratoria, eas res materiam artis rhetoricae nominamus. has autem res alii plures, alii pauciores existimarunt. nam Gorgias Leontinus, anti- quissimus fere rhetor, omnibus de rebus oratorem op- time posse dicere existimavit; hic infinitam et inmensam huic artificio materiam subicere videtur. Aristoteles autem, qui huic arti plurima adiumenta atque orna- menta subministravit, tribus in generibus rerum ver- sari rhetoris officium putavit, demonstrativo, delibera- tivo, iudiciali. demonstrativum est, quod tribuitur in alicuius certae personae laudem aut vituperationem; deliberativum, quod positum in disceptatione civili ha- bet in se sententiae dictionem; iudiciale, quod positum in iudicio habet in se accusationem et defensionem aut petitionem et recusationem. et, quemadmodum nostra quidem fert opinio, oratoris ars et facultas in hac ma-
Hermagoras, en effet, ne semble ni prendre garde à ce qu’il dit ni comprendre ce qu’il promet, lui qui divise la matière de l’orateur en cause et en question: il dit que la cause est une affaire qui comporte en elle un différend posé dans le discours avec l’intervention de personnes déterminées — ce que nous aussi nous disons être attribué à l’orateur (car nous y rangeons les trois parties que nous avons dites plus haut, la judiciaire, la délibérative, la démonstrative); mais il appelle question celle qui comporte en elle un différend posé dans le discours sans l’intervention de personnes déterminées, de cette manière: y a-t-il quelque bien hormis l’honnête? les sens sont-ils véridiques? quelle est la forme du monde? quelle est la grandeur du soleil? Ces questions, nous estimons que tout le monde comprend aisément qu’elles sont fort éloignées de la fonction de l’orateur; car attribuer à l’orateur, comme s’il s’agissait de petites choses, ces matières sur lesquelles nous savons que les plus hauts génies des philosophes se sont consumés au prix du plus grand labeur, cela paraît une grande folie. Que si Hermagoras avait eu en ces matières une grande capacité acquise par l’étude et la discipline, on pourrait croire que, se fiant à sa propre science, il aurait établi quelque chose de faux sur l’art de l’orateur, et exposé non ce que l’art, mais ce que lui-même pouvait faire. Or en réalité telle est la faiblesse de cet homme qu’on lui ôterait bien plus vite la rhétorique qu’on ne lui concéderait la philosophie; et cela non point parce que l’art qu’il a publié me paraisse écrit de la manière la plus fautive: car il y semble avoir disposé avec ingéniosité et soin des matières choisies parmi les arts anciens, et avoir lui-même apporté aussi quelque chose de nouveau; mais pour l’orateur c’est fort peu de chose que de parler sur l’art, ce qu’il a fait, et c’est de beaucoup le plus grand de parler à partir de l’art, ce dont nous voyons tous qu’il fut le moins capable.
teria tripertita versari existimanda est. nam Herma- goras quidem nec quid dicat attendere nec quid polli- ceatur intellegere videtur, qui oratoris materiam in cau- sam et in quaestionem dividat, causam esse dicat rem, quae habeat in se controversiam in dicendo positam cum personarum certarum interpositione; quam nos quoque oratori dicimus esse adtributam (nam tres eas partes, quas ante diximus, subponimus, iudicialem, de- liberativam, demonstrativam). quaestionem autem eam appellat, quae habeat in se controversiam in dicendo positam sine certarum personarum interpositione, ad hunc modum: ecquid sit bonum praeter honestatem? verine sint sensus? quae sit mundi forma? quae sit solis magnitudo? quas quaestiones procul ab oratoris officio remotas facile omnes intellegere existimamus; nam quibus in rebus summa ingenia philosophorum plurimo cum labore consumpta intellegimus, eas sicut aliquas parvas res oratori adtribuere magna amentia videtur. quodsi magnam in his Hermagoras habuisset facultatem studio et disciplina comparatam, videretur fretus sua scientia falsum quiddam constituisse de oratoris artificio et non quid ars, sed quid ipse posset, exposuisse. nunc vero ea vis est in homine, ut ei multo rhetoricam citius quis ademerit, quam philosophiam concesserit: neque eo, quo eius ars, quam edidit, mihi mendosissime scripta videatur; nam satis in ea videtur ex antiquis artibus ingeniose et diligenter electas res collocasse et nonnihil ipse quoque novi protulisse; ve- rum oratori minimum est de arte loqui, quod hic fecit, multo maximum ex arte dicere, quod eum minime po- tuisse omnes videmus.
C’est pourquoi la matière de l’art rhétorique nous paraît être celle que nous avons dit avoir paru telle à Aristote; ses parties, en revanche, sont celles que la plupart ont énoncées: l’invention, la disposition, l’élocution, la mémoire, l’action. L’invention est la recherche de choses vraies ou vraisemblables qui rendent la cause plausible; la disposition est la répartition dans l’ordre des choses trouvées; l’élocution est l’adaptation à l’invention de mots et de pensées appropriés; la mémoire est la ferme appréhension par l’esprit des choses et des mots en vue de l’invention; l’action est le réglage de la voix et du corps selon la dignité des choses et des mots. Maintenant que ces choses ont été brièvement établies, nous renverrons à un autre temps les raisonnements par lesquels nous pourrions montrer le genre, la fin et la fonction de cet art; car ils exigent beaucoup de paroles et ne touchent pas si fort à la description de l’art et à la transmission des préceptes. Mais celui qui écrit sur l’art rhétorique, nous estimons qu’il doit écrire sur les deux matières restantes, la matière de l’art et ses parties. Et il me semble, pour ma part, qu’il faut traiter conjointement de la matière et des parties. C’est pourquoi que l’invention, qui est la première de toutes les parties, soit avant tout considérée, dans tout genre de causes, telle qu’elle doit être.
Quare materia quidem nobis rhetoricae videtur artis ea, quam Aristoteli visam esse diximus; partes autem eae, quas plerique dixerunt, inventio, dispositio, elo- cutio, memoria, pronuntiatio. inventio est excogitatio rerum verarum aut veri similium, quae causam proba- bilem reddant; dispositio est rerum inventarum in or- dinem distributio; elocutio est idoneorum verborum et sententiarum ad inventionem accommodatio; memoria est firma animi rerum ac verborum ad inventionem perceptio; pronuntiatio est ex rerum et verborum dignitate vocis et corporis moderatio. Nunc his rebus breviter constitutis eas rationes, qui- bus ostendere possimus genus et finem et officium huius artis, aliud in tempus differemus; nam et mul- torum verborum indigent et non tanto opere ad artis descriptionem et praecepta tradenda pertinent. eum au- tem, qui artem rhetoricam scribat, de duabus reliquis rebus, materia artis ac partibus, scribere oportere existimamus. ac mihi quidem videtur coniuncte agen- dum de materia ac partibus. quare inventio, quae prin- ceps est omnium partium, potissimum in omni causa- rum genere, qualis debeat esse, consideretur.
Toute affaire qui renferme en elle quelque controverse posée dans le discours et la discussion comporte une question soit de fait, soit de dénomination, soit de qualité, soit d’action. Cette question donc, d’où naît la cause, nous l’appelons l’état de cause. L’état de cause est le premier affrontement des causes, issu du rejet de l’accusation, de cette manière: « Tu l’as fait: je ne l’ai pas fait, ou je l’ai fait de plein droit. » Lorsque la controverse porte sur le fait, parce que la cause s’établit par des conjectures, on l’appelle l’état conjectural. Lorsqu’elle porte sur la dénomination, parce qu’il faut définir par des mots la force du terme, l’état se nomme définitif. Mais lorsqu’on cherche de quelle qualité est la chose, parce que la controverse porte et sur la force et sur le genre de l’affaire, l’état s’appelle général. Et lorsque la cause dépend de ceci, que ce n’est pas celui qui le doit qui paraît agir, ou non contre qui il le faut, ou non devant qui, ni au temps, ni selon la loi, ni pour le crime, ni avec la peine qu’il faut, on dit que l’état est translatif, parce que l’action paraît avoir besoin d’être déplacée et changée. Et il est nécessaire que l’un de ces états se rencontre dans tout genre de cause; car dans l’affaire où il ne s’en rencontrera aucun, il ne pourra y avoir aucune controverse. C’est pourquoi il ne convient même pas de tenir cela pour une cause.
Omnis res, quae habet in se positam in dictione ac disceptatione aliquam controversiam, aut facti aut no- minis aut generis aut actionis continet quaestionem. eam igitur quaestionem, ex qua causa nascitur, consti- tutionem appellamus. constitutio est prima conflictio causarum ex depulsione intentionis profecta, hoc modo: fecisti: non feci aut iure feci. cum facti con- troversia est, quoniam coniecturis causa firmatur, con- stitutio coniecturalis appellatur. cum autem nominis, quia vis vocabuli definienda verbis est, constitutio de- finitiva nominatur. cum vero, qualis res sit, quaeritur, quia et de vi et de genere negotii controversia est, con- stitutio generalis vocatur. at cum causa ex eo pendet, quia non aut is agere videtur, quem oportet, aut non cum eo, quicum oportet, aut non apud quos, quo tem- pore, qua lege, quo crimine, qua poena oportet, transla- tiva dicitur constitutio, quia actio translationis et com- mutationis indigere videtur. atque harum aliquam in omne causae genus incidere necesse est; nam in quam rem non inciderit, in ea nihil esse poterit controversiae. quare eam ne causam quidem convenit putari.
Et la controverse de fait, à vrai dire, peut se rapporter à tous les temps. Car on peut chercher ce qui a été fait, de cette manière: Ulysse a-t-il tué Ajax?; et ce qui se fait, de cette manière: les Frégellans sont-ils de bonnes dispositions envers le peuple romain?; et ce qui sera, de cette manière: si nous laissons Carthage intacte, n’en résultera-t-il quelque dommage pour la république? La controverse est de dénomination lorsqu’on est d’accord sur le fait et qu’on cherche de quel nom appeler ce qui a été fait. Dans ce genre, il est nécessaire que la controverse porte sur la dénomination parce qu’on n’est pas d’accord sur la chose même: non qu’on ne soit pas certain du fait, mais parce que ce qui a été fait paraît à l’un autre qu’à l’autre, et que pour cette raison l’un l’appelle d’un nom, l’autre d’un autre. C’est pourquoi, en de tels genres, il faudra définir la chose par des mots et la décrire brièvement: par exemple, si quelqu’un a dérobé un objet sacré dans une maison privée, faut-il le juger voleur ou sacrilège? Car, lorsqu’on cherche cela, il sera nécessaire de définir l’un et l’autre, ce qu’est le voleur, ce qu’est le sacrilège, et de montrer par sa propre définition qu’il faut appeler d’un autre nom que ne disent les adversaires cette chose dont il s’agit.
Ac facti quidem controversia in omnia tempora potest tribui. nam quid factum sit, potest quaeri, hoc modo: occideritne Aiacem Ulixes; et quid fiat, hoc modo: bonone animo sint erga populum Romanum Fre- gellani; et quid futurum sit, hoc modo: si Carthaginem reliquerimus incolumem, num quid sit incommodi ad rem publicam perventurum. Nominis est controversia, cum de facto convenit et quaeritur, id quod factum est quo nomine appelletur. quo in genere necesse est ideo nominis esse controver- siam, quod de re ipsa non conveniat; non quod de facto non constet, sed quod id, quod factum sit, aliud alii videatur esse et idcirco alius alio nomine id appellet. quare in eiusmodi generibus definienda res erit verbis et breviter describenda, ut, si quis sacrum ex privato subripuerit, utrum fur an sacrilegus sit iudicandus; nam id cum quaeritur, necesse erit definire utrumque, quid sit fur, quid sacrilegus, et sua descriptione ostendere alio nomine illam rem, de qua agitur, appellare opor- tere atque adversarii dicunt.
La controverse est de qualité lorsqu’on est d’accord et sur ce qui a été fait, et qu’il est constant de quel nom il faut l’appeler, et que pourtant on cherche combien, de quelle sorte et en somme de quelle qualité c’est, de cette manière: juste ou injuste, utile ou inutile, et tout ce où l’on cherche de quelle qualité est ce qui a été fait, sans aucune controverse de dénomination. À ce genre Hermagoras a subordonné quatre parties: la délibérative, la démonstrative, la judiciaire, la négociale. Cette faute, qui, à notre avis, n’est pas médiocre, paraît devoir être reprise, mais brièvement, de peur que, si nous la passions sous silence, on ne nous croie ne l’avoir pas suivie sans raison, ou que, si nous nous y arrêtions trop longtemps, nous ne paraissions avoir apporté du retard et de l’empêchement aux autres préceptes. Si la délibération et la démonstration sont des genres de causes, elles ne peuvent à bon droit être tenues pour des parties de quelque genre de cause; car la même chose peut être pour l’un genre, pour l’autre partie, mais elle ne peut être pour le même à la fois genre et partie. Or la délibération et la démonstration sont des genres de causes. Car ou il n’y a aucun genre de cause, ou il n’y a que le judiciaire, ou il y a et le judiciaire et le démonstratif et le délibératif. Dire qu’il n’y a aucun genre de cause, alors qu’il dit qu’il y a beaucoup de causes et qu’il donne des préceptes à leur sujet, c’est de la démence; mais comment le seul judiciaire peut-il être unique, alors que la délibération et la démonstration ne sont ni semblables entre elles, et qu’elles diffèrent grandement du genre judiciaire, et que chacune a sa propre fin à laquelle elle doit se rapporter? Il reste donc qu’il y ait trois genres de causes en tout. La délibération et la démonstration ne peuvent à bon droit être tenues pour des parties de quelque genre de cause. C’est donc à tort qu’il a dit qu’elles étaient des parties de l’état général.
Generis est controversia, cum et, quid factum sit, convenit et, quo id factum nomine appellari oporteat, constat et tamen, quantum et cuiusmodi et omnino quale sit, quaeritur, hoc modo: iustum an iniustum, utile an inutile, et omnia, in quibus, quale sit id, quod factum est, quaeritur sine ulla nominis controversia. huic generi Hermagoras partes quattuor subposuit, de- liberativam, demonstrativam, iuridicialem, negotialem. quod eius, ut nos putamus, non mediocre peccatum reprehendendum videtur, verum brevi, ne aut, si taciti praeterierimus, sine causa non secuti putemur aut, si diutius in hoc constiterimus, moram atque impedimen- tum reliquis praeceptis intulisse videamur. si delibe- ratio et demonstratio genera sunt causarum, non pos- sunt recte partes alicuius generis causae putari; eadem enim res alii genus esse, alii pars potest, eidem genus esse et pars non potest. deliberatio autem et demon- stratio genera sunt causarum. nam aut nullum causae genus est aut iudiciale solum aut et iudiciale et demon- strativum et deliberativum. nullum dicere causae esse genus, cum causas esse multas dicat et in eas praecepta det, amentia est; unum iudiciale autem solum esse qui potest, cum deliberatio et demonstratio neque ipsae similes inter se sint et ab iudiciali genere plurimum dissideant et suum quaeque finem habeat, quo referri debeat? relinquitur ergo, ut omnia tria genera sint cau- sarum. deliberatio et demonstratio non possunt recte partes alicuius generis causae putari. male igitur eas generalis constitutionis partes esse dixit.
Que si elles ne peuvent à bon droit être tenues pour des parties d’un genre de cause, à bien plus forte raison ne seront-elles pas tenues à bon droit pour des parties d’une partie de cause. Or tout état de cause est une partie de la cause; car ce n’est pas la cause qui s’ajuste à l’état, mais l’état qui s’ajuste à la cause. Or la démonstration et la délibération ne peuvent à bon droit être tenues pour des parties d’un genre de cause, puisqu’elles sont elles-mêmes des genres; à bien plus forte raison donc ne seront-elles pas tenues à bon droit pour des parties de cette partie dont il parle ici. Ensuite, si l’état, et lui-même et n’importe laquelle de ses parties, est un rejet de l’accusation, ce qui n’est pas un rejet de l’accusation n’est ni un état ni une partie d’état: or, si ce qui n’est pas un rejet de l’accusation n’est ni un état ni une partie d’état, la délibération et la démonstration ne sont ni un état ni une partie d’état. Si donc l’état, et lui-même et sa partie, est un rejet de l’accusation, la délibération et la démonstration ne sont ni un état ni une partie d’état. Or il admet lui-même que l’état est un rejet de l’accusation; il faut donc qu’il admette que la démonstration et la délibération ne sont ni un état ni une partie d’état. Et il sera pressé par ce même argument, qu’il ait dit que l’état est la première confirmation de la cause de l’accusateur, ou la première récusation du défenseur; car les mêmes inconvénients le poursuivront.
Quodsi generis causae partes non possunt recte pu- tari, multo minus recte partis causae partes putabun- tur. pars autem causae est constitutio omnis; non enim causa ad constitutionem, sed constitutio ad causam adcommodatur. at demonstratio et deliberatio generis causae partes non possunt recte putari, quod ipsa sunt genera; multo igitur minus recte partis eius, quae hic dicitur, partes putabuntur. deinde si constitutio et ipsa et pars eius quaelibet intentionis depulsio est, quae intentionis depulsio non est, ea nec constitutio nec pars constitutionis est: at si, quae intentionis de- pulsio non est, ea nec constitutio nec pars constitutionis est, deliberatio et demonstratio neque constitutio nec pars constitutionis est. si igitur constitutio et ipsa et pars eius intentionis depulsio est, deliberatio et de- monstratio neque constitutio neque pars constitutionis est. placet autem ipsi constitutionem intentionis esse depulsionem; placeat igitur oportet demonstrationem et deliberationem non esse constitutionem nec partem constitutionis. atque hoc eodem urguebitur, sive con- stitutionem primam causae accusatoris confirmationem dixerit sive defensoris primam deprecationem; nam eum eadem omnia incommoda sequentur.
Ensuite, une cause conjecturale ne peut être en même temps, du même côté et dans le même genre, à la fois conjecturale et définitive. Et une cause définitive ne peut être en même temps, du même côté et dans le même genre, à la fois définitive et translative. Et en somme aucun état ni aucune partie d’état ne peut à la fois avoir sa propre force et contenir en lui celle d’un autre, par cette raison que chacun se considère de soi-même et de par sa propre nature simplement; et quand un second s’y ajoute, le nombre des états se double, mais la force de l’état ne s’accroît pas. Or la cause délibérative a coutume d’avoir, en même temps, du même côté et dans le même genre, un état conjectural et général et définitif et translatif, tantôt un seul, tantôt plusieurs. Donc elle n’est elle-même ni un état ni une partie d’état. La même chose a coutume d’arriver dans la démonstration. Ces genres de causes, comme nous l’avons dit plus haut, doivent donc être tenus pour tels, et non pour des parties de quelque état. Cet état donc, que nous nommons général, nous paraît avoir deux parties: la judiciaire et la négociale. La judiciaire est celle où l’on cherche la nature de l’équitable et du droit, ou la raison de la récompense ou de la peine; la négociale, celle où l’on considère quel est le droit selon l’usage civil et l’équité;
Deinde coniecturalis causa non potest simul ex eadem parte eodem in genere et coniecturalis esse et definitiva. nec definitiva causa potest simul ex eadem parte eodem in genere et definitiva esse et translativa. et omnino nulla constitutio nec pars con- stitutionis potest simul et suam habere et alterius in se vim continere, ideo quod una quaeque ex se et ex sua natura simpliciter consideratur, altera assumpta numerus constitutionum duplicatur, non vis constitu- tionis augetur. at deliberativa causa simul ex eadem parte eodem in genere et coniecturalem et generalem et definitivam et translativam solet habere constitu- tionem et unam aliquam et plures nonnumquam. ergo ipsa neque constitutio est nec pars constitutionis. idem in demonstratione solet usu venire. genera igitur, ut ante diximus, haec causarum putanda sunt, non partes alicuius constitutionis. Haec ergo constitutio, quam generalem nominamus, partes videtur nobis duas habere, iuridicialem et neg- otialem. iuridicialis est, in qua aequi et recti natura aut praemii aut poenae ratio quaeritur; negotialis, in qua, quid iuris ex civili more et aequitate sit, conside- ratur;
c’est à ce soin que, chez nous, on estime que président les jurisconsultes. Et la judiciaire elle-même se divise à son tour en deux parties: l’absolue et l’assomptive. L’absolue est celle qui renferme en elle-même la question du droit et du tort; l’assomptive, celle qui ne donne par elle-même rien de solide pour la récusation, mais emprunte au-dehors quelque moyen de défense. Elle a quatre parties: la concession, l’éloignement du grief, le report du grief, la comparaison. La concession a lieu lorsque l’accusé ne défend pas ce qui a été fait, mais demande qu’on lui pardonne. Elle se divise en deux parties: la justification et la supplication. La justification a lieu lorsqu’on concède le fait mais qu’on en écarte la faute. Elle a trois parties: l’inadvertance, le hasard, la nécessité. La supplication a lieu lorsque l’accusé avoue avoir failli, et failli à dessein, et demande pourtant qu’on lui pardonne; ce genre ne peut arriver que fort rarement. L’éloignement du grief a lieu lorsque l’accusé s’efforce d’écarter de soi, de sa faute et de son pouvoir, vers un autre, le grief qu’on lui impute. Cela pourra se faire de deux manières: si l’on reporte sur un autre soit la cause, soit le fait. On reporte la cause lorsqu’on dit que le fait a été commis par la force et le pouvoir d’autrui; le fait, lorsqu’on dit qu’un autre aurait dû ou pu le faire. Le report du grief a lieu lorsqu’on dit que la chose a été faite de plein droit, parce que quelqu’un d’abord a provoqué par un tort. La comparaison a lieu lorsqu’on soutient qu’on a fait quelque autre chose de droit ou d’utile, et que, pour qu’elle se fît, ce dont on est accusé a été, dit-on, commis.
cui diligentiae praeesse apud nos iure consulti existimantur. ac iuridicialis quidem ipsa et in duas tribuitur partes, absolutam et adsumptivam. absoluta est, quae ipsa in se continet iuris et iniuriae quae- stionem; adsumptiva, quae ipsa ex se nihil dat firmi ad recusationem, foris autem aliquid defensionis ad- sumit. eius partes sunt quattuor, concessio, remotio criminis, relatio criminis, conparatio. concessio est, cum reus non id, quod factum est, defendit, sed ut ignoscatur, postulat. haec in duas partes dividitur, purgationem et deprecationem. purgatio est, cum fac- tum conceditur, culpa removetur. haec partes habet tres, inprudentiam, casum, necessitatem. deprecatio est, cum et peccasse et consulto peccasse reus se con- fitetur et tamen, ut ignoscatur, postulat; quod genus perraro potest accidere. remotio criminis est, cum id crimen, quod infertur, ab se et ab sua culpa et potestate in alium reus removere conatur. id dupliciter fieri pot- erit, si aut causa aut factum in alium transferetur. causa transferetur, cum aliena dicitur vi et potestate fac- tum, factum autem, cum alius aut debuisse aut potuisse facere dicitur. relatio criminis est, cum ideo iure fac- tum dicitur, quod aliquis ante iniuria lacessierit. con- paratio est, cum aliud aliquid factum rectum aut utile contenditur, quod ut fieret, illud, quod arguitur, dicitur esse commissum.
Dans le quatrième état, que nous nommons translatif, la controverse propre à cet état a lieu lorsqu’on cherche qui doit agir, ou contre qui, ou de quelle manière, ou devant qui, ou selon quel droit, ou en quel temps il faut agir, ou en somme lorsqu’il s’agit de quelque changement ou affaiblissement de l’action. Hermagoras est tenu pour l’inventeur de cet état, non que les anciens orateurs, nombreux, ne s’en soient souvent servis, mais parce que les auteurs de traités qui l’ont précédé ne l’ont pas remarqué ni rangé au nombre des états. Mais, après qu’il l’eut découvert, beaucoup l’ont repris; et ceux-là, nous pensons que ce n’est pas tant l’ignorance qui les trompe (car la chose est manifeste) que l’envie et une certaine malveillance qui les entrave. Nous avons donc exposé les états et leurs parties; quant aux exemples de chaque genre, nous paraîtrons les exposer plus à propos lorsque, pour chacun d’eux, nous fournirons l’abondance des arguments; car la méthode d’argumentation sera plus claire lorsqu’elle pourra aussitôt s’adapter et au genre et à l’exemple de la cause.
In quarta constitutione, quam translativam nomi- namus, eius constitutionis est controversia, cum aut quem aut quicum aut quomodo aut apud quos aut quo iure aut quo tempore agere oporteat, quaeritur aut omnino aliquid de commutatione aut infirmatione actionis agitur. huius constitutionis Hermagoras in- ventor esse existimatur, non quo non usi sint ea veteres oratores saepe multi, sed quia non animadverte- runt artis scriptores eam superiores nec rettulerunt in numerum constitutionum. post autem ab hoc inventam multi reprehenderunt, quos non tam inprudentia falli putamus (res enim perspicua est) quam invidia atque obtrectatione quadam inpediri. Et constitutiones quidem et earum partes exposui- mus, exempla autem cuiusque generis tum commodius exposituri videamur, cum in unum quodque eorum argumentorum copiam dabimus; nam argumentandi ratio dilucidior erit, cum et ad genus et ad exemplum causae statim poterit accommodari.
Une fois l’état de la cause trouvé, il convient de considérer aussitôt si la cause est simple ou jointe; et si elle est jointe, si elle l’est par plusieurs questions ou par quelque comparaison. Elle est simple lorsqu’elle renferme en elle une seule question absolue, de cette manière: déclarons-nous la guerre aux Corinthiens, ou non? Elle est jointe de plusieurs questions lorsqu’on en cherche plusieurs, de cette façon: faut-il détruire Carthage, ou la rendre aux Carthaginois, ou y conduire une colonie? Elle l’est par comparaison lorsqu’on cherche, par opposition, ce qui vaut le mieux ou ce qui vaut le plus, de cette manière: faut-il envoyer une armée en Macédoine contre Philippe, pour secourir les alliés, ou la retenir en Italie, afin d’avoir les plus grandes forces possibles contre Hannibal? Ensuite il faut considérer si la controverse porte sur le raisonnement ou sur le texte; car la controverse de texte est celle qui naît du genre de la rédaction. Or les genres de cette controverse, qui sont distincts des états, sont au nombre de cinq. Car tantôt les mots mêmes paraissent en désaccord avec l’intention de celui qui a écrit, tantôt deux lois ou davantage se contredisent entre elles, tantôt ce qui est écrit signifie deux choses ou davantage, tantôt de ce qui est écrit on tire quelque chose d’autre qui n’est pas écrit, tantôt l’on cherche, comme dans l’état définitif, en quoi réside la force d’un mot. C’est pourquoi nous nommons le premier genre celui du texte et de l’intention, le deuxième celui des lois contraires, le troisième l’ambigu, le quatrième le rai-
Constitutione causae reperta statim placet conside- rare, utrum causa sit simplex an iuncta; et si iuncta erit, utrum sit ex pluribus quaestionibus iuncta an ex aliqua conparatione. simplex est, quae absolutam in se continet unam quaestionem, hoc modo: Corinthiis bellum indicamus an non? coniuncta ex pluribus quaestionibus, in qua plura quaeruntur, hoc pacto: utrum Carthago diruatur an Carthaginiensibus redda- tur an eo colonia deducatur. ex conparatione, in qua per contentionem, utrum potius aut quid potissimum sit, quaeritur, ad hunc modum: utrum exercitus in Mace- doniam contra Philippum mittatur, qui sociis sit auxilio, an teneatur in Italia, ut quam maximae contra Hannibalem copiae sint. Deinde considerandum est, in ratione an in scripto sit controversia; nam scripti controversia est ea, quae ex scriptionis genere nascitur. eius autem genera, quae separata sunt a constitutionibus, quinque sunt. nam tum verba ipsa videntur cum sententia scriptoris dissidere, tum inter se duae leges aut plures discre- pare, tum id, quod scriptum est, duas aut plures res significare, tum ex eo, quod scriptum est, aliud, quod non scriptum est, inveniri, tum vis verbi quasi in de- finitiva constitutione, in quo posita sit, quaeri. quare primum genus de scripto et sententia, secundum ex contrariis legibus, tertium ambiguum, quartum ratio-
sonnement par déduction, le cinquième le définitif. Or il y a raisonnement lorsque toute la question ne consiste pas dans le texte, mais dans quelque argumentation. Et alors, le genre de la cause considéré, l’état reconnu, une fois que tu auras compris si elle est simple ou jointe et que tu auras vu si elle comporte une controverse de texte ou de raisonnement, il faudra voir ensuite quelle est la question, quel est le motif, quel est le point à juger, quel est le fondement de la cause: toutes choses qui doivent procéder de l’état. La question est cette controverse qui naît de l’affrontement des causes, de cette manière: tu ne l’as pas fait de plein droit; je l’ai fait de plein droit. Or l’affrontement des causes est celui dans lequel consiste l’état. C’est de là donc que naît la controverse que nous appelons question, à savoir: l’a-t-il fait de plein droit? Le motif est ce qui soutient la cause, et qui, s’il était ôté, ne laisserait dans la cause aucune controverse, de cette manière — pour nous en tenir, à fin d’instruction, à un exemple facile et répandu —: si Oreste était accusé de matricide, à moins qu’il ne dise: « Je l’ai fait de plein droit, car elle avait tué mon père », il n’a pas de défense; et, ce motif ôté, toute la controverse serait ôtée aussi. Le motif de cette cause est donc qu’elle a tué Agamemnon. Le point à juger est la controverse qui naît de l’affaiblissement et de la confirmation du motif. Car supposons que nous soit exposé le motif que nous venons d’exposer: « Elle avait, dit-il, tué mon père »; « mais, répliquera l’adversaire, il ne fallait pas que la mère fût mise à mort par toi, son fils; car son acte pouvait être puni sans ton crime ». De cette réfutation du motif naît cette controverse suprême que nous appelons le point à juger. Elle est de cette sorte: était-il juste que la mère fût tuée par Oreste, puisqu’elle avait tué le père d’Oreste?
cinativum, quintum definitivum nominamus. ratio est autem, cum omnis quaestio non in scriptione, sed in aliqua argumentatione consistit. Ac tum, considerato genere causae, cognita con- stitutione, cum simplexne an iuncta sit intellexeris et scripti an rationis habeat controversiam videris, dein- ceps erit videndum, quae quaestio, quae ratio, quae iudicatio, quod firmamentum causae sit; quae omnia a constitutione proficiscantur oportet. quaestio est ea, quae ex conflictione causarum gignitur controversia, hoc modo: non iure fecisti; iure feci. causarum autem est conflictio, in qua constitutio constat. ex ea igitur nascitur controversia, quam quaestionem dicimus, haec: iurene fecerit? ratio est ea, quae continet cau- sam, quae si sublata sit, nihil in causa controversiae relinquatur, hoc modo, ut docendi causa in facili et pervulgato exemplo consistamus: Orestes si accusetur matricidii, nisi hoc dicat iure feci; illa enim patrem meum occiderat, non habet defensionem. qua ratione sublata omnis controversia quoque sublata sit. ergo eius causae ratio est, quod illa Agamemnonem occi- derit. iudicatio est, quae ex infirmatione et confirma- tione rationis nascitur controversia. nam sit ea nobis exposita ratio, quam paulo ante exposuimus: illa enim meum, inquit, patrem occiderat: at non, inquiet ad- versarius, abs te filio matrem necari oportuit; potuit enim sine tuo scelere illius factum puniri. ex hac de- ductione rationis illa summa nascitur controversia, quam iudicationem appellamus. ea est huiusmodi: rec- tumne fuerit ab Oreste matrem occidi, cum illa Orestis patrem occidisset.
Le fondement est l’argumentation la plus solide du défenseur et la plus appropriée au point à juger: comme si Oreste voulait dire que les dispositions de sa mère envers son père, envers lui-même et ses sœurs, envers le royaume, envers la renommée de la race et de la famille, furent telles que ses enfants, plus que tous autres, durent tirer vengeance d’elle. Et dans les autres états, à vrai dire, les points à juger se trouvent de cette manière; mais dans l’état conjectural, parce qu’il n’y a pas de motif — car le fait n’est pas concédé —, le point à juger ne peut naître d’une réfutation du motif. C’est pourquoi il est nécessaire que la question et le point à juger soient les mêmes: il l’a fait, il ne l’a pas fait, l’a-t-il fait? Or autant il y aura d’états ou de parties d’états dans une cause, autant il sera nécessaire d’y trouver de questions, de motifs, de points à juger et de fondements. Alors, toutes ces choses trouvées dans la cause, il faut enfin considérer chacune des parties de la cause tout entière. Car ce n’est pas dans l’ordre où chaque chose doit être dite d’abord qu’il faut, semble-t-il, y prendre garde d’abord; parce que ces choses qui se disent les premières, si tu veux fortement qu’elles s’accordent et tiennent avec la cause, il faut que tu les tires de celles qui doivent être dites après. C’est pourquoi, une fois que le point à juger, et les arguments qu’il faut trouver pour le point à juger, auront été soigneusement découverts par l’art et travaillés avec soin et réflexion, alors enfin il faut ordonner les autres parties du discours. Ces parties nous paraissent être au nombre de six en tout: l’exorde, la narration, la division, la confirmation, la réfutation, la conclusion. Maintenant, puisque l’exorde doit venir en premier, nous donnerons nous aussi d’abord les préceptes sur la manière d’entrer en matière.
firmamentum est firmissima argu- mentatio defensoris et appositissima ad iudicationem: ut si velit Orestes dicere eiusmodi animum matris suae fuisse in patrem suum, in se ipsum ac sorores, in regnum, in famam generis et familiae, ut ab ea poenas liberi sui potissimum petere debuerint. Et in ceteris quidem constitutionibus ad hunc modum iudicationes reperiuntur; in coniecturali autem constitutione, quia ratio non est—factum enim non conceditur—, non potest ex deductione rationis nasci iudicatio. quare ne- cesse est eandem esse quaestionem et iudicationem: factum est, non est factum, factumne sit? quot autem in causa constitutiones aut earum partes erunt, totidem necesse erit quaestiones, rationes, iudicationes, firma- menta reperire. Tum his omnibus in causa repertis denique sin- gulae partes totius causae considerandae sunt. nam non ut quidque dicendum primum est, ita primum animad- vertendum videtur; ideo quod illa, quae prima dicun- tur, si vehementer velis congruere et cohaerere cum causa, ex iis ducas oportet, quae post dicenda sunt. quare cum iudicatio et ea, quae ad iudicationem oportet argumenta inveniri, diligenter erunt artificio reperta, cura et cogitatione pertractata, tum denique ordinandae sunt ceterae partes orationis. eae partes sex esse om- nino nobis videntur: exordium, narratio, partitio, con- firmatio, reprehensio, conclusio. Nunc quoniam exordium princeps debet esse, nos quoque primum in rationem exordiendi praecepta da- bimus.
L’exorde est un discours qui dispose convenablement l’esprit de l’auditeur au reste de l’exposé: ce qui arrivera s’il l’a rendu bienveillant, attentif et docile. C’est pourquoi celui qui voudra bien entrer dans sa cause devra nécessairement en reconnaître d’abord avec soin le genre. Les genres de causes sont au nombre de cinq: l’honorable, l’extraordinaire, l’humble, l’ambigu, l’obscur. Le genre honorable de cause est celui à qui l’esprit de l’auditeur accorde aussitôt sa faveur, sans aucun discours de notre part; l’extraordinaire, celui dont l’esprit de ceux qui écouteront est détourné; l’humble, celui qui est négligé par l’auditeur et qui ne paraît pas devoir retenir grandement l’attention; l’ambigu, celui où ou bien le point à juger est douteux, ou bien la cause participe à la fois de l’honnêteté et de la honte, en sorte qu’elle engendre et bienveillance et défaveur; l’obscur, celui où ou bien les auditeurs sont lents, ou bien la cause est embarrassée d’affaires plus difficiles à comprendre. C’est pourquoi, puisque les genres de causes sont si divers, il faut nécessairement entrer en matière par une méthode différente en chacun d’eux. L’exorde se divise donc en deux parties: le début et l’insinuation. Le début est un discours qui rend clairement et sur-le-champ l’auditeur bienveillant, ou docile, ou attentif. L’insinuation est un discours qui, par une certaine dissimulation et par des détours, se glisse obscurément dans l’esprit de l’auditeur.
Exordium est oratio animum auditoris idonee com- parans ad reliquam dictionem: quod eveniet, si eum benivolum, attentum, docilem confecerit. quare qui bene exordiri causam volet, eum necesse est genus suae causae diligenter ante cognoscere. Genera causarum quinque sunt: honestum, admirabile, humile, anceps, obscurum. honestum causae genus est, cui statim sine oratione nostra favet auditoris animus; admirabile, a quo est alienatus animus eorum, qui audituri sunt; humile, quod neglegitur ab auditore et non magno opere adtendendum videtur; anceps, in quo aut iudicatio dubia est aut causa et honestatis et turpitudinis parti- ceps, ut et benivolentiam pariat et offensionem; obscu- rum, in quo aut tardi auditores sunt aut difficilioribus ad cognoscendum negotiis causa est implicata. quare cum tam diversa sint genera causarum, exordiri quo- que dispari ratione in uno quoque genere necesse est. igitur exordium in duas partes dividitur, in principium et insinuationem. principium est oratio perspicue et protinus perficiens auditorem benivolum aut docilem aut attentum. insinuatio est oratio quadam dissimu- latione et circumitione obscure subiens auditoris animum.
Dans le genre extraordinaire de cause, si les auditeurs ne sont pas tout à fait hostiles, il sera permis de gagner la bienveillance par le début. Mais s’ils sont fortement détournés, il sera nécessaire de recourir à l’insinuation. Car si l’on demande ouvertement la paix et la bienveillance à des gens irrités, non seulement on ne les obtient pas, mais la haine s’en accroît et s’en enflamme. Dans le genre humble de cause, il est nécessaire, pour écarter le mépris, de rendre l’auditeur attentif. Le genre ambigu de cause, s’il a un point à juger douteux, c’est par le point à juger même qu’il faut commencer. Mais s’il tient en partie de la honte, en partie de l’honnêteté, il conviendra de chercher à capter la bienveillance, afin que la cause paraisse reportée dans le genre honorable. Mais lorsque le genre de la cause sera honorable, ou bien l’on pourra omettre le début, ou bien, si cela convient, nous commencerons par la narration, ou par la loi, ou par quelque très solide motif de notre exposé; mais s’il plaît d’user d’un début, il faut user des moyens propres à la bienveillance, afin que ce qui est déjà soit accru. Dans le genre obscur de cause, il faudra, par le début, rendre les auditeurs dociles. Maintenant, puisqu’on a dit quelles choses il faut accomplir par l’exorde, il reste à montrer par quels moyens chacune de ces choses peut s’accomplir.
In admirabili genere causae, si non omnino infesti auditores erunt, principio benivolentiam conparare li- cebit. sin erunt vehementer abalienati, confugere ne- cesse erit ad insinuationem. nam ab iratis si perspicue pax et benivolentia petitur, non modo ea non inve- nitur, sed augetur atque inflammatur odium. in humili autem genere causae contemptionis tollendae causa ne- cesse est attentum efficere auditorem. anceps genus causae si dubiam iudicationem habebit, ab ipsa iudi- catione exordiendum est. sin autem partem turpitu- dinis, partem honestatis habebit, benivolentiam captare oportebit, ut in genus honestum causa translata vi- deatur. cum autem erit honestum causae genus, vel praeteriri principium poterit vel, si commodum fuerit, aut a narratione incipiemus aut a lege aut ab aliqua firmissima ratione nostrae dictionis; sin uti prin- cipio placebit, benivolentiae partibus utendum est, ut id, quod est, augeatur. in obscuro causae genere per principium dociles auditores efficere oportebit. Nunc quoniam quas res exordio conficere oporteat dictum est, reliquum est, ut ostendatur, quibus quae- que rationibus res confici possit.
La bienveillance se gagne à partir de quatre lieux: à partir de notre personne, de celle des adversaires, de celle des juges, et de la cause. À partir de la nôtre, si nous parlons de nos actes et de nos services sans arrogance; si nous dissipons les griefs portés et les soupçons peu honorables qu’on a jetés sur nous; si nous mettons en avant les revers qui nous sont arrivés ou les difficultés qui nous menacent; si nous usons de la prière et d’une supplication humble et suppliante. À partir de celle des adversaires, si nous les amenons soit à la haine, soit à l’envie, soit au mépris. On les conduira à la haine si l’on met en avant quelque acte d’eux honteux, orgueilleux, cruel, malveillant; à l’envie, si l’on met en avant leur force, leur puissance, leurs richesses, leur parenté d’argent, et l’usage arrogant et intolérable qu’ils en font, en sorte qu’ils paraissent se fier à ces choses plutôt qu’à leur cause; on les amènera au mépris si l’on met en avant leur indolence, leur négligence, leur lâcheté, leur application paresseuse et leur oisiveté voluptueuse. À partir de la personne des auditeurs, on captera la bienveillance si l’on met en avant les actes qu’ils ont accomplis avec courage, sagesse, douceur, sans qu’aucune flatterie excessive ne se marque, et si l’on montre quelle honorable estime on a d’eux et quelle grande attente s’attache à leur jugement et à leur autorité; à partir des choses, si nous exaltons notre cause par la louange et abaissons celle des adversaires par le mépris.
Benivolentia quattuor ex locis comparatur: ab nostra, ab adversariorum, ab iudicum persona, a causa. ab nostra, si de nostris factis et officiis sine arrogantia dicemus; si crimina inlata et aliquas minus honestas suspiciones iniectas diluemus; si, quae incommoda acci- derint aut quae instent difficultates, proferemus; si prece et obsecratione humili ac supplici utemur. ab ad- versariorum autem, si eos aut in odium aut in invidiam aut in contemptionem adducemus. in odium ducentur, si quod eorum spurce, superbe, crudeliter, malitiose factum proferetur; in invidiam, si vis eorum, potentia, divitiae, cognatio pecuniae proferentur atque eorum usus arrogans et intolerabilis, ut his rebus magis vi- deantur quam causae suae confidere; in contemp- tionem adducentur, si eorum inertia, neglegentia, igna- via, desidiosum studium et luxuriosum otium profe- retur. ab auditorum persona benivolentia captabitur, si res ab iis fortiter, sapienter, mansuete gestae profe- rentur, ut ne qua assentatio nimia significetur, si de iis quam honesta existimatio quantaque eorum iudicii et auctoritatis exspectatio sit ostendetur; ab rebus, si nostram causam laudando extollemus, adversariorum causam per contemptionem deprimemus.
Nous rendrons les auditeurs attentifs si nous montrons que ce que nous allons dire est important, nouveau, incroyable, ou bien que cela touche ou à tous, ou à ceux qui écouteront, ou à quelques hommes illustres, ou aux dieux immortels, ou au souverain intérêt de la république; et si nous promettons de démontrer brièvement notre cause, et si nous exposons le point à juger, ou les points à juger s’ils sont plusieurs. Nous rendrons les auditeurs dociles si nous exposons ouvertement et brièvement le sommaire de la cause, c’est-à-dire ce en quoi consiste la controverse. Car, lorsqu’on veut rendre l’auditeur docile, il faut en même temps le rendre attentif. Car celui-là est le plus docile qui est disposé à écouter avec la plus grande attention. Maintenant il convient de dire ensuite comment il faut traiter les insinuations. Il faut donc user de l’insinuation lorsque le genre de cause est extraordinaire, c’est-à-dire, comme nous l’avons dit plus haut, lorsque l’esprit de l’auditeur est hostile. Or cela se produit surtout par trois causes: ou bien il y a dans la cause même quelque honte, ou bien ceux qui ont parlé avant paraissent avoir déjà persuadé quelque chose à l’auditeur, ou bien le moment de parler est donné quand ceux qu’il faut écouter sont déjà las d’avoir écouté. Car par cette raison aussi, non moins que par les deux premières, l’esprit de l’auditeur se trouve parfois indisposé contre l’orateur.
Attentos autem faciemus, si demonstrabimus ea, quae dicturi erimus, magna, nova, incredibilia esse, aut ad omnes aut ad eos, qui audient, aut ad aliquos inlustres ho- mines aut ad deos inmortales aut ad summam rem pu- blicam pertinere; et si pollicebimur nos brevi nostram causam demonstraturos atque exponemus iudica- tionem aut iudicationes, si plures erunt. Dociles audi- tores faciemus, si aperte et breviter summam causae exponemus, hoc est, in quo consistat controversia. nam et, cum docilem velis facere, simul attentum facias oportet. nam is est maxime docilis, qui attentissime est paratus audire. Nunc insinuationes quemadmodum tractari con- veniat, deinceps dicendum videtur. insinuatione igitur utendum est, cum admirabile genus causae est, hoc est, ut ante diximus, cum animus auditoris infestus est. id autem tribus ex causis fit maxime: si aut inest in ipsa causa quaedam turpitudo aut ab iis, qui ante dixerunt, iam quiddam auditori persuasum videtur aut eo tempore locus dicendi datur, cum iam illi, quos audire oportet, defessi sunt audiendo. nam ex hac quoque re non minus quam ex primis duabus in oratore nonnumquam animus auditoris offenditur.
Si c’est la honte de la cause qui attire la défaveur, il faut ou bien, à la place de l’homme contre qui l’on s’indigne, interposer un autre homme qui soit aimé; ou bien, à la place de la chose contre laquelle on s’indigne, une autre chose qui soit approuvée; ou un homme à la place d’une chose, ou une chose à la place d’un homme, afin que l’esprit de l’auditeur soit détourné de ce qu’il hait vers ce qu’il aime; et dissimuler que tu vas défendre ce qu’on pense que tu défendras; puis, lorsque l’auditeur sera déjà devenu plus doux, entrer pas à pas dans la défense et dire que ce dont s’indignent les adversaires te paraît à toi aussi indigne; puis, lorsque tu auras adouci celui qui écoute, montrer que rien de tout cela ne te concerne, et nier que tu vas rien dire des adversaires, ni ceci ni cela, en sorte que tu ne blesses pas ouvertement ceux qui sont aimés, et que pourtant, le faisant obscurément, autant que tu le peux, tu détournes d’eux la faveur des auditeurs; et alléguer, sur une affaire semblable, le jugement de quelques-uns ou une autorité digne d’imitation; puis montrer que la même affaire, ou une affaire toute pareille, ou plus grande, ou moindre, se traite présentement.
Si causae turpitudo contrahit offensionem, aut pro eo homine, in quo offenditur, alium hominem, qui dili- gitur, interponi oportet; aut pro re, in qua offenditur, aliam rem, quae probatur; aut pro re hominem aut pro homine rem, ut ab eo, quod odit, ad id, quod diligit, auditoris animus traducatur; et dissimulare te id defensurum, quod existimeris; deinde, cum iam mi- tior factus erit auditor, ingredi pedetemptim in defen- sionem et dicere ea, quae indignentur adversarii, tibi quoque indigna videri; deinde, cum lenieris eum, qui audiet, demonstrare, nihil eorum ad te pertinere et ne- gare quicquam de adversariis esse dicturum, neque hoc neque illud, ut neque aperte laedas eos, qui diliguntur, et tamen id obscure faciens, quoad possis, alienes ab eis auditorum voluntatem; et aliquorum iudicium simili de re aut auctoritatem proferre imitatione dignam; deinde eandem aut consimilem aut maiorem aut minorem agi rem in praesenti demonstrare.
Mais si le discours des adversaires paraît avoir inspiré confiance aux auditeurs — ce qui sera facile à reconnaître pour celui qui comprend par quels moyens naît la confiance —, il faut ou bien promettre que tu parleras d’abord de ce que les adversaires auront cru le plus solide pour eux et que ceux qui écouteront auront le plus approuvé; ou bien commencer par le propos de l’adversaire, et de préférence par ce qu’il aura dit en tout dernier lieu; ou bien user d’hésitation, avec un air d’étonnement, sur ce que tu dois dire en premier ou sur le point auquel tu dois répondre de préférence. Car l’auditeur, lorsqu’il voit celui qu’il croyait troublé par le discours des adversaires prêt à parler en sens contraire avec une fermeté d’âme parfaite, juge le plus souvent qu’il a lui-même donné son assentiment à la légère plutôt que l’autre n’est confiant sans raison. Mais si la lassitude a détourné de la cause le zèle de l’auditeur, il est avantageux de promettre que tu parleras plus brièvement que tu n’y étais préparé, que tu n’imiteras pas l’adversaire. Et si l’affaire le permet, il n’est pas inutile de commencer par quelque chose de nouveau ou de plaisant, soit né du moment, comme un bruit, une acclamation, soit déjà tout prêt, qui renferme un apologue, une fable, ou quelque raillerie; ou bien, si la dignité de l’affaire ôte la faculté de plaisanter, il n’est pas malséant de jeter aussitôt quelque chose de triste, de nouveau, d’effrayant. Car, de même que la satiété et le dégoût de la nourriture se soulagent par quelque chose d’un peu amer ou s’adoucissent par quelque chose de doux, de même l’esprit las d’écouter ou se renouvelle par l’étonnement, ou se ranime par le rire. Et, séparément, voilà à peu près ce qui semblait devoir être dit du début et de l’insinuation: maintenant il paraît qu’il faut donner brièvement quelque précepte commun à l’un et à l’autre. L’exorde doit avoir le plus de pensées et de gravité, et renfermer en lui en somme tout ce qui appartient à la dignité, parce qu’il faut faire au mieux ce qui recommande le plus l’orateur à l’auditeur; et le moins possible d’éclat, d’agrément et d’élégance recherchée, parce que de là naît un certain soupçon d’apprêt et d’application artificieuse, qui ôte surtout au discours sa crédibilité, à l’orateur son autorité.
Sin oratio adversariorum fidem videbitur auditoribus fecisse—id quod ei, qui intellegit, quibus rebus fides fiat, facile erit cognitu— oportet aut de eo, quod adversarii firmissimum sibi pu- tarint et maxime ii, qui audient, probarint, primum te dicturum polliceri, aut ab adversarii dicto exordiri et ab eo potissimum, quod ille nuperrime dixerit, aut du- bitatione uti, quid primum dicas aut cui potissimum loco respondeas, cum admiratione. nam auditor cum eum, quem adversarii perturbatum putat oratione, vi- det animo firmissimo contra dicere paratum, plerum- que se potius temere assensisse quam illum sine causa confidere arbitratur. Sin auditoris studium defatigatio abalienavit a causa, te brevius, quam paratus fueris, esse dicturum commodum est polliceri; non imitaturum adversarium. sin res dabit, non inutile est ab aliqua re nova aut ridicula incipere aut ex tempore quae nata sit, quod genus strepitu, acclamatione; aut iam parata, quae vel apologum vel fabulam vel aliquam contineat inrisionem; aut si rei dignitas adimet iocandi facul- tatem, aliquid triste, novum, horribile statim non in- commodum est inicere. nam, ut cibi satietas et fasti- dium aut subamara aliqua re relevatur aut dulci miti- gatur, sic animus defessus audiendo aut admiratione integratur aut risu novatur. Ac separatim quidem, quae de principio et de insi- nuatione dicenda videbantur, haec fere sunt: nunc quiddam brevi communiter de utroque praecipiendum videtur. Exordium sententiarum et gravitatis plurimum debet habere et omnino omnia, quae pertinent ad dignitatem, in se continere, propterea quod id optime faciendum est, quod oratorem auditori maxime commendat; splendoris et festivitatis et concinnitudinis minimum, propterea quod ex his suspicio quaedam apparationis atque artificiosae diligentiae nascitur, quae maxime orationi fidem, oratori adimit auctoritatem.
Voici les défauts les plus certains des exordes, qu’il faudra à tout prix éviter: le banal, le commun, l’interchangeable, le long, le détaché, le déplacé, le contraire aux préceptes. Banal est ce qui peut s’adapter à plusieurs causes, en sorte qu’il paraisse leur convenir. Commun, ce qui peut convenir tout aussi bien à ce parti de la cause qu’au parti contraire. Interchangeable, ce que l’adversaire peut, en le modifiant légèrement, retourner du parti contraire. Long, ce qui se prolonge en plus de mots ou de pensées qu’il n’est suffisant. Détaché, ce qui n’est pas tiré de la cause même ni rattaché au discours comme quelque membre. Déplacé, ce qui accomplit autre chose que ne le demande le genre de la cause: comme si l’on rendait l’auditeur docile alors que la cause réclame la bienveillance, ou si l’on usait du début alors que l’affaire réclame l’insinuation. Contraire aux préceptes, ce qui n’accomplit rien de ce en vue de quoi se transmettent les préceptes sur les exordes; c’est-à-dire ce qui ne rend l’auditeur ni bienveillant, ni attentif, ni docile, ou — ce dont rien assurément n’est pire — fait que le contraire arrive. Et sur l’exorde, en voilà assez dit.
Vitia vero haec sunt certissima exordiorum, quae summo opere vitare oportebit: vulgare, commune, com- mutabile, longum, separatum, translatum, contra prae- cepta. vulgare est, quod in plures causas potest accom- modari, ut convenire videatur. commune, quod nihilo minus in hanc quam in contrariam partem causae potest convenire. commutabile, quod ab adversario potest leviter mutatum ex contraria parte dici. longum est, quod pluribus verbis aut sententiis ultra quam satis est producitur. separatum, quod non ex ipsa causa ductum est nec sicut aliquod membrum adnexum orationi. translatum est, quod aliud conficit, quam causae genus postulat: ut si qui docilem faciat auditorem, cum beni- volentiam causa desideret, aut si principio utatur, cum insinuationem res postulet. contra praecepta est, quod nihil eorum efficit, quorum causa de exordiis praecepta traduntur; hoc est, quod eum, qui audit, neque beni- volum neque attentum neque docilem efficit, aut, quo nihil profecto peius est, ut contra sit, facit. Ac de exordio quidem satis dictum est.
La narration est l’exposé de faits accomplis ou tenus pour accomplis. Il y a trois genres de narrations. Le premier genre est celui où sont contenus la cause elle-même et tout le fond de la controverse; le second, celui où s’interpose quelque digression hors de la cause, en vue soit d’accuser, soit d’établir une comparaison, soit de divertir d’une manière non étrangère à l’affaire dont il s’agit, soit d’amplifier. Le troisième genre est éloigné des causes civiles; on le dit et on l’écrit pour le plaisir, avec un exercice qui n’est pas inutile. Ses parties sont au nombre de deux, dont l’une porte surtout sur les affaires, l’autre sur les personnages. Celle qui consiste en l’exposé d’affaires a trois parties: la fable, l’histoire, l’argument. La fable est celle où sont contenues des choses ni vraies ni vraisemblables, telle que celle-ci: « D’énormes serpents ailés, joints sous le joug. » L’histoire est un fait accompli, éloigné de la mémoire de notre âge; de ce genre: « Appius déclara la guerre aux Carthaginois. » L’argument est une chose feinte, qui pourtant aurait pu se faire. De ce genre, chez Térence: « Car lui, après qu’il fut sorti de l’enfance, Sosie… » Quant à cette narration qui porte sur les personnages, elle est telle qu’on y peut discerner, en même temps que les faits eux-mêmes, les propos et les sentiments des personnages, de cette manière: « Il venait souvent à moi en criant: Que fais-tu, Micion? Pourquoi nous perds-tu ce jeune homme? Pourquoi aime-t-il? Pourquoi boit-il? Pourquoi lui fournis-tu, toi, de quoi y suffire, et lui permets-tu trop de dépense en habits? Tu es par trop sot. » « Lui-même est par trop dur, au-delà du juste et du bien. » Dans ce genre de narration doit se trouver beaucoup d’agrément, composé de la variété des choses, de la diversité des sentiments, de la gravité, de la douceur, de l’espérance, de la crainte, du soupçon, du désir, de la dissimulation, de l’erreur, de la pitié, du revirement de fortune, du malheur inespéré, de la joie soudaine, de l’heureux dénouement des choses. Mais ces ornements seront empruntés à ce que l’on enseignera plus tard sur l’élocution.
Narratio est rerum gestarum aut ut gestarum expo- sitio. narrationum genera tria sunt: unum genus est, in quo ipsa causa et omnis ratio controversiae con- tinetur; alterum, in quo digressio aliqua extra causam aut criminationis aut similitudinis aut delectationis non alienae ab eo negotio, quo de agitur, aut amplificationis causa interponitur. tertium genus est remotum a civi- libus causis, quod delectationis causa non inutili cum exercitatione dicitur et scribitur. eius partes sunt duae, quarum altera in negotiis, altera in personis maxime versatur. ea, quae in negotiorum expositione posita est, tres habet partes: fabulam, historiam, argumen- tum. fabula est, in qua nec verae nec veri similes res continentur, cuiusmodi est: Angues ingentes alites, iuncti iugo historia est gesta res, ab aetatis nostrae memoria remota; quod genus: Appius indixit Cartha- giniensibus bellum. argumentum est ficta res, quae tamen fieri potuit. huiusmodi apud Terentium: Nam is postquam excessit ex ephebis, Sosia illa autem narratio, quae versatur in personis, eiusmodi est, ut in ea simul cum rebus ipsis personarum sermones et animi perspici possint, hoc modo: Venit ad me saepe clam it ans: Quid agis, Micio? Cur perdis adulescentem nobis? cur amat? Cur potat? cur tu his rebus sumptum suggeris, Vestitu nimio indulges? nimium ineptus es. Nimium ipse est durus praeter aequumque et bonum. hoc in genere narrationis multa debet inesse festivitas, confecta ex rerum varietate, animorum dissimilitudine, gravitate, lenitate, spe, metu, suspicione, desiderio, dissimulatione, errore, misericordia, fortunae commu- tatione, insperato incommodo, subita laetitia, iucundo exitu rerum. verum haec ex iis, quae postea de elocu- tione praecipientur, ornamenta sumentur.
Maintenant il semble qu’il faille parler de cette narration qui renferme l’exposé de la cause. Il convient donc qu’elle ait trois qualités: être brève, claire, vraisemblable. Elle sera brève si l’on prend le commencement là où il est nécessaire et non en remontant au plus lointain; et si, lorsqu’il aura suffi d’en dire le sommaire, on n’en dit pas les détails — car souvent il suffit de dire ce qui a été fait, sans raconter de quelle manière cela s’est fait —, et si l’on ne va pas, dans la narration, plus loin qu’il n’est besoin, et si l’on ne passe à aucune autre matière; et si l’on parle de telle sorte que parfois, de ce qui a été dit, on comprenne ce qui n’a pas été dit; et si l’on omet non seulement ce qui nuit, mais aussi ce qui ne nuit ni n’aide; et si chaque chose n’est dite qu’une fois; et si l’on ne recommence pas par où l’on venait tout juste de finir. Et beaucoup se laissent tromper par l’imitation de la brièveté, en sorte que, se croyant brefs, ils sont des plus longs: ils s’appliquent à dire beaucoup de choses en peu de mots, et non à dire en somme peu de choses, et pas plus qu’il n’est nécessaire. Car à la plupart il paraît parler brièvement, celui qui parle ainsi: « Je m’approchai de la maison. J’appelai l’esclave. Il répondit. Je demandai le maître. Il dit qu’il n’était pas chez lui. » Ici, bien qu’il n’eût pu dire tant de choses plus brièvement, il devient pourtant long par la multitude des choses, parce qu’il eût suffi de dire: « Il dit qu’il n’était pas chez lui. » C’est pourquoi, dans ce genre aussi, il faut éviter l’imitation de la brièveté, et se garder non moins de la multitude des choses non nécessaires que de celle des mots.
Nunc de narratione ea, quae causae continet ex- positionem, dicendum videtur. oportet igitur eam tres habere res: ut brevis, ut aperta, ut probabilis sit. Brevis erit, si, unde necesse est, inde initium sumetur et non ab ultimo repetetur, et si, cuius rei satis erit summam dixisse, eius partes non dicentur—nam saepe satis est, quid factum sit, dicere, ut ne narres, quemadmo- dum sit factum—, et si non longius, quam quo opus est, in narrando procedetur, et si nullam in rem aliam transibitur; et si ita dicetur, ut nonnumquam ex eo, quod dictum est, id, quod non est dictum, intellegatur; et si non modo id, quod obest, verum etiam id, quod nec obest nec adiuvat, praeteribitur; et si semel unum quicque dicetur; et si non ab eo, quo in proxime desi- tum erit, deinceps incipietur. ac multos imitatio brevi- tatis decipit, ut, cum se breves putent esse, longissimi sint; cum dent operam, ut res multas brevi dicant, non ut omnino paucas res dicant et non plures, quam ne- cesse sit. nam plerisque breviter videtur dicere, qui ita dicit: Accessi ad aedes. puerum vocavi. respondit. quaesivi dominum. domi negavit esse. hic, tametsi tot res brevius non potuit dicere, tamen, quia satis fuit dixisse: domi negavit esse, fit rerum multitudine longus. quare hoc quoque in genere vitanda est bre- vitatis imitatio et non minus rerum non necessaria- rum quam verborum multitudine supersedendum est.
La narration pourra être claire si l’on expose d’abord ce qui a été fait d’abord, et si l’on garde l’ordre des choses et des temps, en sorte qu’elles soient racontées comme elles se sont faites ou comme elles paraîtront avoir pu se faire. Ici il faudra prendre garde de ne rien dire de confus, rien d’embrouillé, de ne passer à aucune autre matière, de ne pas remonter au plus lointain, de ne pas pousser jusqu’au plus extrême, de n’omettre rien qui touche à l’affaire; et, en somme, les préceptes donnés sur la brièveté doivent être observés dans ce genre aussi. Car souvent une chose est mal comprise par la longueur plus que par l’obscurité de la narration. Et il faut user aussi de mots clairs; mais de ce genre on parlera dans les préceptes sur l’élocution. La narration sera vraisemblable si l’on y voit paraître ce qui a coutume de se montrer dans la vérité; si l’on garde la dignité des personnages; si les causes des actes sont manifestes; si l’on voit qu’il y eut le moyen de les accomplir; si l’on montre qu’il y eut un temps convenable, assez d’espace, un lieu propice à l’affaire même dont on fait le récit; si l’on accommode les choses et à la nature de ceux qui agiront, et à l’usage commun, et à l’opinion de ceux qui écouteront. Et vraisemblable elle pourra l’être par ces moyens.
Aperta autem narratio poterit esse, si, ut quidque primum gestum erit, ita primum exponetur, et rerum ac temporum ordo servabitur, ut ita narrentur, ut gestae res erunt aut ut potuisse geri videbuntur. hic erit considerandum, ne quid perturbate, ne quid con- torte dicatur, ne quam in aliam rem transeatur, ne ab ultimo repetatur, ne ad extremum prodeatur, ne quid, quod ad rem pertineat, praetereatur; et omnino, quae praecepta de brevitate sunt, hoc quoque in ge- nere sunt conservanda. nam saepe res parum est in- tellecta longitudine magis quam obscuritate narra- tionis. ac verbis quoque dilucidis utendum est; quo de genere dicendum est in praeceptis elocutionis. Pro- babilis erit narratio, si in ea videbuntur inesse ea, quae solent apparere in veritate; si personarum dignitates servabuntur; si causae factorum exstabunt; si fuisse facultates faciundi videbuntur; si tempus idoneum, si spatii satis, si locus opportunus ad eandem rem, qua de re narrabitur, fuisse ostendetur; si res et ad eorum, qui agent, naturam et ad vulgi morem et ad eorum, qui audient, opinionem accommodabitur. Ac veri quidem similis ex his rationibus esse poterit:
Mais il faudra en outre prendre garde à ceci: que la narration ne s’interpose pas alors qu’elle nuit, ou qu’elle ne sert de rien; ou qu’on ne la fasse pas hors de sa place, ou autrement que la cause ne le demande. Elle nuit lorsque l’exposé même du fait accompli soulève une grande hostilité, qu’il faudra adoucir en argumentant et en plaidant la cause. Quand cela arrivera, il faudra disperser membre à membre les parties du fait à travers la cause, et les accommoder aussitôt chacune à son raisonnement, afin que le remède soit prêt pour la blessure et que la défense apaise sur-le-champ l’animosité. La narration ne sert de rien lorsque, la chose ayant été exposée par les adversaires, il ne nous importe en rien de la raconter de nouveau ou d’une autre manière; ou lorsque l’affaire est si bien saisie par ceux qui écoutent qu’il ne nous importe en rien de la leur enseigner d’une autre façon. Quand cela arrive, il faut se passer tout à fait de narration. Elle est dite hors de sa place lorsqu’elle n’est pas placée dans la partie du discours où la chose le demande; de ce genre nous traiterons lorsque nous parlerons de la disposition, car cela touche à la disposition. Elle n’est pas faite comme la cause le demande lorsque ou bien ce qui sert à l’adversaire est exposé avec clarté et ornement, ou bien ce qui nous aide nous-mêmes est dit obscurément et avec négligence. C’est pourquoi, pour éviter ce défaut, il faut tout tourner à l’avantage de sa cause, en omettant les choses contraires que l’on pourra omettre, en touchant légèrement celles qu’il faudra dire, et en racontant les siennes avec soin et clarté. Et sur la narration, en voilà assez dit; passons ensuite à la division.
illud autem praeterea considerare oportebit, ne, aut cum obsit narratio aut cum nihil prosit, tamen inter- ponatur; aut non loco aut non, quemadmodum causa postulet, narretur. obest tum, cum ipsius rei gestae expositio magnam excipit offensionem, quam argu- mentando et causam agendo leniri oportebit. quod cum accidet, membratim oportebit partes rei gestae disper- gere in causam et ad unam quamque confestim rationem accommodare, ut vulneri praesto medica- mentum sit et odium statim defensio mitiget. nihil prodest narratio tum, cum ab adversariis re exposita nostra nihil interest iterum aut alio modo narrare; aut ab iis, qui audiunt, ita tenetur negotium, ut nostra nihil intersit eos alio pacto docere. quod cum accidit, omnino narratione supersedendum est. non loco dici- tur, cum non in ea parte orationis conlocatur, in qua res postulat; quo de genere agemus tum, cum de dispo- sitione dicemus; nam hoc ad dispositionem pertinet. non, quemadmodum causa postulat, narratur, cum aut id, quod adversario prodest, dilucide et ornate expo- nitur aut id, quod ipsum adiuvat, obscure dicitur et neglegenter. quare, ut hoc vitium vitetur, omnia tor- quenda sunt ad commodum suae causae, contraria, quae praeteriri poterunt, praetereundo, quae dicenda erunt, leviter attingendo, sua diligenter et enodate narrando. Ac de narratione quidem satis dictum videtur; dein- ceps ad partitionem transeamus.
La division bien faite dans une cause rend tout le discours lumineux et clair. Ses parties sont au nombre de deux, dont chacune importe grandement à ouvrir la cause et à établir la controverse. Une partie est celle qui montre ce dont on convient avec les adversaires et ce qui reste en controverse; par elle quelque chose de déterminé est fixé à l’auditeur, sur quoi il doit tenir son esprit occupé. L’autre est celle où l’on pose un bref exposé, réparti, des choses dont nous allons parler; par elle il advient que l’auditeur tienne en son esprit des choses déterminées, et que, celles-ci une fois dites, il comprenne qu’on aura conclu. Maintenant il semble qu’il faille dire brièvement de quelle manière il convient d’user de l’un et l’autre genre de division. La division qui montre ce dont on convient ou ce dont on ne convient pas doit incliner ce dont on convient vers l’avantage de sa cause, de cette manière: « Que la mère ait été tuée par son fils, j’en conviens avec les adversaires. » De même à l’opposé: « Qu’Agamemnon ait été tué par Clytemnestre, on en convient. » Car ici l’un et l’autre a posé ce dont on convenait, et pourtant a pourvu à l’avantage de sa cause. Ensuite il faut poser ce qui fait l’objet de la controverse dans l’exposé du point à juger;
Recte habita in causa partitio inlustrem et per- spicuam totam efficit orationem. partes eius sunt duae, quarum utraque magno opere ad aperiendam causam et constituendam pertinet controversiam. una pars est, quae, quid cum adversariis conveniat et quid in controversia relinquatur, ostendit; ex qua certum quiddam destinatur auditori, in quo animum debeat habere occupatum. altera est, in qua rerum earum, de quibus erimus dicturi, breviter expositio ponitur distributa; ex qua conficitur, ut certas animo res te- neat auditor, quibus dictis intellegat fore peroratum. Nunc utroque genere partitionis quemadmodum con- veniat uti, breviter dicendum videtur. Quae partitio, quid conveniat aut quid non conveniat, ostendit, haec debet illud, quod convenit, inclinare ad suae causae commodum, hoc modo: interfectam matrem esse a filio convenit mihi cum adversariis. item contra: interfec- tum esse a Clytaemestra Agamemnonem convenit. nam hic uterque et id posuit, quod conveniebat, et tamen suae causae commodo consuluit. deinde, quid contro- versiae sit, ponendum est in iudicationis expositione;
comment celui-ci se trouve, on l’a dit plus haut. La division qui renferme un exposé réparti des choses doit avoir ces qualités: brièveté, complétude, petit nombre. Il y a brièveté lorsqu’on n’emprunte aucun mot sinon le nécessaire. Elle est utile dans ce genre pour cette raison que c’est par les choses mêmes et par les parties de la cause, non par les mots ni par des ornements étrangers, qu’il faut tenir l’esprit de l’auditeur. Il y a complétude lorsque, dans la division, nous embrassons tous les genres qui tombent dans la cause et dont il faut parler, afin que ne soit ni laissé de côté quelque genre utile, ni introduit, tard et hors de la division — ce qui est le plus vicieux et le plus honteux —, quelque genre. On garde le petit nombre dans la division si l’on pose les genres mêmes des choses sans les mêler confusément avec les parties. Car le genre est ce qui embrasse plusieurs parties, comme l’animal; la partie est ce qui est subordonné au genre, comme le cheval. Mais souvent la même chose est pour l’un genre, pour l’autre partie; car l’homme est partie de l’animal, mais genre pour les Thébains ou les Troyens. Cette description est introduite avec d’autant plus de soin que, le rapport des genres et des parties une fois clairement compris, on puisse garder dans la division le petit nombre des genres. Car celui qui divise ainsi: « Je montrerai que c’est par la convoitise, l’audace et l’avarice des adversaires que tous les malheurs sont survenus à la république », celui-là n’a pas compris que, ayant posé un genre dans la division, il y a mêlé une partie du genre. Car le genre de toutes les passions est sans nul doute la convoitise, et de ce genre la partie est sans doute l’ava-
quae quemadmodum inveniretur, ante dictum est. Quae partitio rerum distributam continet expositionem, haec habere debet: brevitatem, absolutionem, pauci- tatem. brevitas est, cum nisi necessarium nullum assu- mitur verbum. haec in hoc genere idcirco est utilis, quod rebus ipsis et partibus causae, non verbis neque extraneis ornamentis animus auditoris tenendus est. absolutio est, per quam omnia, quae incidunt in cau- sam, genera, de quibus dicendum est, amplectimur in partitione, ne aut aliquod genus utile relinquatur aut sero extra partitionem, id quod vitiosissimum ac tur- pissimum est, inferatur. paucitas in partitione serva- tur, si genera ipsa rerum ponuntur neque permixtim cum partibus implicantur. nam genus est, quod plures partes amplectitur, ut animal. pars est, quae subest generi, ut equus. sed saepe eadem res alii genus, alii pars est. nam homo animalis pars est, Thebani aut Troiani genus. haec ideo diligentius inducitur di- scriptio, ut aperta intellecta generum et partium ra- tione paucitas generum in partitione servari possit. nam qui ita partitur: ostendam propter cupiditatem et au- daciam et avaritiam adversariorum omnia incommo- da ad rem publicam pervenisse, is non intellexit in partitione exposito genere partem se generis admiscuisse. nam genus est omnium nimirum libidinum cupiditas, eius autem generis sine dubio pars est ava-
rice. Il faut donc éviter ceci: de poser, comme s’il était quelque partie diverse et dissemblable, ce dont on a posé le genre dans la même division. Que si plusieurs parties tombent dans un genre, lorsque ce genre aura été simplement exposé dans la première division de la cause, on le répartira le plus commodément au moment où l’on en viendra à le développer dans le plaidoyer, après la division. Et ceci touche aussi au petit nombre: ne pas dire que nous démontrerons plus de choses qu’il ne suffit, de cette manière: « Je montrerai que les adversaires, sur ce dont nous les accusons, et ont pu agir, et ont voulu, et ont fait »; car il suffit de montrer qu’ils ont fait. Ou bien, lorsqu’il n’y a aucune division dans la cause et que l’on traite d’une chose simple, user pourtant de répartition, ce qui ne peut arriver que fort rarement. Et il y a encore d’autres préceptes des divisions qui ne touchent pas si fort à cet usage oratoire, et qui relèvent de la philosophie; nous en avons transposé ce qui paraissait convenir, et dont nous ne trouvions rien dans les autres traités. Et il faudra se souvenir de ces préceptes sur la division dans tout discours, en sorte que chaque première partie, telle qu’elle a été exposée dans la division, soit ainsi traitée dans l’ordre, et que, toutes étant développées, on conclue de cette manière, sans rien introduire ensuite hormis la conclusion. Chez Térence, le vieillard, dans l’Andrienne, divise brièvement et commodément ce qu’il veut faire connaître à son affranchi: « De la sorte, et la vie de mon fils et mon dessein, tu les connaîtras, et ce que je veux que tu fasses en cette affaire. » Et ainsi, comme il l’a posé dans la division, ainsi il raconte: d’abord la vie de son fils, « Car lui, après qu’il fut sorti de l’enfance »; ensuite son dessein, « Et maintenant je m’applique à ceci »; ensuite ce qu’il veut que Sosie fasse, ce qu’il a posé en dernier dans la division, il le dit en dernier: « Maintenant c’est à toi de faire ton office. » De même donc qu’ici il a abordé d’abord chaque première partie et, toutes achevées, a mis fin à son discours, de même il nous plaît d’aborder chacune des parties et, toutes achevées, de conclure. Maintenant il semble qu’il faille donner ensuite des préceptes sur la confirmation, comme l’ordre lui-même le demande.
ritia. hoc igitur vitandum est, ne, cuius genus po- sueris, eius * sicuti aliquam diversam ac dissimilem partem ponas in eadem partitione. quodsi quod in genus plures incident partes, id cum in prima causae partitione erit simpliciter expositum, distribuetur tem- pore eo commodissime, cum ad ipsum ventum erit explicandum in causae dictione post partitionem. atque illud quoque pertinet ad paucitatem, ne aut plura, quam satis est, demonstraturos nos dicamus, hoc modo: ostendam adversarios, quod arguamus, et potuisse facere et voluisse et fecisse; nam fecisse satis est ostendere: aut, cum in causa partitio nulla sit, et cum simplex quiddam agatur, tamen utamur distributione, id quod perraro potest accidere. Ac sunt alia quoque praecepta partitionum, quae ad hunc usum oratorium non tanto opere pertineant, quae versantur in philosophia, ex quibus haec ipsa trans- tulimus, quae convenire viderentur, quorum nihil in ceteris artibus inveniebamus. Atque his de partitione praeceptis in omni dictione meminisse oportebit, ut et prima quaeque pars, ut expo- sita est in partitione, sic ordine transigatur et omnibus explicatis peroratum sit hoc modo, ut ne quid po- sterius praeter conclusionem inferatur. partitur apud Terentium breviter et commode senex in Andria, quae cognoscere libertum velit: Eo pacto et gnati vitam et consilium meum Cognosces et quid facere in hac re te velim. itaque quemadmodum in partitione proposuit, ita narrat, primum nati vitam: Nam is postquam excessit ex ephebis; deinde suum consilium: Et nunc id operam do deinde quid Sosiam velit facere, id quod postremum posuit in partitione, postremum di- cit: Nunc tuum est officium quemadmodum igitur hic et ad primam quamque partem primum accessit et omnibus absolutis finem dicendi fecit, sic nobis pla- cet et ad singulas partes accedere et omnibus abso- lutis perorare. Nunc de confirmatione deinceps, ita ut ordo ipse postulat, praecipiendum videtur.
La confirmation est ce par quoi le discours, en argumentant, joint à notre cause crédit, autorité et appui. Cette partie a des préceptes déterminés, qui se répartiront entre les divers genres de causes. Pourtant il ne semble pas hors de propos d’exposer d’abord, pêle-mêle et en désordre, comme une forêt et une matière entière de toutes les argumentations, puis d’enseigner de quelle manière chaque genre de cause doit être confirmé en tirant de là toutes les méthodes d’argumentation. Toutes choses se confirment, en argumentant, soit à partir de ce qui est attribué aux personnes, soit à partir de ce qui est attribué aux affaires. Et nous estimons que sont attribuées aux personnes ces choses: le nom, la nature, le genre de vie, la fortune, l’état acquis, la disposition, les goûts, les desseins, les actes, les accidents, les discours. Le nom est ce qui est donné à chaque personne, par quoi chacune est appelée d’un terme propre et déterminé. Quant à la nature elle-même, il est difficile de la définir;
Confirmatio est, per quam argumentando nostrae causae fidem et auctoritatem et firmamentum adiungit oratio. huius partis certa sunt praecepta, quae in singula causarum genera dividentur. verumtamen non incommodum videtur quandam silvam atque materiam universam ante permixtim et confuse exponere omnium argumentationum, post autem tradere, quemadmodum unum quodque causae genus hinc omnibus argumen- tandi rationibus tractis confirmari oporteat. Omnes res argumentando confirmantur aut ex eo, quod personis, aut ex eo, quod negotiis est adtributum. Ac personis has res adtributas putamus: nomen, na- turam, victum, fortunam, habitum, affectionem, studia, consilia, facta, casus, orationes. nomen est, quod uni cuique personae datur, quo suo quaeque proprio et certo vocabulo appellatur. naturam ipsam definire difficile est;
mais en énumérer les parties, celles dont nous avons besoin pour cet enseignement, est plus aisé. Or ces parties relèvent partie du genre divin, partie du genre mortel. Et parmi les mortels, les uns se comptent dans le genre des hommes, les autres dans celui des bêtes. Et le genre des hommes se considère et selon le sexe, s’il est mâle ou femelle, et selon la nation, la patrie, la parenté, l’âge. Selon la nation: Grec ou barbare; selon la patrie: Athénien ou Lacédémonien; selon la parenté: de quels aïeux, de quels consanguins; selon l’âge: enfant ou adolescent, plus avancé en âge ou vieillard. En outre, on considère les avantages et les désavantages donnés par la nature à l’âme ou au corps, de cette manière: s’il est robuste ou faible, grand ou petit, beau ou difforme, agile ou lent, l’esprit vif ou plus émoussé, doué de mémoire ou oublieux, affable et obligeant ou désagréable, retenu, patient ou le contraire; et, en somme, on considérera ce que la nature donne à l’âme et au corps, et ces choses doivent se considérer sous la nature. Car ce qui s’acquiert par l’industrie touche à l’état acquis, dont il faudra parler plus tard. Touchant le genre de vie, il faut considérer chez qui, selon quel usage et sous l’autorité de qui il a été élevé, quels maîtres des arts libéraux il a eus, quels précepteurs de vie, de quels amis il use, à quelle affaire, quel gain, quel métier il s’occupe, de quelle manière il administre son patrimoine, quelle est son habitude domestique. Touchant la fortune, on cherche s’il est esclave ou libre, riche ou pauvre, simple particulier ou revêtu de quelque pouvoir: s’il l’est, de droit ou par injustice; heureux, illustre, ou le contraire; quels enfants il a. Et s’il s’agit d’un mort, il faudra aussi considérer de quelle mort il fut frappé.
partes autem eius enumerare eas, quarum indigemus ad hanc praeceptionem, facilius est. eae autem partim divino, partim mortali in genere ver- santur. mortalium autem pars in hominum, pars in bestiarum genere numerantur. atque hominum genus et in sexu consideratur, virile an muliebre sit, et in natione, patria, cognatione, aetate. natione, Graius an barbarus; patria, Atheniensis an Lacedaemonius; co- gnatione, quibus maioribus, quibus consanguineis; aetate, puer an adulescens, natu grandior an senex. praeterea commoda et incommoda considerantur ab natura data animo aut corpori, hoc modo: valens an inbecillus, longus an brevis, formonsus an deformis, velox an tardus sit, acutus an hebetior, memor an obli- viosus, comis officiosus an infacetus, pudens, patiens an contra; et omnino quae a natura dantur animo et corpori considerabuntur et haec in natura conside- randa. nam quae industria comparantur, ad habitum pertinent, de quo posterius est dicendum. in victu con- siderare oportet, apud quem et quo more et cuius arbitratu sit educatus, quos habuerit artium liberalium magistros, quos vivendi praeceptores, quibus amicis utatur, quo in negotio, quaestu, artificio sit occupatus, quo modo rem familiarem administret, qua consuetu- dine domestica sit. in fortuna quaeritur, servus sit an liber, pecuniosus an tenuis, privatus an cum potestate: si cum potestate, iure an iniuria; felix, clarus an con- tra; quales liberos habeat. ac si de non vivo quaeretur, etiam quali morte sit affectus, erit considerandum.
Nous appelons état acquis cette perfection constante et achevée de l’âme ou du corps en quelque matière, telle que l’acquisition de la vertu ou de quelque art, ou n’importe quel savoir, et de même quelque aptitude du corps non donnée par la nature, mais acquise par l’étude et l’industrie. La disposition est un changement de l’âme ou du corps, momentané et pour quelque cause, telle que la joie, la convoitise, la crainte, la peine, la maladie, la faiblesse, et les autres choses qui se trouvent dans le même genre. Le goût est une occupation de l’âme, assidue et appliquée avec véhémence à quelque chose avec grand plaisir, comme à la philosophie, à la poésie, à la géométrie, aux lettres. Le dessein est la raison réfléchie de faire ou de ne pas faire quelque chose. Quant aux actes, aux accidents et aux discours, ils se considéreront selon les trois temps: ce qu’il a fait, ou ce qui lui est arrivé, ou ce qu’il a dit; ou ce qu’il fait, ce qui lui arrive, ce qu’il dit; ou ce qu’il fera, ce qui lui arrivera, de quel discours il usera. Et voilà ce qui paraît être attribué aux personnes.
habitum autem hunc appellamus animi aut corporis constantem et absolutam aliqua in re perfectionem, ut virtutis aut artis alicuius perceptionem aut quamvis scientiam et item corporis aliquam commoditatem non natura datam, sed studio et industria partam. affectio est animi aut corporis ex tempore aliqua de causa commutatio, ut laetitia, cupiditas, metus, molestia, morbus, debilitas et alia, quae in eodem genere re- periuntur. studium est autem animi assidua et vehe- menter ad aliquam rem adplicata magna cum voluptate occupatio, ut philosophiae, poe+ticae, geometricae, lit- terarum. consilium est aliquid faciendi aut non fa- ciendi excogitata ratio. facta autem et casus et ora- tiones tribus ex temporibus considerabuntur: quid fecerit aut quid ipsi acciderit aut quid dixerit; aut quid faciat, quid ipsi accidat, quid dicat; aut quid fac- turus sit, quid ipsi casurum sit, qua sit usurus oratione. Ac personis quidem haec videntur esse adtributa:
Quant à ce qui est attribué aux affaires, une partie est en connexion avec l’affaire même, une partie se considère dans la conduite de l’affaire, une partie est adjointe à l’affaire, une partie suit l’affaire. Sont en connexion avec l’affaire même les choses qui paraissent toujours attachées à elle et ne peuvent en être séparées. De celles-ci, la première est la brève récapitulation de toute l’affaire, qui en renferme le sommaire, de cette manière: « le meurtre d’un parent », « la trahison de la patrie »; ensuite la cause de ce sommaire, par laquelle on cherche et comment, et pour quel motif, et en vue de quelle chose le fait a été commis; ensuite ce qui a été fait, de manière continue, avant l’accomplissement de la chose, jusqu’à l’affaire même; ensuite ce qui a été fait dans l’accomplissement même de l’affaire; ensuite ce qui a été fait après.
negotiis autem quae sunt adtributa, partim sunt con- tinentia cum ipso negotio, partim in gestione negotii considerantur, partim adiuncta negotio sunt, partim negotium consequuntur. Continentia cum ipso negotio sunt ea, quae semper affixa esse videntur ad rem neque ab ea possunt se- parari. ex his prima est brevis conplexio totius neg- otii, quae summam continet facti, hoc modo: parentis occisio, patriae proditio; deinde causa eius summae, per quam et quam ob rem et cuius rei causa factum sit, quaeritur; deinde ante gestam rem quae facta sint continenter usque ad ipsum negotium; deinde, in ipso gerendo negotio quid actum sit; deinde, quid postea factum sit.
Or dans la conduite de l’affaire, qui était le second lieu touchant ce qui est attribué aux affaires, on cherchera le lieu, le temps, la manière, l’occasion, le moyen. Le lieu où la chose a été faite se considère d’après l’opportunité qu’il paraît avoir eue pour l’accomplissement de l’affaire. Et cette opportunité se cherche d’après la grandeur, la distance, l’éloignement, la proximité, la solitude, la fréquentation, la nature du lieu même, du voisinage et de toute la région; et d’après ces attributs aussi: si le lieu est ou fut sacré ou profane, public ou privé, étranger ou propre à celui dont il s’agit.
In gestione autem negotii, qui locus secundus erat de iis, quae negotiis adtributa sunt, quaeretur locus, tempus, modus, occasio, facultas. locus consideratur, in quo res gesta sit, ex opportunitate, quam videatur habuisse ad negotium administrandum. ea autem op- portunitas quaeritur ex magnitudine, intervallo, longin- quitate, propinquitate, solitudine, celebritate, natura ipsius loci et vicinitatis et totius regionis; ex his etiam attributionibus: sacer profanus, publicus anne privatus, alienus an ipsius, de quo agitur, locus sit aut fuerit.
Quant au temps — celui dont nous usons maintenant, car le définir en général est difficile —, c’est une certaine partie de l’éternité, avec une marque déterminée de quelque espace annuel, mensuel, diurne ou nocturne. En lui se considère et ce qui est passé: de ces faits mêmes, ceux qui, ou par vétusté se sont effacés, ou paraissent incroyables, en sorte qu’on les range désormais au nombre des fables; et ceux qui, accomplis depuis longtemps et éloignés de notre mémoire, font pourtant croire qu’ils ont été véridiquement transmis, parce qu’il en existe des monuments certains dans les lettres; et ceux qui ont été accomplis récemment, que la plupart peuvent connaître; et de même ce qui presse dans le présent et se fait à l’instant même; et ce qui suivra, où l’on peut considérer ce qui se fera plus tôt et ce qui se fera plus tard. Et de même, à considérer le temps en général, il faut en considérer la durée. Car souvent il faut mesurer l’affaire au temps et voir si la grandeur de l’affaire ou la multitude des choses a pu s’accomplir en ce temps. On considère en outre le temps de l’année, du mois, du jour, de la nuit, de la veille, de l’heure, et de quelque partie de l’une de ces choses.
tempus autem est—id quo nunc utimur, nam ipsum quidem generaliter definire difficile est—pars quaedam aeternitatis cum alicuius annui, menstrui, diurni nocturnive spatii certa significatione. in hoc et quae praeterierint, considerantur: et eorum ipsorum, quae aut propter vetustatem obsoleverint aut incredi- bilia videantur, ut iam in fabularum numerum repo- nantur; et quae iam diu gesta et a memoria nostra re- mota tamen faciant fidem vere tradita esse, quia eorum monumenta certa in litteris exstent; et quae nuper gesta sint, quae scire plerique possint; et item quae instent in praesentia et cum maxime fiant; et quae consequan- tur, in quibus potest considerari, quid ocius et quid serius futurum sit. et item communiter in tempore per- spiciendo longinquitas eius est consideranda. nam saepe oportet commetiri cum tempore negotium et vi- dere, potueritne aut magnitudo negotii aut multitudo rerum in eo transigi tempore. consideratur autem tem- pus et anni et mensis et diei et noctis et vigiliae et horae et in aliqua parte alicuius horum.
Quant à l’occasion, c’est une partie du temps qui comporte en elle une opportunité propre à faire ou à ne pas faire quelque chose. Aussi diffère-t-elle du temps en ceci: selon le genre, on comprend que l’un et l’autre sont la même chose, mais dans le temps on déclare en quelque sorte une étendue, qui se considère dans les années, ou dans une année, ou dans quelque partie de l’année, tandis que dans l’occasion on comprend qu’à l’étendue du temps s’adjoint une certaine opportunité de faire. (Aussi, bien qu’elle soit selon le genre la même chose, elle devient autre chose, parce qu’elle diffère par une certaine partie et par l’espèce, comme nous l’avons dit.) Elle se répartit en trois genres: public, commun, particulier. Le public est celui que la cité tout entière, pour quelque cause, fréquente, comme les jeux, un jour de fête, la guerre. Le commun, celui qui survient à tous à peu près au même temps, comme la moisson, la vendange, la chaleur, le froid. Le particulier, celui qui, pour quelque cause, a coutume de survenir privément à quelqu’un, comme un mariage.
occasio au- tem est pars temporis habens in se alicuius rei idoneam faciendi aut non faciendi opportunitatem. quare cum tempore hoc differt: nam genere quidem utrumque idem esse intellegitur, verum in tempore spatium quo- dam modo declaratur, quod in annis aut in anno aut in aliqua anni parte spectatur, in occasione ad spatium temporis faciendi quaedam opportunitas intellegitur adiuncta. (quare cum genere idem sit, fit aliud, quod parte quadam et specie, ut diximus, differat.) haec distribuitur in tria genera: publicum, commune, sin- gulare. publicum est, quod civitas universa aliqua de causa frequentat, ut ludi, dies festus, bellum. commune, quod accidit omnibus eodem fere tempore, ut messis, vindemia, calor, frigus. singulare autem est, quod ali- qua de causa privatim alicui solet accidere, ut nup-
un sacrifice, des funérailles, un banquet, le sommeil. La manière, à son tour, est ce où l’on cherche de quelle façon et dans quelle disposition d’esprit une chose a été faite. Ses parties sont la prudence et l’imprudence. Or la part de la prudence se cherche d’après ce qu’on a fait en cachette, ouvertement, par la force, par la persuasion. L’imprudence, en revanche, se rapporte à la justification, dont les parties sont l’ignorance, le hasard, la nécessité, et à la disposition de l’âme, c’est-à-dire le chagrin, l’emportement, l’amour et le reste de ce qui se trouve dans un genre semblable. Les moyens sont ce par quoi la chose se fait plus aisément, ou ce sans quoi quelque chose ne peut s’accomplir. On entend par ce qui est adjoint à l’affaire ce qui sera plus grand, plus petit, aussi grand, ou semblable à l’affaire dont il s’agit, et ce qui lui sera contraire, et ce qui lui sera disparate, et le genre, et la partie, et le résultat. Le plus grand, le plus petit et l’aussi grand se considèrent d’après la force, le nombre et la figure de l’affaire, comme d’après la stature du corps.
tiae, sacrificium, funus, convivium, somnus. modus autem est, in quo, quemadmodum et quo animo factum sit, quaeritur. eius partes sunt prudentia et inprudentia. prudentiae autem ratio quaeritur ex iis, quae clam, palam, vi, persuasione fecerit. inprudentia autem in purgationem confertur, cuius partes sunt inscientia, casus, necessitas, et in affectionem animi, hoc est molestiam, iracundiam, amorem et cetera, quae in simili genere versantur. facultates sunt, aut quibus fa- cilius fit aut sine quibus aliquid confici non potest. Adiunctum negotio autem id intellegitur, quod maius et quod minus et quod aeque magnum et quod simile erit ei negotio, quo de agitur, et quod contrarium et quod disparatum, et genus et pars et eventus. maius et minus et aeque magnum ex vi et ex numero et ex figura negotii, sicut ex statura corporis, consideratur.
Le semblable, à son tour, se juge d’après une espèce comparable, ou d’après une nature à rapprocher et à assimiler. Le contraire est ce qui, placé dans un genre divers de celui-là même dont il est dit le contraire, en est le plus éloigné, comme le froid de la chaleur, la mort de la vie. Le disparate, à son tour, est ce qui se sépare de quelque chose par l’antéposition d’une négation, de cette manière: être sage et ne pas être sage. Le genre est ce qui embrasse plusieurs parties, comme la convoitise. La partie est ce qui est subordonné au genre, comme l’amour, l’avarice. Le résultat est l’issue de quelque affaire, où l’on a coutume de chercher ce qui de chaque chose est résulté, résulte, résultera. C’est pourquoi, dans ce genre, afin qu’on puisse commodément rassembler d’avance dans l’esprit ce qui résultera, il faut considérer ce qui de chaque chose a coutume de résulter, de cette manière: de l’arrogance la haine, de l’insolence l’arrogance.
simile autem ex specie conparabili aut ex conferunda at- que assimulanda natura iudicatur. contrarium est, quod positum in genere diverso ab eodem, cui contrarium di- citur, plurimum distat, ut frigus calori, vitae mors. disparatum autem est id, quod ab aliqua re praeposi- tione negationis separatur, hoc modo: sapere et non sapere. genus est, quod partes aliquas amplectitur, ut cupiditas. pars est, quae subest generi, ut amor, ava- ritia. eventus est exitus alicuius negotii, in quo quaeri solet, quid ex quaque re evenerit, eveniat, eventurum sit. quare hoc in genere, ut commode, quid eventurum sit, ante animo colligi possit, quid quaque ex re soleat evenire, considerandum est, hoc modo: ex arrogantia odium, ex insolentia arrogantia.
La quatrième part, à son tour, parmi ces choses que nous disions être attribuées aux affaires, est la conséquence. En elle on cherche ce qui suit l’affaire accomplie: d’abord, ce qui a été fait, de quel nom il convient de l’appeler; ensuite, qui sont les premiers auteurs et inventeurs de ce fait, qui enfin les approbateurs et les émules de cette autorité et de cette invention; ensuite, s’il existe sur cette chose, ou touchant cette chose, quelque loi, coutume, convention, jugement, science, art; ensuite, quelle en est la nature, si elle a coutume de survenir communément, ou rarement et de manière insolite; après, si les hommes ont coutume d’approuver cela de leur autorité ou de s’en offenser; et tout le reste qui a coutume de suivre quelque fait pareillement, aussitôt ou après un intervalle. Ensuite, en dernier lieu, il faut prendre garde si quelque chose résulte de ces choses qui sont placées dans les parties de l’honnête ou de l’utile; et de cela il faudra parler plus distinctement dans le genre délibératif de la cause. Et voilà à peu près les choses que nous avons rappelées comme étant attribuées aux affaires.
Quarta autem pars est ex iis rebus, quas negotiis dicebamus esse adtributas, consecutio. in hac eae res quaeruntur, quae gestum negotium consequuntur: pri- mum, quod factum est, quo id nomine appellari con- veniat; deinde eius facti qui sint principes et inven- tores, qui denique auctoritatis eius et inventionis com- probatores atque aemuli; deinde ecquae de ea re aut eius rei sit lex, consuetudo, pactio, iudicium, scientia, artificium; deinde natura eius, evenire vulgo soleat an insolenter et raro; postea homines id sua auctoritate comprobare an offendere in iis consueverint; et cetera, quae factum aliquid similiter confestim aut ex inter- vallo solent consequi. deinde postremo adtendendum est, num quae res ex iis rebus, quae positae sunt in par- tibus honestatis aut utilitatis, consequantur; de quibus in deliberativo genere causae distinctius erit dicendum. Ac negotiis quidem fere res haec, quas commemora- vimus, sunt adtributae.
Or toute argumentation qui sera tirée des lieux que nous avons rappelés devra être ou probable ou nécessaire. En effet, pour la décrire brièvement, l’argumentation paraît être un raisonnement tiré de quelque genre, montrant une chose ou de manière probable, ou la démontrant de manière nécessaire. Se démontrent nécessairement les choses qui ne peuvent ni se faire ni se prouver autrement qu’on ne le dit, de cette manière: si elle a enfanté, elle a couché avec un homme. Ce genre d’argumentation, qui consiste dans la démonstration nécessaire, se traite surtout, dans le discours, ou par le complexe, ou par l’énumé-
Omnis autem argumentatio, quae ex iis locis, quos commemoravimus, sumetur, aut probabilis aut ne- cessaria debebit esse. etenim, ut breviter describa- mus, argumentatio videtur esse inventum aliquo ex genere rem aliquam aut probabiliter ostendens aut ne- cessarie demonstrans. Necessarie demonstrantur ea, quae aliter ac dicun- tur nec fieri nec probari possunt, hoc modo: si peperit, cum viro concubuit. hoc genus argumentandi, quod in necessaria demonstratione versatur, maxime tractatur in dicendo aut per complexionem aut per enumera-
ration, ou par la simple conclusion. Le complexe est celui dans lequel, quoi que tu aies concédé, on est réfuté, de cette manière: s’il est malhonnête, pourquoi en uses-tu? s’il est honnête, pourquoi l’accuses-tu? L’énumération est celle dans laquelle, plusieurs choses ayant été exposées et toutes les autres infirmées, une seule restante se confirme nécessairement, de cette façon: il est nécessaire qu’il ait été tué par celui-ci, ou par inimitié, ou par crainte, ou par espérance, ou par faveur pour quelque ami; ou bien, si rien de cela n’est, qu’il n’ait pas été tué par lui; car un méfait ne peut être entrepris sans cause; si donc il n’y eut ni inimitié, ni aucune crainte, ni espérance de quelque avantage tiré de sa mort, et si la mort de celui-là ne touchait aucun ami de celui-ci: il reste donc qu’il n’ait pas été tué par lui. La simple conclusion, à son tour, s’accomplit par une conséquence nécessaire, de cette manière: si vous dites que j’ai fait cela en ce temps-là, et que moi, en ce temps même, je me trouvais au-delà de la mer, il reste que ce que vous dites, non seulement je ne l’ai pas fait, mais que je n’ai même pas pu le faire. Et il faudra veiller avec soin à ce que ce genre ne puisse en aucune façon être réfuté, en sorte que la confirmation n’ait pas seulement en elle l’apparence d’une argumentation et quelque ressemblance d’une conclusion nécessaire, mais que l’argumentation elle-même repose sur un raisonnement nécessaire.
tionem aut per simplicem conclusionem. conplexio est, in qua, utrum concesseris, reprehenditur, ad hunc mo- dum: si inprobus est, cur uteris? si probus, cur accusas? enumeratio est, in qua pluribus rebus expositis et ceteris infirmatis una reliqua necessario confirmatur, hoc pacto: necesse est aut inimicitiarum causa ab hoc esse occisum aut metus aut spei aut alicuius amici gratia aut, si horum nihil est, ab hoc non esse occisum; nam sine causa maleficium susceptum non potest esse; si neque inimicitiae fuerunt nec metus ullus nec spes ex morte illius alicuius commodi neque ad amicum huius aliquem mors illius pertinebat: relinquitur igi- tur, ut ab hoc non sit occisus. simplex autem conclusio ex necessaria consecutione conficitur, hoc modo: si vos me istuc eo tempore fecisse dicitis, ego autem eo ipso tempore trans mare fui, relinquitur, ut id, quod dicitis, non modo non fecerim, sed ne potuerim quidem facere. atque hoc diligenter oportebit videre, ne quo pacto genus hoc refelli possit, ut ne confirmatio modum in se argumentationis habeat et quandam similitudinem necessariae conclusionis, verum ipsa argumentatio ex necessaria ratione consistat.
Or le probable est ce qui d’ordinaire a coutume de se faire, ou ce qui est placé dans l’opinion, ou ce qui a en soi quelque ressemblance avec ces choses, qu’il soit faux ou vrai. Dans ce genre, ce qui a coutume de se faire d’ordinaire, le probable est de cette sorte: si elle est mère, elle aime son fils; s’il est avare, il néglige le serment. Mais dans ce qui est placé dans l’opinion, les probables sont de cette sorte: que des peines sont préparées aux impies chez les enfers; que ceux qui s’adonnent à la philosophie ne croient pas que les dieux existent. La ressemblance, à son tour, se considère surtout dans les contraires, d’après les égaux, et dans ces choses qui tombent sous la même raison. Dans les contraires, de cette manière: car s’il convient de pardonner à ceux qui ont nui par inadvertance, il ne convient pas de savoir gré à ceux qui ont servi par nécessité. D’après l’égal, ainsi:
Probabile autem est id, quod fere solet fieri aut quod in opinione positum est aut quod habet in se ad haec quandam similitudinem, sive id falsum est sive verum. in eo genere, quod fere fieri solet, probabile huiusmodi est: si mater est, diligit filium; si avarus est, neglegit ius iurandum. in eo autem, quod in opinione positum est, huiusmodi sunt probabilia: impiis apud inferos poenas esse praeparatas; eos, qui philosophiae dent operam, non arbitrari deos esse. similitudo autem in contrariis et ex paribus et in iis rebus, quae sub ean- dem rationem cadunt, maxime spectatur. in contrariis, hoc modo: nam si iis, qui inprudentes laeserunt, ignosci convenit, iis, qui necessario profuerunt, haberi gratiam non oportet. ex pari, sic:
car de même qu’un lieu sans port ne peut être sûr pour les navires, de même un esprit sans bonne foi ne peut être stable pour les amis. Dans ces choses qui tombent sous la même raison, le probable se considère de cette manière: car s’il n’est pas honteux aux Rhodiens d’affermer un péage, il n’est pas honteux non plus à Hermocréon de le prendre à ferme. Ces choses sont tantôt vraies, de cette façon: puisqu’il y a une cicatrice, il y eut une blessure; tantôt vraisemblables, de cette manière: s’il y avait beaucoup de poussière sur ses souliers, il fallait qu’il revînt d’un voyage. Or tout probable — pour le répartir en certaines parties déterminées — qui se prend pour l’argumentation est ou un signe, ou un croyable, ou un jugé, ou un comparable.
nam ut locus sine portu na- vibus esse non potest tutus, sic animus sine fide stabilis amicis non potest esse. in iis rebus, quae sub eandem rationem cadunt, hoc modo probabile consideratur: nam si Rhodiis turpe non est portorium locare, ne Her- mocreonti quidem turpe est conducere. haec tum vera sunt, hoc pacto: quoniam cicatrix est, fuit vulnus; tum veri similia, hoc modo: si multus erat in calceis pulvis, ex itinere eum venire oportebat. Omne autem—ut certas quasdam in partes tri- buamus—probabile, quod sumitur ad argumentationem, aut signum est aut credibile aut iudicatum aut comparabile.
Le signe est ce qui tombe sous quelque sens et signifie quelque chose qui paraît procéder de lui-même, qui ou bien aura été avant, ou bien dans l’affaire même, ou bien aura suivi après, et qui pourtant a besoin de témoignage et d’une confirmation plus grave, comme le sang, la fuite, la pâleur, la poussière, et ce qui leur est semblable. Le croyable est ce qui, sans aucun témoin, se confirme par l’opinion de l’auditeur, de cette manière: il n’est personne qui ne désire que ses enfants soient saufs et heureux. Le jugé est une chose approuvée par l’assentiment, ou l’autorité, ou le jugement de quelqu’un ou de quelques-uns. Il se considère en trois genres: le religieux, le commun, l’approuvé. Le religieux est ce que, sous serment, on a jugé selon les lois. Le commun est ce que tous communément ont approuvé et suivi, de cette sorte: qu’on se lève devant les plus âgés, qu’on ait pitié des suppliants. L’approuvé est ce que les hommes, alors qu’il était douteux de quelle manière il fallait le tenir, ont établi de leur autorité: comme le peuple romain le fit pour l’acte de Gracchus le père, lui qui, à cause de cet acte — parce qu’il avait, à l’insu de son collègue, accompli quelque chose dans sa censure —, le fit consul après la censure.
signum est, quod sub sensum ali- quem cadit et quiddam significat, quod ex ipso pro- fectum videtur, quod aut ante fuerit aut in ipso neg- otio aut post sit consecutum et tamen indiget testi- monii et gravioris confirmationis, ut cruor, fuga, pallor, pulvis, et quae his sunt similia. credibile est, quod sine ullo teste auditoris opinione firmatur, hoc modo: nemo est, qui non liberos suos incolumes et beatos esse cupiat. iudicatum est res assensione aut auctori- tate aut iudicio alicuius aut aliquorum conprobata. id tribus in generibus spectatur, religioso, communi, adprobato. religiosum est, quod iurati legibus iudica- runt. commune est, quod omnes vulgo probarunt et secuti sunt, huiusmodi: ut maioribus natu assurgatur, ut supplicum misereatur. adprobatum est, quod ho- mines, cum dubium esset, quale haberi oporteret, sua constituerunt auctoritate: velut Gracchi patris factum populus Romanus, qui eum ob id factum eo quod insciente collega in censura non nihil gessit post censuram consulem fecit.
Le comparable, à son tour, est ce qui, dans des choses diverses, contient quelque raison semblable. Ses parties sont trois: l’image, la comparaison, l’exemple. L’image est un discours montrant la ressemblance des corps ou des natures. La comparaison est un discours rapprochant une chose d’une autre d’après leur ressemblance. L’exemple est ce qui confirme ou infirme une chose par l’autorité ou le sort de quelque homme ou de quelque affaire. Les exemples et les descriptions de ces choses se feront connaître dans les préceptes de l’élocution. Et la source de la confirmation, autant que nos moyens l’ont permis, est ouverte, et elle a été montrée non moins clairement que la nature de la chose le portait; mais de quelle manière chaque état, chaque partie d’état et toute controverse, qu’elle porte sur la raison ou sur l’écrit, doit être traitée, et quelles argumentations conviennent à chacune, nous le dirons un à un dans le second livre, pour chaque genre. Pour le présent, nous avons seulement dispersé les nombres, les modes et les parties de l’argumentation pêle-mêle et confusément; ensuite, de façon distincte et choisie, pour chaque genre de cause, ce qui convient à chacun, nous le tirerons en ordre de cette abondance.
conparabile autem est, quod in rebus diversis similem aliquam rationem continet. eius partes sunt tres: imago, conlatio, exemplum. imago est oratio demonstrans corporum aut naturarum simi- litudinem. conlatio est oratio rem cum re ex simili- tudine conferens. exemplum est, quod rem auctoritate aut casu alicuius hominis aut negotii confirmat aut in- firmat. horum exempla et descriptiones in praeceptis elocutionis cognoscentur. Ac fons quidem confirmationis, ut facultas tulit, apertus est nec minus dilucide, quam rei natura fere- bat, demonstratus est; quemadmodum autem quaeque constitutio et pars constitutionis et omnis contro- versia, sive in ratione sive in scripto versabitur, tractari debeat et quae in quamque argumentationes conve- niant, singillatim in secundo libro de uno quoque ge- nere dicemus. in praesentia tantummodo numeros et modos et partes argumentandi confuse et permixtim dispersimus; post discripte et electe in genus quodque causae, quid cuique conveniat, ex hac copia digeremus.
Et toute argumentation pourra assurément se trouver à partir de ces lieux: mais l’orner une fois trouvée, et la distinguer en parties déterminées, c’est à la fois le plus agréable, le plus nécessaire, et le plus négligé par les auteurs de traités. C’est pourquoi il nous a paru qu’il fallait parler de ce précepte aussi en ce lieu, afin que la méthode d’argumentation fût jointe à l’invention. Et c’est avec grand soin et grande diligence qu’il faut considérer tout ce lieu, parce que la chose n’a pas seulement une grande utilité, mais que son enseignement présente aussi la plus grande difficulté.
Atque inveniri quidem omnis ex his locis argu- mentatio poterit: inventam exornari et certas in partes distingui et suavissimum est et summe necessarium et ab artis scriptoribus maxime neglectum. quare et de ea praeceptione nobis et in hoc loco dicendum visum est, ut ad inventionem argumentandi ratio adiun- geretur. et magna cum cura et diligentia locus hic om- nis considerandus est, quod rei non solum magna uti- litas est, sed praecipiendi quoque summa difficultas.
Toute argumentation, donc, doit se traiter ou par induction ou par raisonnement. L’induction est un discours qui, par des choses non douteuses, capte l’assentiment de celui avec qui il a été engagé; par ces assentiments il fait que, par la ressemblance avec ces choses auxquelles il a donné son assentiment, telle chose douteuse lui paraisse prouvée; ainsi, chez le socratique Eschine, Socrate montre qu’Aspasie s’entretint avec la femme de Xénophon et avec Xénophon lui-même: « Dis-moi, je te prie, femme de Xénophon, si ta voisine avait un or meilleur que celui que tu as, lequel préférerais-tu, le sien ou le tien? — Le sien, dit-elle. — Et si elle avait des vêtements et tout le reste de la parure des femmes d’un prix plus grand que ce que tu as, préférerais-tu le tien ou le sien? — Elle répondit: Le sien, assurément. — Allons donc, dit-elle, et quoi? si elle avait un mari meilleur que celui que tu as, préférerais-tu ton mari ou le sien? » Ici la femme rougit.
Omnis igitur argumentatio aut per inductionem tractanda est aut per ratiocinationem. Inductio est oratio, quae rebus non dubiis captat assensionem eius, quicum instituta est; quibus assen- sionibus facit, ut illi dubia quaedam res propter si- militudinem earum rerum, quibus assensit, probetur; velut apud Socraticum Aeschinen demonstrat Socrates cum Xenophontis uxore et cum ipso Xenophonte Aspa- siam locutam: dic mihi, quaeso, Xenophontis uxor, si vicina tua melius habeat aurum, quam tu habes, utrum illudne an tuum malis? illud, inquit. quid, si vestem et ceterum ornatum muliebrem pretii maioris habeat, quam tu habes, tuumne an illius malis? respondit: illius vero. age sis, inquit, quid? si virum illa me- liorem habeat, quam tu habes, utrumne tuum virum malis an illius? hic mulier erubuit.
Aspasie, à son tour, engagea l’entretien avec Xénophon lui-même. « Je te prie, dit-elle, Xénophon, si ton voisin avait un cheval meilleur que n’est le tien, préférerais-tu ton cheval ou le sien? — Le sien, dit-il. — Et s’il avait un domaine meilleur que celui que tu as, lequel enfin préférerais-tu avoir? — Le sien, dit-il, le meilleur évidemment. — Et s’il avait une femme meilleure que celle que tu as, préférerais-tu la tienne ou la sienne? » Et là Xénophon lui aussi se tut. Alors Aspasie: « Puisque chacun de vous deux, dit-elle, ne m’a pas répondu sur cela seul que, seul, je voulais entendre, je dirai moi-même ce que chacun pense. Car toi, femme, tu veux avoir le meilleur mari, et toi, Xénophon, tu veux par-dessus tout avoir l’épouse la plus accomplie. C’est pourquoi, à moins que vous n’obteniez ceci, qu’il n’y ait sur terre ni mari meilleur ni femme plus accomplie, assurément vous rechercherez toujours, et de beaucoup le plus, ce que vous estimerez être le meilleur: que toi tu sois le mari de la meilleure, et que celle-ci soit l’épouse du meilleur homme. » Ici, comme on avait donné son assentiment à des choses non douteuses, il advint, par la ressemblance, que même cela qui paraîtrait douteux, si quelqu’un le cherchait à part, fût concédé pour certain à cause du mode d’interroger.
Aspasia autem ser- monem cum ipso Xenophonte instituit. quaeso, inquit, Xenophon, si vicinus tuus equum meliorem habeat, quam tuus est, tuumne equum malis an illius? illius, inquit. quid, si fundum meliorem habeat, quam tu ha- bes, utrum tandem fundum habere malis? illum, in- quit, meliorem scilicet. quid, si uxorem meliorem ha- beat, quam tu habes, utrum tuamne an illius malis? atque hic Xenophon quoque ipse tacuit. post Aspasia: quoniam uterque vestrum, inquit, id mihi solum non respondit, quod ego solum audire volueram, egomet dicam, quid uterque cogitet. nam et tu, mulier, optumum virum vis habere et tu, Xenophon, uxorem habere lectissimam maxime vis. quare, nisi hoc per- feceritis, ut neque vir melior neque femina lectior in terris sit, profecto semper id, quod optumum putabitis esse, multo maxime requiretis, ut et tu maritus sis quam optumae et haec quam optimo viro nupta sit. hic cum rebus non dubiis assensum est, factum est propter similitudinem, ut etiam illud, quod dubium videretur, si qui separatim quaereret, id pro certo propter rationem rogandi concederetur.
De ce mode d’entretien Socrate usa le plus souvent, parce qu’il ne voulait lui-même rien apporter pour persuader, mais préférait tirer quelque chose de ce que lui avait accordé celui avec qui il discutait, quelque chose que celui-ci dût nécessairement approuver d’après ce qu’il avait déjà concédé. Dans ce genre, il nous paraît qu’il faut d’abord prescrire ceci: que ce que nous introduisons par la ressemblance soit de telle sorte qu’il soit nécessaire de le concéder. Car ce dont nous tirerons qu’on nous concède ce qui est douteux ne devra pas, lui-même, être douteux. Ensuite, ce pour confirmer quoi se fera l’induction, il faut veiller à ce qu’il soit semblable aux choses que nous avons introduites auparavant comme non douteuses; car il ne nous servira de rien que quelque chose nous ait été concédé d’abord, si ce pour quoi nous avons d’abord voulu qu’on le concède lui est dissemblable. Ensuite, qu’il ne comprenne pas où tendent ces premières inductions ni à quelle issue elles vont par-
hoc modo ser- monis plurimum Socrates usus est, propterea quod nihil ipse afferre ad persuadendum volebat, sed ex eo, quod sibi ille dederat, quicum disputabat, aliquid conficere malebat, quod ille ex eo, quod iam con- cessisset, necessario adprobare deberet. Hoc in genere praecipiendum nobis videtur primum, ut illud, quod inducimus per similitudinem, eiusmodi sit, ut sit necesse concedere. nam ex quo postulabimus nobis illud, quod dubium sit, concedi, dubium esse id ipsum non oportebit. deinde illud, cuius confirmandi causa fiet inductio, videndum est, ut simile iis rebus sit, quas res quasi non dubias ante induxerimus, nam aliquid ante concessum nobis esse nihil proderit, si ei dissimile erit id, cuius causa illud concedi primum voluerimus; deinde ne intellegat, quo spectent illae primae inductiones et ad quem sint exitum perven-
venir. Car celui qui voit que, s’il a justement donné son assentiment à la chose dont on le questionne d’abord, il lui faudra nécessairement concéder aussi cette chose qui lui déplaît, le plus souvent, ou en ne répondant pas, ou en répondant mal, ne laisse pas l’interrogation aller plus loin; c’est pourquoi il faut, par le mode d’interroger, le conduire sans qu’il s’en aperçoive de ce qu’il a concédé à ce qu’il ne veut pas concéder. Quant au dernier point, il faut ou qu’on le taise, ou qu’on le concède, ou qu’on le nie. S’il est nié, il faut ou montrer la ressemblance des choses concédées auparavant, ou user d’une autre induction. S’il est concédé, il faut conclure l’argumentation. S’il est tu, il faut ou arracher une réponse, ou — puisque le silence imite l’aveu — conclure l’argumentation comme s’il avait été concédé. Ainsi ce genre d’argumentation devient tripartite: la première partie consiste en une ressemblance, une ou plusieurs; la seconde, en ce que nous voulons faire concéder, ce pour quoi les ressemblances ont été employées; la troisième, en la conclusion, qui ou bien confirme la concession, ou bien montre ce qui s’en déduit.
turae. nam qui videt, si ei rei, quam primo rogetur, recte assenserit, illam quoque rem, quae sibi displi- ceat, esse necessario concedendam, plerumque aut non respondendo aut male respondendo longius roga- tionem procedere non sinit; quare ratione rogationis inprudens ab eo, quod concessit, ad id, quod non vult concedere, deducendus est. extremum autem aut ta- ceatur oportet aut concedatur aut negetur. si negabitur, aut ostendenda similitudo est earum rerum, quae ante concessae sunt, aut alia utendum inductione. si con- cedetur, concludenda est argumentatio. si tacebitur, elicienda responsio est aut, quoniam taciturnitas imi- tatur confessionem, pro eo, ac si concessum sit, con- cludere oportebit argumentationem. ita fit hoc genus argumentandi tripertitum: prima pars ex similitudine constat una pluribusve; altera ex eo, quod concedi vo- lumus, cuius causa similitudines adhibitae sunt; tertia ex conclusione, quae aut confirmat concessionem aut quid ex ea conficiatur ostendit.
Mais comme à quelqu’un il ne paraîtra pas avoir été montré assez clairement, à moins que nous n’ajoutions quelque exemple tiré du genre civil des causes, il semble qu’il faille user aussi d’un exemple de cette sorte, non que le précepte diffère, ou qu’il faille en user autrement dans l’entretien que dans le discours, mais afin de satisfaire au vœu de ceux qui ne peuvent reconnaître en un lieu ce qu’ils ont vu en un autre, à moins qu’on ne le leur montre. Donc, dans cette cause qui est répandue chez les Grecs, où Épaminondas, général des Thébains, parce qu’il ne remit pas l’armée à celui qui lui avait succédé comme préteur selon la loi, et que, ayant lui-même retenu l’armée quelques jours contre la loi, il vainquit de fond en comble les Lacédémoniens, l’accusateur pourra user de l’argumentation par induction, lorsqu’il défend la lettre de la loi contre l’esprit, de cette manière:
Sed quia non satis alicui videbitur dilucide demon- stratum, nisi quid ex civili causarum genere exempli subiecerimus, videtur eiusmodi quoque utendum ex- emplo, non quo praeceptio differat aut aliter hoc in sermone atque in dicendo sit utendum, sed ut eorum voluntati satis fiat, qui id, quod aliquo in loco viderunt, alio in loco, nisi monstratum est, nequeunt cognoscere. ergo in hac causa, quae apud Graecos est pervagata, cum Epaminondas, Thebanorum imperator, * quod ei, qui sibi ex lege praetor successerat, exercitum non tra- didit et, cum paucos ipse dies contra legem exercitum tenuisset, Lacedaemonios funditus vicit, poterit accusator argumentatione uti per inductionem, cum scrip- tum legis contra sententiam defendat, ad hunc modum:
« Si, juges, ce qu’Épaminondas dit que l’auteur de la loi a pensé, il l’ajoutait par écrit à la loi et y joignait cette exception: “sauf si quelqu’un, pour le bien de la république, n’a pas remis l’armée”, le souffririez-vous? Je ne le crois pas. Quoi donc? si vous-mêmes, ce qui est le plus éloigné de votre conscience et de votre sagesse, vous ordonniez, en faveur de cet honneur que voilà et sans l’ordre du peuple, que cette même exception fût ajoutée par écrit à la loi, le peuple thébain souffrirait-il que cela se fît? Assurément il ne le souffrira pas. Ce qu’il est donc sacrilège d’ajouter par écrit à la loi, vous paraîtrait-il juste de le suivre comme s’il y avait été ajouté? Je connais votre discernement: il ne peut paraître ainsi, juges. Mais si la volonté de l’auteur ne peut être corrigée par écrit ni par lui ni par vous, prenez garde qu’il ne soit bien plus indigne encore de changer par le fait et par votre jugement ce qui ne peut être changé même d’un seul mot. » Et touchant l’induction, il semble qu’on en ait assez dit pour le présent.
si, iudices, id, quod Epaminondas ait legis scriptorem sensisse, adscribat ad legem et addat hanc ex- ceptionem: extra quam si quis rei publicae causa exercitum non tradiderit, patiemini? non opinor. quid, si vosmet ipsi, quod a vestra religione et a sa- pientia remotissimum est, istius honoris causa hanc eandem exceptionem iniussu populi ad legem adscribi iubeatis, populus Thebanus id patieturne fieri? pro- fecto non patietur. quod ergo adscribi ad legem nefas est, id sequi, quasi adscriptum sit, rectum vobis vi- deatur? novi vestram intellegentiam; non potest ita videri, iudices. quodsi litteris corrigi neque ab illo ne- que a vobis scriptoris voluntas potest, videte, ne multo indignius sit id re et iudicio vestro mutari, quod ne verbo quidem commutari potest. Ac de inductione quidem satis in praesentia dictum videtur.
Considérons maintenant à la suite la force et la nature du raisonnement. Le raisonnement est un discours qui tire de la chose même quelque vraisemblable, lequel, une fois exposé et connu par soi, se confirme par sa propre force et sa propre raison. Touchant ce genre, ceux qui ont jugé qu’il fallait le considérer avec plus de soin, tout en suivant la même voie dans l’usage du discours, ont quelque peu dissenti dans la méthode des préceptes. Car les uns ont dit qu’il a cinq parties, les autres ont jugé qu’il ne pouvait être distribué en plus de trois parties. Il ne paraît pas malséant d’exposer leur controverse avec la raison des uns et des autres. Car elle est brève, et n’est pas de telle sorte qu’on doive estimer que l’un des deux partis n’a absolument rien à dire, et ce lieu nous paraît, dans le discours, le moins du monde négligeable.
nunc deinceps ratiocinationis vim et naturam consideremus. Ratiocinatio est oratio ex ipsa re probabile aliquid eliciens, quod expositum et per se cognitum sua se vi et ratione confirmet. hoc de genere qui diligentius con- siderandum putaverunt, cum idem in usu dicendi se- querentur, paululum in praecipiendi ratione dissense- runt. nam partim quinque eius partes esse dixerunt, partim non plus quam in tres partes posse distribui putaverunt. eorum controversiam non incommodum vi- detur cum utrorumque ratione exponere. nam et brevis est et non eiusmodi, ut alteri prorsus nihil dicere pu- tentur, et locus hic nobis in dicendo minime neglegen- dus videtur.
Ceux qui pensent qu’il faut le diviser en cinq parties disent qu’il convient d’abord d’exposer la somme de l’argumentation, de cette manière: « Les choses qui se conduisent avec dessein sont mieux soignées que celles qui s’administrent sans dessein. » Cela, ils le comptent pour la première partie; ensuite, ils jugent qu’il faut l’approuver par des raisons variées et par les mots les plus abondants, de cette façon: « La maison qui est régie par la raison est en toutes choses mieux pourvue et mieux fournie que celle qui s’administre au hasard et sans aucun dessein. L’armée à la tête de laquelle est placé un général sage et avisé est en toutes ses parties plus commodément régie que celle qui s’administre par la sottise et la témérité de quelqu’un. La raison de la navigation est la même; car le navire accomplit le mieux sa course, celui qui use du pilote le plus savant. »
Qui putant in quinque tribui partes oportere, aiunt primum convenire exponere summam argumentatio- nis, ad hunc modum: melius accurantur, quae con- silio geruntur, quam quae sine consilio administran- tur. hanc primam partem numerant; eam deinceps rationibus variis et quam copiosissimis verbis adpro- bari putant oportere, hoc modo: domus ea, quae ra- tione regitur, omnibus est instructior rebus et appara- tior, quam ea, quae temere et nullo consilio admini- stratur. exercitus is, cui praepositus est sapiens et calli- dus imperator, omnibus partibus commodius regitur, quam is, qui stultitia et temeritate alicuius admini- stratur. eadem navigii ratio est. nam navis optime cur- sum conficit ea, quae scientissimo gubernatore utitur.
Lorsque la proposition a été ainsi approuvée et que deux parties du raisonnement ont passé, ils disent qu’en la troisième partie il faut, de la force de la proposition, tirer en assomption ce que l’on veut montrer, de cette façon: « Or rien de toutes les choses n’est mieux administré que l’univers tout entier. » À cette assomption, en quatrième lieu, ils introduisent encore une autre approbation, de cette manière: « Car et le lever et le coucher des astres gardent un certain ordre déterminé, et les changements annuels non seulement se font toujours de la même façon par une certaine nécessité, mais sont aussi accommodés aux utilités de toutes les choses, et les vicissitudes du jour et de la nuit, n’ayant jamais en rien été changées, n’ont jamais nui en rien; toutes choses qui sont le signe que la nature de l’univers est administrée par un dessein non médiocre. » En cinquième lieu, ils introduisent la complexion qui, ou bien infère seulement ce qui se conclut de toutes les parties, de cette manière: « C’est donc avec dessein que l’univers est administré »; ou bien, ayant ramené en un seul lieu et brièvement la proposition et l’assomption, y adjoint ce qui s’en conclut, de cette manière: « Mais si les choses qui s’administrent avec dessein sont mieux conduites que celles qui s’administrent sans dessein, et que rien de toutes les choses n’est mieux administré que l’univers tout entier, c’est donc avec dessein que l’univers est administré. » Ils estiment donc qu’ainsi l’argumentation est en cinq parties.
cum propositio sit hoc pacto adprobata et duae partes transierint ratiocinationis, tertia in parte aiunt, quod ostendere velis, id ex vi propositionis oportere assu- mere, hoc pacto: nihil autem omnium rerum melius, quam omnis mundus, administratur. huius assump- tionis quarto in loco aliam porro inducunt adproba- tionem, hoc modo: nam et signorum ortus et obitus definitum quendam ordinem servant et annuae commu- tationes non modo quadam ex necessitudine semper eodem modo fiunt, verum ad utilitates quoque rerum omnium sunt accommodatae, et diurnae nocturnaeque vicissitudines nulla in re umquam mutatae quicquam nocuerunt; quae signo sunt omnia non mediocri quo- dam consilio naturam mundi administrari. quinto in- ducunt loco conplexionem eam, quae aut id infert so- lum, quod ex omnibus partibus cogitur, hoc modo: consilio igitur mundus administratur; aut unum in locum cum conduxerit breviter propositionem et ad- sumptionem, adiungit, quid ex his conficiatur, ad hunc modum: quodsi melius geruntur ea, quae consilio, quam quae sine consilio administrantur, nihil autem omnium rerum melius administratur, quam omnis mun- dus, consilio igitur mundus administratur. quinque- pertitam igitur hoc pacto putant esse argumentationem.
Mais ceux qui pensent qu’elle est en trois parties ne jugent pas qu’il faille traiter l’argumentation autrement; ils blâment seulement la partition de ceux-là. Car ils nient qu’il faille séparer les approbations ni de la proposition ni de l’assomption, et que ni la proposition ne leur paraisse achevée, ni l’assomption parfaite, si elle n’a été confirmée par une approbation. C’est pourquoi les deux parties que ceux-là comptent, la proposition et l’approbation, ne leur paraissent qu’une seule partie, la proposition; car si elle n’a été approuvée, ce n’est pas une proposition d’argumentation. De même, ce que ceux-là appellent assomption et approbation de l’assomption, cela même leur paraît être l’assomption seule. Ainsi advient-il que la même argumentation, traitée de la même manière, paraisse aux uns en trois parties, aux autres en cinq parties. C’est pourquoi il arrive que la chose ne touche pas tant à l’usage du discours qu’à la méthode des préceptes.
Qui autem tripertitam putant esse, ii non aliter tractari putant oportere argumentationem, sed parti- tionem horum reprehendunt. negant enim neque a pro- positione neque ab adsumptione adprobationes earum separari oportere, neque propositionem absolutam ne- que adsumptionem sibi perfectam videri, quae appro- batione confirmata non sit. quare quas illi duas partes numerent, propositionem et adprobationem, sibi unam partem videri, propositionem; quae si adprobata non sit, propositio non sit argumentationis. item, quae ab illis adsumptio et adsumptionis adprobatio dicatur, eandem sibi adsumptionem solam videri. ita fit, ut eadem ratione argumentatio tractata aliis tripertita, aliis quinquepertita videatur. quare evenit, ut res non tam ad usum dicendi pertineat quam ad rationem praeceptionis.
Or à nous cette partition paraît être plus commode, qui est distribuée en cinq parties, et que tous ceux qui sont issus d’Aristote et de Théophraste ont surtout suivie. Car de même que ce genre supérieur d’argumenter, qui se prend par induction, fut surtout traité par Socrate et les Socratiques, de même celui-ci, qui se polit par le raisonnement, a été au plus haut point fréquenté par Aristote, par les Péripatéticiens et Théophraste, puis par ces rhéteurs qui ont été tenus pour les plus élégants et les plus artistes. Mais pourquoi cette partition-là nous agrée davantage, il semble qu’il faille le dire, de peur qu’on ne nous croie l’avoir suivie à la légère; et il faut le dire brièvement, de peur que, sur des matières de cette sorte, nous ne nous attardions plus longtemps que ne le demande la méthode des préceptes.
Nobis autem commodior illa partitio videatur esse, quae in quinque partes tributa est, quam omnes ab Aristotele et Theophrasto profecti maxime secuti sunt. nam quemadmodum illud superius genus argumen- tandi, quod per inductionem sumitur, maxime Socrates et Socratici tractarunt, sic hoc, quod per ratiocina- tionem expolitur, summe est ab Aristotele atque a Peri- pateticis et Theophrasto frequentatum, deinde a rhetoribus iis, qui elegantissimi atque artificiosis- simi putati sunt. quare autem nobis illa magis partitio probetur, dicendum videtur, ne temere secuti putemur; et breviter dicendum, ne in huiusmodi rebus diutius, quam ratio praecipiendi postulat, commoremur.
Si, dans une certaine argumentation, il suffit d’user de la proposition et qu’il ne faille pas y adjoindre l’approbation de la proposition, et que, dans une certaine autre argumentation, la proposition est faible si l’approbation n’y est jointe, l’approbation est quelque chose de séparé de la proposition. Car ce qui peut et être joint à quelque chose et en être séparé, cela ne peut être la même chose que ce à quoi il est joint et de quoi il est séparé; or il est une certaine argumentation où la proposition n’a pas besoin d’approbation, et une certaine autre où elle ne vaut rien sans approbation, comme nous le montrerons. L’approbation est donc séparée de la proposition. Or ce que nous avons promis se montrera de cette manière: la proposition qui contient en soi quelque chose de manifeste et qui doit nécessairement faire l’accord de tous, il n’importe en rien de vouloir l’approuver et l’affermir. Telle est celle-ci:
Si quadam in argumentatione satis est uti pro- positione et non oportet adiungere adprobationem pro- positionis, quadam autem in argumentatione infirma est propositio, nisi adiuncta sit adprobatio, separatum est quiddam a propositione adprobatio. quod enim et adiungi et separari ab aliquo potest, id non potest idem esse, quod est id, ad quod adiungitur et a quo separatur; est autem quaedam argumentatio, in qua propositio non indiget approbationis, et quaedam, in qua nihil valet sine approbatione, ut ostendemus. sepa- rata igitur est a propositione approbatio. Ostendetur autem id, quod polliciti sumus, hoc modo: quae propo- sitio in se quiddam continet perspicuum et quod stare inter omnes necesse est, hanc velle approbare et firmare nihil attinet. ea est huiusmodi:
« Si, le jour où ce meurtre fut commis à Rome, moi, ce jour-là, je fus à Athènes, je n’ai pu prendre part au meurtre. » Comme cela est manifestement vrai, il n’importe en rien de l’approuver. C’est pourquoi il faut aussitôt prendre en assomption, de cette façon: « Or je fus à Athènes ce jour-là. » Si cela n’est pas constant, il a besoin d’approbation; celle-ci introduite, la complexion s’ensuit. Il est donc une certaine proposition qui n’a pas besoin d’approbation. Car qu’il en soit une qui en ait besoin, qu’importe-t-il de le montrer, ce qui à quiconque est aisément manifeste? Mais s’il en est ainsi, de ceci et de ce que nous avions posé se conclut que l’approbation est quelque chose de séparé de la proposition. Or s’il en est ainsi, il est faux que l’argumentation ne soit pas en plus de trois parties.
si, quo die ista caedes Romae facta est, ego Athenis eo die fui, in caede in- teresse non potui. hoc quia perspicue verum est, nihil attinet approbari. quare assumi statim oportet, hoc modo: fui autem Athenis eo die. hoc si non constat, indiget approbationis; qua inducta complexio conse- quitur. est igitur quaedam propositio, quae non indiget approbatione. nam esse quidem quandam, quae indi- geat, quid attinet ostendere, quod cuivis facile perspi- cuum est? quodsi ita est, ex hoc et ex eo, quod propo- sueramus, hoc conficitur, separatum esse quiddam a propositione approbationem. sin autem ita est, falsum est non esse plus quam tripertitam argumentationem.
De semblable manière il est clair que l’autre approbation aussi est séparée de l’assomption. Si, dans une certaine argumentation, il suffit d’user de l’assomption et qu’il ne faille pas y adjoindre l’approbation de l’assomption, et que, dans une certaine autre argumentation, l’assomption est faible si l’approbation n’y est jointe, l’approbation est quelque chose de séparé, hors de l’assomption. Or il est une certaine argumentation où l’assomption n’a pas besoin d’approbation, et une certaine autre où elle ne vaut rien sans approbation, comme nous le montrerons. L’approbation est donc séparée de l’assomption.
Simili modo liquet alteram quoque approbationem separatam esse ab assumptione. si quadam in argu- mentatione satis est uti assumptione et non oportet adiungere approbationem assumptioni, quadam autem in argumentatione infirma est assumptio, nisi adiuncta sit approbatio, separatum quiddam est extra assump- tionem approbatio. est autem argumentatio quaedam, in qua assumptio non indiget approbationis, quaedam autem, in qua nihil valet sine approbatione, ut osten- demus. separata igitur est ab adsumptione approbatio.
Or ce que nous avons promis, nous le montrerons de cette manière: l’assomption qui contient une vérité manifeste à tous n’a besoin d’aucune approbation. Telle est celle-ci: « S’il faut vouloir être sage, il convient de s’appliquer à la philosophie. » Ici la proposition a besoin d’approbation; car elle n’est pas manifeste et ne fait pas l’accord de tous, parce que beaucoup estiment que la philosophie ne sert de rien, et la plupart même qu’elle nuit; l’assomption est manifeste; car la voici: « Or il faut vouloir être sage. » Comme cela se perçoit de soi-même et se comprend être vrai, il n’importe en rien de l’approuver. C’est pourquoi il faut aussitôt conclure l’argumentation. Il est donc une certaine assomption qui n’a pas besoin d’approbation; car qu’il en soit une qui en ait besoin, c’est manifeste. L’approbation est donc séparée de l’assomption. Il est donc faux que l’argumenta-
Ostendemus autem, quod polliciti sumus, hoc modo: quae perspicuam omnibus veritatem continet assump- tio, nihil indiget approbationis. ea est huiusmodi: si oportet velle sapere, dare operam philosophiae con- venit. hic propositio indiget approbationis; non enim perspicua est neque constat inter omnes, propterea quod multi nihil prodesse philosophiam, plerique etiam obesse arbitrantur; assumptio perspicua; est enim haec: oportet autem velle sapere. hoc quia ipsum ex se perspicitur et verum esse intellegitur, nihil attinet approbari. quare statim concludenda est argumentatio. est ergo assumptio quaedam, quae approbationis non indiget; nam quandam indigere perspicuum est. se- parata est igitur ab adsumptione approbatio. falsum ergo est non esse plus quam tripertitam argumenta-
tion ne soit pas en plus de trois parties. Et de tout cela il est désormais manifeste qu’il est une certaine argumentation où ni la proposition ni l’assomption n’a besoin d’approbation, de cette sorte, pour poser à titre d’exemple quelque chose de certain et de bref: « Si la sagesse doit être recherchée par-dessus tout, la sottise doit être évitée par-dessus tout; or la sagesse doit être recherchée par-dessus tout; donc la sottise doit être évitée par-dessus tout. » Ici, et la proposition et l’assomption sont manifestes; c’est pourquoi ni l’une ni l’autre n’a besoin d’approbation. De tout cela il est manifeste que tantôt l’approbation se joint, tantôt ne se joint pas. D’où l’on reconnaît que l’approbation n’est contenue ni dans la proposition ni dans l’assomption, mais que l’une et l’autre, placées en leur lieu, gardent leur force comme certaine et propre. Or s’il en est ainsi, ceux-là ont commodément réparti l’argumentation qui l’ont distribuée en cinq parties.
tionem. Atque ex his illud iam perspicuum est, esse quandam argumentationem, in qua neque propositio neque assumptio indigeat approbationis, huiusmodi, ut certum quiddam et breve exempli causa ponamus: si summopere sapientia petenda est, summo opere stul- titia vitanda est: summo autem opere sapientia pe- tenda est: summo igitur opere stultitia vitanda est. hic et propositio et assumptio perspicua est; quare neutra quoque indiget approbatione. ex hisce om- nibus illud perspicuum est approbationem tum adiungi, tum non adiungi. ex quo cognoscitur neque in pro- positione neque in assumptione contineri approba- tionem, sed utramque suo loco positam vim suam tam- quam certam et propriam obtinere. quodsi ita est, commode partiti sunt illi, qui in quinque partes tri- buerunt argumentationem.
Cinq sont donc les parties de l’argumentation qui se traite par raisonnement: la proposition, par laquelle s’expose brièvement le lieu d’où toute la force du raisonnement doit émaner; l’approbation, par laquelle ce qui a été brièvement exposé, affermi par des raisons, devient plus vraisemblable et plus clair; l’assomption, par laquelle se prend ce qui, de la proposition, tend à la démonstration; l’approbation de l’assomption, par laquelle ce qui a été pris en assomption s’affermit par des raisons; la complexion, par laquelle s’expose brièvement ce qui se conclut de toute l’argumentation. L’argumentation qui a le plus de parties se compose de ces cinq parties; la deuxième est en quatre parties; la troisième en trois parties; ensuite en deux parties; ce qui est en controverse.
Quinque igitur partes sunt eius argumentationis, quae per ratiocinationem tractatur: propositio, per quam locus is breviter exponitur, ex quo vis omnis oportet emanet ratiocinationis; approbatio, per quam id, quod breviter expositum est, rationibus adfirmatum probabilius et apertius fit; assumptio, per quam id, quod ex propositione ad ostendendum pertinet, assumi- tur; assumptionis approbatio, per quam id, quod assumptum est, rationibus firmatur; complexio, per quam id, quod conficitur ex omni argumentatione, bre- viter exponitur. quae plurimas habet argumentatio partes, ea constat ex his quinque partibus; secunda est quadripertita; tertia tripertita; dein bipertita; quod in controversia est.
On peut aussi sembler à quelqu’un qu’elle puisse subsister en une seule partie. De celles donc qui sont constantes, nous poserons des exemples; de celles qui sont douteuses, nous apporterons les raisons. L’argumentation en cinq parties est de cette sorte: « Toutes les lois, juges, il faut les rapporter à l’avantage de la république et les interpréter d’après l’utilité commune, non d’après la rédaction qui est dans la lettre. Car nos ancêtres furent de telle vertu et de telle sagesse que, dans la rédaction des lois, ils ne se proposaient rien d’autre que le salut et l’utilité de la république. Car eux-mêmes ne voulaient pas écrire ce qui pût nuire, et, s’ils l’avaient écrit, ils comprenaient que, dès qu’on l’aurait compris, la loi serait répudiée. Car personne ne veut que les lois soient saines à cause des lois, mais à cause de la république, parce que tous estiment que c’est par les lois que la république est le mieux administrée. Pour quelle raison donc il faut observer les lois, c’est en vue de cette même cause qu’il convient d’interpréter tout ce qui est écrit: c’est-à-dire que, puisque nous servons la république, interprétons d’après l’avantage et l’utilité de la république. Car de même qu’il ne faut estimer que rien ne procède de la médecine que ce qui regarde l’utilité du corps, puisque c’est en vue de celle-ci qu’elle a été instituée, de même il convient de juger que rien ne procède des lois que ce qui sert la république, puisque c’est en vue de celle-ci qu’elles ont été établies et institu-
de una quoque parte potest alicui videri posse consistere. eorum igitur, quae constant, exempla ponemus, horum, quae dubia sunt, rationes afferemus. Quinquepertita argumentatio est huiusmodi: “omnes leges, iudices, ad commodum rei publicae re- ferre oportet et eas ex utilitate communi, non ex scrip- tione, quae in litteris est, interpretari. ea enim virtute et sapientia maiores nostri fuerunt, ut in legibus scriben- dis nihil sibi aliud nisi salutem atque utilitatem rei publicae proponerent. neque enim ipsi, quod obesset, scribere volebant, et, si scripsissent, cum esset intellec- tum, repudiatum iri legem intellegebant. nemo enim leges legum causa salvas esse vult, sed rei publicae, quod ex legibus omnes rem publicam optime putant administrari. quam ob rem igitur leges servari oportet, ad eam causam scripta omnia interpretari convenit: hoc est, quoniam rei publicae servimus, ex rei publicae com- modo atque utilitate interpretemur. nam ut ex medicina nihil oportet putare proficisci, nisi quod ad corporis utilitatem spectet, quoniam eius causa est instituta, sic a legibus nihil convenit arbitrari, nisi quod rei publicae conducat, proficisci, quoniam eius causa sunt compara-
ées. Donc, dans ce jugement aussi, cessez de scruter la lettre de la loi et considérez la loi, comme il est juste, d’après l’avantage de la république. Qu’y avait-il de plus utile aux Thébains que d’écraser les Lacédémoniens ? À qui convenait-il mieux qu’à Épaminondas, général des Thébains, de pourvoir à la victoire des Thébains ? Que convenait-il à celui-ci de tenir pour plus cher ou plus précieux qu’une si grande gloire des Thébains, qu’un trophée si éclatant et si magnifique ? Il devait, sans doute, négliger la lettre de la loi et considérer la pensée de celui qui l’a écrite. Mais cela du moins a été assez considéré, qu’aucune loi n’a été écrite sinon pour la cause de la république. Il estimait donc que c’était la suprême folie d’interpréter ce qui avait été écrit pour la cause du salut de la république non pas d’après le salut de la république. Or, si toutes les lois, il convient de les rapporter à l’avantage de la république, et si celui-ci a servi le salut de la république, assurément il ne peut pas, par un même acte, avoir pourvu aux intérêts communs et n’avoir pas obéi aux lois. »
tae. ergo in hoc quoque iudicio desinite litteras legis perscrutari et legem, ut aequum est, ex utilitate rei publicae considerate. quid magis utile fuit Thebanis quam Lacedaemonios opprimi? cui magis Epaminon- dam, Thebanorum imperatorem, quam victoriae The- banorum consulere decuit? quid hunc tanta Thebano- rum gloria, tam claro atque exornato tropaeo carius aut antiquius habere convenit? scripto videlicet legis omisso scriptoris sententiam considerare debebat. at hoc quidem satis consideratum est, nullam esse legem nisi rei publicae causa scriptam. summam igitur amen- tiam esse existimabat, quod scriptum esset rei publicae salutis causa, id non ex rei publicae salute interpretari. quodsi leges omnes ad utilitatem rei publicae referri convenit, hic autem saluti rei publicae profuit, profecto non potest eodem facto et communibus fortunis con- suluisse et legibus non optemperasse.”
Or l’argumentation se compose de quatre parties lorsque nous proposons ou assumons sans approbation. Il faut le faire lorsque, ou bien la proposition se comprend d’elle-même, ou bien l’assomption est manifeste et n’a besoin d’aucune approbation. L’approbation de la proposition étant laissée de côté, l’argumentation se traite en quatre parties, de cette manière : « Juges, vous qui jugez après avoir juré selon la loi, vous devez obéir aux lois. Or vous ne pouvez obéir aux lois si vous ne suivez ce qui est écrit dans la loi. Car quel témoignage plus sûr de sa volonté celui qui a écrit la loi pouvait-il laisser que celui qu’il a écrit lui-même avec grand soin et grande diligence ? Or, si la lettre n’existait pas, nous la réclamerions vivement, afin que d’elle se reconnût la volonté de celui qui a écrit ; et pourtant nous ne permettrions pas à Épaminondas, fût-ce même en dehors du jugement, qu’il nous interprétât la pensée de la loi ; bien moins souffririons-nous maintenant que celui-ci, alors que la loi est là présente, interprète la volonté de celui qui a écrit non pas d’après ce qui est écrit le plus clairement, mais d’après ce qui convient à sa cause. Or, si vous, juges, vous devez obéir aux lois, et si vous ne pouvez le faire sans suivre ce qui est écrit dans la loi, pourquoi ne jugez-vous pas que celui-ci a agi contre la loi ? »
Quattuor autem partibus constat argumentatio, cum aut proponimus aut assumimus sine approbatione. id facere oportet, cum aut propositio ex se intellegitur aut assumptio perspicua est et nullius approbationis indiget. propositionis approbatione praeterita quattuor ex partibus argumentatio tractatur, ad hunc modum: iudices, qui ex lege iurati iudicatis, legibus optempe- rare debetis. optemperare autem legibus non potestis, nisi id, quod scriptum est in lege, sequimini. quod enim certius legis scriptor testimonium voluntatis suae re- linquere potuit, quam quod ipse magna cum cura atque diligentia scripsit? quodsi litterae non exstarent, magnopere eas requireremus, ut ex iis scriptoris vo- luntas cognosceretur; nec tamen Epaminondae per- mitteremus, ne si extra iudicium quidem esset, ut is nobis sententiam legis interpretaretur, nedum nunc istum patiamur, cum praesto lex sit, non ex eo, quod apertissime scriptum est, sed ex eo, quod suae causae convenit, scriptoris voluntatem interpretari. quodsi vos, iudices, legibus optemperare debetis et id facere non potestis, nisi id, quod scriptum est in lege, sequa- mini, quin istum contra legem fecisse iudicatis?
Or, l’approbation de l’assomption étant laissée de côté, l’argumentation se fera en quatre parties de cette sorte : « Ceux qui maintes fois nous ont trompés par leur fausse foi, nous ne devons pas accorder de créance à leur discours. Car si, par leur perfidie, nous subissons quelque dommage, il n’y aura personne hors nous-mêmes que nous puissions à bon droit accuser. Et certes être trompé une première fois est fâcheux ; une seconde, c’est sot ; une troisième, c’est honteux. Or les Carthaginois nous ont déjà très souvent trompés. C’est donc la suprême folie d’avoir confiance dans la foi de ceux par la perfidie desquels tu as été tant de fois trompé. »
assumptionis autem approbatione praeterita quadri- pertita sic fiet argumentatio: qui saepenumero nos per fidem fefellerunt, eorum orationi fidem habere non debemus. si quid enim perfidia illorum detrimenti acceperimus, nemo erit praeter nosmet ipsos, quem iure accusare possimus. ac primo quidem decipi in- commodum est; iterum, stultum; tertio, turpe. Cartha- ginienses autem persaepe iam nos fefellerunt. summa igitur amentia est in eorum fide spem habere, quorum perfidia totiens deceptus sis.
L’une et l’autre approbation étant laissée de côté, elle se fait en trois parties, de cette façon : « Il faut, ou bien craindre les Carthaginois, si nous les laissons intacts, ou bien détruire leur ville. Or certes il ne faut pas les craindre. Il reste donc que nous détruisions la ville. » Or il en est qui pensent qu’on peut parfois se dispenser de la complexion, lorsque est manifeste ce qui se conclut du raisonnement ; et que, s’il en est ainsi, l’argumentation se fait aussi en deux parties, de cette manière : « Si elle a enfanté, elle n’est pas vierge ; or elle a enfanté. » Ici il suffit, selon eux, de proposer et d’assumer : puisque ce qui se conclut est manifeste, l’affaire n’a pas besoin de complexion. Mais il nous semble, à nous, et que tout raisonnement doit être conclu, et que ce vice qui leur déplaît doit être grandement évité, c’est-à-dire de ne pas faire entrer dans la complexion ce qui est manifeste.
Utraque approbatione praeterita tripertita fit, hoc pacto: aut metuamus Carthaginienses oportet, si incolumes eos reliquerimus, aut eorum urbem diruamus. at metuere quidem non oportet. restat igitur, ut urbem diruamus. Sunt autem, qui putant nonnumquam posse com- plexione supersederi, cum id perspicuum sit, quod conficiatur ex ratiocinatione; quod si fiat, bipertitam quoque fieri argumentationem, hoc modo: si peperit, virgo non est: peperit autem. hic satis esse proponere et adsumere: quod conficiatur quoniam perspicuum sit, complexionis rem non indigere. nobis autem vi- detur et omnis ratiocinatio concludenda esse et illud vitium, quod illis displicet, magnopere vitandum, ne, quod perspicuum sit, id in complexionem inferamus.
Or cela pourra se faire, si l’on comprend les genres de complexions. Car ou bien nous ferons la complexion de manière à ramener en un seul la proposition et l’assomption, de cette façon : « Or, si toutes les lois, il convient de les rapporter à l’avantage de la république, et si celui-ci a servi le salut de la république, assurément il ne peut pas, par un même acte, avoir pourvu au salut commun et n’avoir pas obéi aux lois » ; ou bien de manière que la pensée se conclue du contraire, de cette façon : « C’est donc la suprême folie d’avoir confiance dans la foi de ceux par la perfidie desquels tu as été tant de fois trompé » ; ou bien de manière qu’on n’introduise que cela seul qui se conclut, de cette sorte : « Détruisons donc la ville » ; ou bien de manière à introduire ce qui suit nécessairement la chose qui se conclut. Cela est de ce genre : « Si elle a enfanté, elle a couché avec un homme ; or elle a enfanté. » Il se conclut ceci : « Elle a donc couché avec un homme. » Si tu ne veux pas introduire cela et que tu introduises ce qui suit : « Elle a donc commis l’inceste », et tu auras conclu l’argumentation, et tu auras évité la complexion manifeste.
hoc autem fieri poterit, si complexionum genera intelle- gentur. nam aut ita complectemur, ut in unum con- ducamus propositionem et assumptionem, hoc modo: quodsi leges omnes ad utilitatem rei publicae referri convenit, hic autem saluti rei publicae profuit, pro- fecto non potest eodem facto et saluti communi con- suluisse et legibus non optemperasse; aut ita, ut ex contrario sententia conficiatur, hoc modo: summa igitur amentia est in eorum fide spem habere, quorum perfidia totiens deceptus sis; aut ita, ut id solum, quod conficitur, inferatur, ad hunc modum: urbem igitur diruamus; aut, ut id, quod eam rem, quae con- ficitur, sequatur necesse est. id est huiusmodi: si peperit, cum viro concubuit: peperit autem. conficitur hoc: concubuit igitur cum viro. hoc si nolis inferre et inferas id, quod sequitur: fecit igitur incestum, et concluseris argumentationem et perspicuam fugeris complexionem.
C’est pourquoi, dans les longues argumentations, il faut faire la complexion par ramènement ou par le contraire ; dans les brèves, n’exposer que cela seul qui se conclut ; dans celles où l’issue est manifeste, user de la conséquence. Or, si certains pensent que l’argumentation peut consister même en une seule partie, ils pourront dire qu’il suffit souvent de faire l’argumentation de cette manière : « Puisqu’elle a enfanté, elle a couché avec un homme » ; car ceci, disent-ils, n’a besoin ni d’approbation ni de complexion. Mais il nous semble qu’ils se trompent par l’ambiguïté du mot. Car le mot « argumentation », un seul, signifie deux choses, du fait que l’on appelle argumentation et la chose trouvée probable ou nécessaire pour un certain effet, et l’élaboration artificielle de cette chose trouvée.
quare in longis argumentationibus ex conductionibus aut ex contrario complecti oportet, in brevibus id solum, quod conficitur, exponere, in iis, in quibus exitus perspicuus est, consecutione uti. Si qui autem ex una quoque parte putabunt constare argumentationem, poterunt dicere saepe satis esse hoc modo argumentationem facere: quoniam peperit, cum viro concubuit; nam hoc nullius neque approbationis neque complexionis indigere. sed nobis ambiguitate nominis videntur errare. nam argumentatio nomine uno res duas significat, ideo quod et inventum ali- quam in rem probabile aut necessarium argumentatio vocatur et eius inventi artificiosa expolitio.
Lors donc qu’ils produiront quelque chose de ce genre : « Puisqu’elle a enfanté, elle a couché avec un homme », ils produiront la chose trouvée, non l’élaboration ; or nous, nous parlons des parties de l’élaboration. Donc ce raisonnement-là ne touchera en rien à cette affaire ; et, par cette distinction, nous repousserons aussi d’autres objections qui sembleront faire obstacle à cette répartition, si quelqu’un pense que parfois l’assomption peut être supprimée, ou la proposition. Or celles-ci, si elles ont quelque chose de probable ou de nécessaire, de quelque manière que ce soit elles doivent émouvoir l’auditeur. Mais si l’on ne considérait que cela seul et qu’il n’importât en rien de quelle façon serait traité ce qui aurait été imaginé, il n’y aurait nullement entre les plus grands orateurs et les médiocres une différence telle qu’on l’esti-
cum igitur proferent aliquid huiusmodi: quoniam peperit, cum viro concubuit, inventum proferent, non expolitionem; nos autem de expolitionis partibus loquimur. Nihil igitur ad hanc rem ratio illa pertinebit; atque hac distinctione alia quoque, quae videbuntur officere huic partitioni, propulsabimus, si quis aut assumptio- nem aliquando tolli posse putet aut propositionem. quae si quid habet probabile aut necessarium, quoquo modo commoveat auditorem necesse est. quod si so- lum spectaretur ac nihil, quo pacto tractaretur id, quod esset excogitatum, referret, nequaquam tantum inter summos oratores et mediocres interesse existi-
merait. Or il faudra grandement varier le discours ; car en toutes choses la ressemblance est mère de la satiété. Cela pourra se faire si nous n’abordons pas toujours l’argumentation de la même façon. Car d’abord il convient de la distinguer par les genres mêmes, c’est-à-dire d’user tantôt de l’induction, tantôt du raisonnement ; ensuite, dans l’argumentation même, de ne pas toujours commencer par la proposition, ni d’abuser toujours des cinq parties, ni d’élaborer les parties selon le même procédé, mais de commencer tantôt par l’assomption, tantôt par l’une ou l’autre approbation, tantôt par les deux, et d’user tantôt de ce genre, tantôt de cet autre genre de complexion. Pour que cela se perçoive, exerçons-nous à cette même chose sur un exemple quelconque de ceux qui ont été proposés, afin qu’on puisse éprouver combien il est facile à faire.
maretur. variare autem orationem magnopere oporte- bit; nam omnibus in rebus similitudo mater est satietatis. id fieri poterit, si non similiter semper ingre- diamur in argumentationem. nam primum omnium generibus ipsis distinguere convenit, hoc est, tum in- ductione uti, tum ratiocinatione, deinde in ipsa ar- gumentatione non semper a propositione incipere nec semper quinque partibus abuti neque eadem partes ratione expolire, sed tum ab assumptione incipere, tum adprobatione alterutra, tum utraque, tum hoc, tum illo genere conplexionis uti. id ut perspiciatur, scribamus * in quolibet exemplo de iis, quae proposita sunt, hoc idem exerceamus, ut quam facile factu sit, periclitari licet.
Et sur les parties de l’argumentation, il nous semble qu’il a été assez dit ; mais nous voulons qu’on comprenne que nous savons fort bien que les argumentations se traitent encore, en philosophie, selon beaucoup d’autres méthodes obscures, sur lesquelles un art déterminé a été établi. Mais celles-là nous ont paru répugner à l’usage oratoire. Quant à celles que nous estimons appartenir à l’art de parler, nous n’affirmons pas y avoir prêté plus d’attention que les autres ; nous promettons les avoir consignées avec plus de recherche et de diligence. Maintenant, comme nous l’avons décidé, nous poursuivrons en marchant par ordre vers ce qui reste.
Ac de partibus quidem argumentationis satis nobis dictum videtur: illud autem volumus intellegi nos probe tenere aliis quoque rationibus tractari argumen- tationes in philosophia multis et obscuris, de quibus certum est artificium constitutum. verum illa nobis abhorrere ab usu oratorio visa sunt. quae pertinere autem ad dicendum putamus, ea nos commodius quam ceteros adtendisse non affirmamus; perquisitius et diligentius conscripsisse pollicemur. nunc, ut statui- mus, proficisci ordine ad reliqua pergemus.
La réfutation est ce par quoi, en argumentant, la confirmation des adversaires est dissoute, ou affaiblie, ou amoindrie. Elle usera de la même source d’invention dont use la confirmation, pour cette raison que les lieux d’où une chose peut être confirmée sont les mêmes d’où elle peut être affaiblie. Car il n’y a rien à considérer dans toutes ces inventions sinon ce qui est attribué aux personnes ou aux affaires. C’est pourquoi il faudra transporter aussi dans cette partie du discours l’invention et l’élaboration des argumentations, d’après ce qui a été enseigné auparavant. Toutefois, pour qu’un certain précepte soit donné de cette partie aussi, nous exposerons les modes de la réfutation ; ceux qui les observeront pourront plus aisément dissoudre ou affaiblir ce qui sera dit contre eux.
Reprehensio est, per quam argumentando adver- sariorum confirmatio diluitur aut infirmatur aut ele- vatur. haec fonte inventionis eodem utetur, quo utitur confirmatio, propterea quod, quibus ex locis ali- qua res confirmari potest, isdem potest ex locis in- firmari. nihil enim considerandum est in his omnibus inventionibus nisi id, quod personis aut negotiis adtributum est. quare inventionem et argumentationum expolitionem ex illis, quae ante praecepta sunt, hanc quoque in partem orationis transferri oportebit. verum- tamen, ut quaedam praeceptio detur huius quoque partis, exponemus modos reprehensionis; quos qui ob- servabunt, facilius ea, quae contra dicentur, diluere aut infirmare poterunt.
Toute argumentation se réfute, ou bien si, parmi ce qui a été pris, on n’accorde pas une ou plusieurs choses, ou bien si, celles-ci accordées, on nie que la complexion s’en conclue, ou bien si le genre même de l’argumentation est montré vicieux, ou bien si, contre une argumentation solide, on en pose une autre également solide ou plus solide. Parmi ce qui est pris, quelque chose n’est pas accordé lorsque, ou bien on nie que ce qu’ils disent croyable soit de cette sorte, ou bien on montre dissemblable ce qu’ils estiment comparable, ou bien on tourne en l’autre sens ce qui a été jugé, ou bien on désapprouve tout à fait le jugement, ou bien on nie que ce qu’ils ont dit être un signe soit de cette sorte, ou bien on réfute la compréhension par une de ses parties ou par l’une et l’autre, ou bien on montre fausse l’énumération, ou bien on démontre que la conclusion simple contient quelque chose de faux. Car tout ce qui est pris pour argumenter, soit comme probable, soit comme nécessaire, doit nécessairement être pris de ces lieux, comme nous l’avons montré plus haut.
Omnis argumentatio reprehenditur, si aut ex iis, quae sumpta sunt, non conceditur aliquid unum plu- rave aut his concessis conplexio ex his confici ne- gatur, aut si genus ipsum argumentationis vitiosum ostenditur, aut si contra firmam argumentationem alia aeque firma aut firmior ponitur. Ex iis, quae sumuntur, aliquid non conceditur, cum aut id, quod credibile dicunt, negatur esse eiusmodi, aut, quod conparabile putant, dissimile ostenditur, aut iudicatum aliam in partem traducitur, aut omnino iudicium inprobatur, aut, quod signum esse adversarii dixerunt, id eiusmodi negatur esse, aut si conprehensio aut una aut ex utraque parte reprehenditur, aut enume- ratio falsa ostenditur, aut simplex conclusio falsi ali- quid continere demonstratur. nam omne, quod su- mitur ad argumentandum sive pro probabili sive pro necessario, necesse est sumatur ex his locis, ut ante ostendimus.
Ce qui aura été pris comme croyable sera affaibli, ou bien si c’est manifestement faux, de cette manière : « Il n’est personne qui ne préfère l’argent à la sagesse » ; ou bien si le contraire aussi a quelque chose de croyable, de cette manière : « Qui est-ce qui n’est plus désireux du devoir que de l’argent ? » ; ou bien si c’est tout à fait incroyable, comme si quelqu’un que l’on tient pour avare disait qu’à cause d’un devoir médiocre il a négligé une très grande somme d’argent ; ou bien si ce qui arrive en certaines choses ou à certains hommes, on dit qu’il advient à tous, de cette façon : « Ceux qui sont pauvres ont l’argent plus précieux que le devoir ; le lieu qui est désert, c’est là qu’un meurtre a dû être commis ; en un lieu fréquenté, comment un homme a-t-il pu être tué ? » ; ou bien si ce qui se fait rarement, on nie qu’il se fasse tout à fait, comme Curion pour Fulvius : « Nul ne peut, d’un seul regard ni en passant, tomber amoureux. »
Quod pro credibili sumptum erit, id infirmabitur, si aut perspicue falsum erit, hoc modo: nemo est, quin pecuniam quam sapientiam malit; aut ex contrario quoque credibile aliquid habebit, hoc modo: quis est, qui non officii cupidior quam pecuniae sit? aut erit omnino incredibile, ut si aliquis, quem constet esse avarum, dicat alicuius mediocris officii causa se maxi- mam pecuniam neglexisse, aut si, quod in quibusdam rebus aut hominibus accidit, id omnibus dicitur usu venire, hoc pacto: qui pauperes sunt, iis antiquior of- ficio pecunia est; qui locus desertus est, in eo caedem factam esse oportet; in loco celebri homo occidi qui potuit? aut si id, quod raro fit, fieri omnino negatur, ut Curio pro Fulvio: nemo potest uno aspectu neque praeteriens in amorem incidere.
Or ce qui sera pris comme signe sera affaibli par les mêmes lieux par lesquels il se confirme. Car, dans le signe, il faut montrer d’abord qu’il est vrai ; ensuite qu’il est le signe propre de la chose dont il s’agit, comme le sang pour le meurtre ; ensuite qu’a été fait ce qui n’aurait pas dû l’être, ou n’a pas été fait ce qui aurait dû l’être ; enfin que celui dont on s’enquiert connaissait la loi et la coutume de cette chose. Car ce sont là les choses attribuées au signe ; nous les découvrirons avec plus de soin lorsque nous parlerons à part de la constitution conjecturale elle-même. Donc, dans la réfutation, on démontrera de chacune de ces choses, ou bien qu’elle n’est pas un signe, ou bien qu’elle l’est trop faiblement, ou bien qu’elle est plutôt de notre côté que du côté des adversaires, ou bien qu’elle est dite tout à fait à faux, ou bien qu’elle peut être tournée vers un autre soupçon.
Quod autem pro signo sumetur, id ex isdem locis, quibus confirmatur, infirmabitur. nam in signo primum verum esse ostendi oportet; deinde esse eius rei signum proprium, qua de agitur, ut cruorem caedis; deinde factum esse, quod non oportuerit, aut non factum, quod oportuerit; postremo scisse eum, de quo quaeritur, eius rei legem et consuetudinem. nam eae res sunt signo adtributae; quas diligentius aperiemus, cum separatim de ipsa coniecturali constitutione dicemus. ergo horum unum quodque in reprehensione aut non esse signo aut parum magno esse aut a se potius quam ab ad- versariis stare aut omnino falso dici aut in aliam quo- que suspicionem duci posse demonstrabitur.
Or, lorsque quelque chose sera introduit comme comparable, puisque cela se traite surtout par la ressemblance, dans la réfutation il conviendra de nier que ce qui est mis en parallèle soit semblable à ce avec quoi il est mis en parallèle. Cela pourra se faire si l’on démontre qu’il en diffère par le genre, la nature, la force, la grandeur, le temps, le lieu, la personne, l’opinion ; et si l’on montre en quel rang il convient de tenir ce qui est apporté par ressemblance, et en quel lieu ce en faveur de quoi il est apporté. Ensuite, nous démontrerons en quoi une chose diffère d’une chose : d’où nous enseignerons qu’il faut estimer autrement de ce qui sera comparé et de ce avec quoi il sera comparé. Nous avons surtout besoin de cette faculté lorsqu’il faudra réfuter cette argumentation même qui se traite par induction. Mais si quelque chose de jugé est introduit, puisque cela s’affermit surtout par ces lieux — par la louange de ceux qui ont jugé ; par la ressemblance de la chose dont il s’agit avec celle dont il a été jugé ; et en rappelant que le jugement non seulement n’a pas été réfuté, mais a été approuvé de tous ; et en démontrant qu’il a été plus difficile et plus grand à juger, ce qu’on apporte, que ce qui presse — il faudra l’affaiblir par les lieux contraires, si la chose, vraie ou vraisemblable, le permet. Et il faudra observer avec soin que ce qui a été jugé n’ait rien qui touche à ce dont il s’agit ; et il faut veiller à ne pas produire une affaire où il y ait eu offense, en sorte qu’il semble qu’un jugement se fasse de celui même qui a jugé.
Cum autem pro conparabili aliquid inducetur, quon- iam id per similitudinem maxime tractatur, in repre- hendendo conveniet simile id negare esse, quod con- feretur, ei, quicum conferetur. id fieri poterit, si de- monstrabitur diversum esse genere, natura, vi, magni- tudine, tempore, loco, persona, opinione; ac si, quo in numero illud, quod per similitudinem afferetur, et quo in loco hoc, cuius causa afferetur, haberi con- veniat, ostendetur. deinde, quid res cum re differat, demonstrabimus: ex quo docebimus aliud de eo, quod comparabitur, et de eo, quicum comparabitur, existi- mare oportere. huius facultatis maxime indigemus, cum ea ipsa argumentatio, quae per inductionem trac- tatur, erit reprehendenda. Sin iudicatum aliquod inferetur, quoniam id ex his locis maxime firmatur: laude eorum, qui iudicarunt; similitudine eius rei, qua de agitur, ad eam rem, qua de iudicatum est; et commemorando non modo non esse reprehensum iudicium, sed ab omnibus adpro- batum; et demonstrando difficilius et maius fuisse ad iudicandum, quod afferatur, quam id, quod instet: ex contrariis locis, si res aut vera aut veri similis permittet, infirmari oportebit. atque erit observandum diligenter, ne nihil ad id, quo de agatur, pertineat id, quod iudica- tum sit; et videndum est, ne ea res proferatur, in qua sit offensum, ut de ipso, qui iudicarit, iudicium fieri videatur.
Or il faut prendre garde que, alors que beaucoup de choses ont été jugées autrement, on n’apporte un jugement isolé ou rare. Car c’est ainsi que l’autorité d’un jugement peut surtout être affaiblie par ces moyens. Et celles assurément que l’on prendra comme pour ainsi dire probables, il faudra les éprouver de cette manière. Mais celles que l’on dira comme nécessaires, si par hasard elles ne font qu’imiter l’argumentation nécessaire et ne sont pas de cette sorte, on les réfutera ainsi. D’abord la compréhension, qui, quelle que soit la partie que tu aies accordée, doit l’emporter: si elle est vraie, jamais elle ne sera réfutée; mais si elle est fausse, de deux manières, ou par conversion, ou par l’affaiblissement de l’une des parties. Par conversion, de cette manière: « Car s’il a de la pudeur, pourquoi accuserais-tu celui qui est honnête? Mais s’il possède un naturel d’âme sans pudeur, pourquoi donc accuserais-tu celui qui ferait peu de cas d’être ainsi entendu? » Ici, que tu aies dit qu’il a de la pudeur ou qu’il n’en a pas, il estime qu’il faut accorder ceci: que tu nies qu’il faille l’accuser. Cela se réfutera par conversion de cette façon: « Bien au contraire, il faut l’accuser. Car s’il a de la pudeur, accuse-le; car il ne fera pas peu de cas d’être ainsi entendu. Mais s’il possède un naturel d’âme sans pudeur, accuse-le néanmoins; car il n’est pas honnête. »
oportet autem animadvertere, ne, cum aliter sint multa iudicata, solitarium aliquid aut rarum iudicatum afferatur. nam sic his rebus auctoritas iudicati maxime potest infirmari. atque ea quidem, quae quasi probabilia sumentur, ad hunc modum temptari oportebit. Quae vero sicuti necessaria dicentur, ea si forte imitabuntur modo necessariam argumentationem ne- que erunt eiusmodi, sic reprehendentur: primum con- prehensio, quae, utrum concesseris, debet tollere: si vera est, numquam reprehendetur; sin falsa, duobus modis, aut conversione aut alterius partis infirmatione conversione, hoc modo: Nam si veretur, quid eum accuses, qui est probus? Sin inverecundum animi ingenium possidet, Quid autem eum accuses, qui id parvi auditum aestimet? hic, sive vereri dixeris sive non vereri, concedendum hoc putat, ut neges esse accusandum. quod conver- sione sic reprehendetur: immo vero accusandus est. nam si veretur, accuses; non enim parvi auditum aesti- mabit. sin inverecundum animi ingenium possidet, tamen accuses; non enim probus est.
Par l’affaiblissement de l’autre partie, on le réfutera de cette manière: « Mais s’il a de la pudeur, corrigé par ton accusation, il se retirera de son erreur. » L’énumération se reconnaît vicieuse si, ou bien nous omettons quelque chose que nous voudrions accorder, ou bien quelque chose de faible a été compté, qui ou bien peut être contredit, ou bien n’est pas une raison pour laquelle nous ne pourrions honnêtement l’accorder. Quelque chose est omis dans des énumérations de cette sorte: « Puisque tu possèdes ce cheval-là, il faut ou bien que tu l’aies acheté, ou bien que tu le possèdes par héritage, ou bien que tu l’aies reçu en présent, ou bien qu’il te soit né à la maison, ou bien, si rien de cela n’est, il est nécessaire que tu l’aies dérobé: si tu ne l’as pas acheté, et qu’il ne t’est pas venu par héritage, et qu’il ne t’a pas été donné, et qu’il ne t’est pas né à la maison: il est donc nécessaire que tu l’aies dérobé. »
alterius autem partis infirmatione hoc modo reprehendetur: verum si veretur, accusatione tua correctus ab errato recedet. Enumeratio vitiosa intellegitur, si aut praeteritum quiddam dicimus, quod velimus concedere, aut infir- mum aliquid adnumeratum, quod aut contra dici possit aut causa non sit, quare non honeste possimus concedere. praeteritur quiddam in eiusmodi enumerationi- bus: quoniam habes istum equum, aut emeris oportet aut hereditate possideas aut munere acceperis aut domi tibi natus sit aut, si eorum nihil est, subripueris ne- cesse est: si neque emisti neque hereditate venit ne- que donatus est neque domi natus est: necesse est ergo subripueris.
Cela se réfute commodément, si l’on peut dire que le cheval a été pris à l’ennemi, et que la vente de ce butin n’a pas eu lieu; cela introduit, l’énumération est affaiblie, puisqu’on aura introduit ce qui avait été omis dans l’énumération. Mais on le réfutera de l’autre manière, ou bien si l’on dit quelque chose en sens contraire, c’est-à-dire si, par exemple, pour rester dans le même cas, on peut montrer qu’il est venu par héritage, ou bien si ce dernier point n’est pas honteux à accorder, comme si quelqu’un, alors que les adversaires auront dit: « Ou bien tu as voulu dresser une embûche, ou bien tu as complu à un ami, ou bien tu as été emporté par la passion », avoue qu’il a complu à un ami.
hoc commode reprehenditur, si dici possit ex hostibus equus esse captus, cuius praedae sectio non venierit; quo inlato infirmatur enumeratio, quon- iam id sit inductum, quod praeteritum sit in enume- ratione. altero autem modo reprehendetur, si aut con- tra aliquid dicetur, hoc est, si exempli causa, ut in eodem versemur, poterit ostendi hereditate venisse, aut si illud extremum non erit turpe concedere, ut si qui, cum dixerint adversarii: aut insidias facere voluisti aut amico morem gessisti aut cupiditate elatus es, amico se morem gessisse fateatur.
Or la conclusion simple se réfute, si ce qui suit ne paraît pas tenir nécessairement à ce qui a précédé. Car ceci assurément: « S’il respire, il vit », « s’il fait jour, il y a de la lumière », est de telle sorte que le second paraît tenir nécessairement au premier. Mais ceci: « Si elle est mère, elle chérit », « si elle a jadis failli, jamais elle ne se corrigera », il conviendra de le réfuter de manière à démontrer que le second ne tient pas nécessairement au premier. Ce genre, et tout le reste des nécessaires, et en somme toute argumentation et sa réfutation, contiennent une certaine force plus grande et s’étendent plus largement qu’on ne l’expose ici; mais la connaissance de cet art est de telle sorte qu’elle ne peut être rattachée à quelque partie de cet art-ci, mais qu’elle réclame, à part, un long temps et une grande et ardue étude. C’est pourquoi nous les expliquerons en un autre temps et pour un autre dessein, si nous en avons la possibilité; pour le présent, il faudra que nous nous contentions de ces préceptes des rhéteurs pour l’usage oratoire. Lors donc que, parmi ce qui sera pris, quelque chose ne sera pas accordé, on l’affaiblira ainsi.
Simplex autem conclusio reprehenditur, si hoc, quod sequitur, non videatur necessario cum eo, quod ante- cessit, cohaerere. nam hoc quidem: Si spiritum ducit, vivit, si dies est, lucet eiusmodi est, ut cum priore necessario posterius cohaerere videatur. hoc autem: si mater est, diligit, si aliquando peccavit, numquam corrigetur sic conveniet reprehendi, ut demonstretur non necessario cum priore posterius cohaerere. hoc genus et cetera necessaria et omnino omnis argumen- tatio et eius reprehensio maiorem quandam vim con- tinet et latius patet, quam hic exponitur; sed eius artificii cognitio eiusmodi est, ut non ad huius artis partem aliquam adiungi possit, sed ipsa separatim longi temporis et magnae atque arduae cognitionis in- digeat. quare illa nobis alio tempore atque ad aliud institutum, si facultas erit, explicabuntur; nunc his praeceptionibus rhetorum ad usum oratorium conten- tos nos esse oportebit. cum igitur ex iis, quae sumentur, aliquid non concedetur, sic infirmabitur.
Mais lorsque, ces choses accordées, la complexion ne s’en compose pas, voici ce qu’il faudra considérer: si l’on conclut autre chose que ce qu’on dit, de cette manière: si, alors que quelqu’un dit qu’il est parti vers l’armée, quelqu’un contre lui veut user de cette argumentation: « Si tu étais venu vers l’armée, tu aurais été vu par les tribuns militaires; or tu n’as pas été vu par eux: tu n’es donc pas parti vers l’armée. » Ici, comme tu auras accordé la proposition et l’assomption, c’est la complexion qu’il faut affaiblir.
Cum autem his concessis conplexio ex his non con- ficitur, haec erunt consideranda: num aliud conficiatur, aliud dicatur, hoc modo: si, cum aliquis dicat se pro- fectum esse ad exercitum, contra eum quis velit hac uti argumentatione: si venisses ad exercitum, a tri- bunis militaribus visus esses; non es autem ab his visus: non es igitur ad exercitum profectus. hic cum concesseris propositionem et assumptionem, conplexio est infirmanda.
Car on a inféré autre chose que ce qui était imposé. Et maintenant assurément, afin que la chose se reconnaisse plus aisément, nous avons posé un exemple pourvu d’un vice manifeste et grossier; mais souvent un vice posé plus obscurément passe pour vrai, lorsque, ou bien tu te souviens trop peu de ce que tu as accordé, ou bien tu as accordé pour certain quelque chose d’ambigu. Si tu as accordé une chose ambiguë selon la partie que tu auras toi-même comprise, et que l’adversaire veuille adapter cette partie à une autre partie par la complexion, il faudra démontrer que la complexion se compose non de ce que toi-même tu auras accordé, mais de ce que lui aura pris, de cette manière: « Si vous manquez d’argent, vous n’avez pas d’argent; si vous n’avez pas d’argent, vous êtes pauvres: or vous manquez d’argent; car, s’il n’en était pas ainsi, vous ne vous donneriez pas peine au commerce: vous êtes donc pauvres. » Cela se réfute ainsi: « Quand tu disais: “Si vous manquez d’argent, vous n’avez pas d’argent”, j’entendais ceci: “Si, par indigence, vous êtes dans le besoin, vous n’avez pas d’argent”, et c’est pour cela que je l’accordais; mais quand tu prenais ceci: “Or vous manquez d’argent”, je recevais cela: “Or vous voulez avoir plus d’argent.” De ces concessions ne se conclut pas ceci: “Vous êtes donc pauvres”; cela se conclurait, en revanche, si dès l’abord je t’avais accordé que celui qui voudrait avoir plus d’argent n’a pas d’argent. »
aliud enim, quam cogebatur, inlatum est. ac nunc quidem, quo facilius res cognosceretur, perspicuo et grandi vitio praeditum posuimus exem- plum; sed saepe obscurius positum vitium pro vero probatur, cum aut parum memineris, quid concesseris, aut ambiguum aliquid pro certo concesseris. ambiguum si concesseris ex ea parte, quam ipse intellexeris, eam partem adversarius ad aliam partem per conplexionem velit accommodare, demonstrare oportebit non ex eo, quod ipse concesseris, sed ex eo, quod ille sumpserit, confici conplexionem, ad hunc modum: si indigetis pecuniae, pecuniam non habetis; si pecuniam non habetis, pauperes estis: indigetis autem pecuniae; mer- caturae enim, ni ita esset, operam non daretis: pauperes igitur estis. hoc sic reprehenditur: cum dicebas: si indigetis pecuniae, pecuniam non habetis, hoc intelle- gebam: si propter inopiam in egestate estis, pecuniam non habetis, et idcirco concedebam; cum autem hoc sumebas: indigetis autem pecuniae, illud accipiebam: vultis autem pecuniae plus habere. ex quibus conces- sionibus non conficitur hoc: pauperes igitur estis; con- ficeretur autem, si tibi primo quoque hoc concessissem, qui pecuniam maiorem vellet habere, eum pecuniam non habere.
Mais souvent ils croient qu’on a oublié ce qu’on a accordé, et c’est pourquoi ce qui ne se conclut pas, comme s’il se concluait, on l’infère en conclusion, de cette manière: « Si l’héritage lui revenait, il est vraisemblable qu’il a été tué par lui. » Ensuite ils approuvent cela par de très nombreuses paroles. Après quoi ils assument: « Or l’héritage lui revenait. » Puis on infère: « C’est donc lui qui l’a tué »; ce qui, de ce qu’ils avaient pris, ne se conclut pas. C’est pourquoi il faut observer avec soin et ce qui est pris et ce qui s’en conclut. Or le genre même de l’argumentation se montrera vicieux pour ces causes: si, ou bien il y a un vice en lui-même, ou bien il ne sera pas adapté à ce que l’on se propose. Et il y aura un vice en lui-même, s’il est tout entier faux, s’il est commun, s’il est vulgaire, s’il est léger, s’il est lointain, s’il est de mauvaise définition, s’il est controversé, s’il est manifeste, s’il n’est pas concédé, s’il est honteux, s’il est offensant, s’il est contraire, s’il est in-
saepe autem oblitum putant, quid con- cesseris, et idcirco id, quod non conficitur, quasi con- ficiatur, in conclusionem infertur, hoc modo: si ad illum hereditas veniebat, veri simile est ab illo ne- catum. deinde hoc adprobant plurimis verbis. post adsumunt: ad illum autem hereditas veniebat. de- inde infertur: ille igitur occidit; id quod ex iis, quae sumpserant, non conficitur. quare observare diligenter oportet, et quid sumatur et quid ex his conficiatur. Ipsum autem genus argumentationis vitiosum his de causis ostendetur, si aut in ipso vitium erit aut non ad id, quod instituitur, accommodabitur. atque in ipso vitium erit, si omnino totum falsum erit, si commune, si vulgare, si leve, si remotum, si mala definitione, si controversum, si perspicuum, si non concessum, si turpe, si offensum, si contrarium, si in-
constant, s’il est adverse. Est faux ce dans quoi il y a un mensonge manifeste, de cette manière: « Il ne peut être sage, celui qui néglige l’argent. Or Socrate négligeait l’argent: il n’était donc pas sage. » Est commun ce qui ne sert en rien davantage à nous qu’aux adversaires, de cette manière: « C’est pour cela, juges, que, parce que j’avais une cause vraie, j’ai péroré brièvement. » Est vulgaire ce qui peut être transféré aussi à une autre chose non probable, s’il était maintenant accordé, comme ceci: « S’il n’avait pas une cause vraie, il ne se serait pas remis à vous, juges. » Est léger ce qui, ou bien se dit après le temps, de cette manière: « Si cela lui était venu à l’esprit, il ne l’aurait pas commis »; ou bien quand on veut couvrir d’une faible défense une chose manifestement honteuse, de cette manière: « Quand tous te recherchaient, au temps de ton royaume très florissant, je t’ai abandonné: maintenant que tu es délaissé de tous, au plus grand péril, seule je m’apprête à te rétablir. »
constans, si adversarium. falsum est, in quo per- spicue mendacium est, hoc modo: non potest esse sapiens, qui pecuniam neglegit. Socrates autem pecuniam neglegebat: non igitur sapiens erat. com- mune est, quod nihilo magis ab adversariis quam a nobis facit, hoc modo: idcirco, iudices, quia veram causam habebam, brevi peroravi. vulgare est, quod in aliam quoque rem non probabilem, si nunc con- cessum sit, transferri possit, ut hoc: si causam veram non haberet, vobis se, iudices, non commisisset. leve est, quod aut post tempus dicitur, hoc modo: si in mentem venisset, non commisisset; aut perspicue tur- pem rem levi tegere vult defensione, hoc modo: Cum te expetebant omnes florentissimo Regno, reliqui: nunc desertum ab omnibus Summo periclo sola ut restituam paro.
Est lointain ce qui se cherche au-delà de ce qui suffit, de cette sorte: « Que si P. Scipion n’avait pas marié sa fille Cornélie à Ti. Gracchus et n’avait pas engendré d’elle les deux Gracques, de si grandes séditions ne seraient pas nées; c’est pourquoi cet inconvénient paraît devoir être imputé à Scipion. » De cette sorte est aussi cette plainte: « Plût au ciel que dans la forêt du Pélion les poutres de sapin, coupées par la hache, ne fussent pas tombées à terre! » Car elle est reprise de plus loin que la chose ne le demandait. La définition est mauvaise lorsque, ou bien elle décrit des traits communs, de cette manière: « Est séditieux celui qui est un citoyen mauvais et inutile » — car cela ne décrit pas plus la force du séditieux que celle de l’intrigant, du calomniateur, ou de quelque homme malhonnête —; ou bien lorsqu’elle dit quelque chose de faux, de cette façon: « La sagesse est l’intelligence d’acquérir de l’argent »; ou bien lorsqu’elle contient quelque chose qui n’est ni grave ni grand, ainsi: « La sottise est un désir démesuré de gloire. » C’est là, certes, une sottise, mais définie d’une certaine partie, non de tout le genre. Est controversé ce dans quoi, pour démontrer une chose douteuse, on apporte une cause douteuse, de cette manière: « Eh quoi, toi, les dieux qui ont le pouvoir de mouvoir les choses d’en haut et d’en bas, concilient entre eux la paix, établissent ensemble la concorde. »
remotum est, quod ultra quam satis est petitur, huius- modi: quodsi non P. Scipio Corneliam filiam Ti. Graccho conlocasset atque ex ea duos Gracchos pro- creasset, tantae seditiones natae non essent; quare hoc incommodum Scipioni adscribendum videtur. huius- modi est illa quoque conquestio: Utinam ne in nemore Pelio securibus Caesae accidissent abiegnae ad terram trabes! longius enim repetita est, quam res postulabat. mala definitio est, cum aut communia describit, hoc modo: seditiosus est is, qui malus atque inutilis civis — nam hoc non magis seditiosi quam ambitiosi, quam calumniatoris, quam alicuius hominis improbi vim describit—; aut falsum quiddam dicit, hoc pacto: sapientia est pecuniae quaerendae intellegentia; aut aliquid non grave nec magnum continens, sic: stul- titia est inmensa gloriae cupiditas. est haec quidem stultitia, sed ex parte quadam, non ex omni genere definita. controversum est, in quo ad dubium demon- strandum dubia causa affertur, hoc modo: Eho tu, di, quibus est potestas motus superum atque inferum, Pacem inter sese conciliant, conferunt concordiam.
Est manifeste ce sur quoi il n’y a pas de controverse: comme si quelqu’un, accusant Oreste, rendait clair que sa mère a été tuée par lui. N’est pas concédé ce qui, lorsque la chose que l’on amplifie est en controverse, comme si quelqu’un, accusant Ulysse, s’arrêtait surtout sur ceci: qu’il est indigne que par l’homme le plus lâche ait été tué Ajax, l’homme le plus courageux. Est honteux ce qui, ou bien par le lieu où on le dit, ou bien par l’homme qui le dit, ou bien par le temps où on le dit, ou bien par ceux qui écoutent, ou bien par la chose dont il s’agit, paraît indigne à cause d’une chose déshonorante. Est offensant ce qui blesse la volonté de ceux qui écoutent: comme si quelqu’un, devant des chevaliers romains désireux de juger, faisait l’éloge de la loi judiciaire de Cépion.
perspicuum est, de quo non est controversia: ut si quis, cum Orestem accuset, planum faciat ab eo matrem esse occisam. non concessum est, cum id, quod au- getur, in controversia est, ut si quis, cum Ulixem ac- cuset, in hoc maxime commoretur: indignum esse ab homine ignavissimo virum fortissimum Aiacem ne- catum. turpe est, quod aut eo loco, in quo dicitur, aut eo homine, qui dicit, aut eo tempore, quo dicitur, aut iis, qui audiunt, aut ea re, qua de agitur, indignum propter inhonestam rem videtur. offensum est, quod eorum, qui audiunt, voluntatem laedit: ut, si quis apud equites Romanos cupidos iudicandi Caepionis
Est contraire ce qui se dit à l’encontre de ce que ceux qui écoutent ont fait: comme si quelqu’un, parlant devant Alexandre le Macédonien contre un preneur de ville, disait que rien n’est plus cruel que de détruire des villes, alors qu’Alexandre lui-même avait détruit Thèbes. Est inconstant ce qui se dit diversement par le même homme sur la même chose: comme si quelqu’un, après avoir dit que celui qui a la vertu n’a besoin de rien pour bien vivre, niait ensuite qu’on puisse bien vivre sans une bonne santé; ou bien: qu’il assiste son ami par bienveillance, mais qu’il espère que quelque avantage lui en reviendra.
legem iudiciariam laudet. contrarium est, quod contra dicitur atque ii, qui audiunt, fecerunt: ut si quis apud Alexandrum Macedonem dicens contra aliquem urbis expugnatorem diceret nihil esse crudelius quam urbes diruere, cum ipse Alexander Thebas diruisset. in- constans est, quod ab eodem de eadem re diverse dicitur: ut, si qui, cum dixerit, qui virtutem habeat, eum nullius rei ad bene vivendum indigere, neget postea sine bona valetudine posse bene vivi: aut, se amico adesse propter benivolentiam, sperare autem aliquid commodi ad se perventurum.
Est adverse ce qui nuit en quelque partie à sa propre cause, comme si quelqu’un amplifiait la force, les troupes et le bonheur des ennemis, alors qu’il exhorte les soldats à combattre. Si quelque partie de l’argumentation n’est pas adaptée à ce que l’on se propose, elle se trouvera dans l’un de ces vices: si, ayant promis davantage, on démontrera moins; ou si, alors qu’on devra montrer le tout, on parle de quelque partie, de cette manière: « Le genre des femmes est avare; car Ériphyle a vendu pour de l’or la vie de son mari »; ou si l’on ne défend pas ce dont on sera accusé, comme si quelqu’un, accusé de brigue, défend qu’il est vaillant de sa main; ou comme Amphion chez Euripide, et de même chez Pacuvius, qui, ayant blâmé la musique, fait l’éloge de la sagesse; ou si l’on blâme une chose à cause du vice d’un homme, comme si quelqu’un reprenait une doctrine à cause des vices de quelque savant; ou si quelqu’un, voulant louer quelqu’un, parle de son bonheur, non de sa vertu; ou si l’on compare une chose à une chose de telle sorte qu’on ne pense pas louer l’une sans avoir blâmé l’autre;
adversarium est, quod ipsi causae aliqua ex parte officit, ut si quis hostium vim et copias et felicitatem augeat, cum ad pugnandum milites adhortetur. Si non ad id, quod instituitur, accommodabitur ali- qua pars argumentationis, horum aliquo in vitio re- perietur: si plura pollicitus pauciora demonstrabit; aut si, cum totum debebit ostendere, de parte aliqua lo- quatur, hoc modo: Mulierum genus avarum est; nam Eriphyla auro viri vitam vendidit; aut si non id, quod accusabitur, defendet, ut, si qui, cum ambitus accusa- bitur, manu se fortem esse defendet; aut ut Amphion apud Euripidem, item apud Pacuvium, qui vituperata musica sapientiam laudat; aut si res ex hominis vitio vituperabitur, ut, si qui doctrinam ex alicuius docti vitiis reprehendat; aut si qui, cum aliquem volet lau- dare, de felicitate eius, non de virtute dicat; aut si rem cum re ita comparabit, ut alteram se non putet laudare, nisi alteram vituperarit;
ou si l’on loue l’une de telle sorte qu’on ne fasse pas mention de l’autre; ou si, alors qu’on s’enquiert d’une chose déterminée, on institue le discours sur une chose commune, comme si quelqu’un, alors que d’aucuns délibèrent s’ils feront la guerre ou non, loue la paix tout à fait, au lieu de démontrer que cette guerre-là est inutile; ou si l’on rend d’une chose une raison fausse, de cette manière: « L’argent est un bien, parce que c’est lui surtout qui rend la vie heureuse »; ou faible, comme Plaute: « Châtier un ami pour une faute méritée, c’est un acte ingrat; mais, à l’usage, utile et profitable; car moi, aujourd’hui, mon ami, je le châtierai pour sa faute bien méritée »; ou la même chose, de cette manière: « L’avarice est un mal; car le désir de l’argent a accablé beaucoup de gens de grands inconvénients »; ou trop peu appropriée, de cette manière: « Le plus grand bien est l’amitié; car il y a de très nombreuses délectations dans l’amitié. »
aut si alteram ita lau- det, ut alterius non faciat mentionem; aut si, cum de certa re quaeretur, de communi instituetur oratio, ut, si quis, cum aliqui deliberent, bellum gerant an non, pacem laudet omnino, non illud bellum inutile esse demonstret; aut si ratio alicuius rei reddetur falsa, hoc modo: pecunia bonum est, propterea quod ea maxime vitam beatam efficiat; aut infirma, ut Plautus: Amicum castigare ob meritam noxiam, Immune est facinus; verum in aetate utile Et conducibile; nam ego amicum hodie meum Concastigabo pro commerita noxia; aut eadem, hoc modo: malum est avaritia; multos enim magnis incommodis affecit pecuniae cupiditas; aut parum idonea, hoc modo: maximum bonum est amicitia; plurimae enim delectationes sunt in amicitia.
Le quatrième mode de réfutation était celui par lequel, contre une argumentation solide, on en pose une également solide ou plus solide. Ce genre se trouvera surtout dans les délibérations, lorsque nous accordons que quelque chose qui se dit en sens contraire est équitable, mais que nous démontrons que ce que nous défendons est nécessaire; ou lorsque nous avouons que ce qu’ils défendent est utile, mais que nous démontrons que ce que nous disons est honnête. Et touchant la réfutation, voilà ce que nous avons estimé devoir dire. À la suite, nous traiterons maintenant de la conclusion.
Quartus modus erat reprehensionis, per quem contra firmam argumentationem aeque firma aut firmior po- nitur. hoc genus in deliberationibus maxime versa- bitur, cum aliquid, quod contra dicatur, aequum esse concedimus, sed id, quod nos defendimus, necessarium esse demonstramus; aut cum id, quod illi defendant, utile esse fateamur, quod nos dicamus, honestum esse demonstremus. Ac de reprehensione haec quidem existimavimus esse dicenda. deinceps nunc de conclusione ponemus.
Hermagoras pose ensuite la digression, puis, en dernier lieu, la conclusion. Or, dans cette digression, il pense qu’il faut introduire un certain discours écarté de la cause et du point à juger lui-même, lequel contienne ou bien sa propre louange, ou bien le blâme de l’adversaire, ou bien conduise à une autre cause, d’où l’on tire quelque confirmation ou réfutation, non en argumentant, mais en grossissant par une certaine amplification. Si quelqu’un estime que cette partie appartient au discours, libre à lui de le suivre. Car les préceptes et de l’amplification, et de la louange, et du blâme, nous les avons en partie donnés, et nous les donnerons en partie en leur lieu. Mais il ne nous a pas plu de ranger cette partie au nombre des autres, parce qu’il nous déplaît de s’écarter de la cause autrement que par un lieu commun: genre dont il faut parler plus tard. Quant aux louanges et aux blâmes, il ne nous plaît pas qu’on les traite à part, mais qu’ils soient impliqués dans les argumentations mêmes. Maintenant nous parlerons de la conclusion.
Hermagoras digressionem deinde, tum postremam conclusionem ponit. in hac autem digressione ille putat oportere quandam inferri orationem a causa atque a iudicatione ipsa remotam, quae aut sui laudem aut ad- versarii vituperationem contineat aut in aliam causam deducat, ex qua conficiat aliquid confirmationis aut re- prehensionis, non argumentando, sed augendo per quandam amplificationem. hanc si qui partem putabit esse orationis, sequatur licebit. nam et augendi et laudandi et vituperandi praecepta a nobis partim data sunt, partim suo loco dabuntur. nobis autem non placuit hanc partem in numerum reponi, quod de causa digredi nisi per locum communem displicet: quo de genere posterius est dicendum. laudes autem et vituperationes non separatim placet tractari, sed in ipsis argumentationibus esse inplicatas. Nunc de conclusione dicemus.
La conclusion est l’issue et l’achèvement de tout le discours. Elle a trois parties: l’énumération, l’indignation, la plainte. L’énumération est ce par quoi les choses dites de façon éparse et diffuse sont ramassées en un seul lieu et, pour aider la mémoire, mises sous un seul regard. Si elle est toujours traitée de la même manière, tous comprendront clairement qu’elle est traitée par un certain artifice; mais si elle se fait avec variété, elle pourra éviter et ce soupçon et la satiété. C’est pourquoi il faudra tantôt faire comme la plupart font, à cause de la facilité: toucher une à une chaque chose et ainsi parcourir brièvement toutes les argumentations; tantôt, ce qui est plus difficile, dire quelles parties tu auras exposées dans la partition, sur lesquelles tu auras promis de parler, et rappeler en mémoire par quelles raisons tu auras confirmé chacune des parties; tantôt demander à ceux qui écoutent ce qu’il leur faudrait, à leur gré, qu’on leur démontrât, de cette manière: « Ceci, nous l’avons enseigné; cela, nous l’avons rendu clair. » Ainsi à la fois la mémoire reviendra à l’auditeur, et il croira qu’il n’y a rien de plus qu’il dût désirer.
Conclusio est exitus et determinatio totius orationis. haec habet partes tres: enumerationem, indignationem, conquestionem. Enumeratio est, per quam res disperse et diffuse dictae unum in locum coguntur et reminiscendi causa unum sub aspectum subiciuntur. haec si semper eodem modo tractabitur, perspicue ab omnibus artificio quo- dam tractari intellegetur; sin varie fiet, et hanc suspi- cionem et satietatem vitare poterit. quare tum oporte- bit ita facere, ut plerique faciunt propter facilitatem, singillatim unam quamque rem adtingere et ita omnes transire breviter argumentationes; tum autem, id quod difficilius est, dicere, quas partes exposueris in par- titione, de quibus te pollicitus sis dicturum, et reducere in memoriam, quibus rationibus unam quamque partem confirmaris; tum ab iis, qui audiunt, quaerere, quid sit, quod sibi velle debeant demonstrari, hoc modo: illud docuimus, illud planum fecimus. ita simul et in memoriam redibit auditor et putabit nihil esse praeterea, quod debeat desiderare.
Et dans ces genres, comme il a été dit auparavant, tantôt parcourir tes argumentations séparément, tantôt, ce qui est plus artiste, joindre les contraires aux tiennes; et, quand tu auras dit ton argumentation, montrer alors comment tu auras dissous ce qui était apporté contre elle. Ainsi, par une brève comparaison, la mémoire de l’auditeur se renouvellera et touchant la confirmation et touchant la réfutation. Et il faudra varier cela aussi par d’autres modes d’action. Car tantôt tu pourras énumérer en ta propre personne, de manière à rappeler ce que tu as dit et en quel lieu chaque chose; tantôt introduire une personne ou quelque chose et lui attribuer toute l’énumération. Une personne, de cette manière: « Car si l’auteur de la loi se levait et vous demandait ainsi pourquoi vous hésitez: que pourriez-vous dire, alors que ceci et cela vous a été démontré? » Et ici, de même que dans notre propre personne, on pourra tantôt parcourir une à une toutes les argumentations, tantôt les rapporter aux genres particuliers de la partition, tantôt demander à l’auditeur ce qu’il désire, tantôt faire cela par la comparaison de ses argumentations et des contraires.
atque in his ge- neribus, ut ante dictum est, tum tuas argumentationes transire separatim, tum, id quod artificiosius est, cum tuis contrarias coniungere; et cum tuam dixeris argu- mentationem, tum, contra eam quod adferretur, quem- admodum dilueris, ostendere. ita per brevem conpara- tionem auditoris memoria et de confirmatione et de reprehensione redintegrabitur. atque haec aliis actionis quoque modis variare oportebit. nam tum ex tua per- sona enumerare possis, ut, quid et quo quidque loco dixeris, admoneas; tum vero personam aut rem ali- quam inducere et enumerationem ei totam attribuere. personam hoc modo: nam si legis scriptor exsistat et quaerat sic id a vobis, quid dubitetis: quid possitis dicere, cum vobis hoc et hoc sit demonstratum? atque hic, item ut in nostra persona, licebit alias singillatim transire omnes argumentationes, alias ad partitionis singula genera referre, alias ab auditore, quid desideret, quaerere, alias haec facere per comparationem suarum et contrariarum argumentationum.
Or une chose sera introduite si le discours est attribué, par l’énumération, à quelque chose de cette sorte — une loi, un lieu, une ville, un monument — de cette manière: « Quoi? si les lois pouvaient parler, ne se plaindraient-elles pas ainsi devant vous: que désirez-vous donc de plus, juges, alors que ceci et cela vous a été rendu clair? » Dans ce genre aussi, on pourra user de tous les mêmes modes. Or voici le précepte commun qui se donne pour l’énumération: de chaque argumentation, puisqu’elle ne peut être redite tout entière, qu’on choisisse ce qui sera le plus grave, et que chaque chose soit parcourue le plus brièvement possible, en sorte qu’on paraisse renouveler la mémoire, non le discours. L’indignation est un discours par lequel on fait en sorte qu’une grande haine soit soulevée contre quelque homme, ou une grave offense contre quelque chose. Dans ce genre, voici ce que nous voulons d’abord qu’on comprenne: que l’indignation peut se traiter de tous ces lieux que nous avons posés dans le précepte de la confirmation. Car de ces choses qui sont attribuées aux personnes ou aux affaires, toutes sortes d’amplifications et d’indignations peuvent naître; mais considérons néanmoins ce qui, séparément, peut être prescrit touchant l’indignation.
res autem inducetur, si alicui rei huiusmodi, legi, loco, urbi, mo- numento oratio attribuetur per enumerationem, hoc modo: quid? si leges loqui possent, nonne haec apud vos quererentur: quidnam amplius desideratis, iudi- ces, cum vobis hoc et hoc planum factum sit? in hoc quoque genere omnibus isdem modis uti licebit. com- mune autem praeceptum hoc datur ad enumerationem, ut ex una quaque argumentatione, quoniam tota iterum dici non potest, id eligatur, quod erit gravissimum, et unum quidque quam brevissime transeatur, ut me- moria, non oratio renovata videatur. Indignatio est oratio, per quam conficitur, ut in aliquem hominem magnum odium aut in rem gravis offensio concitetur. in hoc genere illud primum in- tellegi volumus, posse omnibus ex locis iis, quos in confirmandi praeceptione posuimus, tractari indigna- tionem. nam ex iis rebus, quae personis aut quae negotiis sunt attributae, quaevis amplificationes et indignationes nasci possunt, sed tamen ea, quae se- paratim de indignatione praecipi possunt, considere-
Le premier lieu se prend de l’autorité, lorsque nous rappelons quel grand soin cette chose-là fut à ceux dont l’autorité doit être la plus grave: les dieux immortels, lieu qui se prendra des sorts, des oracles, des devins, des prodiges, des présages, des réponses, et de choses semblables; de même, nos ancêtres, les rois, les cités, les nations, les hommes les plus sages, le sénat, le peuple, les auteurs des lois. Le second lieu est celui par lequel on montre, avec amplification, par l’indignation, à qui touche cette chose-là: ou bien à tous, ou bien à la plus grande partie, ce qui est le plus atroce; ou bien à des supérieurs, tels que sont ceux de l’autorité desquels se prend l’indignation, ce qui est le plus indigne; ou bien à des égaux par l’âme, la fortune, le corps, ce qui est le plus inique; ou bien à des inférieurs, ce qui est le plus arrogant. Le troisième lieu est celui par lequel nous demandons ce qui arriverait si les autres faisaient de même; et en même temps nous montrons que, si on l’accordait à celui-ci, il y aurait beaucoup d’émules de la même audace;
mus. primus locus sumitur ab auctoritate, cum com- memoramus, quantae curae res ea fuerit iis, quorum auctoritas gravissima debeat esse: diis inmortalibus, qui locus sumetur ex sortibus, ex oraculis, vatibus, ostentis, prodigiis, responsis, similibus rebus; item maioribus nostris, regibus, civitatibus, gentibus, hominibus sapientissimis, senatui, populo, legum scripto- ribus. secundus locus est, per quem, illa res ad quos pertineat, cum amplificatione per indignationem osten- ditur, aut ad omnes aut ad maiorem partem, quod atrocissimum est; aut ad superiores, quales sunt ii, quorum ex auctoritate indignatio sumitur, quod in- dignissimum est; aut ad pares animo, fortuna, cor- pore, quod iniquissimum est; aut ad inferiores, quod superbissimum est. tertius locus est, per quem quae- rimus, quidnam sit eventurum, si idem ceteri faciant; et simul ostendimus, huic si concessum sit, multos aemulos eiusdem audaciae futuros;
d’où nous démontrerons quel mal en arriverait. Le quatrième lieu est celui par lequel nous démontrons que beaucoup de gens, pleins d’ardeur, attendent ce qu’on décidera, afin que, de ce qui aura été accordé à un seul, ils puissent comprendre ce qui leur est permis à eux aussi en pareille chose. Le cinquième lieu est celui par lequel nous montrons que les autres choses mal établies, la vérité une fois comprise, peuvent être changées et corrigées; mais que celle-ci est une chose qui, une fois jugée, ne peut ni être changée par un autre jugement ni corrigée par aucun pouvoir. Le sixième lieu est celui par lequel on démontre que la chose a été faite à dessein et de propos délibéré, et l’on ajoute qu’il ne faut pas accorder de pardon à un méfait volontaire, tandis qu’il convient parfois de faire grâce à l’imprudence. Le septième lieu est celui par lequel nous nous indignons de ce que nous disons un acte odieux, cruel, sacrilège, tyrannique, accompli par la violence,
ex quo, quid mali sit eventurum, demonstrabimus. quartus locus est, per quem demonstramus multos alacres exspectare, quid statuatur, ut ex eo, quod uni concessum sit, sibi quo- que tali de re quid liceat, intellegere possint. quintus locus est, per quem ostendimus ceteras res perperam constitutas intellecta veritate commutatas corrigi posse; hanc esse rem, quae si sit semel iudicata, ne- que alio commutari iudicio neque ulla potestate cor- rigi possit. sextus locus est, per quem consulto et de industria factum demonstratur et illud adiungitur, vo- luntario maleficio veniam dari non oportere, inpru- dentiae concedi nonnumquam convenire. septimus lo- cus est, per quem indignamur, quod taetrum, crudele, nefarium, tyrannicum factum esse dicamus per vim
la force, l’opulence; chose qui est on ne peut plus éloignée des lois et du droit équitable. Le huitième lieu est celui par lequel nous démontrons que ce méfait dont il s’agit n’est ni vulgaire ni habituel, même chez les hommes les plus audacieux; et qu’il est étranger même aux hommes sauvages, aux nations barbares et aux bêtes féroces. Ce seront les choses qu’on dira avoir été faites cruellement contre des parents, des enfants, des époux, des consanguins, des suppliants, et ensuite, si l’on en produit quelques-unes, contre des aînés, des hôtes, des voisins, des amis, ceux avec qui tu auras passé ta vie, ceux auprès de qui tu auras été élevé, ceux par qui tu auras été instruit, contre des morts, des malheureux et dignes de pitié, contre des hommes illustres, nobles et qui ont exercé des honneurs, contre ceux qui n’ont pu ni nuire à autrui ni se défendre eux-mêmes, comme des enfants, des vieillards, des femmes; de toutes ces choses une indignation vivement excitée pourra soulever contre celui qui aura violé quelqu’une d’elles la plus haute
manum opulentiam; quae res ab legibus et ab aequabili iure remotissima sit. octavus locus est, per quem de- monstramus non vulgare neque factitatum esse ne ab audacissimis quidem hominibus id maleficium, de quo agatur; atque id a feris quoque hominibus et a bar- baris gentibus et inmanibus bestiis esse remotum. haec erunt, quae in parentes, liberos, coniuges, consangui- neos, supplices crudeliter facta dicentur, et deinceps si qua proferantur in maiores natu, in hospites, in vicinos, in amicos, in eos, quibuscum vitam egeris, in eos, apud quos educatus sis, in eos, ab quibus eruditus, in mortuos, in miseros et misericordia dignos, in ho- mines claros, nobiles et honore usos, in eos, qui neque laedere alium nec se defendere potuerunt, ut in pueros, senes, mulieres; quibus ex omnibus acriter excitata in- dignatio summum in eum, qui violarit horum aliquid,
haine. Le neuvième lieu est celui par lequel cette chose dont il est question est comparée avec d’autres fautes que l’on reconnaît être des fautes, et ainsi, par contraste, on montre combien ce dont il s’agit est plus atroce et plus indigne. Le dixième lieu est celui par lequel nous rassemblons, avec l’indignation et l’accusation de chaque détail, tout ce qui a été fait dans l’exécution de l’affaire et tout ce qui s’est ensuivi après l’affaire, et nous mettons la chose par des paroles, autant que possible, devant les yeux de celui devant qui l’on parle, en sorte que ce qui est indigne lui paraisse aussi indigne que s’il y avait été présent et l’avait vu lui-même de ses yeux. Le onzième lieu est celui par lequel nous montrons que la chose a été faite par celui par qui il convenait le moins, et par celui qui, si un autre la faisait, aurait dû l’en empêcher. Le douzième lieu est celui par lequel nous nous indignons de ce que ceci nous est arrivé à nous les premiers et n’est jamais advenu à personne.
odium commovere poterit. nonus locus est, per quem cum aliis peccatis, quae constat esse peccata, hoc quo de quaestio est, conparatur, et ita per contentionem, quanto atrocius et indignius sit illud, de quo agitur, ostenditur. decimus locus est, per quem omnia, quae in negotio gerundo acta sunt quaeque post negotium consecuta sunt, cum unius cuiusque indignatione et criminatione colligimus et rem verbis quam maxime ante oculos eius, apud quem dicitur, ponimus, ut id, quod indignum est, proinde illi videatur indignum, ac si ipse interfuerit ac praesens viderit. undecimus locus est, per quem ostendimus ab eo factum, a quo minime oportuerit, et a quo, si alius faceret, prohiberi con- venerit. duodecimus locus est, per quem indignamur, quod nobis hoc primis acciderit neque alicui umquam usu venerit.
Le treizième lieu est celui où l’on démontre qu’à l’injure s’est jointe l’insulte, lieu par lequel la haine est soulevée contre l’orgueil et l’arrogance. Le quatorzième lieu est celui par lequel nous demandons à ceux qui écoutent de rapporter à leurs propres affaires nos injures: si la chose touche à des enfants, qu’ils pensent à leurs propres enfants; si à des femmes, à leurs épouses; si à des vieillards, à leurs pères ou parents. Le quinzième lieu est celui par lequel nous disons que les choses qui nous sont arrivées ont coutume de paraître indignes même à nos ennemis et adversaires. Et l’indignation se prendra, le plus gravement, à peu près de ces lieux.
tertius decimus locus est, si cum iniuria contumelia iuncta demonstratur, per quem locum in superbiam et arrogantiam odium concitatur. quartus decimus locus est, per quem petimus ab iis, qui audiunt, ut ad suas res nostras iniurias referant; si ad pueros pertinebit, de liberis suis cogitent; si ad mulieres, de uxoribus; si ad senes, de patribus aut parentibus. quintus decimus locus est, per quem dicimus inimicis quoque et hostibus ea, quae nobis acciderint, indigna videri solere. Et indignatio quidem his fere de locis gravissime sumetur.
Quant à la plainte, il faudra en chercher les parties dans des choses de cette sorte. La plainte est un discours qui cherche à capter la pitié des auditeurs. En elle, il faut d’abord rendre l’esprit de l’auditeur doux et miséricordieux, afin qu’il puisse plus aisément être ému par la plainte. Il faudra produire cela par des lieux communs, par lesquels se montrent la force de la fortune sur tous et la faiblesse des hommes; ce discours tenu avec gravité et avec sentence, l’esprit des hommes s’abaisse au plus haut point et se dispose à la pitié, lorsqu’il considère, dans le mal d’autrui, sa propre faiblesse.
conquestionis autem huiusmodi de rebus partes petere oportebit. Conquestio est oratio auditorum misericordiam cap- tans. in hac primum animum auditoris mitem et misericordem conficere oportet, quo facilius conque- stione commoveri possit. id locis communibus efficere oportebit, per quos fortunae vis in omnes et hominum infirmitas ostenditur; qua oratione habita graviter et sententiose maxime demittitur animus hominum et ad misericordiam conparatur, cum in alieno malo suam infirmitatem considerabit.
Ensuite le premier lieu de la pitié est celui par lequel on montre dans quels biens ils ont été et maintenant dans quels maux ils sont. Le second, qui se rapporte aux temps, par lequel on démontre dans quels maux ils ont été, sont, et seront. Le troisième, par lequel on déplore chaque inconvénient un à un, comme, dans la mort d’un fils, le charme de l’enfance, l’amour, l’espoir, la consolation, l’éducation, et toutes les choses qui, en quelque genre semblable, pourront se dire par la plainte touchant un inconvénient. Le quatrième, par lequel on produit des choses honteuses, basses et indignes d’un homme libre, et indignes de l’âge, de la naissance, de la fortune passée, de l’honneur, des bienfaits, qu’ils ont subies ou subiront. Le cinquième, par lequel tous les inconvénients sont mis un à un devant les yeux, en sorte que celui qui écoute paraisse voir, et soit conduit à la pitié par la chose elle-même, comme s’il était présent, non par les seules paroles.
deinde primus locus est misericordiae, per quem, quibus in bonis fuerint et nunc per quem quibus in malis sint, ostenditur. se- cundus, qui in tempora tribuitur, per quem, quibus in malis fuerint et sint et futuri sint, demonstratur. ter- tius, per quem unum quodque deploratur incom- modum, ut in morte filii pueritiae delectatio, amor, spes, solatium, educatio et, si qua simili in genere quo- libet de incommodo per conquestionem dici poterunt. quartus, per quem res turpes et humiles et inliberales proferentur et indigna aetate, genere, fortuna pristina, honore, beneficiis, quae passi perpessurive sint. quin- tus, per quem omnia ante oculos singillatim incom- moda ponuntur, ut videatur is, qui audit, videre et re quoque ipsa, quasi assit, non verbis solum ad miseri-
Le sixième, par lequel on démontre qu’on est dans les misères contre toute attente, et que, alors qu’on attendait quelque chose, non seulement on ne l’a pas obtenu, mais on est tombé dans les plus grandes misères. Le septième, par lequel nous tournons vers ceux mêmes qui écoutent une cause semblable et demandons que, en nous voyant, ils se souviennent de leurs propres enfants, ou parents, ou de quelqu’un qui doit leur être cher. Le huitième, par lequel on dit que quelque chose a été fait qui n’aurait pas dû l’être, ou n’a pas été fait ce qui aurait dû l’être, de cette manière: « Je n’étais pas là, je n’ai pas vu, je n’ai pas entendu sa dernière parole, je n’ai pas recueilli son dernier souffle. » De même: « Il est mort dans les mains de ses ennemis, il a gisé honteusement sans sépulture sur une terre ennemie, longtemps tourmenté par les bêtes, et même dans la mort il a été privé de l’honneur commun. »
cordiam ducatur. sextus, per quem praeter spem in miseriis demonstratur esse, et, cum aliquid exspectaret, non modo id non adeptus esse, sed in summas miserias incidisse. septimus, per quem ad ipsos, qui audiunt, similem in causam convertimus et petimus, ut de suis liberis aut parentibus aut aliquo, qui illis carus debeat esse, nos cum videant, recordentur. octavus, per quem aliquid dicitur esse factum, quod non oportuerit, aut non factum, quod oportuerit, hoc modo: non affui, non vidi, non postremam vocem eius audivi, non extremum spiritum eius excepi. item: inimicorum in manibus mortuus est, hostili in terra turpiter iacuit insepultus, a feris diu vexatus, communi quoque honore in morte caruit.
Le neuvième, par lequel le discours est rapporté à des choses muettes et privées d’âme, comme si tu adaptes à un cheval, à une maison, à un vêtement, le langage de quelqu’un, choses par lesquelles l’esprit de ceux qui écoutent et qui ont chéri quelqu’un est vivement ému. Le dixième, par lequel on démontre l’indigence, la faiblesse, la solitude. Le onzième, par lequel se fait la recommandation d’ensevelir des enfants, ou des parents, ou son propre corps, ou quelque chose de cette sorte. Le douzième, par lequel on déplore la séparation d’avec quelqu’un, quand tu es arraché à celui avec qui tu auras vécu le plus volontiers, comme un fils d’avec son père, un familier d’avec son frère. Le treizième, par lequel nous nous plaignons avec indignation d’être maltraités par ceux par qui il convient le moins: des proches, des amis à qui nous aurons fait du bien, que nous aurons crus devoir nous être en aide, ou par ceux dont c’est indigne, comme des esclaves, des affranchis, des clients, des suppliants. Le quatorzième, qui se prend par supplication; en lequel on prie seulement ceux qui écoutent, par un discours humble et suppliant, d’avoir pitié. Le quinzième, par lequel nous démontrons que nous nous plaignons non de nos propres fortunes, mais de celles de ceux qui doivent nous être chers. Le seizième, par lequel nous montrons que notre âme est miséricordieuse envers les autres, et néanmoins qu’elle est ample, élevée, patiente des inconvénients, et le sera si quelque chose arrive. Car souvent la vertu et la magnificence, en qui il y a gravité et autorité, profitent davantage à émouvoir la pitié que l’humilité et la supplication. Or, les esprits une fois émus, il ne faudra pas s’attarder plus longtemps dans la plainte. Car, comme l’a dit le rhéteur Apollonius, rien ne sèche plus vite qu’une larme. Mais puisque, à ce qu’il nous semble, nous avons assez parlé de toutes les parties du discours, et que la grandeur de ce volume s’est portée plus loin, ce qui suit ensuite, nous le dirons dans le second livre.
nonus, per quem oratio ad mutas et expertes animi res referetur, ut si ad equum, domum, vestem sermonem alicuius accommodes, quibus animus eorum, qui audiunt et aliquem dilexerunt, vehementer com- movetur. decimus, per quem inopia, infirmitas, soli- tudo demonstratur. undecimus, per quem liberorum aut parentum aut sui corporis sepeliundi aut alicuius eiusmodi rei commendatio fit. duodecimus, per quem disiunctio deploratur ab aliquo, cum diducaris ab eo, quicum libentissime vixeris, ut a parente filio, a fratre familiari. tertius decimus, per quem cum indignatione conquerimur, quod ab iis, a quibus minime conveniat, male tractemur, propinquis, amicis, quibus benigne fecerimus, quos adiutores fore putarimus, aut a qui- bis indignum est, ut servis, libertis, clientibus, sup- plicibus. quartus decimus, qui per obsecrationem sumitur; in quo orantur modo illi, qui audiunt, hu- mili et supplici oratione, ut misereantur. quintus de- cimus, per quem non nostras, sed eorum, qui cari nobis debent esse, fortunas conqueri nos demonstra- mus. sextus decimus, per quem animum nostrum in alios misericordem esse ostendimus et tamen amplum et excelsum et patientem incommodorum esse et fu- turum esse, si quid acciderit, demonstramus. nam saepe virtus et magnificentia, in quo gravitas et auctoritas est, plus proficit ad misericordiam commo- vendam quam humilitas et obsecratio. commotis au- tem animis diutius in conquestione morari non opor- tebit. quemadmodum enim dixit rhetor Apollonius, lacrima nihil citius arescit. Sed quoniam satis, ut videmur, de omnibus orationis partibus diximus et huius voluminis magnitudo lon- gius processit, quae sequuntur deinceps, in secundo libro dicemus.
Les Crotoniates, jadis, comme ils étaient florissants de toutes richesses et comptés parmi les premiers des heureux en Italie, voulurent enrichir d’éminentes peintures le temple de Junon, qu’ils honoraient avec la plus grande dévotion. Ils firent donc venir, engagé à grand prix, Zeuxis d’Héraclée, que l’on tenait alors pour l’emporter de loin sur les autres peintres. Il peignit pour eux plusieurs autres tableaux, dont une partie a subsisté jusqu’à notre temps grâce à la sainteté du sanctuaire, et il déclara vouloir peindre l’effigie d’Hélène, afin qu’une image muette renfermât en elle l’éclatante beauté de la forme féminine. Ce que les Crotoniates entendirent volontiers, eux qui avaient souvent appris qu’il l’emportait de beaucoup sur les autres dans la peinture d’un corps de femme. Car ils pensèrent que, s’il avait mis tout son zèle dans le genre où il pouvait le plus, il leur laisserait dans ce sanctuaire une œuvre éminente.
Crotoniatae quondam, cum florerent omnibus copiis et in Italia cum primis beati numerarentur, templum Iunonis, quod religiosissime colebant, egregiis picturis locupletare voluerunt. itaque Heracleoten Zeuxin, qui tum longe ceteris excellere pictoribus existimabatur, magno pretio conductum adhibuerunt. is et ceteras conplures tabulas pinxit, quarum nonnulla pars us- que ad nostram memoriam propter fani religionem remansit, et, ut excellentem muliebris formae pulchri- tudinem muta in se imago contineret, Helenae pingere simulacrum velle dixit; quod Crotoniatae, qui eum mu- liebri in corpore pingendo plurimum aliis praestare saepe accepissent, libenter audierunt. putaverunt enim, si, quo in genere plurimum posset, in eo magno opere elaborasset, egregium sibi opus illo in fano relicturum.
Et cette opinion ne les trompa point alors. Car Zeuxis leur demanda aussitôt quelles jeunes filles d’une belle forme ils possédaient. Et eux le conduisirent sur-le-champ à la palestre et lui montrèrent de nombreux garçons doués d’une grande prestance. En effet, à une certaine époque, les Crotoniates l’emportèrent de beaucoup sur tous par les forces et la prestance des corps, et rapportèrent chez eux, avec la plus grande gloire, de très honorables victoires aux jeux gymniques. Comme donc il admirait fort la forme et le corps de ces garçons: « Leurs sœurs, dirent-ils, sont chez nous des vierges. Aussi peux-tu, d’après eux, conjecturer de quelle prestance elles sont. » « Présentez-moi donc, je vous prie, dit-il, les plus belles d’entre ces vierges, tandis que je peins ce que je vous ai promis, afin que dans une image muette la vérité soit transportée d’un modèle vivant. »
neque tum eos illa opinio fefellit. nam Zeuxis ilico quaesivit ab iis, quasnam virgines formosas haberent. illi autem statim hominem deduxerunt in palaestram atque ei pueros ostenderunt multos, magna praeditos dignitate. etenim quodam tempore Crotoniatae multum omnibus corporum viribus et dignitatibus antisteterunt atque honestissimas ex gymnico certamine victorias domum cum laude maxima rettulerunt. cum puerorum igitur formas et corpora magno hic opere miraretur: Horum, inquiunt illi, sorores sunt apud nos virgines. quare, qua sint illae dignitate, potes ex his suspicari. Praebete igitur mihi, quaeso, inquit, ex istis virgini- bus formonsissimas, dum pingo id, quod pollicitus sum vobis, ut mutum in simulacrum ex animali exemplo veritas transferatur.
Alors les Crotoniates, par décision publique, rassemblèrent les vierges en un seul lieu et donnèrent au peintre le pouvoir de choisir celle qu’il voudrait. Et lui en choisit cinq, dont maint poète a transmis les noms à la mémoire, parce qu’elles avaient été approuvées par le jugement de celui qui devait avoir le jugement le plus vrai de la beauté. Car il ne pensa pas pouvoir trouver en un seul corps tout ce qu’il cherchait pour la grâce, parce que la nature n’a rien poli de parfait, en toutes ses parties, dans un genre simple. Aussi, comme si elle ne devait rien avoir à dispenser aux autres si elle accordait tout à une seule, elle gratifie l’une et l’autre de quelque avantage, en y joignant quelque désavantage.
tum Crotoniatae publico de con- silio virgines unum in locum conduxerunt et pictori quam vellet eligendi potestatem dederunt. ille autem quinque delegit; quarum nomina multi poe+tae memo- riae prodiderunt, quod eius essent iudicio probatae, qui pulchritudinis habere verissimum iudicium de- buisset. neque enim putavit omnia, quae quaereret ad venustatem, uno se in corpore reperire posse ideo, quod nihil simplici in genere omnibus ex partibus per- fectum natura expolivit. itaque, tamquam ceteris non sit habitura quod largiatur, si uni cuncta concesserit, aliud alii commodi aliquo adiuncto incommodo mu- neratur.
Comme il nous est aussi advenu d’avoir la volonté de mettre par écrit l’art de bien dire, nous ne nous sommes pas proposé un seul modèle, dont il nous parût nécessaire de reproduire toutes les parties, dans quelque genre qu’elles fussent; mais, ayant rassemblé en un seul lieu tous les auteurs, nous avons extrait ce que chacun paraissait enseigner le plus à propos, et de divers génies nous avons libé tout ce qu’il y avait de plus excellent. Car parmi ceux qui sont dignes de leur nom et de la mémoire, il ne nous semblait pas qu’aucun dît rien fort mal, ni tout fort bien. C’est pourquoi il nous a paru sottise ou bien de nous éloigner des bonnes inventions de quelqu’un, si nous nous heurtions à quelque défaut de sa part, ou bien de nous attacher aussi aux défauts de celui par quelque bon précepte duquel nous étions guidés.
Quod quoniam nobis quoque voluntatis accidit, ut artem dicendi perscriberemus, non unum aliquod pro- posuimus exemplum, cuius omnes partes, quocumque essent in genere, exprimendae nobis necessarie vi- derentur; sed omnibus unum in locum coactis scripto- ribus, quod quisque commodissime praecipere vide- batur, excerpsimus et ex variis ingeniis excellentis- sima quaeque libavimus. ex iis enim, qui nomine et memoria digni sunt, nec nihil optime nec omnia prae- clarissime quisquam dicere nobis videbatur. quapropter stultitia visa est aut a bene inventis alicuius recedere, si quo in vitio eius offenderemur, aut ad vitia eius quoque accedere, cuius aliquo bene praecepto duceremur.
Que si, dans les autres études aussi, les hommes voulaient choisir chez beaucoup ce qu’il y a de plus à propos plutôt que se donner assurément à un seul, ils se heurteraient moins à l’arrogance; ils ne persévéreraient pas si fort dans les défauts; ils souffriraient un peu moins de leur ignorance. Et si notre science de cet art-ci avait égalé celle qu’il avait, lui, de la peinture, peut-être notre œuvre brillerait-elle davantage dans son genre que sa peinture, à lui, ne fait dans le sien, tout illustre qu’elle est. Car nous avons eu, pour choisir, le pouvoir de prendre dans une plus grande abondance de modèles que lui. Lui ne put choisir que dans une seule cité et dans le nombre des vierges qui existaient alors; nous, c’est dans tous ceux, quels qu’ils soient, qui ont existé depuis le tout premier commencement de cet enseignement jusqu’à ce temps-ci, leurs richesses étalées, que nous avons eu le pouvoir de choisir ce qui nous plairait.
quodsi in ceteris quoque studiis a multis eligere homines commodissimum quodque quam sese uni alicui certe vellent addicere, minus in arrogan- tia m offenderent; non tanto opere in vitiis perse- verarent; aliquanto levius ex inscientia laborarent. ac si par in nobis huius artis atque in illo picturae scientia fuisset, fortasse magis hoc in suo genere opus nostrum quam illius in suo pictura nobilis eniteret. ex maiore enim copia nobis quam illi fuit exemplorum eligendi potestas. ille una ex urbe et ex eo numero virginum, quae tum erant, eligere potuit; nobis omnium, quicum- que fuerunt ab ultimo principio huius praeceptionis usque ad hoc tempus, expositis copiis, quodcumque placeret, eligendi potestas fuit.
Et les anciens auteurs de l’art, repris depuis ce prince et inventeur Tisias, Aristote les a rassemblés en un seul lieu, et il a, nommément, mis par écrit avec une grande clarté les préceptes de chacun, recherchés avec un grand soin, et les a exposés diligemment, dénoués; et il l’a si bien emporté sur les inventeurs eux-mêmes par l’agrément et la brièveté du style, que nul ne connaît leurs préceptes par leurs propres livres, mais que tous ceux qui veulent comprendre ce que ces hommes enseignent reviennent à lui comme à un bien plus commode ex-
Ac veteres quidem scriptores artis usque a prin- cipe illo atque inventore Tisia repetitos unum in lo- cum conduxit Aristoteles et nominatim cuiusque prae- cepta magna conquisita cura perspicue conscripsit at- que enodata diligenter exposuit; ac tantum inventori- bus ipsis suavitate et brevitate dicendi praestitit, ut nemo illorum praecepta ex ipsorum libris cognoscat, sed omnes, qui quod illi praecipiant velint intellegere, ad hunc quasi ad quendam multo commodiorem ex-
plicateur. Et celui-ci, à la vérité, s’est mis lui-même, et ceux qui furent avant lui, au milieu, afin que nous connaissions les autres et lui-même par lui; mais ceux qui sont partis de lui, quoiqu’ils aient consacré le plus de leur peine aux plus grandes parties de la philosophie, comme l’avait fait lui-même celui dont ils suivaient les institutions, nous ont néanmoins laissé de très nombreux préceptes du bien dire. Et d’autres aussi, partis d’une autre source, ont coulé comme maîtres du bien dire, lesquels pareillement ont fort aidé à bien dire, si tant est que l’art y serve de quelque chose. Car il y eut, au même temps qu’Aristote, un grand et noble rhéteur, Isocrate;
plicatorem revertantur. atque hic quidem ipse et sese ipsum nobis et eos, qui ante fuerunt, in medio po- suit, ut ceteros et se ipsum per se cognosceremus; ab hoc autem qui profecti sunt, quamquam in maximis philosophiae partibus operae plurimum con- sumpserunt, sicuti ipse, cuius instituta sequebantur, fe- cerat, tamen permulta nobis praecepta dicendi relique- runt. atque alii quoque alio ex fonte praeceptores di- cendi emanaverunt, qui item permultum ad dicendum, si quid ars proficit, opitulati sunt. nam fuit tempore eodem, quo Aristoteles, magnus et nobilis rhetor Iso- crates;
il ne nous apparaît pas avec certitude qu’il ait existé un art de lui-même. Mais de ses disciples et de ceux qui sont partis tout aussitôt de cette école, nous avons trouvé maint précepte sur l’art. De ces deux familles diverses, dont l’une, comme elle s’occupait de philosophie, prenait aussi quelque soin de l’art rhétorique, tandis que l’autre était tout entière occupée à l’étude et à l’enseignement du bien dire, un certain genre unique a été fondu par les postérieurs, qui ont porté dans leurs propres arts ce qui, chez les uns et les autres, paraissait dit à propos; et ceux-ci eux-mêmes, en même temps que ces premiers, nous nous les sommes tous proposés, autant que la faculté l’a permis, et nous avons, de notre propre fonds aussi, apporté quelque chose au bien commun.
cuius ipsius quam constet esse artem non in- venimus. discipulorum autem atque eorum, qui pro- tinus ab hac sunt disciplina profecti, multa de arte praecepta reperimus. ex his duabus diversis sicuti fa- miliis, quarum altera cum versaretur in philosophia, nonnullam rhetoricae quoque artis sibi curam assume- bat, altera vero omnis in dicendi erat studio et prae- ceptione occupata, unum quoddam est conflatum ge- nus a posterioribus, qui ab utrisque ea, quae com- mode dici videbantur, in suas artes contulerunt; quos ipsos simul atque illos superiores nos nobis omnes, quoad facultas tulit, proposuimus et ex nostro quoque nonnihil in commune contulimus.
Que si ce qui est exposé dans ces livres a dû être choisi avec autant de soin qu’il l’a été de zèle, assurément ni nous ni les autres n’aurons à regretter notre application. Mais si nous paraissons avoir, à la légère, omis quelque chose de quelqu’un, ou ne l’avoir pas suivi avec assez d’élégance, instruits par quelqu’un, nous changerons aisément et volontiers d’avis. Car ce n’est pas de n’avoir pas assez connu, mais d’avoir persévéré sottement et longtemps dans le peu qu’on connaît, qui est honteux, parce que l’un est attribué à la commune faiblesse des hommes,
quodsi ea, quae in his libris exponuntur, tanto opere eligenda fuerunt, quanto studio electa sunt, profecto neque nos neque alios industriae nostrae paenitebit. sin autem temere aliquid alicuius praeterisse aut non satis eleganter se- cuti videbimur, docti ab aliquo facile et libenter senten- tiam commutabimus. non enim parum cognosse, sed in parum cognito stulte et diu perseverasse turpe est, propterea quod alterum communi hominum infirmitati,
l’autre au défaut singulier de chacun. C’est pourquoi nous dirons, quant à nous, sans aucune affirmation, en cherchant tout ensemble, avec hésitation, chaque chose, de peur que, tandis que nous obtiendrions une bien petite chose, à savoir de paraître avoir mis ceci par écrit assez à propos, nous ne perdions ce qui est le plus grand: de n’avoir donné à la légère ni avec arrogance notre assentiment à aucune chose. Mais cela, à la vérité, et en ce temps-ci et dans toute notre vie, nous l’obtiendrons avec zèle, autant que la faculté le permettra; pour le présent, de peur que notre discours ne paraisse s’être avancé trop loin, nous parlerons du reste, qui paraît devoir être enseigné.
alterum singulari cuiusque vitio est adtributum. quare nos quidem sine ulla affirmatione simul quaerentes dubitanter unum quicque dicemus, ne, dum parvulum consequamur, ut satis haec commode perscripsisse vi- deamur, illud amittamus, quod maximum est, ut ne cui rei temere atque arroganter assenserimus. Verum hoc quidem nos et in hoc tempore et in omni vita studiose, quoad facultas feret, consequemur: nunc autem, ne longius oratio progressa videatur, de reliquis, quae praecipienda videntur esse, dicemus.
Donc le premier livre, après avoir exposé le genre de cet art, sa fonction, sa fin, sa matière et ses parties, contenait les genres de controverses, les inventions, les états de cause et les points à juger, puis les parties du discours et, pour chacune d’elles, tous les préceptes. C’est pourquoi, comme dans ce livre il a été parlé des autres matières plus distinctement, mais de manière dispersée touchant la confirmation et la réfutation, nous estimons maintenant qu’il faut transmettre des lieux déterminés pour confirmer et pour réfuter, selon chaque genre de causes. Et parce qu’il a été exposé au premier livre, non sans diligence, de quelle manière il convient de traiter les argumentations, ici seront exposées simplement les inventions mêmes, une à une selon chaque matière, sans aucun ornement, de sorte que de ce livre-ci se tirent les inventions mêmes, et du précédent l’achèvement des inventions. C’est pourquoi il faudra rapporter aux parties de la confirmation et de la réfutation ce qui sera maintenant enseigné.
Igitur primus liber, exposito genere huius artis et officio et fine et materia et partibus, genera con- troversiarum et inventiones et constitutiones et iudi- cationes continebat, deinde partes orationis et in eas omnes omnia praecepta. quare cum in eo ceteris de rebus distinctius dictum sit, disperse autem de con- firmatione et de reprehensione, nunc certos confir- mandi et reprehendendi in singula causarum genera locos tradendos arbitramur. et quia, quo pacto trac- tari conveniret argumentationes, in libro primo non indiligenter expositum est, hic tantum ipsa inventa unam quamque in rem exponentur simpliciter sine ulla exornatione, ut ex hoc inventa ipsa, ex superiore autem expolitio inventorum petatur. quare haec, quae nunc praecipientur, ad confirmationis et reprehensionis partes referre oportebit.
Toute cause, qu’elle soit démonstrative, délibérative ou judiciaire, doit nécessairement rouler sur l’un, ou sur plusieurs, des genres d’état de cause qui ont été exposés auparavant. Bien qu’il en soit ainsi, néanmoins, comme certaines choses peuvent être enseignées communément pour toutes, il y a aussi, séparément, d’autres préceptes divers pour chaque genre. Car autre chose doit accomplir la louange, autre chose le blâme, autre chose le dire d’avis, autre chose l’accusation ou la récusation. Dans les jugements, on cherche ce qui est équitable; dans les démonstrations, ce qui est honnête; dans les délibérations, à ce que nous estimons, ce qui est honnête et ce qui est utile. Car les autres ont estimé qu’on devait, dans le conseil et le déconseil, exposer la fin sur le seul mode de l’utilité.
Omnis et demonstrativa et deliberativa et iudicialis causa necesse est in aliquo eorum, quae ante exposita sunt, constitutionis genere uno pluribusve versetur. hoc quamquam ita est, tamen cum communiter quaedam de omnibus praecipi possint, separatim quo- que aliae sunt cuiusque generis diversae praeceptiones. aliud enim laus, aliud vituperatio, aliud sententiae dictio, aliud accusatio aut recusatio conficere debet. in iudiciis, quid aequum sit, quaeritur, in demonstra- tionibus, quid honestum, in deliberationibus, ut nos arbitramur, quid honestum sit et quid utile. nam ceteri utilitatis modo finem in suadendo et in dissuadendo exponi oportere arbitrati sunt.
Donc les genres dont les fins et les issues sont diverses ne peuvent avoir les mêmes préceptes. Et nous ne disons pas maintenant que les mêmes états de cause ne s’y rencontrent pas, mais qu’un certain discours naît de la fin même et du genre de la cause, qui touche à la démonstration de la vie de quelqu’un ou au dire d’avis. C’est pourquoi, dans l’exposition des controverses, nous nous occuperons maintenant du genre judiciaire des causes et des préceptes, d’où la plupart se transportent aussi, sans aucune difficulté, dans les autres genres de causes, une controverse semblable s’y trouvant impliquée; après quoi nous parlerons à part du reste.
quorum igitur generum fines et exitus diversi sunt, eorum praecepta eadem esse non possunt. neque nunc hoc dicimus, non easdem incidere constitutiones, verumtamen oratio quaedam ex ipso fine et ex genere causae nascitur, quae pertineat ad vitae alicuius demonstrationem aut ad sententiae dictionem. quare nunc in exponendis controversiis in iudiciali genere causarum et praeceptorum versabimur, ex quo pleraque in cetera quoque causarum genera simili implicata controversia nulla cum difficultate transferuntur; post autem separatim de reliquis di- cemus.
Partons maintenant de l’état de cause conjectural, dont voici l’exemple proposé: sur la route, un homme se joignit à un certain voyageur qui se rendait au marché et portait sur lui une assez grande somme d’argent. Avec lui, comme il arrive d’ordinaire, il lia conversation en chemin; d’où il advint qu’ils voulurent faire ce voyage plus familièrement. C’est pourquoi, étant descendus dans la même auberge, ils voulurent souper ensemble et prendre leur sommeil dans le même lieu. Ayant soupé, ils se couchèrent là même. Or l’aubergiste — car c’est ainsi qu’on le nomme après qu’il fut découvert, lorsqu’il fut pris en un autre méfait —, ayant remarqué celui des deux qui avait l’argent, s’approcha de nuit, après avoir senti que, de lassitude, ils dormaient déjà profondément, tira du fourreau l’épée de l’autre, de celui qui était sans argent, posée auprès de lui, tua le premier, emporta l’argent, remit l’épée sanglante dans le fourreau, et se retira lui-même dans son propre lit. Mais celui par l’épée duquel le meurtre avait été fait se leva bien avant le jour, appela son compagnon une fois et plusieurs fois.
Nunc ab coniecturali constitutione proficiscamur; cuius exemplum sit hoc expositum: in itinere qui- dam proficiscentem ad mercatum quendam et secum aliquantum nummorum ferentem est comitatus. cum hoc, ut fere fit, in via sermonem contulit; ex quo factum est, ut illud iter familiarius facere vellent. quare cum in eandem tabernam devertissent, simul ce- nare et in eodem loco somnum capere voluerunt. cenati discubuerunt ibidem. copo autem—nam ita dicitur post inventum, cum in alio maleficio deprehensus est —cum illum alterum, videlicet qui nummos haberet, animum advertisset, noctu postquam illos artius iam ut ex lassitudine dormire sensit, accessit et alterius eorum, qui sine nummis erat, gladium propter adposi- tum e vagina eduxit et illum alterum occidit, nummos abstulit, gladium cruentum in vaginam recondidit, ipse se in suum lectum recepit. ille autem, cuius gladio occisio erat facta, multo ante lucem surrexit, comitem illum suum inclamavit semel et saepius.
Il jugea qu’empêché par le sommeil, l’autre ne répondait pas; il prit lui-même son épée et le reste de ce qu’il avait apporté avec lui, et partit seul. L’aubergiste, peu de temps après, crie qu’un homme a été tué, et avec quelques hôtes poursuit en chemin celui qui était sorti auparavant. Il saisit l’homme, tire son épée du fourreau, la trouve sanglante. L’homme est emmené à la ville par eux et devient accusé. Là, l’accusation est: « tu as tué. » La défense: « je n’ai pas tué. » De quoi se tire l’état de cause, c’est-à-dire la question, la même dans le genre conjectural que le point à juger: a-t-il tué, oui ou non?
illum somno inpeditum non respondere existimavit; ipse gladium et cetera, quae secum adtulerat, sustulit, solus profectus est. copo non multum post conclamat hominem esse occisum et cum quibusdam devorsoribus illum, qui ante exierat, consequitur in itinere. hominem conpre- hendit, gladium eius e vagina educit, reperit cruentum. homo in urbem ab illis deducitur ac reus fit. in hac intentio est criminis: occidisti. depulsio: non occidi. ex quibus constitutio est id est quaestio eadem in coniecturali quae iudicatio: occideritne?
Maintenant nous exposerons les lieux dont une partie tombe dans toute controverse conjecturale. Or il faudra prendre garde, et dans l’exposition de ces lieux et dans celle des autres, qu’ils ne conviennent pas tous à toute cause. Car de même que tout nom s’écrit avec certaines lettres, non avec toutes, de même ce n’est pas toute l’abondance des arguments qui conviendra à toute cause, mais nécessairement une certaine partie d’entre eux. Donc toute conjecture est à prendre de la cause, de la personne, du fait lui-même.
Nunc exponemus locos, quorum pars aliqua in omnem coniecturalem incidit controversiam. hoc au- tem et in horum locorum expositione et in ceterorum oportebit attendere, non omnes in omnem causam convenire. nam ut omne nomen ex aliquibus, non ex omnibus litteris scribitur, sic omnem in causam non omnis argumentorum copia, sed eorum necessario pars aliqua conveniet. omnis igitur ex causa, ex persona, ex facto ipso coniectura capienda est.
La cause se répartit en impulsion et en raisonnement. L’impulsion est ce qui, sans réflexion, par une certaine affection de l’âme, pousse à faire quelque chose, comme l’amour, la colère, le chagrin, l’ivresse, et en somme tout ce où l’âme paraît avoir été affectée de telle sorte qu’elle n’ait pu envisager la chose avec dessein et soin, et qu’elle ait fait ce qu’elle a fait par une certaine impulsion de l’âme plutôt que par réflexion.
Causa tribuitur in inpulsionem et in ratiocinationem. inpulsio est, quae sine cogitatione per quandam affec- tionem animi facere aliquid hortatur, ut amor, iracun- dia, aegritudo, vinolentia et omnino omnia, in quibus animus ita videtur affectus fuisse, ut rem perspicere cum consilio et cura non potuerit et id, quod fecit, impetu quodam animi potius quam cogitatione fecerit.
Le raisonnement, au contraire, est une diligente et réfléchie excogitation de faire ou de ne pas faire quelque chose. On dit qu’il y est intervenu lorsque l’âme paraîtra avoir évité ou recherché, pour une cause déterminée, de faire ou de ne pas faire quelque chose: si l’on dit que la chose a été faite pour cause d’amitié, pour se venger d’un ennemi, par crainte, par gloire, pour de l’argent, ou enfin, pour tout embrasser par genres, en vue de retenir, d’accroître ou d’acquérir quelque avantage, ou au contraire de rejeter, de diminuer ou d’éviter quelque désavantage. Car dans l’un ou l’autre de ces genres tomberont aussi ces cas où l’on assume quelque désavantage pour acquérir un avantage plus grand ou pour éviter un désavantage plus grand, ou bien où l’on néglige quelque avantage pour acquérir un avantage plus grand ou pour éviter un désavantage plus grand.
ratiocinatio est autem diligens et considerata faciendi aliquid aut non faciendi excogitatio. ea dicitur inter- fuisse tum, cum aliquid faciendi aut non faciendi certa de causa vitasse aut secutus esse animus vide- bitur: si amicitiae quid causa factum dicetur, si ini- mici ulciscendi, si metus, si gloriae, si pecuniae, si denique, ut omnia generatim amplectamur, alicuius re- tinendi, augendi adipiscendive commodi aut contra re- iciundi, deminuendi devitandive incommodi causa. nam in horum genus alterutrum illa quoque incident, in quibus aut incommodi aliquid maioris adipiscendi com- modi causa aut maioris vitandi incommodi suscipitur aut aliquod commodum maioris adipiscendi commodi aut maioris vitandi incommodi praeteritur.
Ce lieu est comme un certain fondement de cet état de cause. Car on ne prouve à personne qu’une chose a été faite, à moins de montrer quelque motif pour lequel elle a été faite. Donc l’accusateur, lorsqu’il dira qu’une chose a été faite par impulsion, devra amplifier par des paroles et des sentences cette impulsion, ce certain ébranlement et cette affection de l’âme, et montrer quelle grande force a l’amour, quel grand trouble de l’âme naît de la colère ou de quelqu’une de ces causes par laquelle, dit-il, quelqu’un a été poussé à faire cela. Ici, et par le rappel d’exemples de ceux qui ont commis quelque chose sous une semblable impulsion, et par la confrontation de ressemblances, et par l’explication de l’affection même de l’âme, il faut prendre soin qu’il ne paraisse pas étonnant qu’une âme ébranlée par un tel trou-
Hic locus sicut aliquod fundamentum est huius constitutionis. nam nihil factum esse cuiquam pro- batur, nisi aliquid, quare factum sit, ostenditur. ergo accusator, cum inpulsione aliquid factum esse dicet, illum impetum et quandam commotionem animi affectionemque verbis et sententiis amplificare debebit et ostendere, quanta vis sit amoris, quanta animi per- turbatio ex iracundia fiat aut ex aliqua causa earum, qua inpulsum aliquem id fecisse dicet. hic et exem- plorum commemoratione, qui simili inpulsu aliquid commiserint, et similitudinum conlatione et ipsius animi affectionis explicatione curandum est, ut non mirum videatur, si quod ad facinus tali pertur-
ble soit allée jusqu’à quelque forfait. Mais lorsqu’il dira que quelqu’un a commis quelque chose non par impulsion, mais bien par raisonnement, il montrera quel avantage il a recherché ou quel désavantage il a fui, et il l’amplifiera autant qu’il le pourra, afin que, pour autant que la chose puisse se faire, la cause paraisse l’avoir incité au péché le plus convenablement possible. Si c’est pour la gloire, combien grande il a estimé que serait la gloire à obtenir; de même si c’est pour la domination, pour l’argent, pour l’amitié, pour les inimitiés, et en somme quoi que ce soit qu’il dira avoir été le motif, il devra l’amplifier au plus haut point.
batione commotus animus accesserit. Cum autem non inpulsione, verum ratiocinatione aliquem commisisse quid dicet, quid commodi sit secutus aut quid incom- modi fugerit, demonstrabit et id augebit, quam maxime poterit, ut, quod eius fieri possit, idonea quam maxime causa ad peccandum hortata videatur. si gloriae causa, quantam gloriam consecuturam existimarit; item si do- minationis, si pecuniae, si amicitiae, si inimicitiarum, et omnino quicquid erit, quod causae fuisse dicet, id summe augere debebit.
Et il lui faudra considérer fort attentivement non seulement ce qui en fut dans la vérité, mais encore, plus vivement, ce qui en fut dans l’opinion de celui qu’il accusera. Car il n’importe en rien qu’il n’y ait pas eu, ou qu’il n’y ait pas, quelque avantage ou désavantage, si l’on peut montrer qu’il l’a paru à celui que l’on accuse. Car l’opinion trompe les hommes de deux manières: ou bien lorsque la chose est autrement qu’on ne le pense, ou bien lorsque l’issue n’est pas celle qu’ils ont jugée. La chose est autrement, soit lorsqu’ils pensent mauvais ce qui est bon, ou au contraire bon ce qui est mauvais, soit lorsqu’ils pensent mauvais ou bon ce qui n’est ni mauvais ni bon, soit lorsqu’ils pensent ni mauvais ni bon ce qui est mauvais ou bon.
et hoc eum magno opere consi- derare oportebit, non quid in veritate modo, verum etiam vehementius, quid in opinione eius, quem arguet, fuerit. nihil enim refert non fuisse aut non esse aliquid commodi aut incommodi, si ostendi potest ei visum esse, qui arguatur. nam opinio dupliciter fallit ho- mines, cum aut res alio modo est, ac putatur, aut non is eventus est, quem arbitrati sunt. res alio modo est tum, cum aut id, quod bonum est, malum putant, aut contra, quod malum est, bonum, aut, quod nec malum est nec bonum, malum aut bonum, aut, quod malum aut bonum est, nec malum nec bonum.
Si, dans ce sens, quelqu’un nie qu’aucun argent soit plus précieux ou plus doux que la vie d’un frère ou d’un ami, ou enfin que son propre devoir, l’accusateur ne devra pas le nier. Car la faute et la plus haute haine se reporteraient sur celui qui nierait ce qui se dit si véritablement et si pieusement. Mais il faut dire ceci: qu’à celui-là il n’en a pas paru ainsi;
hoc intellectu si qui negabit esse ullam pecuniam fratris aut amici vita aut denique officio suo antiquiorem aut suaviorem, non hoc erit accusatori negandum. nam in eum culpa et summum odium transferetur, qui id, quod tam vere et pie dicetur, negabit. verum illud dicendum est, illi ita non esse visum;
ce qu’il faut prendre de ce qui touche à la personne, dont il faut parler après. Or l’issue trompe lorsque les choses arrivent autrement que ne sont censés l’avoir jugé ceux qu’on accuse: comme si l’on dit que quelqu’un en a tué un autre qu’il ne voulait, parce qu’il a été abusé par une ressemblance, un soupçon ou une fausse indication; ou bien qu’il a fait périr celui dont il n’est pas l’héritier par testament, parce qu’il s’est cru héritier par ce testament. Car ce n’est pas d’après l’issue qu’il faut considérer la pensée, mais il faut considérer dans quelle pensée et dans quel espoir l’âme s’est portée au méfait; c’est dans quelle disposition d’âme chacun fait quelque chose, non par quel hasard il se trouve, que tient l’affaire.
quod sumi oportet ex iis, quae ad personam pertinent, de quo post dicendum est. even- tus autem tum fallit, cum aliter accidit, atque ii, qui arguuntur, arbitrati esse dicuntur: ut, si qui dicatur alium occidisse ac voluerit, quod aut similitudine aut suspicione aut demonstratione falsa deceptus sit; aut eum necasse, cuius testamento non sit heres, quod eo testamento se heredem arbitratus sit. non enim ex eventu cogitationem spectari oportere, sed qua cogi- tatione animus et spe ad maleficium profectus sit, con- siderare; quo animo quid quisque faciat, non quo casu utatur, ad rem pertinere.
Or en ce lieu sera le chef de l’accusateur, s’il peut démontrer que personne d’autre n’eut de motif d’agir; et le point secondaire, si nul n’en eut un aussi grand ou aussi convenable. Mais s’il paraît que d’autres aussi eurent un motif d’agir, il faut démontrer que le pouvoir manqua aux autres, ou la faculté, ou la volonté. Le pouvoir, si l’on dit qu’ils ne savaient pas, ou n’étaient pas présents, ou ne pouvaient accomplir quelque chose. La faculté, si l’on démontre qu’à quelqu’un manquèrent le moyen, les aides, les secours et le reste de ce qui touchera à l’affaire. La volonté, si l’on dit que son âme était vide et pure de tels actes. Enfin, les raisons que nous donnerons à l’accusé pour sa défense, l’accusateur en abusera pour exempter les autres de la faute. Mais il faut le faire brièvement et ramasser beaucoup de choses en une seule, de peur qu’il ne paraisse accuser celui-ci pour défendre l’autre, et non défendre l’autre pour accuser celui-ci.
Hoc autem loco caput illud erit accusatoris, si de- monstrare poterit alii nemini causam fuisse faciendi; secundarium, si tantam aut tam idoneam nemini. sin fuisse aliis quoque causa faciendi videbitur, aut po- testas defuisse aliis demonstranda est aut facultas aut voluntas. potestas, si aut nescisse aut non adfuisse aut conficere aliquid non potuisse dicentur. facultas, si ratio, adiutores, adiumenta ceteraque, quae ad rem pertinebunt, defuisse alicui demonstrabuntur. volun- tas, si animus a talibus factis vacuus et integer esse dicetur. postremo, quas ad defensionem rationes reo dabimus, iis accusator ad alios ex culpa eximendos abutetur. verum id brevi faciendum est et in unum multa sunt conducenda, ut ne alterius defendendi causa hunc accusare, sed huius accusandi causa defendere alterum videatur.
Et voilà à peu près ce que l’accusateur doit considérer touchant le motif d’agir. Le défenseur, au contraire, dira d’abord qu’il n’y eut aucune impulsion ou bien, s’il concède qu’il y en eut une, il l’atténuera et démontrera qu’elle fut bien petite, ou enseignera que ce n’est pas d’elle que de tels actes ont coutume de naître. En ce lieu, il faudra démontrer quelle force et quelle nature a cette affection par laquelle, dit-on, l’accusé a été poussé à commettre quelque chose; en quoi il faudra produire et des exemples et des ressemblances, et expliquer diligemment la nature même de cette affection sous le côté le plus doux et le plus paisible, afin que la chose elle-même soit ramenée d’un acte cruel et trouble à quelque chose de plus doux et de plus tranquille, et que pourtant le discours s’accommode à l’âme de celui qui écoutera et à un certain sentiment intime de son âme.
Atque accusatori quidem haec fere sunt in causa faciendi consideranda: defensor autem ex contrario primum inpulsionem aut nullam fuisse dicet aut, si fuisse concedet, extenuabit et parvulam quandam fuisse demonstrabit aut non ex ea solere huiusmodi facta nasci docebit. quo erit in loco demonstrandum, quae vis et natura sit eius affectionis, qua inpulsus aliquid reus commisisse dicetur; in quo et exempla et similitudines erunt proferundae et ipsa diligenter natura eius affectionis quam lenissime quietissima ab parte explicanda, ut et res ipsa a facto crudeli et tur- bulento ad quoddam mitius et tranquillius traducatur et oratio tamen ad animum eius, qui audiet, et ad animi quendam intumum sensum accommodetur.
Quant aux soupçons du raisonnement, il les affaiblira s’il dit qu’il n’y eut aucun avantage, ou un petit, ou un plus grand pour d’autres, ou nullement plus grand pour lui que pour d’autres, ou un désavantage plus grand pour lui que l’avantage, de sorte que nullement la grandeur de cet avantage qu’on dit avoir été recherché ne soit à comparer ni avec le désavantage qui serait survenu, ni avec ce péril qu’on aurait encouru;
ratiocina- tionis autem suspiciones infirmabit, si aut commodum nullum esse aut parvum aut aliis maius esse aut nihilo sibi maius quam aliis aut incommodum sibi maius quam commodum dicet, ut nequaquam fuerit illius commodi, quod expetitum dicatur, magnitudo aut cum eo incom- modo, quod acciderit, aut cum illo periculo, quod subea- tur, comparanda;
tous ces lieux se traiteront pareillement aussi dans le cas de l’évitement d’un désavantage. Mais si l’accusateur dit qu’il a recherché ce qui lui a paru un avantage, ou fui ce qu’il a pensé être un désavantage, bien qu’il fût dans une fausse opinion, il faudra que le défenseur démontre que nul n’est d’une si grande sottise qu’il puisse, en une telle affaire, ignorer la vérité. Que si on le concède, on ne concédera pas ceci: qu’il n’ait même pas douté de ce qu’était son droit, et qu’il ait, sans aucun doute, tenu pour vrai ce qui était faux; car s’il avait douté, c’eût été le comble de la folie de se livrer, poussé par un espoir douteux, à un péril certain.
qui omnes loci similiter in incommodi quoque vitatione tractabuntur. sin accusator dixerit eum id esse secutum, quod ei visum sit commodum, aut id fugisse, quod putarit esse incommodum, quamquam in falsa fuerit opinione, demonstrandum erit defensori neminem tantae esse stultitiae, qui tali in re possit veritatem ignorare. quodsi hoc concedatur, illud non concessum iri: ne dubitasse quidem, quid eius iuris esset, et id, quod falsum fuerit, sine ulla dubitatione pro vero probasse; quia si dubitarit, summae fuisse amentiae dubia spe inpulsum certum in periculum se committere.
Or, de même que l’accusateur, lorsqu’il écartera la faute des autres, usera des lieux du défenseur, de même de ces lieux qui ont été donnés à l’accusateur usera l’accusé, lorsqu’il voudra reporter le crime de lui sur d’autres. Or la conjecture se prendra de la personne si l’on considère diligemment ces choses qui sont attribuées aux personnes, que nous avons toutes exposées au premier livre. Car du nom aussi naît parfois quelque soupçon — et quand nous disons le nom, il faut entendre aussi le surnom; car il s’agit du vocable certain et propre de l’homme —, comme si nous disions que quelqu’un est appelé Caldus pour ce qu’il est d’un conseil téméraire et soudain;
quemadmodum autem accusator, cum ab aliis culpam demovebit, defensoris locis utetur, sic iis locis, qui accusatori dati sunt, utetur reus, cum in alios ab se crimen volet transferre. Ex persona autem coniectura capietur, si eae res, quae personis adtributae sunt, diligenter considera- buntur, quas omnes in primo libro exposuimus. nam et de nomine nonnumquam aliquid suspicionis na- scitur—nomen autem cum dicimus, cognomen quoque intellegatur oportet; de hominis enim certo et proprio vocabulo agitur—, ut si dicamus idcirco aliquem Cal- dum vocari, quod temerario et repentino consilio sit;
ou s’il a, par là, donné le change à des Grecs ignorants, parce qu’il s’appelait Clodius, Caecilius ou Mutius. Et de la nature aussi il est permis de tirer quelque soupçon. Car toutes ces choses — homme ou femme, de telle ou telle cité, de quels aïeux, de quels consanguins, de quel âge, de quelle âme, de quel corps il est — qui sont attribuées à la nature, serviront à faire quelque conjecture. Et du genre de vie se tirent maint soupçon, lorsque l’on cherche comment, chez qui et par qui il a été élevé et instruit, et avec qui il vit, par quelle règle de vie,
aut si ea re hominibus Graecis inperitis verba dederit, quod Clodius aut Caecilius aut Mutius vocaretur. et de natura licet aliquantum ducere suspicionis. omnia enim haec, vir an mulier, huius an illius civitatis sit, quibus sit maioribus, quibus consanguineis, qua aetate, quo animo, quo corpore, quae naturae sunt ad- tributa, ad aliquam coniecturam faciendam pertinebunt. et ex victu multae trahuntur suspiciones, cum, quemad- modum et apud quos et a quibus educatus et eruditus sit, quaeritur, et quibuscum vivat, qua ratione vitae,
selon quelles mœurs domestiques il vit. Et de la fortune souvent naît une argumentation, lorsque l’on considère s’il est esclave ou libre, riche ou pauvre, noble ou roturier, heureux ou malheureux, simple particulier ou en charge, qu’il l’est, l’a été ou le sera; ou enfin lorsqu’on cherche quelqu’une de ces choses que l’on entend être attribuées à la fortune. Quant à l’habitus, puisqu’il consiste en quelque perfection accomplie et constante de l’âme ou du corps, genre dont relèvent la vertu, la science et leurs contraires, la chose même, la cause une fois posée, enseignera si ce lieu-ci aussi montre quelque soupçon. Car la considération de l’affection, à la vérité, a coutume de présenter d’elle-même une conjecture manifeste, comme l’amour, la colère, le tourment, parce que et leur force se comprend, et il est facile de connaître quelle chose suit l’une de celles-ci.
quo more domestico vivat. et ex fortuna saepe argu- mentatio nascitur, cum servus an liber, pecuniosus an pauper, nobilis an ignobilis, felix an infelix, privatus an in potestate sit aut fuerit aut futurus sit, conside- ratur; aut denique aliquid eorum quaeritur, quae for- tunae esse adtributa intelleguntur. habitus autem quon- iam in aliqua perfecta et constanti animi aut corporis absolutione consistit, quo in genere est virtus, scientia et quae contraria sunt, res ipsa causa posita docebit, ecquid hic quoque locus suspicionis ostendat. nam af- fectionis quidem ratio perspicuam solet prae se gerere coniecturam, ut amor, iracundia, molestia, propterea quod et ipsorum vis intellegitur et, quae res harum aliquam rem consequatur, facile est cognitu.
Quant au zèle, qui est une occupation assidue et vivement appliquée à quelque objet, avec un grand plaisir, on en tirera aisément cette argumentation que la chose même réclamera dans la cause. De même se prendra du dessein quelque soupçon; car le dessein est une raison excogitée de faire ou de ne pas faire quelque chose. Pour ce qui est désormais des faits, des hasards et des discours, lesquels tous, comme il a été dit dans les préceptes de la confirmation, se distribuent en trois temps, il sera facile de voir s’ils apportent quelque chose pour confirmer le soupçon conjectural.
studium autem quod est adsidua et vehementer aliquam ad rem adplicata magna cum voluptate occupatio, facile ex eo ducetur argumentatio ea, quam res ipsa desidera- bit in causa. item ex consilio sumetur aliquid suspi- cionis; nam consilium est aliquid faciendi non facien- dive excogitata ratio. iam facta et casus et orationes, quae sunt omnia, ut in confirmationis praeceptis dic- tum est, in tria tempora distributa, facile erit videre, ecquid afferant ad confirmandam coniecturam suspi- cionis.
Et voilà les matières qui sont attribuées aux personnes; toutes ramassées en un seul lieu, l’accusateur devra s’en servir pour réprouver l’homme. Car le motif du fait a trop peu de fermeté, à moins que l’âme de celui qui est incriminé ne soit amenée à ce soupçon, qu’elle ne paraisse pas avoir eu horreur d’une telle faute. Car de même qu’il ne sert à rien de réprouver l’âme de quelqu’un, lorsqu’il n’est intervenu aucun motif pour lequel il aurait péché, de même il est de peu de poids qu’un motif de péché soit intervenu, si l’âme n’est montrée attachée à aucun dessein moins honnête. C’est pourquoi l’accusateur devra réprouver la vie de celui qu’il accuse d’après ses actes antérieurs, et montrer s’il a été convaincu auparavant de quelque faute pareille; et s’il ne le peut, s’il est tombé auparavant dans quelque soupçon semblable, et surtout, s’il est possible, s’il a péché dans un genre semblable, mû par quelque motif du même ordre, soit dans une affaire aussi grande, soit dans une plus grande, soit dans une moindre: ainsi, si quelqu’un que l’on dit avoir agi poussé par l’argent, on peut démontrer dans quelque autre affaire quelque acte avare de sa part.
Ac personis quidem res hae sunt adtributae, ex qui- bus omnibus unum in locum coactis accusatoris erit inprobatione hominis uti. nam causa facti parum fir- mitudinis habet, nisi animus eius, qui insimulatur, in eam suspicionem adducitur, uti a tali culpa non videa- tur abhorruisse. ut enim animum alicuius inprobare nihil attinet, cum causa, quare peccaret, non intercessit, sic causam peccati intercedere leve est, si animus nulli minus honestae rationi affinis ostenditur. quare vitam eius, quem arguit, ex ante factis accusator inprobare debebit et ostendere, si quo in pari ante peccato con- victus sit; si id non poterit, si quam in similem ante suspicionem venerit, ac maxime, si fieri poterit, simili quo in genere eiusdemmodi causa aliqua commotum peccasse aut in aeque magna re aut in maiore aut in minore, ut si qui, quem pecunia dicat inductum fecisse, possit demonstrare aliqua in re eius aliquod factum avarum.
De même, dans toute cause, il faudra rattacher la nature, ou le genre de vie, ou le zèle, ou la fortune, ou quelqu’une des choses qui sont attribuées aux personnes, à ce motif par lequel on dira qu’il a été mû à pécher; et, même d’un genre dissemblable de fautes, si l’on n’a pas la faculté d’en prendre d’un genre pareil, il faudra réprouver l’âme de l’adversaire: si tu accuses qu’il a agi poussé par l’avarice et que tu ne puisses démontrer avare celui que tu accuses, enseigne qu’il est attaché à d’autres vices, et que par là il n’est pas étonnant que celui qui fut, dans telle affaire, honteux, cupide ou effronté, ait aussi failli dans celle-ci. Car autant l’on retranche de l’honnêteté et de l’autorité de celui qui est accusé, autant l’on diminue de la faculté
item in omni causa naturam aut victum aut studium aut fortunam aut aliquid eorum, quae personis adtributa sunt, ad eam causam, qua commotum pec- casse dicet, adiungere atque ex dispari quoque genere culparum, si ex pari sumendi facultas non erit, inpro- bare animum adversarii oportebit: si avaritia inductum arguas fecisse et avarum eum, quem accuses, demon- strare non possis, aliis adfinem vitiis esse doceas, et ex ea re non esse mirandum, qui in illa re turpis aut cupidus aut petulans fuerit, hac quoque in re eum deliquisse. quantum enim de honestate et auctoritate eius, qui arguitur, detractum est, tantundem de facul-
de toute sa défense. Si l’on ne peut démontrer l’accusé attaché à aucun vice admis auparavant, on introduira ce lieu par lequel il faudra exhorter les juges à ne tenir pour rien, quant à l’affaire, l’ancienne réputation de l’homme. Car il s’est caché auparavant, et il est maintenant pris en flagrant délit; c’est pourquoi il ne faut pas regarder cette affaire-ci d’après sa vie antérieure, mais réprouver sa vie antérieure d’après cette affaire-ci, et il n’a pas eu auparavant ou le pouvoir de pécher ou le motif; ou bien, si l’on ne peut dire cela, il faudra dire cette dernière chose: qu’il n’est pas étonnant qu’il ait failli maintenant pour la première fois, car il est nécessaire que celui qui veut pécher faillisse une fois pour la première fois. Mais si l’on ignore sa vie antérieure, ce lieu étant passé sous silence et la raison de ce silence étant démontrée, il faudra aussitôt confirmer l’accusation par des arguments.
tate eius totius est defensionis deminutum. si nulli affinis poterit vitio reus ante admisso demonstrari, locus inducetur ille, per quem hortandi iudices erunt, ut veterem famam hominis nihil ad rem putent per- tinere. nam eum ante celasse, nunc manifesto teneri; quare non oportere hanc rem ex superiore vita spec- tari, sed superiorem vitam ex hac re inprobari, et aut potestatem ante peccandi non fuisse aut causam; aut, si haec dici non poterunt, dicendum erit illud extremum, non esse mirum, si nunc primum deliquerit: nam necesse esse eum, qui velit peccare, aliquando primum delinquere. sin vita ante acta ignorabitur, hoc loco praeterito et, cur praetereatur, demonstrato argu- mentis accusationem statim confirmare oportebit.
Le défenseur, lui, devra d’abord, s’il le peut, démontrer la plus honnête possible la vie de celui qui est incriminé. Il le fera s’il montre quelques-uns de ses devoirs notables et communs; tels ceux envers ses parents, ses proches, ses amis, ses alliés, ses intimes; et même ceux qui sont plus rares et insignes, s’il dit que quelque chose a été fait par lui avec un grand labeur, ou un grand péril, ou l’un et l’autre, alors qu’il n’y avait pas nécessité, pour cause de devoir, soit envers la République, soit envers ses parents, soit envers quelqu’un de ceux qui viennent d’être énumérés; enfin s’il dit qu’il n’a en rien failli, qu’empêché par aucune cupidité il ne s’est jamais écarté du devoir. Cela sera d’autant plus confirmé si, lorsqu’on dira qu’il a eu le pouvoir de faire impunément quelque chose de moins honnête, on démontre que la volonté
Defensor autem primum, si poterit, debebit vitam eius, qui insimulabitur, quam honestissimam demon- strare. id faciet, si ostendet aliqua eius nota et com- munia officia; quod genus in parentes, cognatos, ami- cos, affines, necessarios; etiam quae magis rara et eximia sunt, si ab eo cum magno aliquid labore aut periculo aut utraque re, cum necesse non esset, officii causa aut in rem publicam aut in parentes aut in aliquos eorum, qui modo expositi sunt, factum esse dicet; denique si nihil deliquisse, nulla cupiditate in- peditum ab officio recessisse. quod eo confirmatius erit, si, cum potestas inpune aliquid faciendi minus honeste fuisse dicetur, voluntas a faciendo demon-
fut absente de le faire. Or ce genre même sera d’autant plus ferme si, dans le genre même dont il est accusé, on démontre qu’il a été auparavant intègre: ainsi, si on l’accuse d’avoir agi par avarice, qu’on enseigne qu’en toute sa vie il n’a aucunement été cupide d’argent. Ici l’on introduira, avec une grande gravité, cette indignation, jointe à la plainte, par laquelle on démontrera que le forfait est misérable et indigne; à savoir que, l’âme ayant été dans toute sa vie la plus éloignée des vices, croire que ce motif, qui a coutume d’entraîner les hommes audacieux dans la fraude, ait pu pousser au péché même l’homme le plus chaste; ou bien: qu’il est inique et fort pernicieux à tous les meilleurs qu’une vie honnêtement menée ne serve pas le plus possible en un tel moment, mais qu’on porte son jugement d’après une accusation soudaine, qui peut être forgée de toutes pièces, fût-ce faussement, et non d’après une vie antérieurement menée, qui ne peut être ni feinte pour la circonstance ni changée en aucune manière.
strabitur afuisse. hoc autem ipsum genus erit eo firmius, si eo ipso in genere, quo arguetur, integer ante fuisse demonstrabitur: ut si, cum avaritiae causa fecisse arguatur, minime omni in vita pecuniae cupi- dus fuisse doceatur. hic illa magna cum gravitate inducetur indignatio, iuncta conquestioni, per quam miserum facinus esse et indignum demonstrabitur; ut, cum animus in vita fuerit omni a vitiis remotissimus, eam causam putare, quae homines audaces in fraudem rapere soleat, castissimum quoque hominem ad pec- candum potuisse inpellere; aut: iniquum esse et op- timo cuique perniciosissimum non vitam honeste actam tali in tempore quam plurimum prodesse, sed subita ex criminatione, quae confingi quamvis false possit, non ex ante acta vita, quae neque ad tempus fingi neque ullo modo mutari possit, facere iudicium.
Mais si dans sa vie antérieure il y a eu quelques turpitudes: ou bien l’on dira qu’il est tombé faussement dans cette estimation, par l’envie, le dénigrement ou la fausse opinion de quelques-uns; ou bien on les attribuera à l’imprudence, à la nécessité, à la persuasion, à la jeunesse, ou à quelque affection non malicieuse de l’âme; ou bien à un genre dissemblable de vices, en sorte que l’âme paraisse non tout à fait intègre, mais éloignée d’une telle faute. Que si en aucune manière la turpitude ou l’infamie de sa vie ne peut être adoucie par le discours, il faudra nier que l’on s’enquière de sa vie et de ses mœurs, mais bien de ce crime dont il est accusé; c’est pourquoi, laissant de côté les actes antérieurs, il faut s’occuper de ce qui presse.
sin autem in ante acta vita aliquae turpitudines erunt: aut falso venisse in eam existimationem dicetur ex aliquorum invidia aut obtrectatione aut falsa opi- nione; aut inprudentiae, necessitudini, persuasioni, adulescentiae aut alicui non malitiosae animi af- fectioni attribuentur; aut dissimili in genere vitio- rum, ut animus non omnino integer, sed ab tali culpa remotus esse videatur. at si nullo modo vitae turpitudo aut infamia leniri poterit oratione, negare oportebit de vita eius et de moribus quaeri, sed de eo crimine, quo de arguatur; quare ante factis omissis illud, quod instet, id agi oportere.
Du fait lui-même se tireront des soupçons, si l’on examine de toutes parts la conduite de toute l’affaire; et ces soupçons procéderont en partie de l’affaire séparément, en partie communément des personnes et de l’affaire. De l’affaire on les pourra tirer, si nous considérons diligemment les choses qui sont attribuées aux affaires. Or, de celles-ci, paraissent convenir à cet état de cause tous leurs genres, et la plupart des parties des genres.
Ex facto autem ipso suspiciones ducentur, si to- tius administratio negotii ex omnibus partibus per- temptabitur; atque eae suspiciones partim ex negotio separatim, partim communiter ex personis atque ex negotio proficiscentur. ex negotio duci poterunt, si eas res, quae negotiis adtributae sunt, diligenter con- siderabimus. ex iis igitur in hanc constitutionem convenire videntur genera earum omnia, partes gene-
Il faudra donc voir d’abord quelles sont les choses contiguës à l’affaire même, c’est-à-dire celles qui ne peuvent être séparées de la chose. En ce lieu, il suffira d’avoir considéré assez diligemment ce qui a été fait avant la chose, d’où paraisse née l’espérance d’accomplir et recherchée la faculté de faire; ce qui s’est passé dans la conduite même de la chose; ce qui a suivi ensuite. Ensuite il faut traiter à fond la gestion même de l’affaire. Car ce genre des choses qui sont attribuées à l’affaire nous a été exposé en second lieu.
rum pleraeque. Videre igitur primum oportebit, quae sint continentia cum ipso negotio, hoc est, quae ab re separari non possint. quo in loco satis erit dili- genter considerasse, quid sit ante rem factum, ex quo spes perficiundi nata et faciundi facultas quaesita vi- deatur; quid in ipsa re gerenda, quid postea conse- cutum sit. Deinde ipsius est negotii gestio pertrac- tanda. nam hoc genus earum rerum, quae negotio sunt adtributae, secundo in loco nobis est expositum.
Dans ce genre donc l’on examinera le lieu, le temps, l’occasion, la faculté; la force de chacun d’eux a été diligemment développée dans les préceptes de la confirmation. C’est pourquoi, pour ne paraître ni avoir omis ici un avertissement ni avoir redit deux fois les mêmes choses, nous indiquerons brièvement ce qu’il faut considérer dans chaque partie. Dans le lieu donc, c’est l’opportunité; dans le temps, la longueur; dans l’occasion, la commodité propre à faire la chose; dans la faculté, l’abondance et le pouvoir des choses grâce auxquelles quelque chose se fait plus aisément, ou sans lesquelles elle ne peut absolument s’accomplir: voilà ce qu’il faut considérer.
hoc ergo in genere spectabitur locus, tempus, occasio, facultas; quorum unius cuiusque vis diligenter in con- firmationis praeceptis explicata est. quare, ne aut hic non admonuisse aut ne eadem iterum dixisse videamur, breviter iniciemus, quid quaque in parte considerari oporteat. in loco igitur opportunitas, in tempore longinquitas, in occasione commoditas ad faciendum idonea, in facultate copia et potestas earum rerum, propter quas aliquid facilius fit aut quibus sine omnino confici non potest, consideranda est.
Ensuite il faut voir ce qui est adjoint à l’affaire, c’est-à-dire ce qui est plus grand, ce qui est moindre, ce qui est aussi grand, ce qui est semblable; d’où se tire une certaine conjecture, si l’on considère diligemment de quelle manière ont coutume de se traiter les affaires plus grandes, moindres, aussi grandes, semblables. Dans ce genre il faudra voir aussi l’issue, c’est-à-dire qu’il faut grandement considérer ce qui a coutume d’advenir de chaque chose, comme la crainte, la joie, le trouble, l’audace.
De- inde videndum est, quid adiunctum sit negotio, hoc est, quid maius, quid minus, quid aeque magnum sit, quid simile; ex quibus coniectura quaedam ducitur, si, quemadmodum res maiores, minores, aeque magnae, similes agi soleant, diligenter considerabitur. quo in genere eventus quoque videndus erit, hoc est, quid ex quaque re soleat evenire, magno opere consi- derandum est, ut metus, laetitia, titubatio, audacia.
Or la quatrième partie, parmi celles que nous disions être attribuées aux affaires, était la conséquence. On y cherche les choses qui suivent l’affaire accomplie, aussitôt ou après un intervalle. En quoi nous verrons s’il y a quelque coutume, quelque loi, quelque convention, quelque art touchant cette chose, ou usage, ou exercice, quelque approbation ou réprobation des hommes; d’où l’on tire parfois quelque soupçon. Or il y a d’autres soupçons, qui se prennent communément des attributions des affaires et des personnes. Car et de la fortune, et de la nature, et du genre de vie, du zèle, des faits, du hasard, des discours, du dessein, et de l’habitus de l’âme ou du corps, la plupart des choses se rapportent aux mêmes objets, qui peuvent rendre la chose croyable ou incroyable
Quarta autem pars rebus erat ex iis, quas negotiis di- cebamus esse adtributas, consecutio. in ea quaeruntur ea, quae gestum negotium confestim aut intervallo con- sequuntur. in quo videbimus, ecqua consuetudo sit, ecqua lex, ecqua pactio, ecquod eius rei artificium aut usus aut exercitatio, hominum aut adprobatio aut offensio; ex quibus nonnumquam elicitur aliquid suspicionis. Sunt autem aliae suspiciones, quae communiter et ex negotiorum et ex personarum adtributionibus su- muntur. nam et ex fortuna et ex natura et ex victu, studio, factis, casu, orationibus, consilio et ex habitu animi aut corporis pleraque pertinent ad easdem res, quae rem credibilem aut incredibilem facere pos-
et qui se joignent au soupçon du fait. Car il faut surtout chercher, dans cet état de cause, premièrement si quelque chose a pu se faire; ensuite si elle a pu se faire par quelque autre; ensuite la faculté, dont nous avons parlé plus haut; ensuite si c’est un forfait dont il aurait dû nécessairement se repentir, dont il n’aurait pas l’espoir de se cacher; ensuite on cherche la nécessité, dans laquelle il fut nécessaire ou que cela se fît, ou que cela se fît ainsi. Une partie de ces choses se rapporte au dessein, qui est attribué aux personnes, comme dans cette cause que nous avons exposée: avant la chose, qu’il se soit en chemin joint si familièrement, qu’il ait cherché un prétexte de conversation, qu’il soit descendu en même temps, puis qu’il ait soupé. Dans la chose, la nuit, le sommeil. Après la chose, qu’il soit sorti seul, qu’il ait laissé d’une âme si tranquille un compagnon si intime,
sunt et cum facti suspicione iunguntur. maxime enim quaerere oportet in hac constitutione, primum po- tueritne aliquid fieri; deinde ecquo ab alio potuerit; deinde facultas, de qua ante diximus; deinde utrum id facinus sit, quod paenitere fuerit necesse, quod spem celandi non haberet; deinde necessitudo, in qua necesse fuerit id aut fieri aut ita fieri, quaeritur. quorum pars ad consilium pertinet, quod personis adtributum est, ut in ea causa, quam exposuimus: ante rem, quod in itinere se tam familiariter adplicaverit, quod sermonis causam quaesierit, quod simul deverterit, deinde cena- rit. in re nox, somnus. post rem, quod solus exierit, quod illum tam familiarem tam aequo animo reli-
qu’il ait eu une épée sanglante. De nouveau, qu’on examine s’il paraît que la manière de faire ait été diligemment considérée et excogitée, ou bien si témérairement qu’il ne soit pas vraisemblable que quelqu’un se soit porté si témérairement à un méfait. En quoi l’on cherche s’il n’aurait pas pu se faire plus commodément de quelque autre manière, ou être administré par la fortune. Car souvent, si l’argent, les soutiens, les aides font défaut, il ne paraît pas qu’il y ait eu faculté de faire la chose. De cette manière, si nous y prenons garde diligemment, nous comprenons que sont adaptées entre elles ces choses qui sont attribuées aux affaires et celles qui sont attribuées aux personnes. Ici il n’est ni aisé ni nécessaire de distinguer, comme dans les parties précédentes, de quelle manière l’accusateur et de quelle manière le défenseur doit traiter chaque chose. Ce n’est pas nécessaire, parce que, la cause une fois posée, ce qui convient à chacune, la chose même l’enseignera à ceux qui ne croiront pas trouver ici tout,
querit, quod cruentum gladium habuerit. rursum, utrum videatur diligenter ratio faciendi esse habita et excogitata, an ita temere, ut non veri simile sit quem- quam tam temere ad maleficium accessisse. in quo quaeritur, num quo alio modo commodius potuerit fieri vel a fortuna administrari. nam saepe, si pecuniae, adiumenta, adiutores desint, facultas fuisse faciundi non videtur. hoc modo si diligenter attendamus, apta inter se esse intellegimus haec, quae negotiis, et illa, quae personis sunt adtributa. Hic non facile est neque necessarium est distinguere, ut in superioribus partibus, quo pacto quicque accu- satorem et quomodo defensorem tractare oporteat. non est necessarium, propterea quod causa posita, quid in quamque conveniat, res ipsa docebit eos, qui non omnia hic se inventuros putabunt,
pourvu seulement qu’ils apportent en commun une certaine intelligence médiocre; ce n’est pas aisé, parce qu’il est et infini d’expliquer une à une chacune de tant de choses dans l’un et l’autre sens, et qu’autrement, selon les cas, elles ont coutume de convenir à l’un et l’autre côté de la cause. C’est pourquoi il faudra considérer ces choses que nous avons exposées. Or l’esprit tombera plus aisément sur l’invention s’il traite souvent et diligemment à fond la narration, et la sienne et celle de l’adversaire, de l’affaire accomplie, et si, tirant ce que chaque partie aura de soupçon, il considère pourquoi, dans quel dessein, dans quel espoir d’accomplir chaque chose a été faite; pourquoi de cette manière plutôt que de celle-là; pourquoi par celui-ci plutôt que par celui-là; pourquoi sans aucun aide ou pourquoi avec celui-ci; pourquoi personne n’est complice, ou pourquoi il y en a un, ou pourquoi c’est celui-ci; pourquoi ceci a été fait auparavant; pourquoi ceci n’a pas été fait auparavant; pourquoi ceci dans l’affaire même, pourquoi ceci après l’affaire, si cela a été fait à dessein ou a suivi la chose même; si le discours s’accorde, ou avec la chose, ou avec lui-même; si ceci est l’indice de cette chose-ci ou de celle-là, ou de celle-ci et de celle-là, et de laquelle plutôt; ce qui a été fait, qui n’aurait pas dû l’être, ou ce qui n’a pas été fait, qui aurait dû l’être.
si modo quandam in commune mediocrem intellegentiam conferent; non facile autem, quod et infinitum est tot de rebus utram- que in partem singillatim de una quaque explicare et alias aliter haec in utramque partem causae solent convenire. quare considerare haec, quae exposuimus, oportebit. facilius autem ad inventionem animus in- cidet, si gesti negotii et suam et adversarii narrationem saepe et diligenter pertractabit et, quod quaeque pars suspicionis habebit, eliciens considerabit, quare, quo consilio, qua spe perficiundi quicque factum sit; hoc cur modo potius quam illo; cur ab hoc potius quam ab illo; cur nullo adiutore aut cur hoc; cur nemo sit conscius aut cur sit aut cur hic sit; cur hoc ante fac- tum sit; cur hoc ante factum non sit; cur hoc in ipso negotio, cur hoc post negotium, an factum de industria an rem ipsam consecutum sit; constetne oratio aut cum re aut ipsa secum; hoc huiusne rei sit signum an illius, an et huius et illius et utrius potius; quid fac- tum sit, quod non oportuerit, aut non factum, quod oportuerit.
Lorsque l’esprit, avec cette application, considérera toutes les parties de toute l’affaire, alors s’avanceront, ramassés ensemble au milieu, ces lieux mêmes dont il a été parlé auparavant; et alors, tantôt des choses isolées, tantôt des choses jointes, naîtront des arguments certains, lesquels arguments rouleront en partie sur le genre probable, en partie sur le genre nécessaire. Or s’ajoutent souvent à la conjecture les enquêtes, les témoignages, les rumeurs, que l’un et l’autre devront, contre tout cela, plier à l’avantage de sa cause par une semblable voie de préceptes. Car et de l’enquête, et du témoignage, et de quelque rumeur, il faudra tirer des soupçons par une raison pareille à celle qui les tire de la cause, de la personne et du fait.
cum animus hac intentione omnes totius negotii partes considerabit, tum illi ipsi in medium coacervati loci procedent, de quibus ante dictum est; et tum ex singulis, tum ex coniunctis argumenta certa nascentur, quorum argumentorum pars probabili, pars necessario in genere versabitur. accedunt autem saepe ad coniecturam quaestiones, testimonia, rumores, quae contra omnia uterque simili via praeceptorum torquere ad suae causae commodum debebit. nam et ex quae- stione suspiciones et ex testimonio et ex rumore aliquo pari ratione ut ex causa et ex persona et ex facto duci oportebit.
C’est pourquoi il nous paraît que se trompent et ceux qui estiment que ce genre de soupçons n’a pas besoin d’art, et ceux qui estiment qu’il en faut prescrire autrement pour ce genre que pour toute conjecture. Car toute conjecture est à prendre des mêmes lieux. Car et le motif et la vérité de celui qui aura dit quelque chose dans une enquête, et de celui qui l’aura dit dans un témoignage, et de la rumeur même, se trouveront d’après les mêmes attributions. Or, dans toute cause, une partie des arguments est adjointe à la seule cause qui se plaide, et tirée d’elle de telle sorte qu’elle ne puisse, séparément, se transporter assez commodément d’elle à toutes les causes du même genre; mais une partie est plus répandue et accommodée soit à toutes les causes du même genre, soit à la plupart.
Quare nobis et ii videntur errare, qui hoc genus suspicionum artificii non putant indigere, et ii, qui aliter hoc de genere ac de omni coniectura praeci- piundum putant. omnis enim iisdem ex locis con- iectura sumenda est. nam et eius, qui in quaestione aliquid dixerit, et eius, qui in testimonio, et ipsius rumoris causa et veritas ex iisdem adtributionibus re- perietur. Omni autem in causa pars argumentorum est ad- iuncta ei causae solum, quae dicitur, et ex ipsa ita ducta, ut ab ea separatim in omnes eiusdem generis causas transferri non satis commode possit; pars au- tem est pervagatior et aut in omnes eiusdem generis aut in plerasque causas adcommodata.
Ces arguments donc, qui peuvent se transporter dans beaucoup de causes, nous les nommons lieux communs. Car le lieu commun contient ou bien une certaine amplification d’une chose certaine, comme si l’on voulait montrer que celui qui a tué son père est digne du plus grand supplice — lieu dont il ne faut user qu’une fois la cause plaidée et prouvée —; ou bien d’une chose douteuse, qui a aussi du côté contraire des raisons probables d’argumenter, comme: qu’il faut croire aux soupçons, et au contraire, qu’il ne faut pas croire aux soupçons. Et une partie des lieux communs s’introduit par l’indignation ou par la plainte, dont il a été parlé auparavant; une partie par quelque raison probable de l’un et l’autre côté.
haec ergo argumenta, quae transferri in multas causas possunt, locos communes nominamus. nam locus communis aut certae rei quandam continet amplificationem, ut si quis hoc velit ostendere, eum, qui parentem ne- carit, maximo supplicio esse dignum; quo loco nisi perorata et probata causa non est utendum; aut dubiae, quae ex contrario quoque habeat probabiles rationes argumentandi, ut suspicionibus credi oportere, et contra, suspicionibus credi non oportere. ac pars locorum communium per indignationem aut per con- questionem inducitur, de quibus ante dictum est, pars per aliquam probabilem utraque ex parte rationem.
Or le discours se distingue et s’illustre surtout en introduisant rarement les lieux communs, et en quelque lieu après que les arguments plus certains ont déjà été confirmés auprès des auditeurs. Car il est alors permis de dire quelque chose de commun, lorsqu’un lieu propre à la cause a été diligemment traité et que l’âme de l’auditeur ou bien est renouvelée pour ce qui reste, ou bien, tout étant déjà dit, est ranimée. Or tous les ornements de l’élocution, dans lesquels consistent au plus haut point et la douceur et la gravité, et tout ce qui, dans l’invention des choses et des sentences, a quelque dignité,
distinguitur autem oratio atque inlustratur maxime raro inducendis locis communibus et aliquo loco iam certioribus illis auditoribus argumentis confirmato. nam et tum conceditur commune quiddam dicere, cum diligenter aliqui proprius causae locus tractatus est et auditoris animus aut renovatur ad ea, quae restant, aut omnibus iam dictis exsuscitatur. omnia autem ornamenta elocutionis, in quibus et suavitatis et gravitatis plurimum consistit, et omnia, quae in in- ventione rerum et sententiarum aliquid habent digni-
se rapportent aux lieux communs. C’est pourquoi, de même qu’il y a des lieux communs des causes, de même il y en a aussi de beaucoup d’orateurs. Car ils ne pourront être traités avec ornement et gravité, comme leur nature même le réclame, que par ceux qui se seront, dans un long exercice, préparé une grande abondance de mots et de sentences. Et que ceci soit dit par nous communément touchant tout le genre des lieux communs; maintenant nous exposerons quels lieux communs ont coutume de tomber dans l’état de cause conjectural: qu’il faut croire aux soupçons et qu’il ne le faut pas; qu’il faut croire aux rumeurs et qu’il ne le faut pas; qu’il faut croire aux témoins et qu’il ne le faut pas; qu’il faut croire aux enquêtes et qu’il ne le faut pas; qu’il faut regarder la vie antérieurement menée et qu’il ne le faut pas; qu’il est d’un même homme, qui a péché dans telle affaire, d’avoir aussi commis ceci, et que ce n’est pas d’un même homme; qu’il faut regarder surtout le motif et qu’il ne le faut pas. Et ces lieux communs, ainsi que tous ceux qui naîtront de la sorte d’un argument propre,
tatis, in communes locos conferuntur. quare non, ut causarum, sic oratorum quoque multorum communes loci sunt. nam nisi ab iis, qui multa in exercitatione magnam sibi verborum et sententiarum copiam con- paraverint, tractari non poterunt ornate et graviter, quemadmodum natura ipsorum desiderat. Atque hoc sit nobis dictum communiter de omni genere locorum communium; nunc exponemus, in coniecturalem constitutionem qui loci communes in- cidere soleant: suspicionibus credi oportere et non oportere; rumoribus credi oportere et non oportere; testibus credi oportere et non oportere; quaestionibus credi oportere et non oportere; vitam ante actam spectari oportere et non oportere; eiusdem esse, qui in illa re peccarit, et hoc quoque admisisse et non esse eiusdem; causam maxime spectari causam oportere et non oportere. atque hi quidem et si qui eiusmodi ex proprio argumento communes loci na-
se partagent en parties contraires. Or il y a un lieu certain de l’accusateur, par lequel il accroît l’atrocité du fait, et un autre par lequel il nie qu’il faille avoir pitié des méchants; et du défenseur, un lieu par lequel se montre, avec indignation, la calomnie des accusateurs, et un par lequel se capte, avec la plainte, la miséricorde. Ces lieux et tous les autres lieux communs se prennent des mêmes préceptes que les autres argumentations; mais celles-ci se traitent plus ténuement, plus subtilement et plus finement, et ceux-là plus gravement, plus ornement, et avec des mots autant qu’avec des sentences excellentes. Car dans celles-là la fin est que ce qui se dit paraisse vrai; dans ceux-ci, bien qu’il faille aussi que cela paraisse, néanmoins la fin est l’ampleur. Passons maintenant à un autre état de cause.
scentur, in contrarias partes diducuntur. certus autem locus est accusatoris, per quem auget facti atrocitatem, et alter, per quem negat malorum misereri oportere: defensoris, per quem calumnia accusatorum cum in- dignatione ostenditur et per quem cum conquestione misericordia captatur. hi et ceteri loci omnes com- munes ex iisdem praeceptis sumuntur, quibus ceterae argumentationes; sed illae tenuius et subtilius et acu- tius tractantur, hi autem gravius et ornatius et cum verbis tum etiam sententiis excellentibus. in illis enim finis est, ut id, quod dicitur, verum esse videatur, in his, tametsi hoc quoque videri oportet, tamen finis est amplitudo. Nunc ad aliam constitutionem transeamus.
Lorsque la controverse porte sur un nom, parce qu’il faut définir par des mots la force d’un vocable, on appelle cet état de cause définitif. Soit posé pour nous, en exemple de ce genre, cette cause: C. Flaminius, celui-là même qui, comme consul, mena mal l’affaire dans la seconde guerre punique, étant tribun de la plèbe, malgré le sénat et tout à fait contre la volonté de tous les optimates, portait par voie de sédition devant le peuple une loi agraire. Son propre père le tira hors du temple, alors qu’il tenait l’assemblée de la plèbe; on l’accuse de lèse-majesté. L’accusation est: tu as diminué la majesté, parce que tu as tiré hors du temple un tribun de la plèbe. La récusation est: je n’ai pas diminué la majesté. La question est: a-t-il diminué la majesté? La raison: j’ai usé du pouvoir que j’avais sur mon fils. L’infirmation de la raison: mais celui qui, par la puissance paternelle, c’est-à-dire par une certaine puissance privée, affaiblit la puissance tribunicienne, c’est-à-dire la puissance du peuple, celui-là diminue la majesté. Le point à juger est: diminue-t-il la majesté, celui qui use de la puissance paternelle contre la puissance tribunicienne? C’est à ce point à juger qu’il faudra rapporter toutes les argumentations.
Cum est nominis controversia, quia vis vocabuli definienda verbis est, constitutio definitiva dicitur. eius generis exemplo nobis posita sit haec causa: C. Flaminius, is qui consul rem male gessit bello Punico secundo, cum tribunus plebis esset, invito senatu et omnino contra voluntatem omnium opti- matium per seditionem ad populum legem agrariam ferebat. hunc pater suus concilium plebis habentem de templo deduxit; arcessitur maiestatis. intentio est: maiestatem minuisti, quod tribunum plebis de templo deduxisti. depulsio est: non minui maiestatem. quaestio est: maiestatemne minuerit? ratio: in filium enim quam habebam potestatem, ea sum usus. rationis infirmatio: at enim, qui patria potestate, hoc est pri- vata quadam, tribuniciam potestatem, hoc est populi potestatem, infirmat, minuit is maiestatem. iudicatio est: minuatne is maiestatem, qui in tribuniciam po- testatem patria potestate utatur? ad hanc iudicationem argumentationes omnes afferre oportebit.
Et de peur que d’aventure quelqu’un n’estime que nous ne comprenons pas qu’un autre état de cause tombe aussi dans cette cause, nous ne prenons que cette seule partie pour laquelle des préceptes nous sont à donner. Or, toutes les parties étant expliquées dans ce livre, quiconque, dans toute cause, s’il y prend garde diligemment, verra tous les états de cause, leurs parties et les controverses, si d’aventure il en tombe quelqu’une dans celles-ci; car nous prescrirons sur toutes. Le premier lieu de l’accusateur est donc une définition brève, claire et conforme à l’opinion des hommes du nom dont on cherche la force, de cette manière: diminuer la majesté, c’est retrancher quelque chose de la dignité, de l’ampleur ou de la puissance du peuple, ou de ceux à qui le peuple a donné la puissance. Ceci, ainsi brièvement exposé, est à confirmer par plus de mots et de raisons, et à montrer qu’il en est ainsi que tu l’as décrit. Ensuite il faudra rattacher à ce que tu auras défini le fait de celui qui sera accusé, et, à partir de ce que tu auras montré être, par exemple, diminuer la majesté, enseigner que l’adversaire a diminué la majesté, et confirmer tout ce lieu par un lieu commun, par lequel s’accroisse, avec indignation, l’atrocité ou l’indignité du fait même, ou en somme la faute.
Ac ne qui forte arbitretur nos non intellegere aliam quoque incidere constitutionem in hanc causam, eam nos partem solam sumimus, in quam praecepta nobis danda sunt. omnibus autem partibus hoc in libro explicatis quivis omni in causa, si diligenter adtendet, omnes videbit constitutiones et earum partes et contro- versias, si quae forte in eas incident; nam de omnibus praescribemus. Primus ergo accusatoris locus est eius nominis, cuius de vi quaeritur, brevis et aperta et ex opinione hominum definitio, hoc modo: Maiestatem minuere est de dignitate aut amplitudine aut potestate populi aut eorum, quibus populus potestatem dedit, aliquid derogare. hoc sic breviter expositum pluribus verbis est et rationibus confirmandum et ita esse, ut descrip- seris, ostendendum. postea ad id, quod definieris, factum eius, qui accusabitur, adiungere oportebit et ex eo, quod ostenderis esse, verbi causa maiestatem minuere, docere adversarium maiestatem minuisse et hunc totum locum communi loco confirmare, per quem ipsius facti atrocitas aut indignitas aut omnino culpa cum indignatione augeatur.
Après quoi il faudra infirmer la description des adversaires. Or elle sera infirmée si on la démontre fausse. Cela se prendra de l’opinion des hommes, lorsqu’on considérera de quelle manière et dans quelles choses les hommes ont coutume, dans l’usage d’écrire ou de converser, d’employer ce mot. De même elle sera infirmée si l’on montre que l’approbation de cette description est honteuse ou inutile, et que l’on montre quels désavantages s’ensuivraient si on l’accordait — ce qui se prendra des parties de l’honnêteté et de l’utilité, dont nous parlerons dans les préceptes de la délibération —; et si nous confrontons à notre définition la définition des adversaires et démontrons que la nôtre est vraie, honnête, utile, et la leur au
post erit infirmanda ad- versariorum descriptio. ea autem infirmabitur, si falsa demonstrabitur. hoc ex opinione hominum sumetur, cum, quemadmodum et quibus in rebus homines in consuetudine scribendi aut sermocinandi eo verbo uti soleant, considerabitur. item infirmabitur, si turpis aut inutilis esse ostenditur eius descriptionis adprobatio et, quae incommoda consecutura sint eo concesso, ostendetur—id autem ex honestatis et ex utilitatis partibus sumetur, de quibus in deliberationis praecep- tis exponemus—et si cum definitione nostra adver- sariorum definitionem conferemus et nostram veram, honestam, utilem esse demonstrabimus, illorum con-
contraire. Or nous chercherons des choses semblables, dans une affaire ou plus grande, ou moindre, ou pareille, par lesquelles s’affirme notre description. Et si plusieurs choses sont à définir: par exemple, si l’on cherche si celui qui a dérobé des vases sacrés dans une maison privée est voleur ou sacrilège, il faudra user de plusieurs définitions; ensuite la cause sera traitée par une raison semblable. Or le lieu commun est contre la malice de celui qui s’est efforcé de s’arroger le pouvoir non seulement des choses, mais encore des mots, et qui fait ce qu’il veut et appelle ce qu’il a fait du nom qu’il veut. Ensuite, le premier lieu du défenseur est de même une description du nom, brève, claire et conforme à l’opinion des hommes, de cette manière: diminuer la majesté, c’est administrer quelque chose de la République alors qu’on n’en a pas le pouvoir. Puis la confirmation de cela par des ressemblances, des exemples et des raisons; ensuite la séparation de son propre fait d’avec cette définition.
tra. quaeremus autem res aut maiore aut minore aut pari in negotio similes, ex quibus affirmetur nostra descriptio. iam si res plures erunt definiendae: ut, si quaeratur, fur sit an sacrilegus, qui vasa ex privato sacra subripuerit, erit utendum pluribus definitionibus; deinde simili ratione causa tractanda. Locus autem communis in eius malitiam, qui non modo rerum, verum etiam verborum potestatem sibi arrogare cona- tus et faciat, quod velit, et id, quod fecerit, quo velit nomine appellet. Deinde defensoris primus locus est item nominis brevis et aperta et ex opinione hominum descriptio, hoc modo: Maiestatem minuere est aliquid de re publica, cum potestatem non habeas, administrare. deinde huius confirmatio similibus et exemplis et ra- tionibus; postea sui facti ab illa definitione separatio.
Ensuite le lieu commun, par lequel s’accroît l’utilité ou l’honnêteté du fait. Ensuite suit la réfutation de la définition des adversaires, qui se fait des mêmes lieux, tous ceux que nous avons prescrits à l’accusateur; et le reste s’introduira ensuite de même, hormis le lieu commun. Or le lieu commun du défenseur sera celui par lequel il s’indignera que l’accusateur, pour la cause de son péril, tente non seulement de tourner les choses, mais encore de changer les mots. Car ces lieux communs, ceux qui se prennent ou pour démontrer la calomnie des accusateurs, ou pour capter la miséricorde, ou pour s’indigner du fait, ou pour détourner de la miséricorde, se tirent de la grandeur du péril, non du genre de la cause. C’est pourquoi ils ne tombent pas dans toute cause, mais dans tout genre de cause. Nous en avons fait mention dans l’état de cause conjectural, et nous en userons par introduction lorsque la cause le réclamera.
deinde locus communis, per quem facti utilitas aut honestas adaugetur. deinde sequitur adversariorum definitionis reprehensio, quae iisdem ex locis omnibus, quos accusatori praescripsimus, conficitur; et cetera post eadem praeter communem locum inducentur. Lo- cus autem communis erit defensoris is, per quem indi- gnabitur accusatorem sui periculi causa non res solum convertere, verum etiam verba commutare conari. nam illi quidem communes loci, aut qui calumniae accu- satorum demonstrandae aut misericordiae captandae aut facti indignandi aut a misericordia deterrendi causa sumuntur, ex periculi magnitudine, non ex cau- sae genere ducuntur. quare non in omnem causam, sed in omne causae genus incidunt. eorum mentionem in coniecturali constitutione fecimus, inductione autem, cum causa postulabit, utemur.
Or, lorsque l’action paraît avoir besoin d’un transfert ou d’un changement, parce que ou bien ce n’est pas celui qui doit qui agit, ou bien ce n’est pas avec celui avec qui il doit, ou bien ce n’est pas devant ceux, selon la loi, sous la peine, sous le chef, au temps qu’il faut, on appelle cet état de cause translatif. Il nous faudrait fort beaucoup d’exemples si nous voulions chercher un à un les genres de transferts; mais parce que la raison des préceptes est semblable, on doit se dispenser d’une multitude d’exemples. Et dans notre usage, à la vérité, il arrive, pour beaucoup de raisons, que les transferts tombent plus rarement. Car et beaucoup d’actions sont exclues par les exceptions du préteur, et nous avons le droit civil constitué de telle sorte qu’il perde sa cause, celui qui n’aura pas agi comme il le faut.
Cum autem actio translationis aut commutationis indigere videtur, quod non aut is agit, quem oportet, aut cum eo, quicum oportet, aut apud quos, qua lege, qua poena, quo crimine, quo tempore oportet, con- stitutio translativa appellatur. eius nobis exempla permulta opus sint, si singula translationum genera quaeramus; sed quia ratio praeceptorum similis est, exemplorum multitudine supersedendum est. atque in nostra quidem consuetudine multis de causis fit, ut rarius incidant translationes. nam et praetoris excep- tionibus multae excluduntur actiones et ita ius civile habemus constitutum, ut causa cadat is, qui non quem-
C’est pourquoi ils ont lieu le plus souvent dans la procédure préliminaire. Car c’est là que se demandent les exceptions, que se donne le pouvoir d’agir, et que se constitue toute la formule des jugements privés. Mais dans les jugements mêmes ils tombent plus rarement, et pourtant, lorsqu’ils y tombent, ils sont de telle nature qu’ils ont par eux-mêmes moins de fermeté, mais se confirment en assumant quelque autre état de cause: comme dans un certain jugement où, le chef d’un certain empoisonnement ayant été déféré et, parce qu’une cause de parricide avait été ajoutée par écrit, l’affaire ayant été reçue hors de l’ordre ordinaire, mais où, dans l’accusation, certains autres crimes étaient confirmés par des témoins et des arguments, tandis que du parricide il n’avait été fait que mention — le défenseur doit, sur ce point même, beaucoup et longuement insister: que, rien n’ayant été démontré touchant le meurtre du parent, c’est un forfait indigne de frapper l’accusé de la peine dont on frappe les parricides; or cela, s’il était condamné, deviendrait nécessaire, puisque cette cause a été ajoutée par écrit et que c’est pour cette raison que le chef a été reçu hors de l’ordre ordinaire.
admodum oportet egerit. quare in iure plerumque ver- santur. ibi enim et exceptiones postulantur et agendi potestas datur et omnis conceptio privatorum iudi- ciorum constituitur. in ipsis autem iudiciis rarius incidunt et tamen, si quando incidunt, eiusmodi sunt, ut per se minus habeant firmitudinis, confirmentur autem assumpta alia aliqua constitutione: ut in quodam iudicio, cum veneficii cuiusdam nomen esset de- latum et, quia parricidii causa subscripta esset, extra ordinem esset acceptum, in accusatione autem alia quaedam crimina testibus et argumentis confirmaren- tur, parricidii autem mentio solum facta esset, defensor in hoc ipso multum oportet et diu consistat: cum de nece parentis nihil demonstratum esset, indignum facinus esse ea poena afficere reum, qua parricidae afficiuntur; id autem, si damnaretur, fieri necesse esse, quoniam et id causae subscriptum et ea re nomen extra ordinem sit acceptum.
Si donc il ne faut pas frapper l’accusé de cette peine, il ne faut pas non plus le condamner, puisque cette peine suit nécessairement la condamnation. Ici le défenseur, en introduisant le changement de peine tiré du genre translatif, infirmera toute l’accusation. Néanmoins, en défendant aussi des autres crimes, il confirmera le transfert par l’état de cause conjectural. Soit pour nous, en exemple de transfert posé dans une cause, ce cas: comme certains hommes étaient venus en armes pour faire violence, d’autres se présentèrent en armes contre eux, et, à un certain chevalier romain, l’un des hommes armés, comme il résistait, trancha la main d’un coup d’épée. Celui dont la main a été tranchée intente une action pour injures. Celui contre qui l’on agit demande au préteur une exception: hors le cas où il se ferait, contre l’accusé, un préjugé en matière capitale.
ea igitur poena si af- fici reum non oporteat, damnari quoque non oportere, quoniam ea poena damnationem necessario consequa- tur. hic defensor poenae commutationem ex transla- tivo genere inducendo totam infirmabit accusationem. verumtamen ceteris quoque criminibus defendendis con- iecturali constitutione translationem confirmabit. Exemplum autem translationis in causa positum no- bis sit huiusmodi: cum ad vim faciendam quidam armati venissent, armati contra praesto fuerunt et cuidam equiti Romano quidam ex armatis resistenti gladio manum praecidit. agit is, cui manus praecisa est, iniuriarum. postulat is, quicum agitur, a praetore exceptionem: extra quam in reum capitis prae-
Ici celui qui agit demande un jugement pur; l’autre, contre qui l’on agit, dit qu’il faut ajouter l’exception. La question est: faut-il faire l’exception ou non? La raison: il ne faut pas, dans un jugement de récupérateurs, faire un préjugé de ce méfait dont on s’enquiert au tribunal des assassins. L’infirmation de la raison: ces injures sont de telle nature qu’il est indigne de n’en pas juger au premier moment possible. Le point à juger: l’atrocité des injures est-elle un motif suffisant pour que, pendant qu’on en juge, on préjuge de quelque méfait plus grand sur lequel un jugement a été institué? Et voilà bien l’exemple. Or dans toute cause il faudra que l’un et l’autre cherchent par qui, par l’entremise de qui, de quelle manière, en quel temps il convient ou d’agir, ou de juger, ou de statuer quelque chose sur cette affaire.
iudicium fiat. hic is, qui agit, iudicium purum postulat; ille, quicum agitur, exceptionem addi ait oportere. quaestio est: excipiundum sit an non. ratio: non enim oportet in recuperatorio iudicio eius male- ficii, de quo inter sicarios quaeritur, praeiudicium fieri. infirmatio rationis: eiusmodi sunt iniuriae, ut de iis indignum sit non primo quoque tempore iudicari. iudicatio: atrocitas iniuriarum satisne causae sit, quare, dum de ea iudicatur, de aliquo maiore maleficio, de quo iudicium conparatum sit, praeiudicetur? atque exemplum quidem hoc est. in omni autem causa ab utroque quaeri oportebit, a quo et per quos et quo modo et quo tempore aut agi aut iudicari aut quid statui de ea re conveniat.
Il faudra le tirer des parties du droit, dont il sera parlé plus loin, et raisonner sur ce qui a coutume de se faire en des affaires semblables, et voir si, par malice, on fait une chose en en simulant une autre, ou par sottise, ou par nécessité, parce qu’on ne pouvait agir d’une autre manière, ou si, par l’occasion d’agir, le jugement ou l’action ont été ainsi constitués, ou si l’affaire se traite régulièrement, sans rien de tel. Or le lieu commun contre celui qui introduira un transfert est qu’il fuit le jugement et la peine parce qu’il se défie de sa cause. Et du côté du transfert : que tout serait dans le trouble si les affaires ne se traitaient pas et ne venaient pas en jugement de la manière qu’il faut ; c’est-à-dire, si l’on agissait soit contre celui contre qui il ne faut pas, soit sous une autre peine, sous un autre chef, en un autre temps ; et que cette manière de faire intéresse le trouble de tous les jugements. Ces trois états de cause donc, qui n’ont point de parties, se traiteront de cette façon. Considérons maintenant l’état de cause général et ses parties.
id ex partibus iuris, de qui- bus post dicendum est, sumi oportebit et ratiocinari, quid in similibus rebus fieri soleat, et videre, utrum malitia quid aliud agatur, aliud simuletur, an stultitia, an necessitudine, quod alio modo agere non possit, an occasione agendi sic sit iudicium aut actio constituta, an recte sine ulla re eiusmodi res agatur. Locus autem communis contra eum, qui translationem inducet: fu- gere iudicium ac poenam, quia causae diffidat. a trans- latione autem: omnium fore perturbationem, si non ita res agantur et in iudicium veniant, quo pacto oporteat; hoc est, si aut cum eo agatur, quocum non oporteat, aut alia poena, alio crimine, alio tempore; atque hanc rationem ad perturbationem iudiciorum omnium per- tinere. Tres igitur haec constitutiones, quae partes non ha- bent, ad hunc modum tractabuntur. nunc generalem constitutionem et partes eius consideremus.
Lorsque, le fait et le nom du fait étant concédés, et aucune controverse d’action n’étant introduite, l’on cherche la force, la nature et le genre de l’affaire elle-même, nous appelons cela l’état de cause général. Nous avons dit que ses premières parties nous paraissaient être deux : la négociale et la juridicielle. La négociale est celle qui, dans l’affaire même, enveloppe une controverse de droit civil. Elle est de cette sorte : quelqu’un institua héritier un pupille ; or le pupille mourut avant de venir à sa propre tutelle. Touchant l’héritage qui était venu au pupille, il y a controverse entre ceux qui sont héritiers seconds du père du pupille et les agnats du pupille. La possession est aux héritiers seconds. L’accusation des agnats est : c’est notre argent, dont celui de qui nous sommes les agnats n’a pas testé. La récusation est : non, c’est le nôtre, à nous qui sommes héritiers par le testament du père. La question est : auquel des deux appartient-il ? La raison : car le père écrivit le testament et pour lui-même et pour son fils, tant que celui-ci serait pupille. C’est pourquoi ce qui fut au fils, il est nécessaire que cela devienne nôtre par le testament du père. L’infirmation de la raison : non, le père a écrit pour lui-même et a ordonné qu’il y eût un héritier second non pour son fils, mais pour lui-même. C’est pourquoi, hormis ce qui fut à lui-même, par le testament de celui-là rien ne peut être à vous. Le point à juger : quelqu’un peut-il tester des biens d’un fils pupille ? ou bien les héritiers seconds sont-ils héritiers du père de famille lui-même, et non aussi de son fils pupille ?
Cum et facto et facti nomine concesso neque ulla actionis inlata controversia vis et natura et genus ipsius negotii quaeritur, constitutionem generalem ap- pellamus. huius primas esse partes duas nobis videri diximus, negotialem et iuridicialem. Negotialis est, quae in ipso negotio iuris civilis habet implicatam controversiam. ea est huiusmodi: quidam pupillum heredem fecit; pupillus autem ante mortuus est, quam in suam tutelam venit. de hereditate ea, quae pupillo venit, inter eos, qui patris pupilli heredes secundi sunt, et inter adgnatos pupilli contro- versia est. possessio heredum secundorum est. intentio est adgnatorum: nostra pecunia est, de qua is, cuius adgnati sumus, testatus non est. depulsio est: immo nostra, qui heredes testamento patris sumus. quaestio est: utrorum sit? ratio: pater enim et sibi et filio testamentum scripsit, dum is pupillus esset. quare, quae filii fuerunt, testamento patris nostra fiant ne- cesse est. infirmatio rationis: immo pater sibi scripsit et secundum heredem non filio, sed sibi iussit esse. quare, praeterquam quod in ipsius fuit, testamento il- lius vestrum esse non potest. iudicatio: possitne quis- quam de filii pupilli re testari; an heredes secundi ipsius patrisfamilias, non filii quoque eius pupilli heredes sint?
Et il n’est pas hors de propos, puisque cela touche à beaucoup de choses, d’avertir ici, afin que cela ne soit dit ni nulle part ni partout. Il y a des causes qui ont plusieurs raisons dans un état de cause simple ; ce qui arrive lorsque ce qui a été fait, ou ce qui se défend, peut paraître droit ou probable pour plusieurs motifs, comme dans cette cause même. Que les héritiers supposent en effet cette raison : il ne peut y avoir, d’un même argent, plusieurs héritiers pour des causes dissemblables, et jamais il n’est arrivé que d’un même argent l’un fût héritier par testament, l’autre par la loi ;
Atque hoc non alienum est, quod ad multa pertineat, ne aut nusquam aut usquequaque dicatur, hic ad- monere. sunt causae, quae plures habent rationes in simplici constitutione; quod fit, cum id, quod factum est aut quod defenditur, pluribus de causis rectum aut probabile videri potest, ut in hac ipsa causa. sub- ponatur enim ab heredibus haec ratio: unius enim pe- cuniae plures dissimilibus de causis heredes esse non possunt, nec umquam factum est, ut eiusdem pecuniae alius testamento, alius lege heres esset,
or l’infirmation sera celle-ci : ce n’est pas un seul et même argent, parce que l’un était déjà au pupille, advenu de surcroît, dont nul n’avait été inscrit héritier dans ce testament, s’il arrivait quelque chose au pupille ; et touchant l’autre, la volonté du père, même alors mort, valait fort, laquelle, le pupille une fois mort, le cédait à ses héritiers. Le point à juger est : était-ce un seul et même argent ? Ou bien, s’ils usent de cette infirmation— qu’il peut y avoir d’un même argent plusieurs héritiers pour des causes dissemblables, et que c’est là-dessus même qu’il y a controverse—, le point à juger naît : peut-il y avoir, d’un même argent, plusieurs héritiers par des genres dissemblables ? Donc en un seul état de cause on a compris comment se font et plusieurs raisons, et plusieurs infirmations de raisons, et par suite plusieurs points à juger.
infirmatio autem haec erit: non est una pecunia, propterea quod altera pupilli iam erat adventicia, cuius heres non illo in testamento quisquam scriptus erat, si quid pupillo accidisset; et de altera patris etiamnunc mortui vo- luntas plurimum valebat, quae iam mortuo pupillo suis heredibus concedebat. iudicatio est: unane pe- cunia fuerit; aut, si hac erunt usi infirmatione: posse plures esse unius heredes pecuniae dissimilibus de cau- sis et de eo ipso esse controversiam, iudicatio nascitur: possintne eiusdem pecuniae plures dissimilibus gene- ribus heredes esse? ergo una in constitutione intel- lectum est, quomodo et rationes et rationum infirma- tiones et propterea iudicationes plures fiant.
Voyons maintenant les préceptes de ce genre. Pour l’un et l’autre, ou même pour tous, si plusieurs sont en débat, il faut considérer de quelles choses le droit se compose. Son origine donc paraît tirée de la nature ; mais certaines choses, par raison d’utilité ou claire ou obscure pour nous, sont venues en coutume ; ensuite, certaines choses approuvées par la coutume ou vues comme vraiment utiles ont été affermies par les lois. Et le droit de nature est ce que nous apporte non l’opinion, mais une certaine force innée, comme la religion, la piété, la reconnaissance, la vengeance, le respect, la véracité.
Nunc huius generis praecepta videamus. utrisque aut etiam omnibus, si plures ambigent, ius ex quibus rebus constet, considerandum est. initium ergo eius ab natura ductum videtur; quaedam autem ex utili- tatis ratione aut perspicua nobis aut obscura in con- suetudinem venisse; post autem adprobata quaedam a consuetudine aut vero utilia visa legibus esse fir- mata; ac naturae quidem ius esse, quod nobis non opinio, sed quaedam innata vis adferat, ut religionem, pietatem, gratiam, vindicationem, observantiam, veri-
On appelle religion celle qui est dans la crainte et le culte des dieux ; piété, celle qui avertit de conserver le devoir envers la patrie, les parents, ou les autres unis par le sang ; reconnaissance, celle qui retient le souvenir et la rétribution des services, des honneurs et des amitiés ; vengeance, celle par laquelle, en défendant ou en punissant, nous repoussons de nous et des nôtres, qui doivent nous être chers, la violence et l’outrage, et par laquelle nous châtions les fautes ; respect, celui par lequel nous révérons et honorons ceux qui nous précèdent par l’âge, la sagesse, l’honneur ou quelque dignité ; véracité, par laquelle nous prenons soin que rien ne se fasse, ne se soit fait ou ne doive se faire autrement que nous l’avons affirmé.
tatem. religionem eam, quae in metu et caerimonia deorum sit, appellant; pietatem, quae erga patriam aut parentes aut alios sanguine coniunctos officium conservare moneat; gratiam, quae in memoria et re- muneratione officiorum et honoris et amicitiarum ob- servantiam teneat; vindicationem, per quam vim et contumeliam defendendo aut ulciscendo propulsamus a nobis et nostris, qui nobis cari esse debent, et per quam peccata punimur; observantiam, per quam aetate aut sapientia aut honore aut aliqua dignitate antecedentes veremur et colimus; veritatem, per quam damus operam, ne quid aliter, quam confirmaverimus, fiat aut factum aut futurum sit.
Et les droits de nature, à la vérité, sont moins recherchés en eux-mêmes pour cette controverse, parce qu’ils ne roulent pas dans ce droit civil et sont plus éloignés de l’intelligence vulgaire ; mais ils sont souvent à introduire pour quelque ressemblance ou pour amplifier l’affaire. Or l’on tient pour droit par la coutume ce que l’ancienneté, par la volonté de tous, sans loi, a approuvé. Et il y a là certains droits déjà même certains à cause de l’ancienneté. En ce genre il y a et beaucoup d’autres choses, et, de beaucoup la plus grande part, celles que les préteurs ont coutume d’édicter. Or certains genres de droit sont déjà rendus certains par la coutume ;
ac naturae quidem iura minus ipsa quaeruntur ad hanc controversiam, quod neque in hoc civili iure versantur et a vulgari intellegentia remotiora sunt; ad similitudinem vero aliquam aut ad rem amplificandam saepe sunt inferenda. consuetu- dine autem ius esse putatur id, quod voluntate omnium sine lege vetustas comprobarit. In ea autem quaedam sunt iura ipsa iam certa propter vetustatem. quo in genere et alia sunt multa et eorum multo maxima pars, quae praetores edicere consuerunt. quaedam autem genera iuris iam certa consuetudine facta sunt;
tel le pacte, l’équitable, le jugé. Le pacte est ce qui, convenu entre certaines personnes, est tenu pour si juste qu’on dit qu’il fait foi de droit ; l’équitable, ce qui est égal envers tous ; le jugé, ce sur quoi déjà auparavant la sentence de quelqu’un ou de quelques-uns a statué. Quant aux droits légitimes, il faudra les connaître d’après les lois. C’est donc de ces parties du droit que, selon ce qui paraîtra naître à chacun ou de l’affaire même, ou d’une affaire semblable, ou plus grande, ou moindre, il faudra prendre garde, et faire sortir chaque partie du droit en l’éprouvant. Or, puisque, comme il a été dit plus haut, il y a deux genres de lieux communs, dont l’un contient l’amplification d’une chose douteuse, l’autre d’une chose certaine, l’on considérera ce que la cause même donne et ce qui peut et doit être accru par le lieu commun. Car des lieux certains, qui tombent dans toutes les causes, ne peuvent être prescrits ; dans la plupart, peut-être, il faudra parler d’après l’autorité des jurisconsultes et contre cette autorité. Or il faut prendre garde, et dans celle-ci et dans toutes les causes, si l’affaire même ne montre point quelques lieux communs hors ceux que nous exposons. Considérons maintenant le genre juridiciel et ses parties.
quod genus pactum, par, iudicatum. pactum est, quod inter quos convenit ita iustum putatur, ut iure praestare dicatur; par, quod in omnes aequabile est; iudicatum, de quo iam ante sententia alicuius aut aliquorum con- stitutum est. iam iura legitima ex legibus cognosci oportebit. his ergo ex partibus iuris, quod cuique aut ex ipsa re aut ex simili aut maiore minoreve nasci videbitur, attendere atque elicere pertemptando unam quamque iuris partem oportebit. Locorum autem communium quoniam, ut ante dic- tum est, duo genera sunt, quorum alterum dubiae rei, alterum certae continet amplificationem, quid ipsa causa det et quid augeri per communem locum possit et oporteat, considerabitur. nam certi, qui in omnes incidant, loci praescribi non possunt; in plerisque for- tasse ab auctoritate iuris consultorum et contra auctoritatem dici oportebit. adtendendum est autem et in hac et in omnibus, num quos locos communes praeter eos, quos nos exponimus, ipsa res ostendat. Nunc iuridiciale genus et partes consideremus.
Juridiciel est l’état de cause dans lequel on cherche la nature de l’équitable et de l’inique, et la raison de la récompense ou de la peine. Ses parties sont deux, dont nous nommons l’une absolue, l’autre assomptive. Est absolue celle qui contient en elle-même, non comme la négociale d’une façon enveloppée et cachée, mais plus à découvert et plus aisément, la question du droit et du non-droit. Elle est de cette sorte : comme les Thébains avaient vaincu les Lacédémoniens à la guerre, et qu’il était à peu près d’usage chez les Grecs, lorsqu’ils s’étaient fait la guerre entre eux, que ceux qui avaient vaincu dressassent quelque trophée sur les frontières, à seule fin de déclarer pour le présent la victoire, non pour que la mémoire de la guerre demeurât à perpétuité, ils dressèrent un trophée d’airain. On les accuse devant les Amphictyons, c’est-à-dire devant le conseil commun de la Grèce. L’accusation est :
Iuridicialis est, in qua aequi et iniqui natura et praemii aut poenae ratio quaeritur. huius partes sunt duae, quarum alteram absolutam, adsumptivam alteram nominamus. Absoluta est, quae ipsa in se, non ut neg- otialis implicite et abscondite, sed patentius et expedi- tius recti et non recti quaestionem continet. ea est huiuscemodi: cum Thebani Lacedaemonios bello su- peravissent et fere mos esset Graiis, cum inter se bellum gessissent, ut ii, qui vicissent, tropaeum ali- quod in finibus statuerent victoriae modo in praesen- tiam declarandae causa, non ut in perpetuum belli memoria maneret, ae+neum statuerunt tropaeum. accu- santur apud Amphictyonas id est apud commune Graeciae consilium. intentio est:
il ne le fallait pas. La récusation est : il le fallait. La question est : le fallait-il ? La raison est : nous avons enfanté de cette guerre, par notre valeur, une telle gloire que nous avons voulu en laisser à nos descendants des marques éternelles. L’infirmation est : et pourtant des Grecs ne doivent pas dresser contre des Grecs un monument éternel d’inimitiés. Le point à juger est : lorsque des Grecs, pour célébrer une très haute valeur, ont dressé contre des Grecs un monument éternel d’inimitiés, ont-ils fait droitement ou au contraire ? Nous avons placé cette raison-ci afin que ce genre même de cause dont nous traitons fût reconnu. Car si nous avions supposé celle dont peut-être ils usèrent— vous n’avez en effet ni justement ni pieusement fait la guerre—, nous glisserions dans le renvoi du crime, dont nous parlerons plus loin. Or il est manifeste que l’un et l’autre genre de cause tombe dans celle-ci. Pour celle-ci les argumentations sont à prendre des mêmes lieux que pour la cause négociale, dont il a été parlé plus haut.
non oportuit. de- pulsio est: oportuit. quaestio est: oportueritne? ratio est: eam enim ex bello gloriam virtute peperimus, ut eius aeterna insignia posteris nostris relinquere velle- mus. infirmatio est: at tamen aeternum inimicitiarum monumentum Graios de Graiis statuere non oportet. iudicatio est: cum summae virtutis concelebrandae causa Graii de Graiis aeternum inimicitiarum monu- mentum statuerunt, rectene an contra fecerint? hanc ideo rationem subiecimus, ut hoc causae genus ipsum, de quo agimus, cognosceretur. nam si eam subpo- suissemus, qua fortasse usi sunt: non enim iuste neque pie bellum gessistis, in relationem criminis de- laberemur, de qua post loquemur. utrumque autem causae genus in hanc causam incidere perspicuum est. in hanc argumentationes ex isdem locis sumendae sunt atque in causam negotialem, qua de ante dictum est.
Quant aux lieux communs, et tirés de la cause même, s’il y aura matière à indignation ou à plainte, et tirés de l’utilité et de la nature du droit, il sera permis et il faudra en prendre de nombreux et de graves, si la dignité de la cause paraît le réclamer. Considérons maintenant la partie assomptive du juridiciel. L’on dit donc assomptive lorsque le fait ne peut, de lui-même, être prouvé, mais se défend par quelque argument adjoint du dehors. Ses parties sont quatre : la comparaison, le renvoi du crime, l’éloignement du crime, la concession.
Locos autem communes et ex causa ipsa, si quid inerit indignationis aut conquestionis, et ex iuris uti- litate et natura multos et graves sumere licebit et oportebit, si causae dignitas videbitur postulare. Nunc adsumptivam partem iuridicialis considere- mus. Adsumptiva igitur tum dicitur, cum ipsum ex se fac- tum probari non potest, aliquo autem foris adiuncto argumento defenditur. eius partes sunt quattuor: com- paratio, relatio criminis, remotio criminis, concessio.
La comparaison est lorsqu’un fait, qui de lui-même ne serait pas à approuver, se défend par ce en vue de quoi il a été fait. Elle est de cette sorte : un certain général, comme il était assiégé par les ennemis et ne pouvait en aucune manière s’échapper, fit un pacte avec eux pour abandonner les armes et les bagages et faire sortir ses soldats ; il fit donc ainsi ; et, les armes et les bagages perdus, il sauva ses soldats contre toute espérance.
Comparatio est, cum aliquid factum, quod ipsum non sit probandum, ex eo, cuius id causa factum est, defenditur. ea est huiusmodi: quidam imperator, cum ab hostibus circumsederetur neque effugere ullo modo posset, depectus est cum iis, ut arma et inpedimenta relinqueret, milites educeret; itaque fecit; armis et in- pedimentis amissis praeter spem milites conservavit.
On l’accuse de lèse-majesté. Ici tombe la définition. Mais considérons ce lieu dont nous traitons. L’accusation est : il ne fallait pas abandonner les armes et les bagages. La récusation est : il le fallait. La question est : le fallait-il ? La raison est : car tous les soldats eussent péri. L’infirmation est ou conjecturale : ils n’eussent pas péri ; ou une autre conjecturale : tu ne l’as pas fait pour cela— d’où le point à juger est : eussent-ils péri ? et : l’a-t-il fait pour cela ?— ; ou cette comparative, dont nous avons besoin à présent : mais il valait mieux perdre les soldats que d’abandonner les armes et les bagages aux ennemis. D’où naît le point à juger : comme tous les soldats allaient périr s’ils n’en venaient à ce pacte, valait-il mieux perdre les soldats ou en venir à cette condition ?
accusatur maiestatis. incurrit huc definitio. sed nos hunc locum, de quo agimus, consideremus. intentio est: non oportuit arma et inpedimenta relinquere. de- pulsio est: oportuit. quaestio est: oportueritne? ratio est: milites enim omnes perissent. infirmatio est aut coniecturalis: non perissent; aut altera coniecturalis: non ideo fecisti ex quibus iudicatio est: perissentne? et: ideone fecerit?; aut haec comparativa, cuius nunc indigemus: at enim satius fuit amittere milites quam arma et inpedimenta concedere hostibus. ex quo iudi- catio nascitur: cum omnes perituri milites essent, nisi ad hanc pactionem venissent, utrum satius fuerit amit- tere milites, an ad hanc condicionem venire?
Ce genre de cause, il faudra le traiter d’après ses propres lieux et y appliquer aussi la raison et les préceptes des autres états de cause ; et surtout, en faisant des conjectures, infirmer ce que ceux qui seront accusés compareront avec ce qui leur sera imputé à crime. Cela se fera si l’on nie que ce que les défenseurs diront avoir dû arriver, n’eût pas ce fait été commis sur lequel porte le jugement, eût dû arriver ; ou si l’on démontre que c’est par une autre raison et pour une autre cause, que celle que l’accusé dira, que le fait a été commis. La confirmation de cela, et de même l’infirmation du côté contraire, se prendront de l’état de cause conjectural. Mais si l’on est cité en jugement sous un nom certain de méfait, comme dans cette cause— car on est poursuivi pour lèse-majesté—, il faudra user de la définition et des préceptes de la définition. Et ces choses-ci arrivent le plus souvent en ce genre, qu’il faut user et de la conjecture et de la définition. Mais si quelque autre genre y tombe aussi, il sera permis de transporter ici, par une raison pareille, les préceptes de ce genre. Car l’accusateur doit surtout s’efforcer, en cela, d’infirmer par le plus de raisons possible ce fait même à cause duquel l’accusé estime qu’on doit lui faire grâce.
Hoc causae genus ex suis locis tractari oportebit et adhibere ceterarum quoque constitutionum rationem atque praecepta; ac maxime coniecturis faciendis infir- mare illud, quod cum eo, quod crimini dabitur, ii, qui accusabuntur, comparabunt. id fiet, si aut id, quod dicent defensores futurum fuisse, nisi id factum esset, de quo facto iudicium est, futurum fuisse negabi- tur; aut si alia ratione et aliam ob causam, ac dicet se reus fecisse, demonstrabitur esse factum. eius rei con- firmatio et item contraria de parte infirmatio ex con- iecturali constitutione sumetur. sin autem certo nomine maleficii vocabitur in iudicium, sicut in hac causa— nam maiestatis arcessitur—, definitione et praeceptis definitionis uti oportebit. atque haec quidem ple- rumque in hoc genere accidunt, ut et coniectura et definitione utendum sit. sin aliud quoque aliquod genus incidet, eius generis praecepta licebit huc pari ratione transferre. Nam accusatori maxime est in hoc elaborandum, ut id ipsum factum, propter quod sibi reus concedi putet oportere, quam plurimis infirmet rationibus.
Ce qui est aisé, s’il aborde l’improuver par le plus d’états de cause possible. Or la comparaison même, séparée des autres genres de controverses, se considérera ainsi d’après sa propre force, si l’on démontre que ce qui sera comparé fut ou non honnête, ou non utile, ou non nécessaire, ou non pas tellement utile, ou non pas tellement honnête, ou non pas tellement nécessaire. Ensuite il faut que l’accusateur sépare ce que lui-même reproche de ce que le défenseur compare. Or il le fera s’il démontre qu’il n’a coutume de se faire ainsi, ni ne le doit, et qu’il n’y a pas de raison pour que ceci se fasse à cause de cela, comme que, pour le salut des soldats, ce qui a été préparé pour leur salut soit livré aux ennemis. Ensuite il faut comparer le méfait avec le bienfait, et en somme confronter ce qui est reproché avec ce qui, fait par le défenseur, est loué ou démontré avoir dû se faire, et, en atténuant cela, accroître en même temps la grandeur du méfait. Cela pourra se faire si l’on démontre que fut plus honnête, plus utile, plus nécessaire ce que l’accusé a évité que ce qu’il a fait.
quod facile est, si quam plurimis constitu- tionibus aggredietur id inprobare. ipsa autem compara- tio separata a ceteris generibus controversiarum sic ex sua vi considerabitur, si illud, quod comparabitur, aut non honestum aut non utile aut non necessarium fuisse aut non tantopere utile aut non tantopere honestum aut non tantopere necessarium fuisse demonstrabitur. deinde oportet accusatorem illud, quod ipse arguat, ab eo, quod defensor conparat, separare. id autem faciet, si demonstrabit non ita fieri solere neque oportere neque esse rationem, quare hoc propter hoc fiat, ut propter salutem militum ea, quae salutis causa comparata sunt, hostibus tradantur. postea com- parare oportet cum beneficio maleficium et omnino id, quod arguitur, cum eo, quod factum ab defensore laudatur aut faciendum fuisse demonstratur, conten- dere et hoc extenuando maleficii magnitudinem simul adaugere. id fieri poterit, si demonstrabitur honestius, utilius, magis necessarium fuisse illud, quod vitarit reus, quam illud, quod fecerit.
Or la force et la nature de l’honnête, de l’utile et du nécessaire se connaîtront dans les préceptes de la délibération. Ensuite il faudra exposer ce point à juger comparatif comme une cause délibérative et en parler d’après les préceptes de la délibération. Soit en effet ce point à juger que nous avons exposé plus haut : comme tous les soldats allaient périr s’ils n’en venaient à ce pacte, valait-il mieux que les soldats périssent ou qu’on en vînt à ce pacte ? Cela, il faudra le traiter d’après les lieux de la délibération, comme si l’affaire venait en quelque délibération. Or le défenseur, dans les lieux où d’autres états de cause auront été introduits par l’accusateur, préparera lui aussi, dans ces mêmes lieux, sa défense d’après les mêmes états de cause ; mais tous les autres lieux qui regarderont la comparaison même, il les traitera à l’inverse.
honesti autem et utilis et necessarii vis et natura in deliberationis praecep- tis cognoscetur. deinde oportebit ipsam illam com- parativam iudicationem exponere tamquam causam deliberativam et de ea ex deliberationis praeceptis dicere. sit enim haec iudicatio, quam ante expo- suimus: cum omnes perituri milites essent, nisi ad hanc pactionem venissent, utrum satius fuerit perire milites, an ad hanc pactionem venire? hoc ex locis deliberationis, quasi aliquam in consultationem res veniat, tractari oportebit. Defensor autem, quibus in locis ab accusatore aliae constitutiones erunt inductae, in iis ipse quoque ex isdem constitutionibus defensionem comparabit; ceteros autem omnes locos, qui ad ipsam comparationem pertinebunt, ex contrario tractabit.
Les lieux communs seront : pour l’accusateur, contre celui qui, tout en avouant un fait honteux ou inutile ou l’un et l’autre, cherche pourtant quelque défense, mettre en avant avec indignation l’inutilité ou la honte du fait ; pour le défenseur, qu’aucun fait ne doit être tenu pour inutile ni honteux, ni de même pour utile ni honnête, à moins qu’on ne comprenne dans quel dessein, en quel temps, pour quelle cause il a été fait— lieu qui est si commun que, bien traité dans cette cause, il sera d’un grand poids pour persuader— ; et un autre lieu, par lequel, avec une grande amplification, la grandeur du bienfait se démontre d’après l’utilité, l’honnêteté ou la nécessité du fait ;
Loci communes autem erunt: accusatoris in eum, qui, cum de facto turpi aliquo aut inutili aut utroque fateatur, quaerat tamen aliquam defensionem, et facti inutilitatem aut turpitudinem cum indignatione pro- ferre; defensoris est, nullum factum inutile neque turpe neque item utile neque honestum putari opor- tere, nisi, quo animo, quo tempore, qua de causa fac- tum sit, intellegatur; qui locus ita communis est, ut bene tractatus in hac causa magno ad persuadendum momento futurus sit; et alter locus, per quem magna cum amplificatione beneficii magnitudo ex utilitate aut honestate aut facti necessitudine demonstratur;
et un troisième, par lequel l’affaire, rendue par des mots, se met devant les yeux de ceux qui écoutent, en sorte qu’ils estiment qu’ils auraient eux aussi fait la même chose, si cette affaire et cette cause de la faire leur étaient survenues au même temps. Le renvoi du crime est lorsque l’accusé, ayant avoué ce qu’on lui reproche, démontre qu’il l’a fait à bon droit, induit par la faute d’un autre. Il est de cette sorte : Horace, ayant tué les trois Curiaces et perdu deux de ses frères, se retira vainqueur dans sa maison. Il remarqua que sa sœur ne s’affligeait pas de la mort de ses frères, mais qu’elle appelait à plusieurs reprises, avec des gémissements et des lamentations, le nom de son fiancé, l’un des Curiaces.
et tertius, per quem res expressa verbis ante oculos eorum, qui audiunt, ponitur, ut ipsi se quoque idem facturos fuisse arbitrentur, si sibi illa res atque ea faciendi causa per idem tempus accidisset. Relatio criminis est, cum reus id, quod arguitur, confessus alterius se inductum peccato iure fecisse demonstrat. ea est huiusmodi: Horatius occisis tribus Curiatiis et duobus amissis fratribus domum se victor recepit. is animadvertit sororem suam de fratrum morte non laborantem, sponsi autem nomen appellan- tem identidem Curiatii cum gemitu et lamentatione.
L’ayant souffert avec indignation, il tua la jeune fille. On l’accuse. L’accusation est : tu as tué ta sœur injustement. La récusation est : je l’ai tuée à bon droit. La question est : l’a-t-il tuée à bon droit ? La raison est : car elle pleurait la mort des ennemis, négligeait celle de ses frères ; elle supportait avec peine que moi et le peuple romain eussions vaincu. L’infirmation est : et pourtant elle ne devait pas être mise à mort par son frère sans avoir été condamnée. D’où le point à juger se fait : comme Horatia négligeait la mort de ses frères, pleurait celle des ennemis, ne se réjouissait pas de la victoire de son frère et du peuple romain, devait-elle être mise à mort par son frère sans avoir été condamnée ? En ce genre de cause, il faudra d’abord, si quelque chose se donne des autres états de cause, le prendre, ainsi qu’il a été prescrit dans la comparaison ; ensuite, s’il y aura quelque moyen,
indigne passus virginem occidit. accusatur. intentio est: iniuria sororem occidisti. depulsio est: iure occidi. quaestio est: iurene occiderit? ratio est: illa enim hostium mortem lugebat, fratrum neglegebat; me et populum Romanum vicisse moleste ferebat. infirmatio est: tamen a fratre indamnatam necari non oportuit. ex quo iudicatio fit: cum Horatia fra- trum mortem neglegeret, hostium lugeret, fratris et populi Romani victoria non gauderet, oportueritne eam a fratre indamnatam necari? Hoc in genere causae primum, si quid ex ceteris dabitur constitutionibus, sumi oportebit, sicuti in com- paratione praeceptum est; postea, si qua facultas erit,
défendre, par quelque état de cause, celui sur qui le crime est renvoyé ; ensuite, que ce que l’accusé renvoie sur la faute d’un autre est plus léger que ce qu’il a lui-même entrepris ; ensuite, user des parties du transfert et montrer par qui, par l’entremise de qui, de quelle manière et en quel temps il convenait ou d’agir, ou de juger, ou de statuer sur cette affaire ; et en même temps montrer qu’il ne fallait pas interposer le supplice avant le jugement. Alors il faut aussi démontrer les lois et les jugements par lesquels cette faute, dont l’accusé s’est de son propre chef vengé, aurait pu être châtiée selon les mœurs et par jugement. Ensuite, nier qu’il faille écouter ce qu’on impute à crime à celui sur qui on le renvoie, lui-même qui le renvoie
per aliquam constitutionem illum, in quem crimen transferetur, defendere; deinde, levius esse illud, quod in alterum peccatum reus transferat, quam quod ipse susceperit; postea translationis partibus uti et osten- dere, a quo et per quos et quo modo et quo tem- pore aut agi aut iudicari aut statui de ea re convene- rit; ac simul ostendere non oportuisse ante supplicium quam iudicium interponere. tum leges quoque et iudi- cia demonstranda sunt, per quae potuerit id pecca- tum, quod sponte sua reus poenitus sit, moribus et iudicio vindicari. deinde negare audire oportere id, quod in eum criminis conferatur, de quo is ipse, qui conferat,
n’ayant pas voulu qu’il s’en fît jugement, et qu’il faut tenir pour non fait ce qui n’a pas été jugé ; ensuite, démontrer l’impudence de ceux qui accusent maintenant devant les juges celui qu’ils ont eux-mêmes condamné sans juges, et qui font juger ce dont ils ont déjà eux-mêmes tiré supplice ; ensuite, nous dirons que le jugement sera dans le trouble et que les juges iront plus loin que leur pouvoir ne s’étend, s’ils jugent en même temps et de l’accusé et de celui que l’accusé incrimine ; ensuite, si l’on établissait que les hommes vengent les fautes par des fautes et les injures par des injures, combien d’inconvénients s’ensuivraient ; et que si celui-là même qui accuse à présent avait voulu faire de même, il n’aurait pas même eu besoin de ce jugement ;
iudicium fieri noluerit, et id, quod iudicatum non sit, pro infecto habere oportere; postea inpuden- tiam demonstrare eorum, qui eum nunc apud iudices accusent, quem sine iudicibus ipsi condemnarint, et de eo iudicium faciant, de quo iam ipsi supplicium sump- serint; postea perturbationem iudicii futuram dice- mus et iudices longius, quam potestatem habeant, progressuros, si simul et de reo et de eo, quem reus arguat, iudicarint; deinde, si hoc constitutum sit, ut peccata homines peccatis et iniurias iniuriis ulciscantur, quan- tum incommodorum consequatur; ac si idem facere ipse, qui nunc accusat, voluisset, ne hoc quidem ipso quicquam opus fuisse iudicio;
et que, si les autres aussi font de même, il n’y aura plus du tout de jugement. Ensuite l’on démontrera que, lors même que celle sur qui ce crime est renvoyé par l’accusé eût été condamnée en jugement, celui-ci n’aurait pas pu lui-même tirer d’elle supplice ; c’est pourquoi il est indigne que celui qui n’aurait pu lui-même tirer peine d’une condamnée ait tiré supplice de celle qui n’a pas même été amenée en jugement. Ensuite il demandera qu’il produise la loi en vertu de laquelle il a fait cela. Ensuite, de même que dans la comparaison nous prescrivions que ce qui était comparé fût atténué par l’accusateur autant que possible, de même en ce genre il faudra comparer la faute de celui sur qui le crime est renvoyé avec le méfait de celui-ci qui dit avoir agi à bon droit. Ensuite il faut démontrer que cela n’était pas de telle nature qu’il convînt de faire ceci à cause de cela. La dernière partie est, comme dans la comparaison, l’assomption du point à juger et, sur lui, le discours par amplification d’après les préceptes de la délibération.
si vero ceteri quoque idem faciant, omnino iudicium nullum futurum. postea demonstrabitur, ne si iudicio quidem illa damnata esset, in quam id crimen ab reo conferatur, potuisse hunc ipsum de illa supplicium sumere; quare esse indignum eum, qui ne de damnata quidem poenas sumere ipse potuisset, de ea supplicium sumpsisse, quae ne adducta quidem sit in iudicium. deinde postu- labit, ut legem, qua lege fecerit, proferat. deinde quem- admodum in comparatione praecipiebamus, ut illud, quod compararetur, extenuaretur ab accusatore quam maxime, sic in hoc genere oportebit illius culpam, in quem crimen transferatur, cum huius maleficio, qui se iure fecisse dicat, comparare. postea demonstran- dum est non esse illud eiusmodi, ut ob id hoc fieri con- venerit. extrema est, ut in comparatione, assumptio iudicationis et de ea per amplificationem ex delibera- tionis praeceptis dictio.
Or le défenseur infirmera, par les lieux qui ont été transmis, ce qui sera introduit par d’autres états de cause ; mais il confirmera le renvoi même, d’abord en accroissant la faute, l’audace de celui sur qui il renverra le crime, et le plus possible, par l’indignation, si l’affaire le comporte, jointe à la plainte, en la mettant devant les yeux ; ensuite en démontrant qu’il s’est vengé plus légèrement que ne le méritait l’autre, et en confrontant son propre supplice avec l’injure de l’autre. Ensuite il faudra infirmer par des raisons contraires ces lieux qui auront été traités par l’accusateur de telle sorte qu’ils puissent être réfutés et tournés au sens contraire— dans ce genre il y en a trois, les derniers.
Defensor autem, quae per alias constitutiones indu- centur, ex iis locis, qui traditi sunt, infirmabit; ipsam autem relationem comprobabit, primum augendo eius, in quem referet crimen, culpam et audaciam et quam maxime per indignationem, si res feret, iuncta con- questione ante oculos ponendo; postea levius demon- strando se poenitum, quam sit illius promeritum, et suum supplicium cum illius iniuria conferendo. deinde oportebit eos locos, qui ita erunt ab accusatore trac- tati, ut refelli et contrariam in partem converti pos- sint, quo in genere sunt tres extremi, contrariis ratio-
Or cette très âpre incrimination des accusateurs, par laquelle ils démontrent que tous les jugements seront dans le trouble si l’on donne le pouvoir de tirer supplice d’un non-condamné, sera allégée : d’abord si l’on démontre une injure de telle nature qu’elle parût n’avoir pu être tolérée non seulement d’un homme de bien, mais absolument d’aucun homme libre ; ensuite si manifeste que par celui-là même qui l’avait commise elle ne fût pas même mise en doute ; ensuite de telle nature qu’à elle dût surtout porter son attention celui qui y porta son attention ; en sorte qu’il fut moins droit, moins honnête que cette affaire vînt en jugement que d’être vengée de la manière et par celui dont elle a été vengée ;
nibus infirmare. illa autem acerrima accusatorum criminatio, per quam perturbationem fore omnium iu- diciorum demonstrant, si de indamnato supplicii su- mendi potestas data sit, levabitur, primum si eius- modi demonstrabitur iniuria, ut non modo viro bono, verum omnino homini libero videatur non fuisse tole- randa; deinde ita perspicua, ut ne ab ipso quidem, qui fecisset, in dubium vocaretur; deinde eiusmodi, ut in eam is maxime debuerit animum advertere, qui ani- mum advertit; ut non tam rectum, non tam fuerit ho- nestum in iudicium illam rem pervenire, quam eo modo atque ab eo vindicari, quo modo et ab quo sit vindicata;
ensuite que l’affaire fut si patente qu’il n’importait en rien qu’il s’en fît jugement. Et ici il faut démontrer, par des raisons et des choses semblables, que de fort nombreuses affaires sont si atroces et si manifestes que, touchant elles, non seulement il n’est pas nécessaire, mais pas même utile d’attendre que bientôt il s’en fasse jugement. Le lieu commun de l’accusateur est contre celui qui, ne pouvant nier ce qu’on lui reproche, se prépare néanmoins quelque espoir d’après le trouble des jugements. Et ici se font la démonstration de l’utilité des jugements et la plainte touchant celui qui a subi le supplice sans être condamné ;
postea sic rem fuisse apertam, ut iudicium de ea re fieri nihil adtinuerit. atque hic demonstran- dum est rationibus et similibus rebus permultas ita atroces et perspicuas res esse, ut de his non modo non necesse sit, sed ne utile quidem, quam mox iu- dicium fiat, exspectare. Locus communis accusatoris in eum, qui, cum id, quod arguitur, negare non possit, tamen aliquid sibi spei conparet ex iudiciorum perturbatione. atque hic utilitatis iudiciorum demonstratio et de eo conquestio, qui supplicium dederit indamnatus;
et l’indignation contre l’audace et la cruauté de celui qui l’a tiré. Du côté du défenseur : l’indignation contre l’audace de celui dont il s’est vengé, jointe à sa propre plainte ; que l’affaire doit être considérée non d’après le nom même de la chose, mais d’après le dessein de celui qui l’a faite, et la cause et le temps ; quel mal il y aurait, ou de l’injure ou du crime de quelqu’un, si une audace aussi grande et aussi manifeste, par celui qu’elle touchait dans sa réputation, ou dans ses parents, ou dans ses enfants, ou dans quelque chose qui doit nécessairement, ou qu’il convient, être chère à tous, n’avait été vengée. L’éloignement du crime est lorsque l’accusation d’un fait porté par l’adversaire se détourne sur un autre ou sur autre chose.
in eius autem, qui sumpserit, audaciam et crudelitatem indignatio. ab defensore, in eius, quem ultus sit, audaciam cum sui conquestione; rem non ex nomine ipsius negotii, sed ex consilio eius, qui fecerit, et causa et tempore considerari oportere; quid mali futurum sit aut ex iniuria aut scelere alicuius, nisi tanta et tam perspicua audacia ab eo, ad cuius famam aut ad parentes aut ad liberos pertineret aut ad aliquam rem, quam caram esse omnibus aut necesse est aut oportet esse, vin- dicata. Remotio criminis est, cum eius intentio facti, quod ab adversario infertur, in alium aut in aliud de- movetur.
Cela se fait de deux façons ; car tantôt c’est la cause, tantôt l’affaire même qui est éloignée. Que cet exemple nous serve pour l’éloignement sur la cause : les Rhodiens députèrent certaines personnes à Athènes. Aux députés, les questeurs ne donnèrent pas la dépense qu’il fallait donner. Les députés ne partirent pas. On les accuse. L’accusation est : il fallait partir. La récusation est : il ne le fallait pas. La question est : le fallait-il ? La raison est : car la dépense qui a coutume d’être donnée des deniers publics ne fut pas donnée par le questeur. L’infirmation est : vous deviez pourtant accomplir ce qui vous avait été publiquement confié comme charge. Le point à juger est : comme à ceux qui étaient députés la dépense qui était due des deniers publics ne fut pas donnée, devaient-ils néanmoins accomplir leur députation ? En ce genre il faudra d’abord, comme dans les autres, voir si quelque chose peut se prendre ou de l’état de cause conjectural ou d’un autre. Ensuite, la plupart des choses, et de la comparaison et du renvoi du crime, pourront convenir aussi à cette cause.
id fit bipertito; nam tum causa, tum res ipsa removetur. causae remotioni hoc nobis exem- plo sit: Rhodii quosdam legarunt Athenas. legatis quaestores sumptum, quem oportebat dari, non dede- runt. legati profecti non sunt. accusantur. intentio est: proficisci oportuit. depulsio est: non oportuit. quaestio est: oportueritne? ratio est: sumptus enim, qui de publico dari solet, is ab quaestore non est datus. infirmatio est: vos tamen id, quod publice vobis erat negotii datum, conficere oportebat. iudi- catio est: cum iis, qui legati erant, sumptus, qui de- bebatur de publico, non daretur, oportueritne eos con- ficere nihilo minus legationem? hoc in genere pri- mum sicut in ceteris, si quid aut ex coniecturali aut ex alia constitutione sumi possit, videri oportebit. deinde pleraque et ex comparatione et ex relatione criminis in hanc quoque causam convenire poterunt.
Or l’accusateur défendra d’abord, s’il le peut, celui par la faute de qui l’accusé dira que cela s’est fait ; mais s’il ne le peut, il niera que ce soit à ce jugement-ci que regarde la faute de celui-là, mais bien celle de celui-ci qu’il accuse lui-même. Ensuite il dira que chacun doit pourvoir à son propre devoir ; et que, si celui-là avait péché, celui-ci ne devait pas pour autant pécher ; ensuite, que si celui-là a failli, il faut accuser celui-là à part, comme celui-ci, et ne pas joindre à la défense de celui-ci l’accusation de celui-là. Or le défenseur, lorsqu’il aura traité à fond le reste, si quelque chose tombe des autres états de cause, argumentera ainsi sur l’éloignement même :
Accusator autem illum, cuius culpa id factum reus dicet, primum defendet, si poterit; sin minus poterit, negabit ad hoc iudicium illius, sed huius, quem ipse accuset, culpam pertinere. postea dicet suo quemque officio consulere oportere; nec, si ille peccasset, hunc oportuisse peccare; deinde, si ille deliquerit, separatim illum sicut hunc accusari oportere et non cum huius defensione coniungi illius accusationem. Defensor autem cum cetera, si qua ex aliis incident constitutionibus, pertractarit, de ipsa remotione sic ar-
d’abord il démontrera par la faute de qui cela est arrivé ; ensuite, comme cela était arrivé par la faute d’autrui, il montrera qu’il n’a pu ou n’a dû faire ce que l’accusateur dit qu’il fallait faire ; ce qu’il a pu, il le démontrera d’après les parties de l’utilité, dans lesquelles est enveloppée la force de la nécessité ; ce qu’il a dû, se considérera d’après l’honnêteté. De l’un et de l’autre il sera parlé plus distinctement dans le genre délibératif. Ensuite, que tout a été fait par l’accusé qui était en son propre pouvoir ;
gumentabitur: primum, cuius acciderit culpa, demon- strabit; deinde, cum id aliena culpa accidisset, ostendet se aut non potuisse aut non debuisse id facere, quod accusator dicat oportuisse; quid potuerit, ex utilitatis partibus, in quibus est necessitudinis vis implicata, demonstrabit quid debuerit, ex honestate considera- bitur. de utroque distinctius in deliberativo genere dicetur. deinde omnia facta esse ab reo, quae in ipsius fuerint potestate;
que si quelque chose a été fait moins qu’il ne convenait, c’est par la faute de l’autre que cela est arrivé. Ensuite, la faute de l’autre étant exposée, il faut démontrer combien il y eut de bonne volonté et de zèle en lui-même, et le confirmer par des signes de cette sorte : par sa diligence en tout le reste, par ses faits ou dits antérieurs ; et qu’il lui était utile de faire cela, inutile au contraire de ne pas le faire, et que cela s’accordait mieux avec le reste de sa vie que ce qu’il n’a pas fait par la faute d’un autre. Mais si la cause se détourne non sur un homme déterminé, mais sur quelque chose, comme en cette même affaire, si le questeur était mort et que pour cette raison l’argent n’eût pas été donné aux députés, alors, ôtées l’accusation d’un autre et la récusation de la faute, il faudra user pareillement des autres lieux et assumer, des parties de la concession, ce qui conviendra ; dont nous aurons à parler.
quod minus, quam convenerit, fac- tum sit, culpa id alterius accidisse. deinde alterius culpa exponenda demonstrandum est, quantum volun- tatis et studii fuerit in ipso, et id signis confirman- dum huiusmodi: ex cetera diligentia, ex ante factis aut dictis; atque hoc ipsi utile fuisse facere, inutile autem non facere, et cum cetera vita fuisse hoc magis consentaneum, quam quod propter alterius culpam non fecerit. si autem non in hominem certum, sed in rem aliquam causa demovebitur, ut in hac eadem re, si quaestor mortuus esset et idcirco legatis pe- cunia data non esset, accusatione alterius et culpae depulsione dempta ceteris similiter uti locis oportebit et ex concessionis partibus, quae convenient, assumere; de quibus nobis dicendum erit.
Quant aux lieux communs, ils tomberont à peu près les mêmes pour l’un et pour l’autre que dans les états assomptifs précédents ; ceux-ci toutefois sont les plus assurés : pour l’accusateur, l’indignation du fait ; pour le défenseur, que, lorsque la faute est en un autre ou n’est pas en lui-même, il ne convient pas qu’il soit frappé du supplice. Or l’éloignement de l’affaire même se fait lorsque l’accusé nie que ce qui est imputé à crime ait regardé soit lui-même, soit son devoir ; et que, s’il y a eu là quelque délit, il ne convient pas qu’il lui soit attribué. Ce genre de cause est de cette sorte : dans ce traité qui fut conclu jadis avec les Samnites, un certain jeune homme de noble naissance tint le porc sur l’ordre du général. Le traité ayant été désapprouvé par le sénat et le général ayant été livré aux Samnites, quelqu’un dit au sénat que celui aussi qui avait tenu le porc devait être livré.
Loci autem communes idem utrisque fere, qui in superioribus assumptivis, incident; hi tamen certissi- me: accusatoris, facti indignatio; defensoris, cum in alio culpa sit, aut in ipso non sit, supplicio se affici non oportere. Ipsius autem rei fit remotio, cum id, quod datur crimini, negat neque ad se neque ad officium suum reus pertinuisse; nec, si quid in eo sit delictum, sibi adtribui oportere. id causae genus est huiusmodi: in eo foedere, quod factum est quondam cum Samnitibus, quidam adulescens nobilis porcum sustinuit iussu im- peratoris. foedere autem ab senatu inprobato et im- peratore Samnitibus dedito quidam in senatu eum quoque dicit, qui porcum tenuerit, dedi oportere.
L’accusation est : il convient qu’il soit livré. La récusation est : il ne convient pas. La question est : convient-il ? La raison est : car ce n’était point mon devoir ni en mon pouvoir, puisque j’étais et de cet âge et simple particulier, et qu’il y avait un général au plus haut crédit et au plus haut pouvoir, à qui il appartenait de veiller à ce qu’un traité assez honorable fût frappé. L’infirmation est : mais pourtant, puisque tu as été rendu participant, dans un traité très honteux, d’une religion souveraine, il convient que tu sois livré. Le point à juger est : comme celui qui n’avait aucun pouvoir a, sur l’ordre du général, pris part au traité et à une si grande religion, doit-il être livré aux ennemis ou non ? Ce genre de cause diffère du précédent en ceci que, dans celui-là, l’accusé concède qu’il convenait qu’il fît ce que l’accusateur dit qu’il convenait de faire, mais attribue à quelque chose ou à quelque homme la cause qui fut un empêchement à sa volonté, sans les parties de la concession ; car celles-ci ont une certaine force plus grande, comme on le comprendra un peu plus loin.
in- tentio est: dedi oportet. depulsio est: non oportet. quaestio est: oporteatne? ratio est: non enim meum fuit officium nec mea potestas, cum et id aetatis et privatus essem et esset summa cum auctoritate et potestate imperator, qui videret, ut satis honestum foedus feriretur. infirmatio est: at enim quoniam par- ticeps tu factus es in turpissimo foedere summae re- ligionis, dedi te convenit. iudicatio est: cum is, qui potestatis nihil habuerit, iussu imperatoris in foedere et in tanta religione interfuerit, dedendusne sit hosti- bus necne? hoc genus causae cum superiore hoc differt, quod in illo concedit se reus oportuisse facere id, quod fieri dicat accusator oportuisse, sed alicui rei aut homini causam attribuit, quae voluntati suae fuerit inpedimento, sine concessionis partibus; nam earum maior quaedam vis est, quod paulo post intellegetur.
Dans celui-ci, au contraire, il ne doit pas accuser un autre ni reporter la faute sur un autre, mais démontrer que cette affaire n’a regardé ni ne regarde en rien ni lui-même, ni son pouvoir, ni son devoir. Et dans ce genre il arrive ceci de nouveau, que l’accusateur aussi tire souvent de l’éloignement son incrimination, comme si quelqu’un accusait celui qui, étant préteur, a appelé le peuple aux armes pour une expédition, alors qu’il y avait des consuls. Car de même que, dans l’exemple précédent, l’accusé écartait le fait de son propre devoir et de son pouvoir, de même ici l’accusateur lui-même éloigne le fait du devoir et du pouvoir de celui qui est accusé,
in hoc autem non accusare alterum nec culpam in alium transferre debet, sed demonstrare eam rem nihil ad se nec ad potestatem neque ad officium suum per- tinuisse aut pertinere. atque in hoc genere hoc ac- cidit novi, quod accusator quoque saepe ex remo- tione criminationem conficit, ut si quis eum accuset, qui, cum praetor esset, in expeditionem ad arma populum vocarit, cum consules essent. nam ut in su- periore exemplo reus ab suo officio et a potestate factum demovebat, sic in hoc ab eius officio ac po- testate, qui accusatur, ipse accusator factum remo-
et par cette raison même il confirme l’accusation. Dans celle-ci il faudra, de part et d’autre, à partir de toutes les parties de l’honnêteté et de toutes les parties de l’utilité, par des exemples, des signes, par le raisonnement, rechercher quel est le devoir, le droit, le pouvoir de chacun, et si à celui dont il s’agira ce droit, ce devoir, ce pouvoir avait été attribué ou non. Quant aux lieux communs, il faudra les prendre de l’affaire même, si elle comporte quelque matière d’indignation ou de plainte. La concession est celle par laquelle ce n’est pas le fait lui-même qui est approuvé par l’accusé, mais où l’on demande qu’on lui pardonne. Ses parties sont deux : la purgation et la déprécation. La purgation est celle par laquelle on défend, non le fait lui-même de celui qui est accusé, mais sa volonté. Elle a trois parties : l’inadvertance, le hasard, la nécessité.
vendo hac ipsa ratione confirmat accusationem. in hac ab utroque ex omnibus partibus honestatis et ex om- nibus utilitatis partibus, exemplis, signis, ratiocinando, quid cuiusque officii, iuris, potestatis sit, quaeri opor- tebit et fueritne ei, quo de agetur, id iuris, officii, potestatis attributum necne. Locos autem communes ex ipsa re, si quid indigna- tionis aut conquestionis habebit, sumi oportebit. Concessio est, per quam non factum ipsum pro- batur ab reo, sed ut ignoscatur, id petitur. cuius partes sunt duae: purgatio et deprecatio. Purgatio est, per quam eius, qui accusatur, non factum ipsum, sed vo- luntas defenditur. ea habet partes tres: inprudentiam, casum, necessitudinem.
Il y a inadvertance lorsqu’on nie que celui qui est incriminé ait su quelque chose ; comme chez certains il y avait cette loi : que nul n’immolât un veau à Diane. Des matelots, comme ils étaient ballottés au large par une tempête contraire, firent vœu, s’ils gagnaient le port qu’ils apercevaient, d’immoler un veau au dieu qui s’y trouverait. Par hasard il y avait dans ce port un temple de cette Diane à qui il n’était pas permis d’immoler un veau. Ignorant la loi, une fois débarqués, ils immolèrent un veau. On les accuse. L’accusation est : vous avez immolé un veau au dieu à qui il n’était pas permis. La récusation est placée dans la concession. La raison est : je ne savais pas que ce n’était pas permis. L’infirmation est : pourtant, puisque tu as fait ce qui n’était pas permis selon la loi, tu es digne du supplice. Le point à juger est : comme il a fait ce qu’il ne convenait pas de faire, et qu’il ignorait qu’il ne convenait pas de le faire, est-il digne du supplice ?
Inprudentia est, cum scisse aliquid is, qui arguitur, negatur; ut apud quosdam lex erat: ne quis Dianae vitulum immolaret. nautae quidam, cum adversa tem- pestate in alto iactarentur, voverunt, si eo portu, quem conspiciebant, potiti essent, ei deo, qui ibi esset, se vitulum immolaturos. casu erat in eo portu fanum Dianae eius, cui vitulum immolare non licebat. in- prudentes legis, cum exissent, vitulum immolaverunt. accusantur. intentio est: vitulum immolastis ei deo, cui non licebat. depulsio est in concessione posita. ratio est: nescivi non licere. infirmatio est: tamen, quoniam fecisti, quod non licebat ex lege, supplicio dignus es. iudicatio est: cum id fecerit, quod non oportuerit, et id non oportere nescierit, sitne supplicio dignus?
Quant au hasard, il sera introduit dans la concession lorsqu’on démontre que quelque force de la fortune a fait obstacle à la volonté, comme dans celle-ci : comme il y avait chez les Lacédémoniens une loi portant que, si un adjudicataire n’avait pas fourni les victimes pour un certain sacrifice, ce fût peine capitale, celui qui avait pris l’adjudication, le jour du sacrifice approchant, se mit à conduire les victimes de la campagne vers la ville. Alors, de grandes tempêtes s’étant soudain soulevées, le fleuve Eurotas, celui qui coule devant Lacédémone, devint si grand et si impétueux que les victimes ne purent en aucune manière y être conduites au travers.
Casus autem inferetur in concessionem, cum demon- stratur aliqua fortunae vis voluntati obstitisse, ut in hac: cum Lacedaemoniis lex esset, ut, hostias nisi ad sacrificium quoddam redemptor praebuisset, capital esset, hostias is, qui redemerat, cum sacrificii dies instaret, in urbem ex agro coepit agere. tum subito magnis commotis tempestatibus fluvius Eurotas, is qui praeter Lacedaemonem fluit, ita magnus et vehemens factus est, ut ea traduci victimae nullo modo possent.
L’adjudicataire, pour montrer sa volonté, plaça toutes les victimes sur la rive, afin que ceux qui étaient au-delà du fleuve pussent les voir. Comme tous savaient que la crue soudaine du fleuve avait fait obstacle à son zèle, certains néanmoins le citent en justice capitale. L’accusation est : les victimes que tu devais pour le sacrifice n’ont pas été là toutes prêtes. La récusation, la concession. La raison : car le fleuve crut soudain, et pour cette raison elles ne purent être conduites au travers. L’infirmation : pourtant, puisque ce que la loi ordonne n’a pas été fait, tu es digne du supplice. Le point à juger est : comme l’adjudicataire a fait en cette affaire quelque chose contre la loi, en quoi la grandeur soudaine du fleuve a fait obstacle à son zèle, est-il digne du supplice ?
redemptor suae voluntatis ostendendae causa hostias constituit omnes in litore, ut, qui trans flumen essent, videre possent. cum omnes studio eius subitam flu- minis magnitudinem scirent fuisse inpedimento, tamen quidam capitis arcesserunt. intentio est: hostiae, quas debuisti ad sacrificium, praesto non fuerunt. depulsio concessio. ratio: flumen enim subito accrevit et ea re traduci non potuerunt. infirmatio: tamen, quon- iam, quod lex iubet, factum non est, supplicio dignus es. iudicatio est: cum in ea re contra legem redemptor aliquid fecerit, qua in re studio eius subita fluminis obstiterit magnitudo, supplicio dignusne sit?
Quant à la nécessité, elle est introduite lorsque l’accusé se défend d’avoir fait ce qu’il a fait sous quelque contrainte, de cette manière : il y a chez les Rhodiens une loi portant que, si quelque navire à éperon est surpris dans le port, il soit confisqué. Comme il y avait une grande tempête au large, la violence des vents poussa, malgré les matelots, un navire dans le port des Rhodiens. Le questeur réclame le navire pour le peuple ; le maître du navire nie qu’il convienne de le confisquer. L’accusation est : un navire à éperon a été surpris dans le port. La récusation, la concession. La raison : nous avons été poussés dans le port par la violence et par nécessité. L’infirmation est : pourtant, selon la loi, il convient que le navire soit au peuple. Le point à juger est : comme la loi confisque un navire à éperon surpris dans le port, et comme ce navire-ci a été jeté dans le port malgré les matelots par la violence de la tempête, convient-il qu’il soit confisqué ?
Necessitudo autem infertur, cum vi quadam reus id, quod fecerit, fecisse defenditur, hoc modo: lex est apud Rhodios, ut, si qua rostrata in portu navis depre- hensa sit, publicetur. cum magna in alto tempestas esset, vis ventorum invitis nautis in Rhodiorum por- tum navem coe+git. quaestor navem populi vocat, na- vis dominus negat oportere publicari. intentio est: rostrata navis in portu deprehensa est. depulsio con- cessio. ratio: vi et necessario sumus in portum coacti. infirmatio est: navem ex lege tamen populi esse oportet. iudicatio est: cum rostratam navem in portu deprehensam lex publicarit cumque haec navis invitis nautis vi tempestatis in portum coniecta sit, oporteatne eam publicari?
Si nous avons rassemblé en un seul lieu les exemples de ces trois genres, c’est parce qu’on en transmet un précepte semblable touchant les arguments. Car dans tous ceux-ci il faudra d’abord, si l’affaire même en donne quelque moyen, que l’accusateur introduise une conjecture, en sorte que ce qu’on niera avoir été fait par la volonté soit, par quelque soupçon, démontré avoir été fait à dessein ; ensuite introduire la définition de la nécessité, ou du hasard, ou de l’inadvertance, et adjoindre à cette définition des exemples dans lesquels il paraisse y avoir eu inadvertance, ou hasard, ou nécessité, et séparer de ceux-ci ce que l’accusé alléguera, c’est-à-dire montrer qu’il en diffère, ayant été plus léger, plus facile, point impossible à ignorer, point fortuit, point nécessaire ; ensuite démontrer qu’on aurait pu l’éviter : que par tel moyen on aurait pu y pourvoir, si l’on avait fait ceci ou cela, ou, si on ne l’avait pas fait, s’en garder ; et montrer par les définitions qu’il ne convient pas d’appeler cela inadvertance, ou hasard, ou nécessité, mais paresse, négligence, sottise.
Horum trium generum idcirco in unum locum con- tulimus exempla, quod similis in ea praeceptio argu- mentorum traditur. nam in his omnibus primum, si quid res ipsa dabit facultatis, coniecturam induci ab accusatore oportebit, ut id, quod voluntate factum ne- gabitur, consulto factum suspicione aliqua demon- stretur; deinde inducere definitionem necessitudinis aut casus aut inprudentiae et exempla ad eam defini- tionem adiungere, in quibus inprudentia fuisse videatur aut casus aut necessitudo, et ab his id, quod reus in- ferat, separare, id est ostendere dissimile, quod le- vius, facilius non ignorabile, non fortuitum, non necessarium fuerit; postea demonstrare potuisse vitari: hac ratione provideri potuisse, si hoc aut illud fe- cisset, aut, nisi fecisset, praecaveri; et definitionibus ostendere non hanc inprudentiam aut casum aut ne- cessitudinem, sed inertiam, neglegentiam, fatuitatem nominari oportere.
Et si quelque nécessité paraît comporter de la turpitude, il faudra, par l’enchaînement des lieux communs, démontrer en réfutant qu’il valait mieux tout endurer, mourir enfin, que d’obéir à une nécessité de cette sorte. Et alors, à partir de ces lieux dont il a été parlé dans la partie négociale, il faudra rechercher la nature du droit et de l’équité, et comme dans le juridiciel absolu, considérer ce point même, par soi, à part de toutes choses. Et en ce lieu, s’il y aura moyen, il faudra user d’exemples dans lesquels, en une excuse semblable, on n’a pas pardonné, et par la confrontation montrer qu’à ceux-là on aurait dû pardonner davantage, et par les parties de la délibération, qu’il est honteux ou inutile de concéder cette chose qui a été commise par l’adversaire : que c’est une très grande affaire et qui causera un grand dommage, si cette chose est négligée par ceux qui ont le pouvoir de la châtier.
ac si qua necessitudo turpitudi- nem videbitur habere, oportebit per locorum commu- nium inplicationem redarguentem demonstrare quid- vis perpeti, mori denique satius fuisse quam eius- modi necessitudini optemperare. atque tum ex iis locis, de quibus in negotiali parte dictum est, iuris et aequitatis naturam oportebit quaerere et quasi in absoluta iuridiciali per se hoc ipsum ab rebus omni- bus separatim considerare. atque hoc in loco, si fa- cultas erit, exemplis uti oportebit, quibus in simili excusatione non sit ignotum, et contentione, magis illis ignoscendum fuisse, et deliberationis partibus, turpe aut inutile esse concedi eam rem, quae ab ad- versario commissa sit: permagnum esse et magno fu- turum detrimento, si ea res ab iis, qui potestatem habent vindicandi, neglecta sit.
Le défenseur, lui, pourra user de toutes ces parties retournées ; mais surtout il s’arrêtera à défendre la volonté et à accroître la chose qui a été un empêchement à la volonté ; et qu’il n’a pu faire plus qu’il n’a fait ; et qu’en toutes choses il convient de regarder la volonté ; et qu’il ne peut être convaincu de ce qui est exempt de faute ; qu’en son nom on pourrait condamner la commune faiblesse des hommes. Ensuite, qu’il n’est rien de plus indigne que celui qui est exempt de faute ne soit pas exempt de supplice. Quant aux lieux communs : pour l’accusateur, contre l’aveu, et combien de pouvoir de pécher serait laissé, si l’on établissait une fois que l’on ne s’enquiert pas du fait, mais de la cause du fait ;
Defensor autem conversis omnibus his partibus pot- erit uti; maxime autem in voluntate defendenda com- morabitur et in ea re adaugenda, quae voluntati fuerit inpedimento; et se plus, quam fecerit, facere non po- tuisse; et in omnibus rebus voluntatem spectari opor- tere; et se convinci non posse, quod absit a culpa; suo nomine communem hominum infirmitatem posse dam- nari. deinde nihil esse indignius quam eum, qui culpa careat, supplicio non carere. Loci autem communes: accusatoris in confessionem, et quanta potestas peccandi relinquatur, si semel in- stitutum sit, ut non de facto, sed de facti causa quaera-
pour le défenseur, la plainte sur ce malheur qui est arrivé non par sa faute, mais par quelque force majeure, et sur le pouvoir de la fortune et la faiblesse des hommes, et qu’ils considèrent son intention, non l’événement. Dans toutes ces choses il faudra qu’il y ait et la plainte de ses propres misères, et l’indignation de la cruauté des adversaires. Et il ne conviendra à personne de s’étonner si, soit dans ces exemples, soit dans d’autres, il voit jointe une controverse de l’écrit aussi. De ce genre nous aurons à parler plus tard à part, parce que certains genres de causes se considèrent simplement d’après leur propre force, tandis que certains autres s’adjoignent encore quelque autre genre de controverse ;
tur; defensoris conquestio est calamitatis eius, quae non culpa, sed vi maiore quadam acciderit, et de for- tunae potestate et hominum infirmitate et, uti suum animum, non eventum considerent. in quibus omnibus conquestionem suarum aerumnarum et crudelitatis ad- versariorum indignationem inesse oportebit. Ac neminem mirari conveniet, si aut in his aut in aliis exemplis scripti quoque controversiam adiunctam videbit. quo de genere post erit nobis separatim di- cendum, propterea quod quaedam genera causarum simpliciter ex sua vi considerantur, quaedam autem sibi aliud quoque aliquod controversiae genus assu-
c’est pourquoi, tout étant connu, il ne sera pas difficile de transporter dans chaque cause ce qui conviendra de cet autre genre aussi ; comme dans ces exemples de la concession il y a en tous une controverse de l’écrit, celle qu’on nomme de l’écrit et de l’intention ; mais, parce que nous parlions de la concession, c’est pour elle que nous avons donné des préceptes, et nous parlerons en un autre lieu de l’écrit et de l’intention. Maintenant nous porterons notre considération vers l’autre partie de la concession.
munt. quare omnibus cognitis non erit difficile in unam quamque causam transferre, quod ex eo quoque genere conveniet; ut in his exemplis concessionis inest omnibus scripti controversia, ea quae ex scripto et sententia nominatur; sed, quia de concessione loque- bamur, in eam praecepta dedimus, alio autem loco de scripto et de sententia dicemus. Nunc in alteram concessionis partem consideratio-
La déprécation est celle dans laquelle n’est pas contenue la défense du fait, mais la demande du pardon. Ce genre peut à peine être approuvé en jugement, parce que, le péché étant concédé, il est difficile d’obtenir de celui qui doit être le vengeur des péchés qu’il pardonne. C’est pourquoi il sera permis d’user d’une partie de ce genre, lorsqu’on n’aura pas établi sur lui la cause ; comme si tu plaidais pour quelque homme illustre ou vaillant, dont les bienfaits envers la république sont nombreux, tu pourrais, tout en paraissant ne pas user de la déprécation, en user pourtant, de cette manière : que si, juges, cet homme, pour ses bienfaits, pour le zèle qu’il a toujours eu envers vous, en un tel moment pour lui, à cause de ses nombreux services, demandait que vous lui pardonniez un seul délit, il serait pourtant digne de votre clémence, digne de la vertu de cet homme, juges, que cela vous fût demandé et obtenu de vous. Ensuite il sera permis d’accroître les bienfaits et de conduire les juges, par un lieu commun, à la volonté de pardonner.
nem iam intendemus. Deprecatio est, in qua non de- fensio facti, sed ignoscendi postulatio continetur. hoc genus vix in iudicio probari potest, ideo quod con- cesso peccato difficile est ab eo, qui peccatorum vindex esse debet, ut ignoscat, impetrare. quare parte eius generis, cum causam non in eo constitueris, uti licebit; ut si pro aliquo claro aut forti viro, cuius in rem publi- cam multa sunt beneficia, diceres, posses, cum videaris non uti deprecatione, uti tamen, ad hunc modum: quodsi, iudices, hic pro suis beneficiis, pro suo studio, quod in vos semper habuit, tali suo tempore multorum suorum recte factorum causa uni delicto ut ignosce- retis postularet, tamen dignum vestra mansuetudine, dignum virtute huius esset, iudices, a vobis hanc rem hoc postulante impetrari. deinde augere beneficia licebit et iudices per locum communem ad ignoscendi voluntatem ducere.
C’est pourquoi ce genre, bien qu’il ne se rencontre en jugement que dans une certaine mesure, néanmoins, parce que cette partie même doit parfois être introduite, et que dans le sénat ou dans un conseil il faut souvent la traiter en tout son genre, nous y mettrons aussi des préceptes. Car dans le sénat ou dans un conseil on a longtemps délibéré touchant Syphax, et touchant Q. Numitorius Pullus on a longtemps parlé devant L. Opimius et son conseil, et en celui-ci du moins la demande de pardon l’a emporté plutôt que celle d’examen. Car il prouvait moins aisément qu’il avait toujours été de bon cœur envers le peuple romain, lorsqu’il usait de l’état conjectural, qu’il n’obtenait qu’on lui pardonnât à cause d’un bienfait postérieur, lorsqu’il adjoignait les parties de la déprécation.
quare hoc genus quamquam in iudiciis non versatur nisi quadam ex parte, tamen, quia et pars haec ipsa inducenda nonnumquam est et in senatu aut in consilio saepe omni in genere tractanda, in id quoque praecepta ponemus. nam in senatu aut in consilio de Syphace diu deliberatum est, et de Q. Numitorio Pullo apud L. Opimium et eius consilium diu dictum est, et magis in hoc qui- dem ignoscendi quam cognoscendi postulatio valuit. nam semper animo bono se in populum Romanum fuisse non tam facile probabat, cum coniecturali con- stitutione uteretur, quam ut propter posterius bene- ficium sibi ignosceretur, cum deprecationis partes ad- iungeret.
Il faudra donc que celui qui demandera qu’on lui pardonne rappelle, s’il le peut, ses propres bienfaits, et, s’il le peut, montre qu’ils sont plus grands que ce en quoi il a failli, en sorte qu’il paraisse être venu de lui plus de bien que de mal ; ensuite produise les bienfaits de ses ancêtres, s’il en existe ; ensuite montre que ce qu’il a fait, il l’a fait non par haine ni par cruauté, mais ou par sottise, ou poussé par quelqu’un, ou pour quelque cause honnête ou plausible ; ensuite promette et assure que, instruit par ce péché et affermi par le bienfait de ceux qui lui auront pardonné, il s’abstiendra en tout temps d’une telle conduite ; ensuite montre l’espoir qu’il sera, en quelque haute position, utile à ceux
Oportebit igitur eum, qui sibi ut ignoscatur, postu- labit, commemorare, si qua sua poterit beneficia et, si poterit, ostendere ea maiora esse quam haec, quae deliquerit, ut plus ab eo boni quam mali profectum esse videatur; deinde maiorum suorum beneficia, si qua exstabunt, proferre; deinde ostendere non odio neque crudelitate fecisse, quod fecerit, sed aut stultitia aut inpulsu alicuius aut aliqua honesta aut probabili causa; postea polliceri et confirmare se et hoc peccato doctum et beneficio eorum, qui sibi ignoverint, con- firmatum omni tempore a tali ratione afuturum; de- inde spem ostendere aliquo se in loco magno iis,
qui lui auront fait grâce ; ensuite, s’il y a moyen, il démontrera qu’il est ou consanguin, ou déjà depuis les ancêtres ami au premier rang, et il montrera la grandeur de sa bonne volonté, la noblesse de sa race, la dignité de ceux qui le veulent sauf, et tout le reste de ce qui est attribué aux personnes pour l’honnêteté et la grandeur, il le démontrera, avec plainte, sans arrogance, être en lui, en sorte qu’il paraisse digne plutôt de quelque honneur que d’aucun supplice ; ensuite il produira les autres à qui de plus grands délits ont été pardonnés. Et il profitera beaucoup s’il montre qu’il a été miséricordieux dans l’exercice du pouvoir, enclin à pardonner. Et ce péché même devra être atténué, en sorte qu’il paraisse avoir nui le moins possible, et il faudra démontrer qu’il est honteux ou inutile de tirer le supplice d’un tel homme.
qui sibi concesserint, usui futurum; postea, si facultas erit, se aut consanguineum * aut iam a maioribus inprimis amicum esse demonstrabit et amplitudinem suae vo- luntatis, nobilitatem generis, eorum, qui se salvum velint, dignitatem ostendere, et cetera ea, quae per- sonis ad honestatem et amplitudinem sunt adtributa, cum conquestione, sine arrogantia, in se esse demon- strabit, ut honore potius aliquo quam ullo supplicio dignus esse videatur; deinde ceteros proferre, quibus maiora delicta concessa sint. ac multum proficiet, si se misericordem in potestate, propensum ad igno- scendum fuisse ostendet. atque ipsum illud pecca- tum erit extenuandum, ut quam minimum obfuisse videatur, et aut turpe aut inutile demonstrandum tali de homine supplicium sumere.
Ensuite il faudra, par les lieux communs, capter la miséricorde, d’après ces préceptes qui ont été exposés au premier livre. L’adversaire, lui, accroîtra les méfaits : il dira que rien n’a été fait par inadvertance, mais tout par cruauté et par malice ; que lui-même a été sans miséricorde, orgueilleux ; et, s’il le peut, il montrera qu’il a toujours été ennemi et qu’il ne peut en aucune manière devenir ami. S’il produit des bienfaits, il démontrera ou qu’ils ont été faits pour quelque cause, non par bienveillance, ou qu’une haine vive a été conçue ensuite, ou que tous ceux-là ont été effacés par les méfaits, ou que les bienfaits sont plus légers que les méfaits, ou que, l’honneur ayant été rendu pour les bienfaits, il convient, pour le méfait,
deinde locis commu- nibus misericordiam captare oportebit ex iis praecep- tis, quae in primo libro sunt exposita. Adversarius autem malefacta augebit: nihil impru- denter, sed omnia ex crudelitate et malitia facta dicet; ipsum inmisericordem, superbum fuisse; et, si poterit, ostendet semper inimicum fuisse et amicum fieri nullo modo posse. si beneficia proferet, aut aliqua de causa facta, non propter benivolentiam demonstrabit, aut postea odium esse acre susceptum, aut illa omnia maleficiis esse deleta, aut leviora beneficia quam male- ficia, aut, cum beneficiis honos habitus sit, pro male-
de tirer la peine. Ensuite, qu’il est honteux ou inutile de pardonner. Ensuite, que c’est la plus grande sottise, à l’égard de celui sur qui ils ont souvent souhaité d’avoir le pouvoir, de ne pas user de ce pouvoir ; qu’il faut songer quel cœur ils ont eu envers lui et quelle haine. Le lieu commun sera l’indignation du méfait, et un autre : qu’il faut avoir pitié de ceux qui sont dans les misères à cause de la fortune, non à cause de la malice. Puisque donc, dans l’état général, nous nous arrêtons si longtemps à cause de la multitude de ses parties, de peur que par hasard quelque esprit, écarté par la variété et la dissemblance des choses, ne soit emporté en quelque erreur, il paraît qu’il faille avertir de ce qui nous reste encore de ce genre et pourquoi il reste. Nous disions que juridicielle est la cause dans laquelle on cherche la nature de l’équitable et de l’inique, et la raison de la récompense ou de la peine.
ficio poenam sumi oportere. deinde turpe esse aut inutile ignosci. deinde, de quo ut potestas esset saepe optarint, in eum * ob potestatem non uti summam esse stultitiam; cogitare oportere, quem animum in eum et quod odium habuerint. Locus autem communis erit indignatio maleficii et alter eorum misereri oportere, qui propter fortunam, non propter malitiam in miseriis sint. Quoniam ergo in generali constitutione tamdiu prop- ter eius partium multitudinem commoramur, ne forte varietate et dissimilitudine rerum diductus alicuius animus in quendam errorem deferatur, quid etiam no- bis ex eo genere restet et quare restet, admonendum videtur. Iuridicialem causam esse dicebamus, in qua aequi et iniqui natura et praemii aut poenae ratio quaere- retur.
Ces causes dans lesquelles on s’enquiert de l’équitable et de l’inique, nous les avons exposées. Il reste maintenant à expliquer touchant la récompense et la peine. Car il y a de nombreuses causes qui consistent dans la demande de quelque récompense. Car et devant les juges on s’enquiert souvent de la récompense des accusateurs, et au sénat ou à un conseil on demande souvent quelque récompense. Et il ne conviendra à personne d’estimer que, lorsque nous posons quelque exemple qui se traite au sénat, nous nous écartions du genre judiciaire d’exemples. Car tout ce qui se dit pour approuver ou réprouver un homme, comme à ce discours s’accommode aussi la raison des avis, cela n’est pas, si l’on procède par l’énoncé d’un avis, délibératif ; mais, parce qu’on statue sur un homme, il faut le tenir pour judiciaire. Au reste, qui aura connu avec soin la force et la nature de toutes les causes, les comprendra distinctes par le genre et leur première conformation, mais verra, pour les autres parties, qu’elles s’accordent toutes entre elles et que l’une est enveloppée dans l’autre.
eas causas, in quibus de aequo et iniquo quae- ritur, exposuimus. restat nunc, ut de praemio et de poena explicemus. sunt enim multae causae, quae ex praemii alicuius petitione constant. nam et apud iudi- ces de praemio saepe accusatorum quaeritur et a se- natu aut a consilio aliquod praemium saepe petitur. ac neminem conveniet arbitrari nos, cum aliquod exemplum ponamus, quod in senatu agatur, ab iudi- ciali genere exemplorum recedere. quicquid enim de homine probando aut inprobando dicitur, cum ad eam dictionem sententiarum quoque ratio accommodetur, id non, si per sententiae dictionem agitur, delibera- tivum est; sed, quia de homine statuitur, iudiciale est habendum. omnino autem qui diligenter omnium cau- sarum vim et naturam cognoverit, genere et prima conformatione eas intelleget dissidere, ceteris autem partibus aptas inter se omnes et aliam in alia impli- catam videbit.
Maintenant considérons les récompenses. Le consul L. Licinius Crassus, dans la Gaule citérieure, poursuivit et défit certaines gens qui, sans chef illustre ni assuré, sans ce nom ni ce nombre voulus pour qu’on pût dire qu’ils étaient ennemis du peuple romain, rendaient pourtant la province dangereuse par leurs incursions et leurs brigandages. Il revient à Rome ; il demande au sénat le triomphe. Ici, comme dans la déprécation, il ne nous importe en rien de parvenir au point à juger en subordonnant des raisons et des infirmations de raisons, parce que, à moins qu’un autre état de cause aussi, ou une partie d’état de cause, ne survienne, le point à juger sera simple et sera contenu dans la question même : dans la déprécation, de cette sorte : convient-il qu’il soit frappé de la peine ? dans celle-ci, de cette sorte : convient-il qu’on donne la récompense ?
Nunc de praemiis consideremus. L. Licinius Crassus consul quosdam in citeriore Gallia nullo inlustri neque certo duce neque eo nomine neque numero praeditos, uti digni essent, qui hostes populi Romani esse diceren- tur, qui tamen excursionibus et latrociniis infestam provinciam redderent, consectatus est et confecit. Ro- mam redit: triumphum ab senatu postulat. hic et in deprecatione nihil ad nos attinet rationibus et infir- mationibus rationum subponendis ad iudicationem pervenire, propterea quod, nisi alia quoque incidet constitutio aut pars constitutionis, simplex erit iudi- catio et in quaestione ipsa continebitur: in depreca- tione, huiusmodi: oporteatne poena affici? in hac, huiusmodi: oporteatne dari praemium?
Maintenant nous exposerons les lieux appropriés à la question de la récompense. La raison de la récompense est donc distribuée en quatre parties : les bienfaits, l’homme, le genre de récompense, les ressources. Les bienfaits se considèrent d’après leur propre force, d’après le temps, d’après l’intention de celui qui les a faits, d’après le hasard. D’après leur propre force, on s’enquerra de cette manière : sont-ils grands ou petits, faciles ou difficiles, singuliers ou communs, vrais ou rehaussés par quelque parure du faux ; d’après le temps, s’il les a faits alors que nous étions dans le besoin, alors que les autres ne pouvaient ou ne voulaient secourir, alors que l’espoir nous avait abandonnés ; d’après l’intention, s’il a fait tout cela non pour son propre avantage, mais dans ce dessein de pouvoir l’accomplir ; d’après le hasard, si cela paraît avoir été fait non par la fortune, mais par l’industrie, ou si la fortune a fait obstacle à l’industrie.
Nunc ad praemii quaestionem appositos locos ex- ponemus. ratio igitur praemii quattuor est in partes distributa: in beneficia, in hominem, in praemii genus, in facultates. Beneficia ex sua vi, ex tempore, ex animo eius, qui fecit, ex casu considerantur. ex sua vi quaerentur hoc modo: magna an parva, facilia an difficilia, singu- laria sint an vulgaria, vera an falsa quadam exornatione honestentur; ex tempore autem, si tum, cum indigeremus, cum ceteri non possent aut nollent opi- tulari, si tum, cum spes deseruisset; ex animo, si non sui commodi causa, si eo consilio fecit omnia, ut hoc conficere posset; ex casu, si non fortuna, sed indu- stria factum videbitur aut si industriae fortuna obsti- tisse.
Quant à l’homme, on considérera selon quels principes il a vécu, quelle dépense ou quel labeur il a consacrés à cette affaire ; s’il a jamais fait quelque chose de tel ; s’il ne réclame pas pour lui la récompense du labeur d’autrui ou de la bonté des dieux ; s’il n’a pas jadis lui-même nié qu’il convînt qu’un homme fût gratifié d’une récompense pour une telle cause ; ou si l’honneur déjà rendu pour ce qu’il a fait n’est pas suffisant ; ou s’il ne lui était pas nécessaire de faire ce qu’il a fait ; ou si son fait n’est pas de telle sorte que, s’il ne l’avait pas fait, il serait digne du supplice, et non, parce qu’il l’a fait, de la récompense ; ou s’il ne demande pas la récompense avant le temps et ne vend pas à prix certain un espoir incertain ; ou si, pour éviter quelque supplice, il ne demande pas la récompense, en sorte qu’il paraisse qu’un préjugé a été formé sur lui. Quant au genre de récompense, on considérera quoi, combien et pourquoi on demande, et de quelle et de combien grande récompense chaque chose est digne ; ensuite on s’enquerra à quels hommes et pour quelles causes, chez les ancêtres, un tel honneur a été rendu ;
In hominem autem, quibus rationibus vixerit, quid sumptus in eam rem aut laboris insumpserit; ecquid aliquando tale fecerit; num alieni laboris aut deorum bonitatis praemium sibi postulet; num aliquando ipse talem ob causam aliquem praemio affici negarit opor- tere; aut num iam satis pro eo, quod fecerit, honos habitus sit; aut num necesse fuerit ei facere id, quod fecerit; aut num eiusmodi sit factum, ut, nisi fecisset, supplicio dignus esset, non, quia fecerit, praemio; aut num ante tempus praemium petat et spem incertam certo venditet pretio; aut num, quod supplicium ali- quod vitet, eo praemium postulet, uti de se praeiudi- cium factum esse videatur. In praemii autem genere, quid et quantum et quam- obrem postuletur et quo et quanto quaeque res prae- mio digna sit, considerabitur; deinde, apud maiores quibus hominibus et quibus de causis talis honos habi- tus sit, quaeretur;
ensuite, que cet honneur ne soit pas trop vulgarisé. Et ici sera le lieu commun de celui qui parlera contre quelqu’un demandant une récompense : que les récompenses de la vertu et du devoir doivent être saintes et pures, et qu’elles ne soient ni partagées avec les méchants ni vulgarisées chez les hommes médiocres ; et un autre : que les hommes seront moins désireux de la vertu, la récompense de la vertu étant vulgarisée ; car ce qui est rare et ardu paraît aux hommes, par l’épreuve, beau et agréable ; et un troisième : si surgissaient ceux qui, chez nos ancêtres, ont été jugés dignes d’un tel honneur pour une vertu insigne, ne penseraient-ils pas qu’on retranche de leur gloire, lorsqu’ils voient de tels hommes gratifiés d’une récompense pareille ? et l’énumération de ceux-ci, et la comparaison avec ceux contre qui tu parles. Quant à celui qui demandera la récompense, l’amplification de son fait, la confrontation de ceux qui ont été gratifiés d’une récompense avec ses propres faits.
deinde, ne is honos nimium pervul- getur. atque hic eius, qui contra aliquem praemium postulantem dicet, locus erit communis: praemia vir- tutis et officii sancta et casta esse oportere neque ea aut cum inprobis communicari aut in mediocribus hominibus pervulgari; et alter: minus homines vir- tutis cupidos fore virtutis praemio pervulgato; quae enim rara et ardua sint, ea experiendo pulchra et iu- cunda hominibus videri; et tertius: si exsistant, qui apud maiores nostros ob egregiam virtutem tali ho- nore dignati sunt, nonne de sua gloria, cum pari prae- mio tales homines affici videant, delibari putent? et eorum enumeratio et cum iis, quos contra dicas, com- paratio. eius autem, qui praemium petet, facti sui amplificatio, eorum, qui praemio affecti sunt, cum suis factis contentio.
Ensuite, que les autres seront détournés du zèle de la vertu, si lui-même n’est pas gratifié d’une récompense. Quant aux ressources, on les considère lorsqu’on demande quelque récompense pécuniaire ; en quoi l’on considère s’il y a abondance de terre, de revenus, d’argent, ou pénurie. Les lieux communs : qu’il convient d’accroître les ressources, non de les diminuer ; et qu’il est impudent celui qui, pour un bienfait, demande non la reconnaissance, mais un salaire ; et, au contraire, qu’il est sordide de calculer touchant l’argent, lorsqu’on délibère touchant la reconnaissance à rendre ; et qu’il ne demande pas un prix pour le fait, mais l’honneur tel qu’il a coutume d’être rendu pour un bienfait. Et touchant les états de cause, en vérité, il a été assez dit : maintenant il paraît qu’il faille parler de ces controverses qui roulent dans l’écrit.
deinde ceteros a virtutis studio repul- sum iri, si ipse praemio non sit affectus. Facultates autem considerantur, cum aliquod pecu- niarium praemium postulatur; in quo, utrum copiane sit agri, vectigalium, pecuniae an penuria, conside- ratur. Loci communes: facultates augere, non minu- ere oportere; et, inpudentem esse, qui pro beneficio non gratiam, verum mercedem postulet; contra autem de pecunia ratiocinari sordidum esse, cum de gratia referunda deliberetur; et, se pretium non pro facto, sed honorem ita, ut factitatum sit, pro beneficio postu- lare. Ac de constitutionibus quidem satis dictum est: nunc de iis controversiis, quae in scripto versantur, dicen- dum videtur.
La controverse roule dans l’écrit lorsque, de la teneur de l’écrit, naît quelque doute. Cela vient de l’ambigu, de l’écrit et de l’intention, des lois contraires, du raisonnement, de la définition. Or la controverse naît de l’ambigu lorsque ce qu’a entendu celui qui a écrit est obscur, parce que l’écrit signifie deux choses ou davantage, de cette manière : un père de famille, faisant son fils héritier, légua ainsi à sa femme cent livres de vaisselle d’argent : « Que mon héritier donne à ma femme cent livres de vaisselle d’argent, celle qu’elle voudra. » Après sa mort, la mère réclame du fils la vaisselle magnifique et précieusement ciselée. Lui dit qu’il doit celle que lui-même voudra. D’abord, s’il se peut, il faut démontrer que l’écrit n’est pas ambigu, parce que tous, dans l’usage du langage, ont coutume d’employer ainsi ce mot, seul ou avec d’autres, dans le sens dans lequel celui qui parle démontrera qu’il faut le prendre.
In scripto versatur controversia, cum ex scriptio- nis ratione aliquid dubii nascitur. id fit ex ambiguo, ex scripto et sententia, ex contrariis legibus, ex ratio- cinatione, ex definitione. Ex ambiguo autem nascitur controversia, cum, quid senserit scriptor, obscurum est, quod scriptum duas pluresve res significat, ad hunc modum: paterfami- lias, cum filium heredem faceret, vasorum argenteo- rum centum pondo uxori suae sic legavit: heres meus uxori meae vasorum argenteorum pondo cen- tum, quae volet, dato. post mortem eius vasa ma- gnifica et pretiose caelata petit a filio mater. ille se, quae ipse vellet, debere dicit. primum, si fieri poterit, demonstrandum est non esse ambigue scrip- tum, propterea quod omnes in consuetudine sermo- nis sic uti solent eo verbo uno pluribusve in eam sen- tentiam, in quam is, qui dicet, accipiendum esse demon-
Ensuite, par ce qui précède et ce qui suit dans l’écriture, il faut enseigner que ce dont on s’enquiert devient manifeste. C’est pourquoi, si les mots eux-mêmes se considèrent séparément et par eux-mêmes, tous ou la plupart paraîtront ambigus ; mais ceux qui, considérés d’après toute l’écriture, deviennent manifestes, il ne convient pas de les estimer ambigus. Ensuite, dans quelle intention l’écrivain a été, il faudra le prendre de ses autres écrits et de ses faits, ses dits, son âme et sa vie, et éprouver cette écriture même, dans laquelle se trouvera cet ambigu dont on s’enquiert, tout entière et par toutes ses parties, pour voir si quelque chose ou est approprié à ce que nous interprétons, ou s’oppose à ce que l’adversaire entend. Car facilement on considérera ce qu’il est vraisemblable qu’a voulu celui qui a écrit, d’après toute l’écriture, d’après la personne de l’écrivain et d’après les choses qui sont attribuées aux personnes.
strabit. deinde ex superiore et ex inferiore scriptura docendum id, quod quaeratur, fieri perspicuum. quare si ipsa separatim ex se verba considerentur, omnia aut pleraque ambigua visum iri; quae autem ex omni considerata scriptura perspicua fiant, haec ambigua non oportere existimare. deinde, qua in sententia scriptor fuerit, ex ceteris eius scriptis et ex factis, dic- tis, animo atque vita eius sumi oportebit et eam ipsam scripturam, in qua inerit illud ambiguum, de quo quae- retur, totam omnibus ex partibus pertemptare, si quid aut ad id appositum sit, quod nos interpretemur, aut ei, quod adversarius intellegat, adversetur. nam facile, quid veri simile sit eum voluisse, qui scripsit, ex omni scriptura et ex persona scriptoris atque iis rebus, quae personis attributae sunt, considerabitur.
Ensuite il faudra démontrer, si l’affaire même en donne quelque moyen, que ce que l’adversaire entend peut se faire bien moins commodément que ce que nous prenons, parce que de cette chose-là il n’existe ni exécution ni aucune issue ; tandis que ce que nous disons peut s’accomplir aisément et commodément ; comme dans cette loi — car rien n’empêche d’en poser une feinte en guise d’exemple, afin que la chose se comprenne plus aisément — : « Qu’une courtisane n’ait pas de couronne d’or ; si elle en a eu, qu’elle soit confisquée », contre celui qui dirait que la courtisane doit être confisquée selon la loi, on pourrait dire qu’il n’y a aucune exécution de la confiscation d’une courtisane ni aucune issue de la loi dans la confiscation d’une courtisane, tandis que dans la confiscation de l’or il y a et exécution et issue facile, et qu’il n’y a là aucun inconvénient.
deinde erit demonstrandum, si quid ex re ipsa dabitur facultatis, id, quod adversarius intellegat, multo minus commode fieri posse, quam id, quod nos accipimus, quod illius rei neque administratio neque exitus ullus exstet; nos quod dicamus, facile et commode transigi posse; ut in hac lege—nihil enim prohibet fictam exempli loco ponere, quo facilius res intellegatur—: meretrix coronam auream ne habeto; si habuerit, publica esto, contra eum, qui meretricem publicari dicat ex lege oportere, possit dici neque administrationem esse ullam publicae meretricis neque exitum legis in mere- trice publicanda, at in auro publicando et admini- strationem et exitum facilem esse et incommodi nihil inesse.
Et il faudra aussi prendre garde avec soin à ceci : si, ce qu’entend l’adversaire étant approuvé, une chose plus utile, ou plus honnête, ou plus nécessaire ne paraît pas avoir été négligée par l’écrivain. Cela se fera si ce que nous démontrons, nous le démontrons honnête, ou utile, ou nécessaire, et si ce qui sera dit par les adversaires, nous le disons n’être nullement de cette sorte. Ensuite, si dans la loi la controverse vient de l’ambigu, il faudra prendre soin qu’on enseigne que, touchant ce que l’adversaire entend, il a été pourvu par la loi dans une autre affaire.
ac diligenter illud quoque adtendere oportebit, num illo probato, quod adversarius intellegat, res uti- lior aut honestior aut magis necessaria ab scriptore neglecta videatur. id fiet, si id, quod nos demon- strabimus, honestum aut utile aut necessarium demon- strabimus, et si id, quod ab adversariis dicetur, minime eiusmodi esse dicemus. deinde si in lege erit ex amb- iguo controversia, dare operam oportebit, ut de eo, quod adversarius intellegat, alia in re lege cautum esse doceatur.
Mais il profitera beaucoup de démontrer comment celui qui a écrit aurait écrit, s’il avait voulu que se fît ou s’entendît ce que l’adversaire prend ; comme dans cette cause où l’on s’enquiert touchant la vaisselle d’argent, la femme pourrait dire qu’il n’importait en rien d’ajouter « celle qu’elle voudra », s’il s’en remettait à la volonté de l’héritier. Car, cela n’étant pas ajouté, il n’y aurait aucun doute que l’héritier donnerait celle que lui-même voudrait. C’eût donc été démence, alors qu’il voulait pourvoir à l’héritier, d’ajouter ce qui, n’étant pas ajouté, pourvoyait néanmoins à l’héritier.
permultum autem proficiet illud demon- strare, quemadmodum scripsisset, si id, quod adver- sarius accipiat, fieri aut intellegi voluisset, ut in hac causa, in qua de vasis argenteis quaeritur, possit mulier dicere nihil adtinuisse adscribi quae volet, si heredis voluntati permitteret. eo enim non adscripto nihil esse dubitationis, quin heres, quae ipse vellet, daret. amentiae igitur fuisse, cum heredi vellet cavere, id adscribere, quo non adscripto nihilominus heredi caveretur.
C’est pourquoi il faudra, dans de telles causes, user grandement de ce genre d’argument : il aurait écrit de telle manière, il n’eût pas employé tel mot, il n’eût pas placé tel mot en tel endroit ; car c’est par là surtout que se discerne l’intention de celui qui a écrit. Ensuite il faut s’enquérir en quel temps cela a été écrit, afin que l’on comprenne ce qu’il est vraisemblable qu’il ait voulu en un temps de cette sorte. Après quoi, à partir des parties de la délibération, il faut démontrer ce qui était le plus utile et le plus honnête, et pour lui à l’écrire, et pour ceux-ci à l’approuver ; et, si de là quelque amplification se présente, il faudra user des lieux communs propres à l’une et à l’autre partie. La controverse de l’écrit et de l’intention s’établit lorsque l’un use des mots mêmes qui ont été écrits, tandis que l’autre rapporte tout son discours à ce qu’il dira qu’a entendu celui qui a écrit.
quare hoc genere magnopere talibus in causis uti oportebit: hoc modo scripsisset, isto verbo usus non esset, non isto loco verbum istud con- locasset. nam ex his sententia scriptoris maxime perspicitur. deinde quo tempore scriptum sit, quaeren- dum est, ut, quid eum voluisse in eiusmodi tempore veri simile sit, intellegatur. post ex deliberationis partibus, quid utilius et quid honestius et illi ad scri- bendum et his ad conprobandum sit, demonstrandum; et ex his, si quid amplificationis dabitur, communi- bus utrimque locis uti oportebit. Ex scripto et sententia controversia consistit, cum alter verbis ipsis, quae scripta sunt, utitur, alter ad id, quod scriptorem sensisse dicet, omnem adiungit dictionem.
Mais l’intention de celui qui a écrit sera démontrée, par celui qui se défendra par l’intention, tantôt en montrant qu’elle vise toujours au même point et veut toujours la même chose, tantôt en l’accommodant, d’après quelque fait ou quelque événement, au temps qu’on examine. Qu’elle vise toujours au même point, de cette manière : un père de famille, n’ayant point d’enfants, mais ayant une épouse, écrivit ainsi dans son testament : « S’il me naît un fils, un seul ou plusieurs, qu’il soit mon héritier » ; puis les clauses accoutumées ; ensuite : « Si le fils meurt avant d’être entré en sa tutelle, qu’alors un tel soit mon héritier. » Il ne naquit point de fils. Les agnats disputent avec celui qui est héritier, dans le cas où le fils serait mort avant d’entrer en sa tutelle.
scriptoris autem sententia ab eo, qui sen- tentia se defendet, tum semper ad idem spectare et idem velle demonstrabitur; tum ex facto aut ex eventu aliquo ad tempus id, quod instituit, accommodabitur. semper ad idem spectare, hoc modo: paterfamilias cum liberorum haberet nihil, uxorem autem haberet, in testamento ita scripsit: si mihi filius genitur unus pluresve, is mihi heres esto. deinde quae assolent. postea: si filius ante moritur, quam in tutelam suam venerit, tum mihi, * dicet, heres esto. filius natus non est. ambigunt adgnati cum eo, qui est heres, si filius ante, quam in tutelam veniat, mor-
En ce genre, on ne peut dire qu’il faille accommoder l’intention de celui qui a écrit au temps et à quelque événement, parce qu’on démontre que celle-ci est la seule sur laquelle s’appuie celui qui parle contre l’écrit pour défendre que l’héritage est sien. Mais il est un autre genre de ceux qui introduisent l’intention, dans lequel on ne montre pas une volonté simple de celui qui a écrit, qui vaudrait la même en tout temps et en tout fait, mais on dit qu’il faut l’interpréter selon le temps, d’après quelque fait ou événement. Ce genre se soutient surtout par les parties de l’assomptive juridicielle. Car tantôt on introduit la comparaison, comme en celui qui, alors que la loi défendait d’ouvrir les portes de nuit, les ouvrit en certaine guerre et reçut dans la place quelques secours, afin qu’ils ne fussent pas accablés par les ennemis
tuus sit. in hoc genere non potest hoc dici, ad tem- pus et ad eventum aliquem sententiam scriptoris opor- tere accommodari, propterea quod ea sola esse demon- stratur, qua fretus ille, qui contra scriptum dicit, suam esse hereditatem defendit. aliud autem genus est eorum, qui sententiam inducunt, in quo non simplex voluntas scriptoris ostenditur, quae in omne tempus et in omne factum idem valeat, sed ex quodam facto aut eventu ad tempus interpretanda dicitur. ea par- tibus iuridicialis assumptivae maxime sustinetur. nam tum inducitur comparatio, ut in eo, qui, cum lex ape- riri portas noctu vetaret, aperuit quodam in bello et auxilia quaedam in oppidum recepit, ne ab hostibus opprimerentur,
s’ils restaient au-dehors, parce que les ennemis avaient leur camp tout près des murs ; tantôt le report du crime, comme en ce soldat qui, alors que la loi commune à tous défendait de tuer un homme, tua son tribun militaire qui tentait de lui faire violence ; tantôt l’éloignement du crime, comme en celui qui, alors que la loi avait fixé d’avance les jours où il devait partir en ambassade, ne partit point parce que le questeur ne lui donna pas les frais ; tantôt la concession par la justification et par l’inadvertance, comme en l’immolation du veau, et par la force, comme en la nef à éperon, et par le hasard, comme en la crue de l’Eurotas. C’est pourquoi l’on introduira l’intention ou de manière à démontrer que celui qui a écrit a voulu une chose unique, ou de manière à enseigner que, en une affaire et un temps de cette sorte, il a voulu ceci.
si foris essent, quod prope muros hostes castra haberent; tum relatio criminis, ut in eo milite, qui, cum communis lex omnium hominem occi- dere vetaret, tribunum militum suum, qui vim sibi afferre conaretur, occidit; tum remotio criminis, ut in eo, qui, cum lex, quibus diebus in legationem pro- ficisceretur, praestituerat, quia sumptum quaestor non dedit, profectus non est; tum concessio per purgatio- nem et per inprudentiam, ut in vituli immolatione, et per vim, ut in nave rostrata, et per casum, ut in Eurotae magnitudine. quare aut ita sententia induce- tur, ut unum quiddam voluisse scriptor demonstre- tur, aut sic, ut in eiusmodi re et tempore hoc voluisse doceatur.
Ainsi celui qui défendra l’écrit pourra user, le plus souvent, de tous ces lieux, et de la plupart toujours : d’abord de l’éloge de celui qui a écrit, et du lieu commun selon lequel ceux qui jugent ne doivent rien considérer hormis ce qui est écrit ; et cela d’autant plus si l’on produit un écrit consacré par la loi, c’est-à-dire ou la loi même ou quelque chose tiré de la loi ; ensuite, ce qui est le plus puissant, par la confrontation du fait ou de l’intention des adversaires avec l’écrit même : ce qui a été écrit, ce qui a été fait, ce sur quoi le juge a prêté serment ; lieu qu’il faudra varier de bien des manières, tantôt en s’étonnant en soi-même de ce que l’on pourrait bien dire en sens contraire, tantôt en revenant au devoir du juge et en lui demandant ce qu’il doit encore entendre ou attendre ; tantôt en produisant l’adversaire lui-même comme à la place d’un témoin, c’est-à-dire en l’interrogeant : nie-t-il que la chose ait été écrite de cette façon, ou bien nie-t-il avoir agi contre, ou que l’on conteste contre lui ?
Ergo is, qui scriptum defendet, his locis plerumque omnibus, maiore autem parte semper poterit uti: pri- mum scriptoris conlaudatione et loco communi, nihil eos, qui iudicent, nisi id, quod scriptum, spectare oportere; et hoc eo magis, si legitimum scriptum pro- feretur, id est aut lex ipsa aut aliquid ex lege; postea, quod vehementissimum est, facti aut intentionis adver- sariorum cum ipso scripto contentione, quid scriptum sit, quid factum, quid iuratus iudex; quem locum mul- tis modis variare oportebit, tum ipsum secum admi- rantem, quidnam contra dici possit, tum ad iudicis officium revertentem et ab eo quaerentem, quid prae- terea audire aut exspectare debeat; tum ipsum ad- versarium quasi in testis loco producendo, hoc est interrogando, utrum scriptumne neget esse eo modo, an ab se contra factum esse aut contra contendi neget;
S’il a osé nier l’un ou l’autre, on dira que l’on cessera de parler. S’il ne nie ni l’un ni l’autre et parle pourtant en sens contraire, on dira qu’il n’est rien par quoi quiconque puisse penser qu’il verra jamais un homme plus impudent. En ce lieu il conviendra de s’arrêter ainsi, comme s’il n’y avait rien d’autre à dire et comme si l’on ne pouvait rien dire en sens contraire, souvent en récitant ce qui a été écrit, souvent en heurtant le fait de l’adversaire contre l’écrit, et parfois en revenant vivement au juge lui-même. En ce lieu il faut démontrer au juge sur quoi il a prêté serment, ce qu’il doit suivre : que le juge ne doit hésiter que pour deux causes, ou si l’écrit est obscur, ou si l’adversaire nie quelque chose ;
utrum negare ausus sit, se dicere desiturum. si neu- trum neget et contra tamen dicat: nihil esse quo hominem inpudentiorem quisquam se visurum arbi- tretur. in hoc ita commorari conveniet, quasi nihil praeterea dicendum sit et quasi contra dici nihil possit, saepe id, quod scriptum est, recitando, saepe cum scrip- to factum adversarii confligendo atque interdum acri- ter ad iudicem ipsum revertendo. quo in loco iudici demonstrandum est, quid iuratus sit, quid sequi debeat: duabus de causis iudicem dubitare oportere, si aut scriptum sit obscure aut neget aliquid adversarius;
mais lorsque l’écrit est manifeste et que l’adversaire avoue tout, alors le juge doit obéir à la loi, non interpréter la loi. Ce lieu affermi, il faudra alors dissoudre ce que l’on pourra dire en sens contraire. Or on parlera en sens contraire ou si l’on démontre que celui qui a écrit a entendu tout autre chose et a écrit autre chose, comme en cette controverse touchant le testament que nous avons posée, ou si l’on introduit une cause assomptive, expliquant pourquoi l’on n’a pu ou n’a pas dû obéir à l’écrit.
cum et scriptum aperte sit et adversarius omnia con- fiteatur, tum iudicem legi parere, non interpretari legem oportere. Hoc loco confirmato tum diluere ea, quae contra dici poterunt, oportebit. contra autem dicetur, si aut pror- sus aliud sensisse scriptor et scripsisse aliud demon- strabitur, ut in illa de testamento, quam posuimus, controversia, aut causa assumptiva inferetur, quamob- rem scripto non potuerit aut non oportuerit optem- perari.
Si l’on dit que celui qui a écrit a entendu une chose et en a écrit une autre, celui qui usera de l’écrit dira ceci : qu’il ne nous faut point argumenter touchant la volonté de celui qui, pour que nous ne pussions le faire, nous a laissé un indice de sa volonté ; que de nombreux inconvénients s’ensuivent si l’on établit que l’on s’écarte de l’écrit ; car ceux qui écrivent quelque chose n’estimeront pas que ce qu’ils ont écrit demeurera ferme, et ceux qui jugent n’auront rien de certain à suivre, une fois qu’ils auront pris coutume de s’écarter de l’écrit. Que si la volonté de celui qui a écrit doit être conservée, c’est lui, non ses adversaires, qui se tient du côté de cette volonté ; car celui-là approche bien plus près de la volonté de celui qui a écrit, qui l’interprète d’après ses propres lettres, que celui-là qui considère l’intention de celui qui a écrit non d’après son écrit même — alors qu’il a laissé comme une image de sa volonté — mais la scrute par des soupçons domestiques.
Si aliud sensisse scriptor, aliud scripsisse dicetur, is, qui scripto utetur, haec dicet: non oportere de eius voluntate nos argumentari, qui, ne id facere possemus, indicium nobis reliquerit suae voluntatis; multa in- commoda consequi, si instituatur, ut ab scripto rece- datur. nam et eos, qui aliquid scribant, non existi- maturos id, quod scripserint, ratum futurum, et eos, qui iudicent, certum, quod sequantur, nihil habituros, si semel ab scripto recedere consueverint. quodsi voluntas scriptoris conservanda sit, se, non adver- sarios, a voluntate eius stare. nam multo propius accedere ad scriptoris voluntatem eum, qui ex ipsius eam litteris interpretetur, quam illum, qui sententiam scriptoris non ex ipsius scripto spectet, quod ille suae voluntatis quasi imaginem reliquerit, sed domesticis suspicionibus perscrutetur.
Mais si celui qui se tiendra du côté de l’intention apporte une cause, il faudra d’abord parler en sens contraire : combien il est absurde de ne pas nier d’avoir agi contre la loi, mais de trouver quelque cause au pourquoi on l’a fait ; ensuite, que tout se trouve renversé : autrefois les accusateurs avaient coutume de persuader aux juges que celui qui était accusé touchait à quelque faute, en produisant la cause qui l’avait poussé à mal faire ;—
Sin causam afferet is, qui a sententia stabit, pri- mum erit contra dicendum: quam absurdum non negare contra legem fecisse, sed, quare fecerit, cau- sam aliquam invenire; deinde conversa esse omnia: ante solitos esse accusatores iudicibus persuadere, ad- finem esse alicuius culpae eum, qui accusaretur, cau- sam proferre, quae eum ad peccandum impulisset;—
tandis que maintenant l’accusé lui-même apporte la cause du pourquoi il a failli. Ensuite il faut introduire cette division, en chacune des parties de laquelle conviendront de nombreuses argumentations : d’abord, qu’en nulle loi il ne convient de recevoir aucune cause contre l’écrit ; ensuite, qu’à supposer qu’on le doive dans les autres lois, celle-ci est une loi de telle sorte qu’on ne le doit point en elle ; enfin, qu’à supposer qu’on le doive aussi dans cette loi, cette cause-ci du moins ne doit nullement être reçue. La première partie se confirmera à peu près par ces lieux : que ni le talent, ni le soin, ni aucune faculté n’a manqué à celui qui a écrit, qui l’eût empêché d’écrire à découvert ce qu’il pensait ; qu’il ne lui eût été ni pesant ni difficile d’excepter la cause que les adversaires produisent, s’il eût jugé qu’il fallût rien excepter :
nunc ipsum reum causam afferre, quare deliquerit. deinde hanc inducere partitionem, cuius in singulas partes multae convenient argumentationes: primum, nulla in lege ullam causam contra scriptum accipi con- venire; deinde, si in ceteris legibus conveniat, hanc esse eiusmodi legem, ut in ea non oporteat; postremo, si in hac quoque lege oporteat, hanc quidem causam accipi minime oportere. Prima pars his fere locis confirmabitur: scriptori neque ingenium neque operam neque ullam faculta- tem defuisse, quo minus aperte posset perscribere id, quod cogitaret; non fuisse ei grave nec difficile eam causam excipere, quam adversarii proferant, si quic- quam excipiendum putasset:
que ceux qui écrivent les lois ont coutume d’user d’exceptions. Ensuite il faut réciter les lois écrites avec leurs exceptions, et surtout voir s’il n’y a pas, en cette loi même dont il s’agit, quelque exception en quelque chapitre ou chez le même rédacteur de loi, afin que l’on prouve mieux qu’il eût excepté, s’il eût jugé qu’il fallût excepter quelque chose ; et montrer que recevoir une cause n’est rien d’autre qu’abolir la loi, parce que, une fois la cause considérée, il n’importe en rien de la considérer d’après la loi, puisqu’elle n’est point écrite dans la loi. Que si l’on établissait cette coutume, on donnerait à tous une cause et le pouvoir de mal faire, dès qu’ils auraient compris que vous jugez l’affaire d’après le caractère de celui qui a agi contre la loi, et non d’après la loi sur laquelle vous avez prêté serment ; ensuite, que les juges eux-mêmes verraient troublées leurs raisons de juger, et les autres citoyens leurs raisons de vivre,
consuesse eos, qui leges scribant, exceptionibus uti. deinde oportet recitare leges cum exceptionibus scriptas et maxime videre, ecquae in ea ipsa lege, qua de agatur, sit exceptio ali- quo in capite aut apud eundem legis scriptorem, quo magis probetur eum fuisse excepturum, si quid exci- piendum putaret; et ostendere causam accipere nihil aliud esse nisi legem tollere, ideo quod, cum semel causa consideretur, nihil attineat eam ex lege con- siderare, quippe quae in lege scripta non sit. quod si sit institutum, omnibus dari causam et potestatem peccandi, cum intellexerint vos ex ingenio eius, qui contra legem fecerit, non ex lege, in quam iurati sitis, rem iudicare; deinde et ipsis iudicibus iudicandi et ceteris civibus vivendi rationes perturbatum iri,
une fois que l’on se serait écarté des lois ; car les juges n’auront ni ce qu’ils doivent suivre, s’ils s’écartent de ce qui a été écrit, ni le moyen de prouver à autrui le pourquoi ils ont jugé contre la loi ; et les autres citoyens ignoreront ce qu’ils ont à faire, si chacun administre chaque chose selon son propre dessein et selon la raison qui lui sera venue à l’esprit ou au caprice, et non selon la prescription commune de la cité. Ensuite, demander aux juges eux-mêmes pourquoi ils sont retenus dans les affaires d’autrui ; pourquoi ils sont empêchés par la charge de l’État de pouvoir servir leurs propres biens et leurs commodités ; pourquoi ils jurent en des termes fixés ; pourquoi ils s’assemblent à un temps fixé, pourquoi ils se séparent à un temps fixé, sans que personne apporte aucune cause qui le dispense de donner assidûment son labeur à l’État, hormis la cause qui aura été exceptée dans la loi ; ou bien estiment-ils juste d’être astreints, eux, aux lois en de si grands ennuis, et de concéder à nos adversaires de négliger les lois ?
si semel ab legibus recessum sit; nam et iudices neque, quid sequantur, habituros, si ab eo, quod scriptum sit, recedant, neque, quo pacto aliis probare possint, quod contra legem iudicarint; et ceteros cives, quid agant, ignoraturos, si ex suo quisque consilio et ex ea ratione, quae in mentem aut in libidinem venerit, non ex communi praescripto civitatis unam quamque rem administrabit; postea quaerere ab iudicibus ipsis, quare in alienis detineantur negotiis; cur rei publicae munere impediantur, quo setius suis rebus et commo- dis servire possint; cur in certa verba iurent; cur certo tempore conveniant, cur certo discedant, nihil quis- quam afferat causae, quo minus frequenter operam rei publicae det, nisi quae causa in lege excepta sit; an se legibus obstrictos in tantis molestiis esse aequum censeant, adversarios nostros leges neglegere con-
Ensuite, demander de même aux juges si, dans le cas où l’accusé inscrirait lui-même dans la loi une exception pour la chose à cause de laquelle il dit avoir agi contre la loi, ils le souffriraient ; puis, que ce qu’il fait est plus indigne et plus impudent que s’il l’inscrivait. Allons encore : quoi donc ? Si les juges eux-mêmes voulaient l’inscrire, le peuple le souffrirait-il ? Et qu’il est plus indigne de changer par le fait même et par un jugement suprême ce qu’ils ne peuvent changer par un mot et par des lettres ;
cedant; deinde item quaerere ab iudicibus, si eius rei causa, propter quam se reus contra legem fecisse dicat, exceptionem ipse in lege adscribat, passurine sint; postea hoc, quod faciat, indignius et inpuden- tius esse, quam si adscribat; age porro, quid? si ipsi vellent iudices adscribere, passurusne sit populus? atque hoc esse indignius, quam rem verbo et litteris mutare non possint,
ensuite, qu’il est indigne que l’on déroge à quelque chose de la loi, ou que l’on abroge la loi, ou qu’on la change en quelque partie, alors qu’au peuple il n’est donné aucun pouvoir d’en connaître et de l’approuver ou de l’improuver ; que cela sera très odieux aux juges eux-mêmes ; que ce n’est ni le lieu ni le temps de corriger les lois ; qu’il convient que cela se traite devant le peuple et par le peuple ; que si maintenant ils le font, ils veulent savoir qui en est l’auteur, qui ceux qui l’accueilleront : qu’eux-mêmes voient des factions et veulent en dissuader ; que si ces choses sont au plus haut point inutiles et de beaucoup les plus honteuses, il convient que la loi, telle qu’elle soit, soit pour le présent conservée par les juges, et corrigée ensuite, si elle déplaît, par le peuple ; ensuite, que si l’écrit n’existait pas, nous nous enquerrions grandement, et nous n’ajouterions point foi à ces gens-là, fût-ce hors de tout péril ; mais que maintenant, puisque l’écrit existe, c’est démence de chercher à connaître le caractère de celui qui a failli plutôt que les mots de la loi même. Par ces raisons et d’autres semblables on montre qu’il ne faut pas recevoir de cause en dehors de l’écrit.
eam re ipsa et iudicio maximo commutare; deinde indignum esse de lege aliquid derogari aut legem abrogari aut aliqua ex parte com- mutari, cum populo cognoscendi et probandi aut in- probandi potestas nulla fiat; hoc ipsis iudicibus in- vidiosissimum futurum; non hunc locum esse neque hoc tempus legum corrigendarum; apud populum haec et per populum agi convenire; quodsi nunc id agant, velle se scire, qui lator sit, qui sint accepturi; se f actiones videre et dissuadere velle; quodsi haec cum summe inutilia tum multo turpissima sint, legem, cuicuimodi sit, in praesentia conservari ab iudicibus, post, si displiceat, a populo corrigi convenire; deinde, si scriptum non exstaret, magnopere quaereremus ne- que isti, ne si extra periculum quidem esset, credere- mus; nunc cum scriptum sit, amentiam esse eius rei, qui peccarit, potius quam legis ipsius verba cogno- scere. his et huiusmodi rationibus ostenditur causam extra scriptum accipi non oportere.
La seconde partie est celle où il faut montrer que, s’il le faut dans les autres lois, on ne le doit point en celle-ci. Cela se démontrera si la loi paraît se rapporter aux choses les plus grandes, les plus utiles, les plus honnêtes, les plus sacrées ; ou s’il est inutile, ou honteux, ou impie de ne pas obéir très exactement à la loi en une telle affaire ; ou si l’on démontre que la loi a été écrite avec tant de soin, qu’on a pourvu si exactement à chaque chose, qu’on a si bien excepté ce qu’il fallait excepter, qu’il ne convient nullement d’estimer que rien ait été omis dans un écrit si soigneux. Le troisième lieu est, pour celui qui parlera pour l’écrit, le plus nécessaire : il faut, par lui, qu’il montre que, à supposer qu’il convienne de recevoir une cause contre l’écrit, celle pourtant qu’apportent les adversaires ne doit nullement l’être.
Secunda pars est, in qua est ostendendum, si in cete- ris legibus oporteat, in hac non oportere. hoc de- monstrabitur, si lex aut ad res maximas, utilissimas, honestissimas, religiosissimas videbitur pertinere; aut inutile aut turpe aut nefas esse tali in re non diligen- tissime legi optemperare; aut ita lex diligenter per- scripta demonstrabitur, ita cautum una quaque de re, ita, quod oportuerit, exceptum, ut minime conveniat quicquam in tam diligenti scriptura praeteritum ar- bitrari. Tertius est locus ei, qui pro scripto dicet, maxime necessarius, per quem oportet ostendat, si conveniat causam contra scriptum accipi, eam tamen minime oportere, quae ab adversariis afferatur.
Ce lieu lui est nécessaire pour cette raison que toujours celui qui parlera contre l’écrit doit apporter quelque chose de l’équité. Car ce serait une suprême impudence que celui qui veut prouver quelque chose contre ce qui a été écrit ne tentât pas de le faire sous la sauvegarde de l’équité. Si donc l’accusateur retranche quelque chose de cette équité même, il paraîtra accuser de tout point plus justement et plus convaincamment. Car le discours précédent tendait tout entier à faire que les juges, même s’ils ne le voulaient pas, y fussent contraints ; tandis que celui-ci tend à faire que, même s’ils n’y étaient pas contraints, ils voulussent juger contre l’adversaire.
qui locus id- circo est huic necessarius, quod semper is, qui contra scriptum dicet, aequitatis aliquid afferat oportet. nam summa inpudentia sit eum, qui contra quam scriptum sit aliquid probare velit, non aequitatis praesidio id facere conari. si quid igitur ex hac ipsa quippiam ac- cusator derogat, omnibus partibus iustius et probabi- lius accusare videatur. nam superior oratio hoc omnis faciebat, ut, iudices etiamsi nollent, necesse esset; haec autem, etiamsi necesse non esset, ut vellent contra iudicare.
Or cela se fera si, des lieux par lesquels on démontrera qu’il y a faute en celui qui se défend par la comparaison, ou l’éloignement, ou le report du crime, ou les parties de la concession — sur lesquels nous avons écrit auparavant avec soin, autant que nous l’avons pu —, si de ces lieux nous transportons à l’improbation de la cause des adversaires ce que l’affaire réclamera ; ou si l’on apporte des causes et des raisons expliquant pourquoi et dans quel dessein il a été ainsi écrit dans la loi ou dans le testament, en sorte que la cause paraisse confirmée aussi par l’intention et la volonté de celui qui a écrit, et non par le seul écrit ; ou si l’on convainc le fait par d’autres états de cause encore.
id autem fiet, si, quibus ex locis culpa de- monstrabitur esse in eo, qui comparatione aut remotione aut relatione criminis aut concessionis partibus se defendet—de quibus ante, ut potuimus, diligenter perscripsimus—, si de iis locis, quae res postulabit, ad causam adversariorum inprobandam transferemus; aut causae et rationes afferentur, quare et quo consilio ita sit in lege aut in testamento scriptum, ut sententia quoque et voluntate scriptoris, non ipsa solum scrip- tura causa confirmata esse videatur; aut aliis quoque constitutionibus factum coarguetur.
Mais celui qui parlera contre l’écrit introduira d’abord le lieu par lequel se démontre l’équité de la cause ; ou il montrera dans quel esprit, dans quel dessein, pour quelle cause il a agi ; et, quelque cause qu’il assume, il se défendra par les parties de l’assomption, dont il a été parlé auparavant. Et en ce lieu, lorsqu’il se sera arrêté plus longuement et aura paré la raison de son fait et l’équité de la cause, alors il dira qu’il faut recevoir les causes, à peu près par ces lieux, contre les adversaires. Il démontrera qu’il n’est aucune loi qui veuille qu’il se fasse quelque chose d’inutile ou d’inique ; que tous les supplices qui émanent des lois ont été institués pour châtier la faute et la malice ;
Contra scriptum autem qui dicet, primum inducet eum locum, per quem aequitas causae demonstretur; aut ostendet, quo animo, quo consilio, qua de causa fecerit; et, quamcumque causam assumet, assumptio- nis partibus se defendet, de quibus ante dictum est. atque in hoc loco cum diutius commoratus sui facti rationem et aequitatem causae exornaverit, tum ex his locis fere contra adversarios dicet oportere causas accipi. demonstrabit nullam esse legem, quae aliquam rem inutilem aut iniquam fieri velit; omnia supplicia, quae ab legibus proficiscantur, culpae ac malitiae vin-
que celui-là même qui a écrit, s’il revenait au jour, approuverait ce fait, et eût fait lui-même la même chose, si une telle affaire lui était advenue ; que c’est pour cela que le rédacteur de la loi a institué des juges d’un certain ordre, doués d’un certain âge, afin qu’ils fussent non point ceux qui récitassent son écrit — ce que tout enfant pourrait faire —, mais ceux qui pussent atteindre par la pensée et interpréter sa volonté ; ensuite, que ce rédacteur-là, s’il eût confié ses écrits à des hommes sots et à des juges barbares, eût tout rédigé avec le plus grand soin ; mais que maintenant, parce qu’il comprenait quels hommes auraient à juger les affaires, pour cela il n’a pas inscrit ce qu’il voyait être manifeste :
dicandae causa constituta esse; scriptorem ipsum, si exsistat, factum hoc probaturum et idem ipsum, si ei talis res accidisset, facturum fuisse; ea re legis scriptorem certo ex ordine iudices certa aetate prae- ditos constituisse, ut essent, non qui scriptum suum recitarent, quod quivis puer facere posset, sed qui cogitatione assequi possent et voluntatem interpre- tari; deinde illum scriptorem, si scripta sua stultis hominibus et barbaris iudicibus committeret, omnia summa diligentia perscripturum fuisse; nunc vero, quod intellegeret, quales viri res iudicaturi essent, idcirco eum, quae perspicua videret esse, non adscrip- sisse:
car il a pensé que vous seriez non les récitateurs de son écrit, mais les interprètes de sa volonté ; ensuite, demander aux adversaires : « Quoi, si j’avais fait ceci ? Quoi, si ceci était advenu ? » — quelqu’un de ces cas où, ou bien la cause est très honnête, ou bien la nécessité très certaine : « M’accuseriez-vous pourtant ? Et cependant la loi n’a nulle part excepté cela. » Donc ce n’est pas tout par des écrits, mais certaines choses, qui sont manifestes, qui se trouvent garanties par des exceptions tacites ; ensuite, qu’aucune chose ne peut être rectement administrée ni par les lois, ni par aucun écrit, ni enfin même dans la conversation quotidienne et les commandements domestiques, si chacun veut considérer les mots et non s’attacher à la volonté de celui qui a tenu ces mots ;
neque enim vos scripti sui recitatores, sed vo- luntatis interpretes fore putavit; postea quaerere ab adversariis: quid, si hoc fecissem? quid, si hoc acci- disset? eorum aliquid, in quibus aut causa sit honestissima aut necessitudo certissima: tamenne ac- cusaretis? atqui lex nusquam excepit; non ergo omnia scriptis, sed quaedam, quae perspicua sint, tacitis exceptionibus caveri; deinde nullam rem ne- que legibus neque scriptura ulla, denique ne in ser- mone quidem cotidiano atque imperiis domesticis recte posse administrari, si unus quisque velit verba spectare et non ad voluntatem eius, qui ea verba habuerit,
ensuite, montrer, à partir des parties de l’utilité et de l’honnêteté, combien est inutile ou combien est honteux ce que les adversaires disent qu’il fallait ou qu’il faut faire, et combien est utile ou combien est honnête ce que nous avons fait ou demandons ; ensuite, que les lois nous sont chères non à cause des lettres, qui sont des marques ténues et obscures de la volonté, mais à cause de l’utilité des choses sur lesquelles l’écrit porte, et de la sagesse et du soin de ceux qui ont écrit ; après quoi, décrire ce qu’est la loi, en sorte qu’elle paraisse consister dans les intentions, non dans les mots ; et que paraisse obéir à la loi le juge qui suit son intention, non celui qui suit sa lettre ; ensuite, combien il est indigne que soit frappé du même supplice celui qui, à cause de quelque crime et de quelque audace, a agi contre les lois, et celui qui, pour une cause honnête ou nécessaire, s’est écarté non de l’intention, mais des lettres de la loi ; et par ces raisons et d’autres semblables, il démontrera qu’il faut recevoir une cause, et la recevoir en cette loi, et recevoir la cause même qu’il apporte.
accedere; deinde ex utilitatis et honestatis partibus ostendere, quam inutile aut quam turpe sit id, quod adversarii dicant fieri oportuisse aut oportere, et id, quod nos fecerimus aut postulemus, quam utile aut quam honestum sit; deinde leges nobis caras esse non propter litteras, quae tenues et obscurae notae sint voluntatis, sed propter earum rerum, quibus de scriptum est, utilitatem et eorum, qui scripserint, sa- pientiam et diligentiam; postea, quid sit lex, descri- bere, ut ea videatur in sententiis, non in verbis con- sistere; et iudex is videatur legi optemperare, qui sen- tentiam eius, non qui scripturam sequatur; deinde, quam indignum sit eodem affici supplicio eum, qui propter aliquod scelus et audaciam contra leges fecerit, et eum, qui honesta aut necessaria de causa non ab sententia, sed ab litteris legis recesserit; atque his et huiusmodi rationibus et accipi causam et in hac lege accipi et eam causam, quam ipse afferat, opor-
Et de même que nous disions à celui qui parlerait pour l’écrit que ce serait pour lui très utile s’il avait retranché quelque chose de cette équité qui se tenait du côté de l’adversaire, de même il sera très profitable à celui-ci qui parlera contre l’écrit, ou de convertir à sa propre cause quelque chose tiré de l’écrit même, ou de montrer que quelque chose a été écrit de manière ambiguë ; puis, de défendre, dans cet ambigu, la partie qui lui profite ; ou d’introduire la définition d’un mot et de faire tourner au profit de sa propre cause la force de ce mot par lequel il paraît pressé ; ou d’introduire, à partir de l’écrit, quelque chose qui n’est pas écrit, par le raisonnement, dont nous parlerons plus loin.
tere accipi demonstrabit. et quemadmodum ei dice- bamus, qui ab scripto diceret, hoc fore utilissimum, si quid de aequitate ea, quae cum adversario staret, derogasset, sic huic, qui contra scriptum dicet, pluri- mum proderit, ex ipsa scriptura aliquid ad suam cau- sam convertere aut ambigue aliquid scriptum osten- dere; deinde ex illo ambiguo eam partem, quae sibi prosit, defendere aut verbi definitionem inducere et illius verbi vim, quo urgeri videatur, ad suae causae commodum traducere aut ex scripto non scriptum aliquid inducere per ratiocinationem, de qua post di-
Or, en quelque matière que ce soit, si peu probable soit-elle, dès qu’il se sera défendu par l’écrit même, sa cause abondant en équité, il profitera nécessairement beaucoup, parce que, s’il retire ce sur quoi s’appuie la cause des adversaires, il en aura adouci et dissous toute la force et toute l’âpreté. Quant aux lieux communs tirés des autres parties de l’assomption, ils conviendront à l’une et à l’autre partie. En outre, pour celui qui parlera pour l’écrit : que les lois doivent être considérées d’après elles-mêmes, non d’après l’utilité de celui qui a commis le délit contre elles, et qu’il ne faut rien tenir pour plus ancien que les lois. Contre l’écrit : que les lois consistent dans le dessein de celui qui a écrit et dans l’utilité commune, non dans les mots ; combien il est indigne que l’équité soit pressée par les lettres, elle qui est défendue par la volonté de celui qui a écrit.
cemus. quacumque autem in re, quamvis leviter probabili, scripto ipso se defenderit, cum aequitate causa abundabit, necessario multum proficiet, ideo quod, si id, quo nititur adversariorum causa, subduxe- rit, omnem eius illam vim et acrimoniam lenierit ac diluerit. Loci autem communes ceteris ex assumptionis parti- bus in utramque partem convenient. praeterea autem eius, qui a scripto dicet: leges ex se, non ex eius, qui contra commiserit, utilitate spectari oportere et legibus antiquius haberi nihil oportere. contra scrip- tum: leges in consilio scriptoris et utilitate com- muni, non in verbis consistere; quam indignum sit aequitatem litteris urgeri, quae voluntate eius, qui scripserit, defendatur.
Or des lois contraires naît la controverse, lorsque deux lois ou davantage paraissent discorder entre elles, de cette manière. Loi : « Que celui qui aura tué un tyran reçoive les récompenses des vainqueurs olympiques, qu’il réclame du magistrat la chose qu’il voudra, et que le magistrat la lui concède. » Et une autre loi : « Le tyran tué, que le magistrat fasse mettre à mort les cinq plus proches parents par le sang. » Alexandre, qui s’était emparé de la tyrannie chez les Phéréens en Thessalie, fut tué de nuit par sa propre épouse, qui avait nom Thébé, alors qu’elle couchait auprès de lui. Elle réclame pour soi, en guise de récompense, son fils qu’elle avait eu du tyran. Il en est qui disent que l’enfant doit être tué selon la loi. L’affaire est devant le tribunal. En ce genre, les mêmes lieux et les mêmes préceptes conviendront à l’une et à l’autre partie, parce que chacun devra confirmer sa propre loi et infirmer la contraire.
Ex contrariis autem legibus controversia nascitur, cum inter se duae videntur leges aut plures discrepare, hoc modo: lex: qui tyrannum occiderit, olympio- nicarum praemia capito et quam volet sibi rem a magistratu deposcito et magistratus ei con- cedito. et altera lex: tyranno occiso quinque eius proximos cognatione magistratus necato. Alexan- drum, qui apud Pheraeos in Thessalia tyrannidem occu- parat, uxor sua, cui Thebe nomen fuit, noctu, cum si- mul cubaret, occidit. haec filium suum, quem ex ty- ranno habebat, sibi in praemii loco deposcit. sunt qui ex lege occidi puerum dicant oportere. res in iudicio est. In hoc genere utramque in partem idem loci atque eadem praecepta convenient, ideo quod uterque suam legem confirmare, contrariam infirmare debebit.
D’abord donc il faut confronter les lois, en considérant laquelle se rapporte aux choses plus grandes, c’est-à-dire plus utiles, plus honnêtes et plus nécessaires ; d’où il résulte que, s’il y a deux lois ou plusieurs, ou tant qu’il y en aura, qui ne puissent être conservées parce qu’elles discordent entre elles, on estime qu’il faut conserver surtout celle qui paraît se rapporter aux plus grandes choses ; ensuite, laquelle des deux lois a été portée la dernière, car chaque loi la plus récente est la plus grave ; ensuite, laquelle ordonne quelque chose, laquelle permet, car ce qui est commandé est nécessaire, et ce qui est permis est volontaire ; ensuite, dans laquelle des deux lois, si l’on n’y obéit pas,
pri- mum igitur leges oportet contendere considerando, utra lex ad maiores, hoc est ad utiliores, ad hone- stiores ac magis necessarias res pertineat; ex quo conficitur, ut, si leges duae aut si plures erunt, aut quotquot erunt, conservari non possint, quia discrepent inter se, sed ea maxime conservanda putetur, quae ad maximas res pertinere videatur; deinde, utra lex posterius lata sit; nam postrema quaeque gravissima est; deinde, utra lex iubeat aliquid, utra permittat; nam id, quod imperatur, necessarium, illud, quod per- mittitur, voluntarium est; deinde, in utra lege, si non optemperatum sit,
il est ajouté une peine, ou dans laquelle une plus grande peine est établie, car il faut conserver surtout celle qui est sanctionnée avec le plus de soin ; ensuite, laquelle ordonne, laquelle défend, car souvent celle qui défend paraît corriger, comme par une certaine exception, celle qui ordonne ; ensuite, laquelle des deux est écrite touchant tout un genre, laquelle touchant quelque partie ; laquelle paraît écrite communément pour plusieurs, laquelle pour quelque affaire déterminée ; car celle qui est écrite pour quelque partie et pour quelque affaire déterminée paraît approcher de plus près de la cause et se rapporter davantage au jugement ; ensuite, d’après laquelle des deux lois il est nécessaire que la chose se fasse aussitôt, laquelle comporte quelque délai et quelque suspension ;
poena adiciatur aut in utra maior poena statuatur; nam maxime conservanda est ea, quae diligentissime sancta est; deinde, utra lex iubeat, utra vetet; nam saepe ea, quae vetat, quasi exceptione quadam corrigere videatur illam, quae iubet; deinde, utra lex de genere omni, utra de parte quadam; utra communiter in plures, utra in aliquam certam rem scripta videatur; nam quae in partem aliquam et quae in certam quandam rem scripta est, propius ad causam accedere videtur et ad iudicium magis pertinere; de- inde, ex lege utrum statim fieri necesse sit, utrum habeat aliquam moram et sustentationem;
car ce qui doit se faire aussitôt doit s’accomplir d’abord ; ensuite, s’appliquer à faire que sa propre loi paraisse s’appuyer sur l’écrit même, tandis que la contraire est introduite ou par l’ambigu, ou par le raisonnement, ou par la définition, puisque paraît plus sacré et plus ferme ce qui est écrit plus à découvert ; ensuite, joindre à l’écrit même de sa loi son intention aussi, et de même faire passer la loi contraire à une autre intention, en sorte que, si la chose se peut, elles ne paraissent même pas discorder entre elles ; enfin, faire en sorte, si la cause en donne le moyen, que par notre raison l’une et l’autre loi paraisse conservée, tandis que par la raison des adversaires l’une doive nécessairement être négligée. Quant aux lieux communs, il faudra voir et ceux que la cause même donnera, et en prendre, des plus amples parties de l’utilité et de l’honnêteté, démontrant par amplification à laquelle des deux lois il convient plutôt de se ranger.
nam id, quod statim faciendum sit, perfici prius oportet; de- inde operam dare, ut sua lex ipso scripto videatur niti, contraria autem aut per ambiguum aut per ratio- cinationem aut per definitionem induci, cum sanctius et firmius id videatur esse, quod apertius scriptum sit; deinde suae legis ad scriptum ipsum sententiam quoque adiungere, contrariam legem item ad aliam sententiam transducere, ut, si fieri poterit, ne discrepare quidem videantur inter se; postremo facere, si causa facultatem dabit, ut nostra ratione utraque lex con- servari videatur, adversariorum ratione altera sit ne- cessario neglegenda. Locos autem communes et, quos ipsa causa det, videre oportebit et ex utilitatis et ex honestatis amplis- simis partibus sumere demonstrantem per amplifica- tionem, ad utram potius legem accedere oporteat.
Du raisonnement naît la controverse, lorsque, à partir de ce qui se trouve écrit quelque part, on parvient à ce qui n’est écrit nulle part, de cette façon. Loi : « S’il est furieux, que la puissance sur lui et sur ses biens appartienne aux agnats et aux gentils. » Et loi : « Selon que le père de famille aura disposé par testament touchant sa maison et ses biens, qu’ainsi soit le droit. » Et loi : « Si le père de famille meurt sans testament, que sa maison et ses biens
Ex ratiocinatione nascitur controversia, cum ex eo, quod uspiam est, ad id, quod nusquam scriptum est, venitur, hoc pacto: lex: si furiosus est, agna- tum gentiliumque in eo pecuniaque eius potestas esto. et lex: paterfamilias uti super familia pecu- niaque sua legassit, ita ius esto. et lex: si pater- familias intestato moritur, familia pecuniaque eius
appartiennent aux agnats et aux gentils. » Un certain homme fut jugé avoir tué son père, et aussitôt, parce qu’il n’y eut pas moyen de s’enfuir, on lui mit aux pieds des semelles de bois ; sa bouche fut enveloppée et liée d’une outre ; puis il fut conduit en prison, pour y demeurer le temps que l’on préparât le sac dans lequel, jeté, il serait emporté au fil du courant. Cependant quelques-uns de ses familiers apportent en prison des tablettes et amènent des témoins ; on inscrit les héritiers qu’il ordonne lui-même ; les tablettes sont scellées. Ensuite on tire de lui le supplice. Entre ceux qui ont été inscrits comme héritiers sur les tablettes et les agnats, il y a controverse touchant l’héritage. Ici nulle loi certaine n’est produite, qui ôte le pouvoir de faire un testament à ceux qui sont en cette situation. À partir des autres lois, et de celles qui frappent celui-ci même d’un tel supplice, et de celles qui se rapportent au pouvoir de faire un testament, il faut parvenir par le raisonnement à une raison de cette sorte, que l’on s’enquière s’il avait le pouvoir de faire un testament.
agnatum gentiliumque esto. Quidam iudicatus est pa- rentem occidisse et statim, quod effugiendi potestas non fuit, ligneae soleae in pedes inditae sunt; os autem ob- volutum est folliculo et praeligatum; deinde est in car- cerem deductus, ut ibi esset tantisper, dum culleus, in quem coniectus in profluentem deferretur, compararetur. interea quidam eius familiares in carcerem tabulas af- ferunt et testes adducunt; heredes, quos ipse iubet, scribunt; tabulae obsignantur. de illo post suppli- cium sumitur. inter eos, qui heredes in tabulis scripti sunt, et inter agnatos de hereditate controversia est. Hic certa lex, quae testamenti faciendi iis, qui in eo loco sint, adimat potestatem, nulla profertur. ex ce- teris legibus et quae hunc ipsum supplicio eiusmodi afficiunt et quae ad testamenti faciendi potestatem pertinent, per ratiocinationem veniundum est ad eius- modi rationem, ut quaeratur, habueritne testamenti fa- ciendi potestatem.
Quant aux lieux communs en ce genre d’argumentation, nous estimons que ce sont ceux-ci et quelques autres semblables : d’abord, l’éloge et la confirmation de l’écrit que l’on produit ; ensuite, la collation de la chose dont on s’enquiert avec celle qui est constante, de telle sorte que ce dont on s’enquiert paraisse semblable à ce qui est constant ; après quoi, l’étonnement par confrontation, comment il se peut faire que celui qui concède que ceci est équitable nie cela qui est ou plus équitable, ou du même genre ; ensuite, que si rien n’a été écrit touchant cette chose, c’est parce que, alors qu’il avait écrit touchant celle-là, celui qui écrivait n’a point douté
Locos autem communes in hoc genere argumentandi hos et huiusmodi quosdam esse arbitramur: primum eius scripti, quod proferas, laudationem et confirma- tionem; deinde eius rei, qua de quaeratur, cum eo, de quo constet, collationem eiusmodi, ut id, de quo quaeritur, ei, de quo constet, simile esse videatur; postea admirationem per contentionem, qui fieri pos- sit, ut qui hoc aequum esse concedat, illud neget, quod aut aequius aut eodem sit in genere; deinde idcirco de hac re nihil esse scriptum, quod, cum de illa esset scriptum, de hac is, qui scribebat, dubita-
qu’il ne douterait de rien ; ensuite, que dans bien des lois bien des choses ont été omises, que pour cette raison nul n’estime omises, parce qu’à partir des autres, touchant lesquelles il a été écrit, elles peuvent se comprendre ; ensuite il faut démontrer l’équité de l’affaire, comme dans la juridicielle absolue. Mais celui qui parlera en sens contraire devra infirmer la similitude ; ce qu’il fera s’il démontre que ce qui est mis en parallèle est divers par le genre, la nature, la force, la grandeur, le temps, le lieu, la personne, l’opinion ; s’il est montré dans quel rang il convient de tenir ce qui est apporté par voie de similitude, et dans quel lieu ce à cause de quoi cela est apporté ; ensuite on démontrera en quoi une chose diffère d’une autre, en sorte qu’il ne paraisse pas qu’on doive juger de l’une et de l’autre de la même manière.
turum neminem arbitratus sit; postea multis in le- gibus multa praeterita esse, quae idcirco praeterita nemo arbitretur, quod ex ceteris, de quibus scriptum sit, intellegi possint; deinde aequitas rei demon- stranda est, ut in iuridiciali absoluta. Contra autem qui dicet, similitudinem infirmare de- bebit; quod faciet, si demonstrabit illud, quod confera- tur, diversum esse genere, natura, vi, magnitudine, tempore, loco, persona, opinione; si, quo in numero illud, quod per similitudinem afferetur, et quo in loco illud, cuius causa afferetur, haberi conveniat, ostendetur; deinde, quid res cum re differat, demon- strabitur, ut non idem videatur de utraque existimari oportere.
et, si lui-même aussi peut user de raisonnements, il usera des mêmes raisons qui ont été dites plus haut ; s’il ne le peut, il niera qu’il faille rien considérer hormis ce qui est écrit ; que touchant des choses semblables il y a beaucoup de lois, et pourtant pour chaque chose une loi particulière ; que toutes choses peuvent être démontrées entre elles ou semblables ou dissemblables. Lieux communs : tirés du raisonnement, qu’il faut parvenir par la conjecture, de ce qui est écrit, à ce qui n’est pas écrit ; et que nul ne peut embrasser toutes choses par l’écrit, mais que celui-là écrit le plus commodément qui veille à ce que certaines choses se comprennent à partir de certaines autres ;
ac, si ipse quoque poterit ratiocinationibus uti, isdem rationibus, quibus ante praedictum est, ute- tur; si non poterit, negabit oportere quicquam, nisi quod scriptum sit, considerare; multas de similibus rebus et in unam quamque rem tamen singulas esse leges; omnia posse inter se vel similia vel dissimilia demonstrari. Loci communes: a ratiocinatione, oportere coniec- tura ex eo, quod scriptum sit, ad id, quod non sit scriptum, pervenire; et neminem posse omnes res per scripturam amplecti, sed eum commodissime scribere, qui curet, ut quaedam ex quibusdam intellegantur;
contre le raisonnement, de cette sorte : que la conjecture est divination, et qu’il appartient à un écrivain sot de ne pouvoir se garder de toutes les choses dont il le voudrait. La définition a lieu lorsque, dans l’écrit, est placé quelque mot dont on s’enquiert touchant la force, de cette manière. Loi : « Que ceux qui, dans la tempête adverse, auront abandonné le navire, perdent tout ; que le navire et la cargaison appartiennent à ceux qui seront demeurés dans le navire. » Deux hommes, comme ils naviguaient déjà au large, et comme l’un possédait le navire, l’autre la cargaison, aperçurent un naufragé nageant et tendant les mains vers eux ; émus de pitié, ils approchèrent le navire de lui et le hissèrent à bord.
contra ratiocinationem huiusmodi: coniecturam divinationem esse et stulti scriptoris esse non posse om- nibus de rebus cavere, quibus velit. Definitio est, cum in scripto verbum aliquod est positum, cuius de vi quaeritur, hoc modo: lex: qui in adversa tempestate navem reliquerint, omnia amittunto; eorum navis et onera sunto, qui in nave remanserint. Duo quidam, cum iam in alto navigarent, et cum eorum alterius navis, alterius onus esset, naufragum quendam natantem et manus ad se tendentem animum adverterunt; misericordia commoti navem ad eum adplicarunt, hominem ad se sustulerunt.
Quelque temps après, la tempête se mit à les secouer eux aussi plus violemment, à ce point que le maître du navire, qui en était en même temps le pilote, se réfugia dans la chaloupe et, de là, par le câble qui, attaché à la poupe, traînait la chaloupe amarrée, gouvernait le navire autant qu’il le pouvait ; tandis que celui à qui appartenaient les marchandises se jetait, là même, dans le navire, sur son épée. Alors ce naufragé s’approcha du gouvernail et porta secours au navire autant qu’il le put. Les flots apaisés et la tempête désormais changée, le navire parvient au port. Mais celui qui s’était jeté sur son épée, légèrement blessé, se rétablit aisément de sa blessure. Le navire avec sa cargaison, chacun de ces trois hommes dit qu’il est sien. Ici tous accèdent à la cause par l’écrit, et la controverse naît de la force d’un mot ; car ce qu’est abandonner le navire, ce qu’est demeurer dans le navire, enfin ce qu’est le navire lui-même, on le cherchera par des définitions. Or l’on traitera la chose à partir de tous les mêmes lieux que l’état de cause définitif.
postea aliquanto ipsos quoque tempestas vehementius iactare coepit, usque adeo, ut dominus navis, cum idem gubernator esset, in scapham confugeret et inde funiculo, qui a puppi religatus scapham adnexam tra- hebat, navi, quod posset, moderaretur, ille autem, cuius merces erant, in gladium in navi ibidem in- cumberet. hic ille naufragus ad gubernaculum ac- cessit et navi, quod potuit, est opitulatus. sedatis autem fluctibus et tempestate iam commutata navis in portum pervehitur. ille autem, qui in gladium in- cubuerat, leviter saucius facile ex vulnere est recrea- tus. navem cum onere horum trium suam quisque esse dicit. Hic omnes scripto ad causam accedunt et ex nominis vi nascitur controversia. nam et relinquere navem et remanere in navi, denique navis ipsa quid sit, definitionibus quaeretur. isdem autem ex locis om- nibus, quibus definitiva constitutio, tractabitur.
Maintenant, ces argumentations qui s’accommodent au genre judiciaire des causes étant exposées, nous donnerons ensuite, pour le genre délibératif et le genre démonstratif, les lieux et les préceptes de l’argumentation ; non que toute cause ne roule pas toujours sur quelque état de cause, mais parce qu’il est pourtant certains lieux propres à ces causes, non point séparés de l’état de cause, mais accommodés aux fins de ces genres.
Nunc expositis iis argumentationibus, quae in iudi- ciale causarum genus adcommodantur, deinceps in deliberativum genus et demonstrativum argumentandi locos et praecepta dabimus, non quo non in aliqua constitutione omnis semper causa versetur, sed quia proprii tamen harum causarum quidam loci sunt, non a constitutione separati, sed ad fines horum generum accommodati.
Car il nous plaît que, dans le genre judiciaire, la fin soit l’équité, c’est-à-dire une certaine partie de l’honnêteté ; tandis que, dans le délibératif, il plaît à Aristote que ce soit l’utilité, à nous l’honnêteté et l’utilité, et dans le démonstratif l’honnêteté. C’est pourquoi, dans ce genre de cause aussi, certaines argumentations se traiteront de manière commune et semblable, tandis que d’autres se rattacheront plus à part à la fin à laquelle il convient de rapporter tout le discours. Et nous ne répugnerions pas à placer ci-dessous un exemple de chaque état de cause, si nous ne voyions ceci : que, de même qu’en parlant les choses obscures deviennent plus claires, de même les choses claires deviennent plus obscures par le discours. Maintenant passons aux préceptes de la délibération.
nam placet in iudiciali genere finem esse aequitatem, hoc est partem quandam honestatis. in deliberativo autem Aristoteli placet utilitatem, nobis et honestatem et utilitatem, in demonstrativo honestatem. quare in hoc quoque genere causae quaedam argumentationes communiter ac similiter tractabuntur, quaedam separatius ad finem, quo referri omnem orationem oportet, adiungentur. atque unius cuiusque constitutionis exemplum subponere non gra- varemur, nisi illud videremus, quemadmodum res obscurae dicendo fierent apertiores, sic res apertas obscuriores fieri oratione. Nunc ad deliberationis praecepta pergamus.
Il y a trois genres de choses à rechercher ; et un nombre égal de choses à éviter, du côté contraire. Car il est quelque chose qui, par sa propre force, nous attire à soi, sans nous capter par aucun profit, mais nous entraînant par sa dignité, tel le genre de la vertu, de la science, de la vérité. Il en est une autre à rechercher non à cause de sa propre force et de sa nature, mais à cause de son fruit et de son utilité, tel le genre de l’argent. Il est encore quelque chose de joint à partir des parties de celles-ci, qui nous conduit, séduits par sa propre force et sa dignité, et qui porte aussi devant soi une certaine utilité par laquelle on la recherche davantage, comme l’amitié, la bonne réputation.
Rerum expetendarum tria genera sunt; par autem numerus vitandarum ex contraria parte. nam est quiddam, quod sua vi nos adliciat ad sese, non emo- lumento captans aliquo, sed trahens sua dignitate, quod genus virtus, scientia, veritas. est aliud autem non propter suam vim et naturam, sed propter fruc- tum atque utilitatem petendum; quod genus pecunia est. est porro quiddam ex horum partibus iunctum, quod et sua vi et dignitate nos inlectos ducit et prae se quandam gerit utilitatem, quo magis expetatur, ut amicitia, bona existimatio.
Et, à partir de celles-ci, leurs contraires se comprendront aisément, alors même que nous nous taisons. Mais, afin que la méthode se transmette plus aisément, ce que nous avons posé sera désigné brièvement. Car ce qui est dans le premier genre s’appellera honnête ; ce qui est dans le second, utile ; quant à ce troisième, parce qu’il contient une partie de l’honnêteté et parce que la force de l’honnêteté est plus grande, on le comprend comme tout à fait joint et de double genre, mais qu’on le rapporte au sens meilleur du vocable et qu’on le nomme honnête. De là il résulte que les parties des choses à rechercher sont l’honnêteté et l’utilité, et celles des choses à éviter, la turpitude et l’inutilité. À ces deux choses, donc, deux grandes choses ont été attribuées, la nécessité et l’affection ; dont l’une se considère d’après la force, l’autre d’après la chose et les personnes. De l’une et de l’autre nous écrirons plus loin avec plus de clarté ; maintenant expliquons d’abord les raisons de l’honnêteté.
atque ex his horum contraria facile tacentibus nobis intellegentur. sed ut expeditius ratio tradatur, ea, quae posuimus, brevi nominabuntur. nam, in primo genere quae sunt, ho- nesta appellabuntur; quae autem in secundo, utilia. haec autem tertia, quia partem honestatis continent et quia maior est vis honestatis, iuncta esse omnino et duplici genere intelleguntur, sed in meliorem partem vocabuli conferantur et honesta nominentur. ex his illud conficitur, ut petendarum rerum partes sint ho- nestas et utilitas, vitandarum turpitudo et inutilitas. his igitur duabus rebus res duae grandes sunt adtri- butae, necessitudo et affectio; quarum altera ex vi, altera ex re et personis consideratur. de utraque post apertius perscribemus; nunc honestatis rationes pri- mum explicemus.
Ce qui se recherche pour soi, ou tout entier ou en quelque partie, nous le nommerons honnête. C’est pourquoi, comme il en est deux parties, dont l’une est simple, l’autre jointe, considérons d’abord la simple. Il est donc, dans ce genre, une chose qui embrasse toutes les autres sous une seule force et un seul nom : la vertu. Car la vertu est un habitus de l’âme conforme à la mesure de la nature et à la raison. C’est pourquoi, toutes ses parties connues, on aura considéré toute la force de l’honnêteté simple. Elle a donc quatre parties : la prudence, la justice, la force, la tempérance.
Quod aut totum aut aliqua ex parte propter se pe- titur, honestum nominabimus. quare, cum eius duae partes sint, quarum altera simplex, altera iuncta sit, simplicem prius consideremus. est igitur in eo genere omnes res una vi atque uno nomine amplexa virtus. nam virtus est animi habitus naturae modo atque rationi consentaneus. quamobrem omnibus eius par- tibus cognitis tota vis erit simplicis honestatis con- siderata. habet igitur partes quattuor: prudentiam, iustitiam, fortitudinem, temperantiam.
La prudence est la science des choses bonnes, des mauvaises et de celles qui ne sont ni l’une ni l’autre. Ses parties : la mémoire, l’intelligence, la prévoyance. La mémoire est ce par quoi l’âme reprend les choses qui ont été ; l’intelligence, ce par quoi elle perçoit celles qui sont ; la prévoyance, ce par quoi quelque chose de futur est vu avant qu’il ne soit fait. La justice est un habitus de l’âme qui, l’utilité commune étant conservée, attribue à chacun sa dignité. Son origine est partie de la nature ; ensuite certaines choses sont venues dans la coutume par raison d’utilité ; puis les choses parties de la nature et approuvées par la coutume, la crainte des lois et la religion les ont sanctionnées.
Prudentia est rerum bonarum et malarum neutra- rumque scientia. partes eius: memoria, intellegentia, providentia. memoria est, per quam animus repetit illa, quae fuerunt; intellegentia, per quam ea perspicit, quae sunt; providentia, per quam futurum aliquid videtur ante quam factum est. Iustitia est habitus animi communi utilitate con- servata suam cuique tribuens dignitatem. eius initium est ab natura profectum; deinde quaedam in con- suetudinem ex utilitatis ratione venerunt; postea res et ab natura profectas et ab consuetudine probatas legum metus et religio sanxit.
Le droit de la nature est celui que non point l’opinion a engendré, mais qu’une certaine force a implanté dans la nature, comme la religion, la piété, la reconnaissance, la vindicte, le respect, la vérité. La religion est ce qui apporte le soin et le culte d’une certaine nature supérieure, que l’on nomme divine ; la piété, ce par quoi l’on rend aux gens unis par le sang et à la patrie un devoir bienveillant et un culte diligent ; la reconnaissance, en laquelle se contient le souvenir des amitiés et des services d’autrui et la volonté de les payer de retour ; la vindicte, ce par quoi la violence ou l’injure, et en somme tout ce qui doit nuire, est repoussé en s’en défendant ou en s’en vengeant ; le respect, ce par quoi les hommes qui l’emportent par quelque dignité sont jugés dignes d’un certain culte et d’un certain honneur ;
naturae ius est, quod non opinio genuit, sed quaedam in natura vis insevit, ut religionem, pietatem, gratiam, vindicationem, ob- servantiam, veritatem. religio est, quae superioris cuiusdam naturae, quam divinam vocant, curam caeri- moniamque affert; pietas, per quam sanguine con- iunctis patriaeque benivolum officium et diligens tri- buitur cultus; gratia, in qua amicitiarum et officiorum alterius memoria et remunerandi voluntas continetur; vindicatio, per quam vis aut iniuria et omnino omne, quod obfuturum est, defendendo aut ulciscendo pro- pulsatur; observantia, per quam homines aliqua digni- tate antecedentes cultu quodam et honore dignantur;
la vérité, ce par quoi les choses qui sont, qui ont été ou qui seront sont dites sans altération. Le droit de la coutume est celui que l’usage, ou bien légèrement tiré de la nature, a nourri et accru, comme la religion ; ou bien, si nous voyons que quelqu’une de ces choses dont nous avons parlé plus haut, partie de la nature, a été accrue par la coutume ; ou bien ce que l’ancienneté, par l’approbation du vulgaire, a conduit jusqu’à devenir mœurs, tel le genre du pacte, de l’équitable, du jugé. Le pacte est ce qui est convenu entre certaines personnes ; l’équitable, ce qui est égal pour tous ; le jugé, ce sur quoi il a déjà été statué par les sentences de quelqu’un ou de quelques-uns. Le droit de la loi est ce qui est contenu dans cet écrit qui a été exposé au peuple, pour qu’il l’observe.
veritas, per quam inmutata ea, quae sunt ante aut fuerunt aut futura sunt, dicuntur. consuetudine ius est, quod aut leviter a natura tractum aluit et maius fecit usus, ut religionem, aut si quid eorum, quae ante diximus, ab natura profectum maius factum propter consuetudinem videmus, aut quod in morem vetustas vulgi adprobatione perduxit; quod genus pac- tum est, par, iudicatum. pactum est, quod inter ali- quos convenit; par, quod in omnes aequabile est; iudicatum, de quo alicuius aut aliquorum iam senten- tiis constitutum est. lege ius est, quod in eo scripto, quod populo expositum est, ut observet, continetur.
La force est la prise en charge réfléchie des périls et l’endurance des labeurs. Ses parties : la magnificence, la confiance, la patience, la persévérance. La magnificence est la pensée et l’exécution de choses grandes et élevées, avec une certaine ample et splendide résolution de l’âme ; la confiance est ce par quoi l’âme elle-même a placé en soi, dans les affaires grandes et honnêtes, beaucoup d’assurance, avec une espérance certaine ; la patience est l’endurance volontaire et durable de choses ardues et difficiles, à cause de l’honnêteté ou de l’utilité ; la persévérance est la stable et perpétuelle persistance dans un dessein bien réfléchi.
Fortitudo est considerata periculorum susceptio et laborum perpessio. eius partes magnificentia, fidentia, patientia, perseverantia. magnificentia est rerum ma- gnarum et excelsarum cum animi ampla quadam et splendida propositione cogitatio atque administratio; fidentia est, per quam magnis et honestis in rebus multum ipse animus in se fiduciae certa cum spe con- locavit; patientia est honestatis aut utilitatis causa rerum arduarum ac difficilium voluntaria ac diuturna perpessio; perseverantia est in ratione bene considerata stabilis et perpetua permansio.
La tempérance est la ferme et modérée domination de la raison sur la convoitise et sur les autres élans non droits de l’âme. Ses parties : la continence, la clémence, la modestie. La continence est ce par quoi la convoitise est régie par le gouvernement de la délibération ; la clémence, ce par quoi les âmes témérairement excitées à la haine de quelqu’un sont retenues par l’affabilité ; la modestie, ce par quoi la pudeur acquiert le soin de l’honnête et une autorité stable. Et toutes ces choses doivent être recherchées pour elles seules, sans qu’aucun profit s’y ajoute. Que cela soit démontré, ni ne se rapporte à notre présent dessein, ni ne s’accorde
Temperantia est rationis in libidinem atque in alios non rectos impetus animi firma et moderata domina- tio. eius partes continentia, clementia, modestia. con- tinentia est, per quam cupiditas consilii gubernatione regitur; clementia, per quam animi temere in odium alicuius * iniectionis concitati comitate retinentur; modestia, per quam pudor honesti curam et stabilem comparat auctoritatem. atque haec omnia propter se solum, ut nihil adiungatur emolumenti, petenda sunt. quod ut demonstretur, neque ad hoc nostrum institutum pertinet et a brevitate praecipiendi remo-
avec la brièveté de l’enseignement. Or il faut éviter pour soi non seulement les choses qui sont contraires à celles-ci — comme la lâcheté à la force et l’injustice à la justice —, mais encore celles qui paraissent proches et voisines, et qui pourtant en sont fort éloignées : tel le genre de la défiance, contraire à la confiance, et qui pour cela est un vice ; l’audace, qui n’est pas contraire, mais accolée et voisine, et qui pourtant est un vice. Ainsi, à chaque vertu se trouvera un vice voisin, soit déjà appelé d’un nom certain — comme l’audace, qui est voisine de la confiance, l’obstination, qui est voisine de la persévérance, la superstition, qui est proche de la religion —, soit sans aucun nom certain. Toutes ces choses, de même que les contraires des choses bonnes, seront rangées parmi les choses à éviter. Et touchant ce genre d’honnêteté qui se recherche de tout point pour soi, il a été assez dit.
tum est. propter se autem vitanda sunt non ea modo, quae his contraria sunt, ut fortitudini ignavia et iustitiae iniustitia, verum etiam illa, quae propinqua videntur et finitima esse, absunt autem longissume; quod genus fidentiae contrarium est diffidentia et ea re vitium est; audacia non contrarium, sed appositum est ac propinquum et tamen vitium est. sic uni cuique virtuti finitimum vitium reperietur, aut certo iam no- mine appellatum, ut audacia, quae fidentiae, pertinacia, quae perseverantiae finitima est, superstitio, quae re- ligioni propinqua est, aut sine ullo certo nomine. quae omnia item uti contraria rerum bonarum in re- bus vitandis reponentur. Ac de eo quidem genere honestatis, quod omni ex parte propter se petitur, satis dictum est.
Maintenant il paraît qu’il faille parler de celui auquel s’ajoute aussi l’utilité, et que nous appelons pourtant honnête. Il est donc beaucoup de choses qui nous attirent tant par leur dignité que par leur fruit aussi ; dans ce genre se trouvent la gloire, la dignité, la grandeur, l’amitié. La gloire est une renommée fréquente touchant quelqu’un, avec louange ; la dignité est une autorité honnête en quelqu’un, et digne de culte, d’honneur et de déférence ; la grandeur est une vaste abondance de puissance, de majesté, ou de quelques ressources ; l’amitié est une volonté à l’égard de quelqu’un, de choses bonnes pour celui-là même qu’on aime et à cause de lui, avec une volonté pareille de sa part.
nunc de eo, in quo utilitas quoque adiungitur, quod tamen honestum vocamus, dicendum videtur. sunt igitur multa, quae nos cum dignitate tum quoque fructu suo ducunt; quo in genere est gloria, dignitas, ampli- tudo, amicitia. gloria est frequens de aliquo fama cum laude; dignitas est alicuius honesta et cultu et honore et verecundia digna auctoritas; ampli- tudo potentiae aut maiestatis aut aliquarum copiarum magna abundantia; amicitia voluntas erga aliquem rerum bonarum illius ipsius causa, quem diligit, cum eius pari voluntate.
Ici, parce que nous parlons des causes civiles, nous joignons le fruit à l’amitié, afin qu’elle paraisse devoir être recherchée à cause de cela aussi, de peur que par hasard ceux qui estiment que nous parlons de toute amitié ne se mettent à nous reprendre. Quoiqu’il en soit, il en est qui pensent que l’amitié doit être recherchée seulement à cause de l’utilité ; il en est qui la recherchent pour elle seule ; il en est qui la recherchent pour elle et pour l’utilité. Ce qui de cela se constate le plus véritablement, ce sera un autre lieu d’en considérer. Maintenant, qu’à l’usage de l’orateur cela soit ainsi laissé : que l’amitié
hic, quia de civilibus causis lo- quimur, fructus ad amicitiam adiungimus, ut eorum quoque causa petenda videatur, ne forte, qui nos de omni amicitia dicere existimant, reprehendere inci- piant. quamquam sunt qui propter utilitatem modo petendam putant amicitiam; sunt qui propter se so- lum; sunt qui propter se et utilitatem. quorum quid verissime constituatur, alius locus erit considerandi. nunc hoc sic ad usum oratorium relinquatur, utram-
doit être recherchée à cause de l’une et de l’autre chose. Or la raison des amitiés, puisqu’elles sont en partie jointes à des liens religieux, en partie non, et parce qu’elles sont en partie anciennes, en partie nouvelles, en partie parties de leur bienfait, en partie du nôtre, en partie plus utiles, en partie moins utiles, se tiendra d’après les dignités des causes, d’après les opportunités des temps, d’après les services, d’après les liens religieux, d’après les anciennetés. Quant à l’utilité, elle est placée ou dans le corps ou dans les choses extérieures ; mais de ces choses, de beaucoup la plus grande part revient à l’avantage du corps : ainsi, dans l’État, il en est certaines qui, pour ainsi dire, se rapportent au corps de la cité, comme les terres, les ports, l’argent, la flotte, les matelots, les soldats, les alliés, choses par lesquelles les cités conservent leur intégrité et leur liberté ; d’autres, en vérité, qui réalisent déjà quelque chose de plus ample et de moins nécessaire, comme l’ornement insigne et la grandeur d’une ville, comme une certaine excellente abondance d’argent, comme une multitude d’amitiés et d’alliances.
que propter rem amicitiam esse expetendam. ami- citiarum autem ratio, quoniam partim sunt religioni- bus iunctae, partim non sunt, et quia partim veteres sunt, partim novae, partim ab illorum, partim ab nostro beneficio profectae, partim utiliores, partim minus utiles, ex causarum dignitatibus, ex temporum opportunitatibus, ex officiis, ex religionibus, ex vetu- statibus habebitur. Utilitas autem aut in corpore posita est aut in extrariis rebus; quarum tamen rerum multo maxima pars ad corporis commodum revertitur, ut in re pu- blica quaedam sunt, quae, ut sic dicam, ad corpus pertinent civitatis, ut agri, portus, pecunia, classis, nautae, milites, socii, quibus rebus incolumitatem ac libertatem retinent civitates, aliae vero, quae iam quid- dam magis amplum et minus necessarium conficiunt, ut urbis egregia exornatio atque amplitudo, ut quae- dam excellens pecuniae magnitudo, amicitiarum ac societatum multitudo.
Par ces choses se réalise non seulement que les cités soient saines et intactes, mais encore qu’elles soient amples et puissantes. C’est pourquoi l’utilité paraît avoir deux parties : l’intégrité et la puissance. L’intégrité est la conservation assurée et entière du salut ; la puissance est la faculté des choses propres à conserver les siennes et à amoindrir celles d’autrui. Et dans toutes les choses qui ont été dites plus haut, il convient de considérer ce qui peut se faire et ce qui peut se faire aisément. Nous dirons aisé ce qui peut s’accomplir sans grand labeur, ou sans aucun, sans dépense, sans peine, dans le temps le plus bref ; et nous dirons que cela peut se faire qui, bien qu’il requière du labeur, de la dépense, de la peine, du temps, et qu’il ait ou toutes, ou la plupart, ou les plus grandes causes de difficulté, peut pourtant, ces difficultés assumées, s’accomplir et être conduit à son terme.
quibus rebus non illud solum conficitur, ut salvae et incolumes, verum etiam, ut amplae atque potentes sint civitates. quare utilitatis duae partes videntur esse, incolumitas et potentia. in- columitas est salutis rata atque integra conservatio; potentia est ad sua conservanda et alterius adtenuanda idonearum rerum facultas. atque in iis omnibus, quae ante dicta sunt, quid fieri et quid facile fieri possit, oportet considerare. facile id dicemus, quod sine magno aut sine ullo labore, sumptu, molestia quam brevissimo tempore confici potest; posse autem fieri, quod, quamquam laboris, sumptus, molestiae, longin- quitatis indiget atque aut omnes aut plurimas aut maximas causas habet difficultatis, tamen his suscep- tis difficultatibus confieri atque ad exitum perduci potest.
Puisque donc nous avons parlé de l’honnêteté et de l’utilité, il reste maintenant que nous écrivions touchant ces choses que nous disions leur être attribuées, la nécessité et l’affection. J’estime donc que cette nécessité est celle à laquelle nulle force ne peut résister, qui l’empêcherait d’accomplir ce qu’elle peut faire ; celle qui ne peut être ni changée ni adoucie. Et, afin que cela soit plus clair, il nous est permis, par un exemple, de connaître quelle est et combien grande est la force de cette chose. Il est nécessaire qu’une matière de bois puisse être brûlée par la flamme. Il est nécessaire qu’un corps animé et mortel périsse en quelque temps ; et nécessaire de telle sorte que la force de cette nécessité que nous décrivions à l’instant l’exige. Lorsque des nécessités de cette sorte tomberont dans les raisonnements du discours, on les appellera à bon droit des nécessités ;
Quoniam ergo de honestate et de utilitate dixi- mus, nunc restat, ut de iis rebus, quas his adtributas esse dicebamus, necessitudine et affectione, perscriba- mus. puto igitur esse hanc necessitudinem, cui nulla vi resisti potest, quo ea setius id, quod facere pot- est, perficiat, quae neque mutari neque leniri potest. atque, ut apertius hoc sit, exemplo licet vim rei, qualis et quanta sit, cognoscamus. uri posse flamma ligneam materiam necesse est. corpus animal mortale aliquo tempore interire necesse est; atque ita necesse, ut vis postulat ea, quam modo describebamus, ne- cessitudinis. huiusmodi necessitudines cum in di- cendi rationes incident, recte necessitudines appella- buntur;
mais si quelques choses difficiles surviennent, nous les considérerons dans cette question antérieure : cela peut-il se faire ? Et il me semble même voir ceci : qu’il est certaines nécessités avec adjonction, certaines autres simples et absolues. Car nous avons coutume de dire d’une façon : « Il est nécessaire que les Casilinates se rendent à Hannibal » ; et d’une autre façon : « Il est nécessaire que Casilinum tombe au pouvoir d’Hannibal. » Là, dans la première, l’adjonction est celle-ci : « à moins qu’ils n’aiment mieux périr de faim » ; car s’ils aiment mieux cela, il n’est pas nécessaire ; cette seconde n’est pas de même, parce que, soit que les Casilinates veuillent se rendre, soit qu’ils veuillent endurer la faim et ainsi périr, il est nécessaire que Casilinum tombe au pouvoir d’Hannibal. Que peut donc accomplir cette distribution de la nécessité ? Je dirais presque le plus possible, lorsque le lieu de la nécessité paraîtra se présenter. Car, lorsque la nécessité sera simple,
sin aliquae res accident difficiles, in illa su- periore, possitne fieri, quaestione considerabimus. at- que etiam hoc mihi videor videre, esse quasdam cum adiunctione necessitudines, quasdam simplices et ab- solutas. nam aliter dicere solemus: necesse est Casilinenses se dedere Hannibali; aliter autem: ne- cesse est Casilinum venire in Hannibalis potestatem. illic, in superiore, adiunctio est haec: nisi si malunt fame perire; si enim id malunt, non est necesse; hoc inferius non item, propterea quod, sive velint Casili- nenses se dedere sive famem perpeti atque ita perire, necesse est Casilinum venire in Hannibalis potestatem. quid igitur haec perficere potest necessitudinis distri- butio? prope dicam plurimum, cum locus necessi- tudinis videbitur incurrere. nam cum simplex erit necessitudo,
il n’y aura rien qui fasse que nous en disions beaucoup, puisque nous ne pouvons l’adoucir par aucun moyen ; mais lorsqu’il sera nécessaire de telle sorte que, si nous voulons fuir ou obtenir quelque chose, alors il faudra considérer ce que cette adjonction comporte d’utilité ou d’honnêteté. Car, si tu veux y prendre garde, mais de telle façon que tu cherches ce qui convient à l’usage de la cité, tu trouveras qu’il n’est aucune chose qu’il soit nécessaire de faire, sinon à cause de quelque cause que nous nommons adjonction ; et que pareillement il est bien des choses de nécessité auxquelles une semblable adjonction ne s’attache pas : tel le genre — qu’il est nécessaire que les hommes mortels périssent, sans adjonction ; qu’il n’est pas nécessaire qu’ils usent de nourriture, sinon avec cette exception : à moins qu’ils ne veuillent périr de faim.
nihil erit quod multa dicamus, cum eam nulla ratione lenire possimus; cum autem ita necesse erit, si aliquid effugere aut adipisci velimus, tum adiunctio illa quid habeat utilitatis aut quid honestatis, erit considerandum. nam si velis attendere, ita tamen, ut id quaeras, quod conveniat ad usum civitatis, re- perias nullam esse rem, quam facere necesse sit, nisi propter aliquam causam, quam adiunctionem nomi- namus; pariter autem esse multas res necessitatis, ad quas similis adiunctio non accedit; quod genus ut homines mortales necesse est interire, sine ad- iunctione; ut cibo utantur, non necesse est nisi cum illa exceptione extra quam si nolint fame perire.
Donc, comme je le dis, ce qui est ajouté, de quelque sorte qu’il soit, devra toujours être considéré. Car en tout temps il importera que la nécessité soit exposée ou en vue de l’honnêteté, de cette manière : « il est nécessaire, si nous voulons vivre honnêtement » ; ou en vue de l’intégrité, de cette manière : « il est nécessaire, si nous voulons être saufs » ; ou en vue de la commodité, de cette manière : « il est nécessaire, si nous voulons vivre sans incommodité ». Et la nécessité suprême paraît être celle de l’honnêteté ; la plus proche de celle-ci, celle de l’intégrité ;
ergo, ut dico, illud, quod adiungitur, semper, cuius- modi sit, erit considerandum. nam omni tempore id pertinebit, ut aut ad honestatem hoc modo expo- nenda necessitudo sit: necesse est, si honeste volu- mus vivere; aut ad incolumitatem, hoc modo: ne- cesse est, si incolumes volumus esse; aut ad commoditatem, hoc modo: necesse est, si sine incommodo volumus vivere. ac summa quidem necessitudo vi- detur esse honestatis; huic proxima incolumitatis;
la troisième et la plus légère, celle de la commodité, qui jamais ne pourra entrer en concurrence avec ces deux-là. Mais ces nécessités, il est souvent nécessaire de les comparer entre elles, en sorte que, bien que l’honnêteté l’emporte sur l’intégrité, on délibère pourtant à laquelle des deux il faut de préférence pourvoir. Et de cette chose il paraît qu’on puisse donner pour toujours une certaine prescription assurée. Car, dans le cas où il pourra se faire que, après avoir pourvu à l’intégrité, ce qui aura été pour le présent retranché de l’honnêteté soit un jour recouvré par la vertu et l’industrie, il paraîtra qu’il faille tenir compte de l’intégrité ; mais lorsque cela ne se pourra, de l’honnêteté. Ainsi, dans une affaire de cette sorte aussi, lorsque nous paraîtrons pourvoir à l’intégrité, nous pourrons dire en vérité que nous tenons compte de l’honnêteté, puisque sans l’intégrité nous ne pouvons en aucun temps l’atteindre. En quoi il faudra ou bien céder à autrui, ou bien descendre à la condition d’autrui, ou bien pour le présent rester en repos et attendre un autre
tertia ac levissima commoditatis; quae cum his num- quam poterit duabus contendere. hasce autem inter se saepe necesse est comparari, ut, quamquam praestet honestas incolumitati, tamen, utri potissimum consu- lendum sit, deliberetur. cuius rei certum quoddam praescriptum videtur in perpetuum dari posse. nam, qua in re fieri poterit, ut, cum incolumitati consulueri- mus, quod sit in praesentia de honestate delibatum, virtute aliquando et industria recuperetur, incolumita- tis ratio videbitur habenda; cum autem id non poterit, honestatis. ita in huiusmodi quoque re, cum inco- lumitati videbimur consulere, vere poterimus dicere nos honestatis rationem habere, quoniam sine inco- lumitate eam nullo tempore possumus adipisci. qua in re vel concedere alteri vel ad condicionem alterius descendere vel in praesentia quiescere atque aliud tem-
temps, pourvu que l’on prenne garde à ceci : si la cause qui se rapportera à l’utilité paraît assez digne pour que l’on retranche quelque chose de la magnificence ou de l’honnêteté. Et, en ce lieu, ceci me paraît être le point capital : que nous cherchions ce qu’est cette chose qui, si nous voulons l’atteindre ou la fuir, nous rend quelque chose nécessaire, c’est-à-dire quelle est l’adjonction ; afin qu’ainsi, selon ce que sera chaque chose, nous travaillions et jugions très véhémentement nécessaire chaque cause la plus grave.
pus exspectare oportebit, modo illud adtendatur, di- gnane causa videatur ea, quae ad utilitatem pertine- bit, quare de magnificentia aut de honestate quiddam derogetur. atque in hoc loco mihi caput illud vide- tur esse, ut quaeramus, quid sit illud, quod si adi- pisci aut effugere velimus, aliqua res nobis sit ne- cessaria, hoc est, quae sit adiunctio, ut proinde, uti quaeque res erit, elaboremus et gravissimam quamque causam vehementissime necessariam iudicemus.
L’affection est un certain changement des choses, provenant du temps, ou de l’issue des affaires, ou de leur administration, ou du zèle des hommes, en sorte qu’elles paraissent devoir être tenues non telles qu’elles ont été tenues auparavant ou qu’elles ont coutume de l’être le plus souvent : ainsi, passer à l’ennemi paraît honteux, mais non dans l’esprit où Ulysse passa ; et jeter de l’argent à la mer est inutile, mais non dans le dessein où le fit Aristippe. Il est donc certaines choses à considérer d’après le temps et d’après le dessein, non d’après leur propre nature ; en toutes lesquelles il faut considérer ce qu’exigent les temps, ce qui est digne des personnes, et il faut prendre garde non à ce qui se fait, mais dans quel esprit chaque chose se fait, avec qui, en quel temps, combien de temps. C’est à partir de ces parties, estimons-nous, qu’il faut prendre les lieux pour énoncer un avis.
Affectio est quaedam ex tempore aut ex nego- tiorum eventu aut administratione aut hominum studio commutatio rerum, ut non tales, quales ante ha- bitae sint aut plerumque haberi soleant, habendae videantur esse; ut ad hostes transire turpe videatur esse, at non illo animo, quo Ulixes transiit; et pe- cuniam in mare deicere inutile, at non eo consilio, quo Aristippus fecit. sunt igitur res quaedam ex tempore et ex consilio, non ex sua natura conside- randae; quibus in omnibus, quid tempora petant, quid personis dignum sit, considerandum est et non quid, sed quo quidque animo, quicum, quo tempore, quam- diu fiat, attendendum est. his ex partibus ad senten- tiam dicendam locos sumi oportere arbitramur.
Quant aux louanges et aux blâmes, on les prendra de ces lieux qui sont attribués aux personnes, dont il a été parlé plus haut. Mais si quelqu’un veut les traiter de manière plus distribuée, il lui sera loisible de les partager en l’âme, le corps et les choses extérieures. À l’âme appartient la vertu, dont nous avons parlé un peu plus haut touchant les parties ; au corps, la santé, la dignité, les forces, la vélocité ; aux choses extérieures, l’honneur, l’argent, l’alliance, la naissance, les amis, la patrie, la puissance, et le reste que l’on comprendra être d’un genre semblable.
Laudes autem et vituperationes ex iis locis sumentur, qui loci personis sunt adtributi, de quibus ante dic- tum est. sin distributius tractare qui volet, partiatur in animum et corpus et extraneas res licebit. animi est virtus, cuius de partibus paulo ante dictum est; corporis valetudo, dignitas, vires, velocitas; extraneae honos, pecunia, adfinitas, genus, amici, patria, poten- tia, cetera, quae simili esse in genere intellegentur.
Et en ces choses devra valoir ce qui vaut en toutes ; les contraires aussi, ce qu’ils sont et de quelle sorte, se comprendront. Or, dans la louange et dans le blâme, il faudra regarder non pas tant ce que celui dont il s’agira aura eu dans le corps ou dans les choses extérieures, que la manière dont il aura usé de ces choses. Car louer la fortune est sottise, et la blâmer, orgueil ; tandis que la louange de l’âme est honnête, et son blâme véhément. Maintenant, puisque, pour tout genre de cause, la méthode d’argumenter a été transmise, il paraît qu’il a été assez dit touchant l’invention, première et plus grande partie de la rhétorique. C’est pourquoi, puisque une partie a été conduite à son terme dans ce livre et le précédent, et que ce livre ne contient pas peu de lettres, ce qui reste, nous le dirons dans les livres suivants.
atque in his id, quod in omnia, valere oportebit; con- traria quoque, quae et qualia sint, intellegentur. vi- dere autem in laudando et in vituperando oportebit non tam, quae in corpore aut in extraneis rebus ha- buerit is, de quo agetur, quam quo pacto his rebus usus sit. nam fortunam quidem et laudare stultitia et vituperare superbia est, animi autem et laus ho- nesta et vituperatio vehemens est. Nunc quoniam omne in causae genus argumentan- di ratio tradita est, de inventione, prima ac maxima parte rhetoricae, satis dictum videtur. quare, quoniam et una pars ad exitum hoc ac superiore libro per- ducta est et hic liber non parum continet litterarum, quae restant, in reliquis dicemus.

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De Inventione

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